L'attentat de la caserne Lobau est une attaque à la bombe menée le par le militant anarchiste Théodule Meunier contre la caserne Lobau. Organisée quatre jours après l'attentat du Boulevard Saint-Germain, il s'agit d'une des premières attaques de l'ère des attentats (1892-1894). Elle provoque des dégâts matériels autour de l'explosion mais ne tue ni ne blesse personne.

Meunier parvient à commettre l'attentat du Véry un mois plus tard, avant de s'enfuir au Royaume-Uni. Il est ensuite extradé vers la France puis condamné aux travaux forcés à perpétuité avant d'être déporté au bagne de Cayenne, où il meurt.

L'attentat est avec la plupart des autres attentats de l'ère des attentats l'un des premiers à ne plus s'inscrire dans une symbolique de la personne mais plutôt dans une symbolique des lieux - la caserne Lobau étant une cible symbolique remplaçant un humain précis. Cet aspect est devenu important dans le terrorisme moderne depuis lors mais est peu compris par la presse contemporaine, qui ne saisit pas les motivations de l'attentat.

Histoire

Contexte Au siècle, l'anarchisme naît et se constitue en Europe avant de se propager. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, en premier lieu la domination économique, avec le développement du capitalisme. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'organisation permettant d'entériner ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande.

En France, les relations déjà conflictuelles entre les anarchistes et l'État français, matérialisé dans la Troisième République, entrent dans une nouvelle période de tensions très importantes : en 1891, la fusillade de Fourmies, où l'armée tire sur des manifestants demandant une journée de travail de huit heures, et l'affaire de Clichy, où des anarchistes sont arrêtés, battus et maltraités par la police radicalisent un certain nombre d'anarchistes en France. Le fait que les anarchistes arrêtés après l'affaire de Clichy soient jugés avec beaucoup de sévérité, le procureur demandant la peine de mort pour les trois et le juge les condamnant à des peines très dures de trois et cinq ans de prison, est un catalyseur important pour l'entrée dans l'ère des attentats. vignette|400x400px|Exécution en masse des communards capturés dans les cours de la caserne Lobau près de l'Hôtel de Ville - Gravure de Frédéric Lix pour L'Illustration du 10 juin 1871 - Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Le , un groupe composé des militants anarchistes Ravachol, Soubère, Jas-Béala et Charles Simon mène l'attentat du Boulevard Saint-Germain contre le juge de l'affaire de Clichy, Edmond Benoît. Meunier évolue dans ce contexte très tendu.

La caserne Lobau, où est logée la garde républicaine est un lieu avec une histoire marquante. L'État français l'utilise pendant la Semaine sanglante (1871) pour établir des cours martiales visant les révoltés de la Commune de Paris. Environ 2000 à 3000 personnes sont sommairement exécutées pendant cette semaine dans la caserne avant d'être enterrées rapidement dans ses environs. Ces massacres et cette réponse brutale du pouvoir mènent de nombreux citoyens et anarchistes à se radicaliser, John M. Merriman décrit cette situation contextuelle de la sorte :

Attentat Le , Meunier se rend devant la caserne Lobau, rue de Rivoli. Il place une bombe devant l'édifice, qui contient alors 800 gardes républicains. La bombe explose, la grille, une partie du mur d'enceinte de la caserne et brise les vitraux de l'église Saint-Gervais attenante. Cependant, elle ne cause aucun mort et ne blesse personne. Meunier parvient à s'enfuir.

Suites Il n'est pas satisfait de l'échec de son attentat, et l'exprime en disant, entre autres:

Un mois plus tard, le , Meunier et d'autres membres du groupe anarchiste des Pieds plats, comme Jean-Pierre François, s'associent pour mener l'attentat du Véry, visant le dénonciateur ayant permis l'arrestation de Ravachol. Il s'enfuit ensuite au Royaume-Uni et tente d'empêcher son extradition vers la France en soutenant la nature politique de ses actes, ce qui permettrait d'empêcher l'extradition. Cependant, la justice britannique considère qu'il ne s'agit pas là d'attentats à nature politique, puisque l'hostilité à l'État ne serait pas politique. Le magistrat de police britannique chargé de son dossier déclare à ce propos :

Étant donné que ses attentats ne sont pas considérés comme politiques par la justice britannique, il est extradé vers la France et est condamné aux travaux forcés à perpétuité, avant d'être envoyé au bagne de Cayenne, où il meurt probablement du paludisme en 1907.

L'attentat est mentionné dans une strophe de la Complainte de Ravachol, qui se lit :

Analyse

Déplacement de la symbolique terroriste L'attentat de la caserne Lobau, comme d'autres attaques de l'ère des attentats, voit le début d'une symbolique des lieux à la place d'une symbolique des personnes. Salomé écrit à ce propos :

Références

Bibliographie

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