est le titre porté par la plus haute prêtresse de la religion ryūkyūane. Bien que le titre soit présent dans des sources parlant de périodes antérieures au Royaume de Ryūkyū, les caractéristiques actuelles de la fonction sont fixées lors de la grande réforme religieuse du début de la seconde dynastie Shō. Kikoe-ōgimi est l’ (la « divinité sœur ») de la personne avec le plus haut statut dans le Royaume de Ryūkyū : le roi. Elle protège par son pouvoir spirituel non seulement le roi mais aussi l’ensemble du royaume. La fonction est assurée par une femme proche du roi (sœur, reine, fille) ou membre d’une branche mineure de la famille royale. Kikoe-ōgimi se trouve au sommet de la hiérarchie des prêtresses noros de l’ensemble du royaume et possède une autorité directe sur elles bien que ce soit le roi qui les nomme. Elle est responsable des cérémonies données dans le site le plus sacré de l’île d’Okinawa qu’est Sēfa Utaki ainsi que dans les dix utakis situés à l’intérieur du château de Shuri. Kikoe-ōgimi est l’incarnation de trois divinités, qui s’expriment à travers elle : « Shimasenko », « Akeshino » et « Tedashiro ».

Histoire Étymologie et origines Bien que l’origine du nom soit obscure, une théorie est que serait un préfixe laudatif signifiant « la très célèbre » et aurait pour sens « dieu ». Les noros qui s’occupent des rites dans les différents villages du royaume sont elles aussi appelées kimi. L’emphase , littéralement « le grand dieu » traduirait du statut élevé de la personne en question. Les textes qui la mentionnent utilisent le terme , -ganashi étant un suffixe honorifique.

La première mention du nom « Kikoe-ōgimi » se trouve dans la généalogie de la famille Nagahama, qui est considérée traditionnellement comme la plus ancienne généalogie conservée du Royaume de Ryūkyū. Elle mentionne une femme désignée par le titre de Kikoe-ōgimi, « vénérable fille aînée du roi Eisō (r. 1260-1299), ancien roi de Chūzan et roi de Hokuzan ». Très peu de choses sont connues sur les rites et la religion de cette période de l’histoire ryūkyūane mais il semble qu’il s’agisse d’un titre commun à toutes les prêtresses qui servent d’onarigami à un roi.

La seconde dynastie Shō

Réforme religieuse Le roi Shō Shin (r. 1477-1526) instigue une réforme politique et religieuse incluant une centralisation de l’administration politique et une unification de la religion. C’est à cette occasion que le réseau hiérarchique des noros est créé pour organiser les nombreuses prêtresses du royaume et que la prêtresse Kikoe-ōgimi, jusque là onarigami du roi présidant les cérémonies religieuses de la famille royale, est installée à la tête de cette hiérarchie. Jusqu’alors les prêtresses les plus puissantes du royaume avaient été celles aux postes de et de , qui sont désormais placées au deuxième rang derrière la kikoe-ōgimi.

Sur la stèle de Tamaudun, datée de 1501, qui précise le nom des personnes autorisées à être enterrées dans le mausolée, la sœur de Shō Shin est mentionnée comme .

Caractéristiques du poste Kikoe-ōgimi est avant tout la divinité protectrice du roi : ses prières sont destinées à lui apporter longue vie, santé et prospérité. Elle assure également la prospérité des récoltes du royaume et la sécurité des voyages en mer. Elle participe à de nombreuses cérémonies, menées quotidiennement dans sa propre résidence ou au château de Shuri, mais également à des pèlerinages dans divers lieux sacrés qui peuvent se dérouler une à deux fois par an, ou de manière plus espacée.

Plusieurs noms divins sont attribués à Kikoe-ōgimi : « Shimasenko », « Akeshino » et « Tedashiro », qui sont les trois divinités qui s’expriment à travers elle. Le nom divin de « Shimasenko Akeshino » est également celui qui était utilisé par la très respectée noro de Jichaku. Le troisième nom divin de « Tedashiro » (lit. « le réceptacle spirituel du soleil ») avait été jusqu’alors celui de la noro de Baten, qui l’abandonne au profit de Kikoe-ōgimi. Fuyū Iha pense qu’il s’agit là d’une volonté de conserver le concept religieux existant dans la structure nouvellement créée.

Lors de son intronisation, Kikoe-ōgimi reçoit le fief du magiri de Chinen et diverses autres terres dans le royaume, qui correspondaient à un revenu en taxes d’une valeur totale de 200 à 500 kokus.

En 1509, lorsque le roi Shō Shin codifie le type de jīfā autorisé pour chaque rang de noblesse, il précise dans la loi que Kikoe-ōgimi porte « une large jīfā d’or avec des dragons et des fleurs ».

Le Kyūyō indique qu’en 1677 le roi Shō Tei décide que seules les reines pourront être promues au rang de kikoe-ōgimi, mais cette réforme ne fut jamais appliquée et le poste a continué à être attribué à des filles ou sœurs de rois également.

In 1732, le roi Shō Kei nomme un médecin de permanence qui reste constamment dans la résidence de Kikoe-ōgimi pour veiller sur sa santé et celle de sa maisonnée.

Les kikoe-ōgimis de la seconde dynastie Shō

, la sœur du roi Shō Shin, a été la première kikoe-ōgimi à la tête de la nouvelle structure religieuse voulue par le roi. Après la mort de Shō En, le premier roi de la seconde dynastie Shō, le pouvoir passe aux mains de son frère cadet Shō Sen'i, mais Utuchitunumuigani, qui occupe déjà le poste de kikoe-ōgimi en tant que fille du roi précédent, indique que les dieux sont opposés à cette succession et qu’ils préfèrent voir Shō Shin, le fils de Shō En, monter sur le trône. Shō Sen’i abdique en faveur de son neveu, démontrant le pouvoir politique important détenu par les prêtresses de la religion ryūkyūane.

Quinze générations de kikoe-ōgimis se succèdent jusqu’à la chute du Royaume de Ryūkyū en 1879. La famille Shō est alors envoyée en exil à Tōkyō. Après l’annexion du royaume par le Japon, plusieurs prêtresses locales revendiquent le titre de Kikoe-ōgimi, bien que les femmes de la famille Shō en exil à Tōkyō continuent à assumer le rôle et les fonctions religieuses associées.

En 1924, la princesse Amuro réussit à obtenir l’autorisation de se rendre, seule, à Okinawa, où elle visite officieusement Sēfa Utaki pour son intronisation. La cérémonie est écourtée à une journée et aucune des noros n’est autorisé à l’assister. Il s’agit de la dernière cérémonie d’intronisation de Kikoe-ōgimi en date.

Au début des années 2000, à la suite de la confusion provoquée par la multiplication des kikoe-ōgimis auto-proclamées, Hiroshi Shō, chef de la famille Shō toujours en exil à Tōkyō, nomme officiellement sa sœur Keiko Nozu (1947-2019) comme nouvelle Kikoe-ōgimi. Il nomme également retroactivement sa tante Fumiko Ii, qui avait officieusement assumé le rôle avant Keiko, jusqu’à sa mort en 2004. Keiko Nozu est la première kikoe-ōgimi à revenir régulièrement sur Okinawa pour assurer les cérémonies sur place. La kikoe-ōgimi actuelle est Maki Shō, fille de Mamoru Shō, actuel chef de la famille Shō toujours en exil à Tōkyō.

Liste des kikoe-ōgimis de la seconde dynastie Shō Vingt-et-une femmes de la famille Shō se sont succédé au poste de Kikoe-ōgimi depuis le règne de Shō Shin.

Gén. Nom divin Titre Warabi-naa ou nom personnel Naiss. Mort Intronisation Notes 1 ? ? pendant le règne de Shō Shin fille de Shō En, sœur de Shō Shin 2 梅南 ? 1577 pendant le règne de Shō Gen fille de 3 梅岳 ? 1605 1577 reine de Shō Gen, petite-fille de Urasoe Uēkata 4 月嶺 1584 1653 1605 fille de Shō Ei, épouse de (Oroku Udun) 5 円心 1617 1677 1653 fille du prince (Kin Udun), épouse du prince (Kunigami Udun) 6 月心 1645 1703 1677 reine de Shō Tei, fille de (Sakuma Dunchi) 7 義雲 1664 1723 1703 épouse du prince héritier Shō Jun et mère de Shō Eki, fille de 8 坤宏 1680 1765 1723 reine de Shō Eki et mère de Shō Kei, fille de (Inoha Dunchi) 9 仁室 1705 1779 1766 reine de Shō Kei et mère de Shō Boku, fille de (Oroku Dunchi) 10 寛室 1719 1784 1780 fille de Shō Kei, épouse de (Gushichan Dunchi) 11 順成 1721 1789 1784 fille de Shō Kei, épouse de (Ie Udun) 12 徳澤 1762 1795 1789 reine de Shō Tetsu, fille de 13 法雲 1765 1834 1789 fille aînée de Shō Boku, épouse (Jana Dunchi) 14 仙徳 1785 1869 1834 reine de Shō On, fille de (Urasoe Dunchi) 15 1817 ? 1870 fille de Shō Kō, épouse (Tamagusuku Udun) 16 1825 1909 ère Meiji fille de Shō Kō, épouse (Ōgimi Udun) 17 1874 1944 ère Taishō fille de Shō Tai, épouse 18 1887 1967 1944 fille de Shō Ten, épouse (Nakijin Udun) 19 1917 2004 ? fille de Shō Shō, femme de lettres 20 1947 2019 ? fille de Hiroshi Shō 21 1984 vivante 2019 fille de Mamoru Shō

Cérémonies Intronisation L’intronisation de Kikoe-ōgimi est appelée (lit. « la nouvelle descente »). Les détails sont essentiellement connus grâce à un rapport détaillé de la cérémonie pour l’intronisation de la quatorzième kikoe-ōgimi, reine de Shō On, le . Les préparatifs pour la cérémonie prennent environ six mois, avec la rénovation des routes et la construction de résidences temporaires dans plusieurs endroits sur le chemin de la procession qui conduit la future kikoe-ōgimi de Shuri à Sēfa Utaki. Le bois pour ces résidences est coupé dans les forêts du nord de l’île et est l’objet du rituel avant et pendant son transport. Du sable de l’île sacrée de Kudaka est également transporté jusqu’à Sēfa Utaki et répandu sur le sol à l’endroit où se déroulera la cérémonie.

La future kikoe-ōgimi quitte sa résidence avec sa suite tôt le matin et se rend au château de Shuri. Après plusieurs cérémonies menées dans le château de Shuri et à , la future kikoe-ōgimi se rend montée sur un cheval blanc à Yonabaru, accompagnée par les chants (kuēna) de sa suite de noros et prêtresses secondaires.

À Yonabaru, elle est accueillie par la et ses suivantes, toutes vêtues de blanc. La future kikoe-ōgimi se rend au site sacré de Udun’yama où elle reçoit l’ (on frotte son front avec de l’eau sacrée) puis elle va à la source sacrée où elle se purifie. Les noros et les autres prêtresses dansent et chantent devant la résidence temporaire qui a été construite pour l’occasion. Dans l’après-midi, elle quittent Yonabaru sous l’égide de la noro de Ufuzato-haebaru et forment une procession pour rejoindre Sēfa Utaki.

La et ses suivantes les accueillent à la frontière entre les magiris de Sashiki et Chinen. La future kikoe-ōgimi descend de cheval et est installée dans une chaise à porteurs. La procession arrive à Sēfa Utaki dans la soirée. Après une pause dans la résidence temporaire qui a été construite devant Sēfa Utaki, la cérémonie se tient de nuit. La arrive dans la nuit, montée sur un cheval blanc, elle est accueillie par la noro de Chinen-Tamagusuku et ses suivantes.

La procession compte environ soixante-dix noros et prêtresses, qui escortent la future kikoe-ōgimi de la résidence temporaire jusqu’au site sacré d’ en chantant. La procession se rend sur les sites sacrés de et avant de retourner à Ufu-gūi. La cérémonie d’intronisation propre se déroule à Ufu-gūi, elle est présidée par la noro de Kudakajima-Kudaka, assistée de la noro de Chinen-Tamagusuku. La future kikoe-ōgimi est installée sur un trône et les noros s’assoient en cercle autour d’elle. La pose une couronne royale sur la tête de la future kikoe-ōgimi pendant que les prêtresses chantent et dansent autour. Avant l’aube, la future kikoe-ōgimi retourne à la résidence temporaire où un paravent doré cachant un lit avec un oreiller doré a été installé. C’est là que les dieux descendent et s’incarnent en elle dans un rite de mariage céleste.

À l’aube, toutes les noros et Kikoe-ōgimi accueillent le lever du soleil.

Vers midi, la procession visite le , les sources sacrées de et le avant de rentrer au soir à Shuri.

Une fois la cérémonie d’uārauri terminée, la nouvelle kikoe-ōgimi est considéerée comme l’égale des dieux. Après cette intronisation Kikoe-ōgimi assume son rôle jusqu’à sa mort.

Pèlerinage Agari-umāi