La bataille de Grand-Reng ( aussi appelée bataille de Rouveroy ) s’est tenue le et a vu les troupes du Saint-Empire, renforcées par les Provinces-Unies, s’imposer face à une armée française dirigée par le général Charbonnier. Elle eut lieu dans le village de Grand-Reng à la frontière française, sur la rive est de la Sambre.
Prémices
Stratégie
Plan français Le , les généraux français se réunissent pour définir un plan permettant à l'armée des Ardennes et à l'armée du nord de franchir la rivière de la Sambre. Le général Pichegru publie un jour plus tard ce nouveau plan. Sur l'aile gauche de l'armée du Nord, hommes doivent s'emparer d'Ypres et de Tournai. Pendant ce temps, le général Ferrand, avec hommes, doit tenir le centre de la ligne près de Maubeuge et Guise, prêt à intervenir si les coalisés reculent. L'aile droite de l'armée du Nord, sous les ordres de Desjardin, et l'armée des Ardennes, sous les ordres de Charbonnier, avec un total de hommes, reçoivent l'ordre de se rassembler à Philippeville. De cette ville, leurs forces combinées doivent traverser la Sambre à Thuin et se diriger vers le nord-ouest en direction de Mons. Diviser cette armée de hommes pour couper le ravitaillement à l'ennemi puis l'encercler reste un plan simple et efficace face à une armée moins mobile. Ce dispositif présente toutefois le défaut d'offrir à Cobourg et ses forces l'occasion de faire une manœuvre en lignes intérieures qui pourrait entraîner la percée des défenses françaises ; cependant, Pichegru ne fait aucune allusion à cette éventualité bien qu'il soit au courant de la possibilité de la combinaison. alt=buste en marbre du général français Desjardin, conservé à la galerie des Batailles du château de Versailles|gauche|vignette|Buste de Jacques Desjardin, Galerie des Batailles du Château de Versailles.
Plan coalisée Les forces coalisées sont, quant à elles, organisées de la sorte : Le prince Frédéric d'York et le comte de Clerfayt commandent les hommes de l'aile droite. Cobourg, commandant en chef, dirige le centre de hommes dont le quartier général se trouve au Cateau-Cambrésis. Franz Wenzel dirige l'aile gauche, forte de hommes. Le gros de ces troupes se trouve près de Bettignies, avec une garnison de hommes à Charleroi et une force d'observation de hommes sous les ordres de De Riese qui surveille les passages de la Sambre et de la Meuse.
Préparations Après avoir reçu ces nouvelles directives, Charbonnier rassemble son état-major le et défini cette organisation : le groupe lancera l'offensive le , le corps de Desjardin traversera la Sambre à l'ouest de Thuin. Laissant hommes à Beaumont pour garder la route de Philippeville, l'armée de Charbonnier doit passer par Thuillies et franchir la Sambre à l'est de Thuin. Une fois la rivière traversée, les divisions de l'Armée du Nord se dirigeront vers Mons en passant par le Mont-Sainte-Geneviève. Pendant ce temps, l'Armée des Ardennes passera par Leval tout en déployant une garde de flanc à l'est, à Fontaine-l'Évêque. Toutefois, Charbonnier trouve cette tactique et récrimine à Desjardin qu'une attaque sur Charleroi serait tout aussi bonne.
Dans l'armée des Ardennes, Marceau se voit confier le contrôle tactique de sa division et de celle de Jacob. Les deux divisions d'environ soldats devront mener la poussée principale sous la conduite d'une avant-garde sous les ordres de Jean Hardÿ. Un détachement commandé par le général Vezu doit aller en avant de Charleroi et tenir en échec le camp de La Tombe. Trois divisions de l'Armée du Nord, sous les ordres de Desjardin, sont massées entre Maubeuge et Beaumont. Le , une avant-garde composée d'un régiment de cavalerie, de cinq bataillons d'infanterie et d'une demi-compagnie d'artillerie légère est constituée et confiée au général Duhesme.
Alors que les préparatifs sont fins prêt, Saint-Just et Le Bas estiment que Pichegru a ordonné l'offensive avec trop de précipitation. Ils souhaitent faire une pause de plusieurs jours afin d'améliorer l'organisation des unités et de choisir des commandants ayant la confiance des soldats. Lors d'une conférence à La Capelle le , Desjardin convainc finalement les deux représentants que l'armée est prête à attaquer et qu'il est trop tard pour annuler les ordres. alt=Plans de campagne coalisés et français sur la Sambre en mai 1794. On y voit les itinéraires des divisions françaises ( objectif : Mons ) et des divisions austro-néerlandaises ( objectif : Beaumont )|gauche|vignette|Plans de campagne coalisés et français sur la Sambre en mai 1794. Les Français avaient pour objectif ultime la prise de Mons, tandis que les Alliés espéraient s'emparer de Beaumont et de Boussu-lez-Walcourt
Forces en présence
Françaises Côté français, sur les hommes présents dans la région, seuls environ hommes participeront à la bataille.
Divisions sous le commandement direct de Charbonnier Division Jacob Détachement Duhesne Détachement Vézu
Divisions de Maubeuge destiné à l'attaque de Mons, sous le commandement direct de Desjardin
Division Muller ( hommes) Division Fromentin ( hommes ) Division Despeaux ( hommes ) Division Marceau
Coalisées Les forces coalisées du général Cobourg sont fortes de hommes. Le , Kaunitz estime les troupes françaises à 30 000 hommes et demande des renforts pour empêcher ses adversaires à franchir la Sambre. Il reçoit seulement hommes mais surtout du matériel indispensable dont des canons et de la poudre.
Bataille
10 au 12 mai : escarmouches et avancées des Français gauche|vignette|Mouvements du 10 mai. Les Français commencent à franchir la Sambre Le , l'armée française s'empare des points de passage de Thuin et de Lobbes. Les divisions de Hardy et de Duhesme franchissent la Sambre après des affrontements face à des coalisés. Dans la même journée, la Division Fromentin franchit à son tour la Sambre après y avoir délogé des Autrichiens. À la tombée de la nuit, les coalisés tiennent encore les camps retranchés de Hantes, Labuissière et La Tombe. Un conseil de guerre à lieu peu de temps après ; il fait apparaître des tensions entre Charbonnier et le reste des officiers, ces derniers le pensant trop inexpérimenté pour les mener au combat. Déjà le , le représentant du peuple Choudieu écrivait au Comité du Salut public ces mots :
alt=tableau représentant Franz Wenzel von Kaunitz-Rietberg|vignette|Franz Wenzel von Kaunitz vignette|Mouvements du 11 mai. Kaunitz lance une attaque avec sa force principale sur la division de Fromentin et la force presque à traverser la rivière, mais il la repousse avec l'aide opportune de l'avant-garde de Duhesme. Kaunitz se retire ensuite vers Rouveroy dans la soirée, car il devient évident qu'il est en infériorité numérique.|gauche Le à midi, les Autrichiens attaquent les formations de tête de Fromentin dans le bois de Bienne-lez-Happart, où se déroulent les principaux combats de la journée. Dans un premier temps, les hommes de Fromentin sont contraints de reculer presque jusqu'au pont de Lobbes. L'avant-garde de Duhesme, qui avançait vers le nord sur la route de Thuin à Anderlues, fit demi-tour lorsque les bruits de la bataille se firent entendre à son arrière. Ensemble, Duhesme et Fromentin boutèrent les forces coalisées des bois après une lutte qui dura toute la journée, sous une pluie persistante qui provoqua des ratés dans les tirs de nombreux mousquets. Plus loin à l'est, l'attaque de Jacob échoue. Kaunitz apprend par des prisonniers qu'il est confronté à Français et décide alors de se retirer sur les hauteurs de Rouveroy. Il ordonne au colonel Kienmayer d'assurer cette retraite avec 7 escadrons de hussards et 3 bataillons de grenadiers si les Français tentaient de les attaquer par l'arrière. Mais les Français ne peuvent pas poursuivre les troupes coalisées car les soldats n'ont pas été approvisionnés depuis la veille en raison de l'état affligeant des routes. Le lendemain, chaque soldat reçoit finalement une double ration et des cartouches de munitions, permettant à Desjardin de reprendre l'offensive dès le à midi. vignette|Mouvements du 12 mai. Fromentin et Duhesme repoussent l'arrière-garde coalisée, forçant les forces qui défendent les passages de la Sambre à battre en retraite et permettant à Muller et Despeaux de franchir la Sambre. Kaunitz fait reculer ses forces pour prendre position près de Rouveroy. Cette offensive à pour objectif la prise de Merbes-le-Château, dernière étape avant Mons. Kaunitz décide alors de séparer son armée en trois groupes : l'un sur Merbes-le-Château, l'autre sur Péchant, et le dernier sur Rouveroy. Pendant ce temps, la Division Marceau conquiert Fontaine-L'Evêque et s'y installe pour protéger le flanc droit de Desjardin. Les divisions Jacob et Marceau marchent toutes deux sur leur objectif respectif, sans résistance. Au contraire, Duhesme et Fromentin se heurtent à l'avant-garde de Kienmayer. À la suite d'affrontements d'une durée d'une heure, les Français font fuir les troupes coalisées et menacent alors le gros des troupes autrichiennes sur leur côté gauche. Kienmayer est alors obligé d'affronter une nouvelle fois les Français pour permettre à Kaunitz de se retrancher un peu plus loin. La confrontation conduit à la perte de 130 hommes côté autrichien contre près de côté Français. Pourtant Desjardin est satisfait de l'avancée de son armée et décide de l'arrêter pour ce jour. Un évènement fait basculer la tendance vers 11 heure du soir lorsque Desjardin apprend que les forces de Kaunitz vont être doublées, soutenues par des renforts d'environ hommes du général Werneck, positionnés à environ au sud-ouest de Rouveroy. Néanmoins, nous savons aujourd'hui que ces forces avaient été largement grossis, les coalisés ne bénéficiant que de hommes dont environ 4 500 hollandais.
13 mai : affrontement final
Derniers préparatifs Desjardin décide d'attaquer en premier les forces de Kaunitz avant qu'elles soient renforcées par Werneck. De ce fait, il ordonne l'assaut de Rouveroy le dans la nuit. Vers 5 heure du matin, alors que Desjardin est convaincu d'avoir affaire à , les Français débutent leur marche vers les positions ennemies. Duhesme et Fromentin prennent rapidement le village de Péchant, faiblement gardé, et divise une partie de leurs troupes pour appuyer le flanc droit. vignette|Matinée du 13 mai. Les attaques françaises contre les défenses coalisées de Grand-Reng et de Croix échouent. La cavalerie autrichienne découpe la division de Fromentin et la force à battre en retraite, couverte par l'avant-garde de Duhesme. Aux alentours de midi, les Français arrivent vers la position principale tenue par les Autrichiens. Kaunitz, qui a prévu le mouvement offensif des Français, a installé le gros de ses troupes sur les hauteurs situées au Sud-Ouest de Rouveroy ; à sa droite, il fait tenir Grand-reng par un bataillon et deux divisionsLe bataillon est commandé Kinsky, la division par le colonel Jelachich et la par Stuart et est composée de grenadiers. Sa gauche est couverte par 4 bataillons tandis que la plus grosse fraction de la cavalerie autrichienne est disposée entre Croix et Haulchin . Enfin la position a été renforcée par quelques fortifications.
Confrontation Il est intéressant de noter que malgré une supériorité numérique importante, les Français se retrouvent durant la bataille en difficulté à cause du terrainMajoritairement des plaines, propice à la cavalerie autrichienne, ainsi qu'en raison de la supériorité de l'artillerie coalisée qui est en place sur les hauteurs depuis plusieurs jours. gauche|vignette|Après-midi du 13 mai. Les combats autour de Grand-Reng sont dans l'impasse, mais le retrait de Fromentin et de Duhesme expose les flancs droits de Muller et de Despeaux. Rassemblant une réserve de cavalerie sous les ordres de Kienmayer, Kaunitz lance une dernière attaque sur les deux flancs des Français épuisés, obligeant Desjardin à se replier. Duhesme reste sur la rive nord pendant la nuit pour couvrir le retrait des dernieres français.