Adolf Heyrowsky est un as austro-hongrois de la Première Guerre mondiale, né le à Murau et mort dans des circonstances inconnues en 1945. Il est crédité de douze victoires aériennes confirmées au cours du premier conflit mondial.
Adolf Heyrowsky intègre l'armée austro-hongroise dès 1902, d'abord en tant qu'officier d'infanterie avant de rejoindre la branche aérienne en 1912. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est déjà pilote et est donc affecté immédiatement au front serbe. Il se fait rapidement remarquer par la témérité de ses actions, qui lui valent d'être promu et nommé commandant de plusieurs escadrilles successives. En , il prend la tête de la sur le front italien, une escadrille de biplaces qui va devenir l'une des unités d'élite de l'aviation austro-hongroise. Heyrowsky combat dans les airs et sur terre pendant plusieurs batailles de l'Isonzo, avant d'être affecté à diverses fonctions d'état-major à partir de la fin de l'année 1917. En , il devient officier de liaison auprès du commandement de la Luftstreitkräfte allemande, mais continue à mener des missions de combat avec des unités allemandes sur le front de l'Ouest.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, la vie d'Adolf Heyrowsky est nettement moins bien connue : il devient citoyen allemand et sert un temps dans la Reichswehr avant de prendre sa retraite. Il publie en 1932 un ouvrage sur la Kriegsschuldfrage, puis reprend une carrière militaire dans la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. Il atteint le grade d'Oberst et meurt à une date inconnue en 1945, peu de temps avant sa promotion au grade de Generalmajor.
Biographie
Jeunesse et début de carrière militaire Adolf Heyrowsky naît le à Murau, en Styrie (sud de l'actuelle Autriche). Son père est garde-chasse. Il se dirige dès le début du vers une carrière militaire, puisqu'il sort diplômé de l'école d'infanterie de Prague en 1902. Il est affecté dans la foulée comme sous-officier au régiment d'infanterie . Il est promu Leutnant le , puis Oberleutnant le .
En 1912, Heyrowsky demande à rejoindre la branche d'aérostation de l'armée impériale austro-hongroise, basée à Fischamend. Il est accepté immédiatement, à une époque où l'aérostation militaire fondée en 1893 cherche à intégrer des avions à ses forces, sous l'impulsion de l'Oberstleutnant Emil Uzelac. Heyrowsky suit une formation de pilotage, au terme de laquelle il reçoit un brevet de pilote le . Sept mois plus tard, il reçoit l'insigne de pilote militaire, démontrant le perfectionnement de ses compétences. Adolf Heyrowsky participe ensuite en tant qu'observateur aérien aux grandes manœuvres dans les régions de Makó et de Tabor.
Avant la Première Guerre mondiale, Adolf Heyrowsky fait figure d'officier modèle dans l'armée de l'air austro-hongroise, selon Martin O'Connor : sportif, adepte d'escrime, d'équitation, de natation, de ski et de pilotage automobile, il est aussi instruit en aéronautique et en mécanique.
Première Guerre mondiale
Front de Serbie Lorsque la Première Guerre mondiale éclate après l'invasion de la Serbie par l'Autriche-Hongrie le , Adolf Heyrowsky est affecté comme pilote dans la , une escadrille basée sur le front serbe. Il y affronte des conditions matérielles difficiles, en plus d'un ennemi déterminé et aguerri par les deux guerres des Balkans. L'escadrille n'est équipée que de six , des biplans obsolètes, n'ayant pour la plupart jamais volé depuis la fin 1913. Ces appareils tombent d'ailleurs fréquemment en panne, si bien que les évaluations officielles de l'escadrille mentionnent qu'il est remarquable qu'elle dispose en permanence d'au moins un avion en état de voler. vignette|Adolf Heyrowsky (à droite) et Stefan von Ankershofen devant un avion Lohner.|alt=Photo noir et blanc de deux hommes habillés avec un mélange d'uniforme et de tenue de vol devant un avion, avec d'autres militaires derrière l'avion.|gauche Dès le début de la campagne de Serbie, Adolf Heyrowsky se fait remarquer pour la témérité de ses actions, notamment des raids de reconnaissance qui le mènent jusqu'à derrière les lignes serbes. Les renseignements qu'il obtient de cette façon sont d'une importance cruciale pour l'armée austro-hongroise. En , la division de l'armée serbe franchit la Save pour effectuer une diversion en vue de l', qui doit menacer le territoire austro-hongrois lui-même. Le , alors que les Serbes livrent de féroce combats contre les défenseurs austro-hongrois, Heyrowsky et son observateur, le Rittmeister Stefan von Ankershofen mènent une attaque aérienne contre l'un de leurs points de franchissement. Les deux hommes ne disposent que de bombes rudimentaires, larguées à la main et équipées de fusées à temps, qui explosent après un certain délai, que le pilote doit essayer de synchroniser avec l'impact. Heyrowsky doit donc les régler manuellement avant de les larguer. Il contrôle le manche de son avion avec les genoux, règle les fusées de ses bombes puis plonge sur le pont serbe. À 600 pieds (), il jette enfin les explosifs, et réussit à faire sauter le tablier du pont serbe. Le ralentissement des opérations causé par cette action, combiné à d'autres facteurs, entraîne la destruction quasi-complète de la division Timok au cours de l'offensive. Pour cette action et les autres missions menées depuis le début de la guerre, Adolf Heyrowsky est décoré de la médaille du Mérite militaire en bronze.
A la mi-novembre, Heyrowsky est placé à la tête de la , une nouvelle escadrille, stationnée sur le front serbe comme son ancienne unité. Il est doublement distingué lors de son passage à la tête de l'escadrille. Premièrement, il est promu Hauptmann (capitaine) à titre exceptionnel le , un cas rare dans l'armée austro-hongroise, au sein de laquelle les promotions sont très codifiées en fonction de l'ancienneté mais aussi de l'origine sociale et ethnique. Deuxièmement, il reçoit l'ordre de la Couronne de Fer de 3e classe avec décorations de guerre, un honneur notable.
Le , Adolf Heyrowsky remporte sa première victoire aérienne, en duo avec son observateur Oskar Safar. Les deux hommes attaquent et abattent un ballon d'observation serbe dans la région de Belgrade. Dix jours plus tard, ils remportent une nouvelle victoire dans la même région, également contre un ballon d'observation.
Commandement de la Flik 19 vignette|L'Albatros B.I 24.06 de la Flik 12 sur l'aérodrome d'Aisovizza (aujourd'hui Ajševica) en 1915. Il s'agit de l'avion favori d'Adolf Heyrowsky entre août et octobre. Ce même appareil est également piloté par l'as à la fin de l'année 1915. En , Heyrowsky change d'unité pour prendre la tête de la , sur le front de l'Isonzo face à l'Italie. Il y reste jusqu'à la fin de l'année. Lors de la création de la en , Adolf Heyrowsky est affecté à son commandement : c'est à la tête de cette unité qu'il va réellement se distinguer.
La 19 est une escadrille de biplaces divers, essentiellement des Hansa-Brandenburg et Albatros, avec l'ajout ponctuel d'avions de chasses. Les pilotes placés sous les ordres font partie des meilleurs de l'armée de l'air austro-hongroise : six as (Benno Fiala von Fernbrugg, Stefan Fejes, Franz Rudorfer, Sándor Tahy, Ludwig Hautzmayer et ), ainsi que certains des officiers et sous-officiers les plus décorés de l'armée de l'air. Adolf Heyrowsky est jugé par son ancien commandant et ami du temps de la Flik 2, August Raft Edler von Marwil, comme un , n'hésitant pas à entrer en conflit avec ses supérieurs si cela peut aider ses hommes. Sous son commandement, la 19 deviendra l'une des escadrilles de biplaces les plus efficaces de l'armée austro-hongroise, dans une galerie de rôles variée, allant de la reconnaissance photographique à l'attaque au sol, en passant par le repérage d'artillerie, le bombardement, l'interception et l'escorte.
Durant la cinquième bataille de l'Isonzo (du 9 au ), Adolf Heyrowsky fait une demande inhabituelle : servir comme officier d'infanterie en plus de ses fonctions de commandant d'escadrille. Il prend donc la tête de la compagnie du régiment d'infanterie austro-hongrois durant la bataille. alt=Photo noir et blanc d'un ballon dirigeable en vol.|gauche|vignette|Le dirigeable semi-rigide italien M1, similaire au M4 abattu par Heyrowsky et Fiala von Fernbrugg. Le , Heyrowsky remporte sa première victoire aérienne en , avec Benno Fiala von Fernbrugg en tant qu'observateur. Dans leur Hansa-Brandenburg C.I 61.55, les deux hommes attaquent le dirigeable italien M4, un dirigeable semi-rigide de 82m de long. Fiala von Fernbrugg avait équipé sa mitrailleuse de munitions explosives conçues spécialement pour percer ce type de cible et enflammer le mélange d'hydrogène et d'air qui s'y trouve. En tout, les deux hommes ne tirent que 53 coups pour abattre en flamme l'appareil italien. Les six hommes présents à bord sont tous tués dans le crash.
Durant la sixième bataille de l'Isonzo, du 6 au , Heyrowsky renouvelle sa demande de servir dans l'infanterie une partie de son temps et reprend la tête de la même compagnie qu'en mars. C'est en partie grâce à son commandement qu'une percée italienne après la capture du mont San Michele (l'un des points les plus durement disputés durant les six premières batailles de l'Isonzo) est enrayée. Mais malgré son service d'infanterie, Heyrowsky ne délaisse pas ses missions aériennes. Au cours de la sixième bataille de l'Isonzo, il participera à six combats aériens, au cours desquels il remporte deux victoires et est lui-même abattu à deux reprises. Le , au cours d'une mission de reconnaissance, son Hansa-Brandenburg C.I 61.61 est attaqué par plusieurs Voisin, Caudron et Nieuport italiens. Au terme d'un combat de qui laisse son appareil criblé de tirs, Heyrowsky parvient à atterrir en urgence dans les lignes austro-hongroises. Son avion est cependant réparé dans la nuit du 9 au 10, et il redécolle avec le lendemain pour une mission de bombardement. Au-dessus de Gorizia, il est pris pour cible par deux Nieuport et un Voisin. Il parvient à abattre le Voisin près de Cormons mais est à nouveau criblé de balles et doit atterrir en urgence sur l'aérodrome austro-hongrois de Aisovizza (aujourd'hui Ajševica, en Slovénie). Cinq jours plus tard, Adolf Heyrowsky est aux commandes d'un Fokker E.III (A.III dans la désignation austro-hongroise), l'un des premiers avions de chasse de l'histoire. Il abat de nouveau un Voisin italien au-dessus de Cormons, ce qui constitue sa cinquième victoire et lui permet de devenir un as de l'aviation. Pour ses activités dans les cinquième et sixième batailles de l'Isonzo, Adolf Heyrowsky reçoit la Croix du Mérite militaire de 3e classe avec décorations de guerre. S'ensuit une période plus calme pour Heyrowsky et son escadrille. vignette|Carcasse du Hansa-Brandenburg D.I 65.54 de la Flik 19, piloté par Emil Uzelac le 7 novembre 1916.|alt=Photo noir et blanc d'un avion retourné sur le dos et écrasé au sol.