La paroi interne de la vessie est tapissée de cellules transitionnelles qui sont à l'origine de la plupart des cancers de la vessie. L'évolution et la prise en charge dépend beaucoup du caractère invasif de la tumeur. On distingue le cancer superficiel de la vessie du cancer invasif (tumeur infiltrante). Si le cancer superficiel reste de bon pronostic, le cancer invasif de la vessie est beaucoup plus grave et nécessite des traitements agressifs.
Épidémiologie Incidence Il s'agit de l'un des dix plus fréquents cancers avec un peu plus de 500 000 cas annuels de par le mondeRichters A, Aben KKH, Kiemeney LALM, The global burden of urinary bladder cancer: an update, World J Urol, 2020;38:1895-1904.
L'âge moyen est de 65 ans. Il touche 4 hommes pour 1 femme Lenis AT, Lec PM, Chamie K et al. Bladder Cancer: A Review, JAMA, 2020;324:1980-1991 , mais ce taux évolue au fur et à mesure que l'impact du tabagisme chez la femme se fait sentir.
Le cancer de la vessie est une tumeur fréquente. En 2000, cas ont été diagnostiqués en France, parmi lesquels un tiers est lié au tabagisme. Il est le sixième cancer le plus fréquent en France.
Mortalité Il représente 3,5 % des décès par cancer.
Le taux de survie à 5 ans est de 96 %, lorsque les tumeurs infiltrent le muscle uniquement (TVIM), 70 % lorsqu'il s'étend et seulement 5 % lorsque les métastases se diffusent dans le corps.
Tous types de cancers de la vessie confondus, le taux de survie à 5 ans est de 77,4 % . Il est plus mauvais chez la femme en raison d'un retard au diagnostic Dobruch J, Daneshmand S, Fisch M et al. Gender and bladder cancer: a collaborative review of etiology, biology, and outcomes; Eur Urol, 2016;69:300-310, l'hématurie étant banale au cours d'une infection urinaire..
Facteurs de risque Le facteur de risque non modifiable le plus important reste l'âge Shariat SF, Sfakianos JP, Droller MJ et al. The effect of age and gender on bladder cancer: a critical review of the literature, BJU Int, 2010;105:300-308.
Les facteurs favorisants les plus importants sont le tabagisme (responsable de 40 % des cancers de la vessie.) et certains cancérogènes chimiques. À ce titre, le cancer de la vessie peut être considéré comme une maladie professionnelle.
Les principales substances industrielles en cause sont : les amines aromatiques ; leurs dérivés hydroxylés halogénés et sulfonés (tableau français des maladies professionnelles) ; les dérivés de l'aniline ; certains hydrocarbures polycycliques et probablement les fumées de dieselFraga, S., Zanoun, N., & Haddar, M. (2016). Évaluation de l’exposition professionnelle des patients hospitalisés pour un cancer de la vessie au niveau de deux centres hospitalo-universitaires du centre d’Algérie. Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, 77(3), 499. ; les brouillards de certaines huiles minéralesColin, R., Grzebyk, M., Goutet, P., Hedelin, G., & Bourgkard, E. (2017). Cancer de la vessie et expositions professionnelles aux brouillards d’huiles: étude cas–témoins nichée dans une cohorte de travailleurs de la sidérurgie. Revue d'épidémiologie et de santé publique, 65(1), 85-86 |résumé ; les dérivés industriels du tryptophane ; l'arsenic Lamm SH, Engel A, Penn CA et al. Arsenic cancer risk confounder in southwest Taiwan data set, Environ Health Perspect, 2006;114:1077-1082 (qui a autrefois été abondamment utilisé comme pesticide et qui sert (avec l'antimoine) de durcisseur aux plomb des munitions de chasse ; Il semble exister une synergie entre arsenic et fumées du tabacParis C & Stücker I (2016) Multi-expositions et risque de cancer: approche épidémiologique. Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, 77(3), 494-495. ; certains pesticides sont soupçonnés depuis peu, en raison d'une augmentation du risque de cancer de la vessie chez des professionnels exposés aux pesticides de traitement de légumes en plein champ et sous-serres ou à des tâches telles que le semis de pois et de betteravesBoulanger M, Tual S, Lemarchand C, Guizard A V, Velten M, Marcotullio E, ... & Lebailly P (2016) Expositions professionnelles en agriculture et risque de cancer de la vessie: résultats de la cohorte Agrican. Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, 77(3), 497 |résuméarsn..
Par ailleurs, on retrouve à l'origine du cancer de la vessie certains médicaments (phénacétine, cyclophosphamide) ou une irradiation pelvienne Wallis CJD, Mahar AL, Choo R et al. Second malignancies after radiotherapy for prostate cancer: systematic review and meta-analysis, BMJ, 2016;352:i851.
Les lésions de bilharziose urinaire peuvent dégénérer en lésions malignes de type cancer épidermoïde de la vessie Ishida K, Hsieh MH, Understanding urogenital schistosomiasis-related bladder cancer: an update, Front Med (Lausanne), 2018;5:223. Cette parasitose se retrouvant principalement en Égypte et en Afrique de l'Ouest.
Plusieurs mutations sur certains gènes augmentent le risque de cancer de la vessie, notamment sur le gène p63 Urist MJ, Di Como CJ, Lu M-L et al. Loss of p63 expression is associated with tumor progression in bladder cancer, Am J Pathol, 2002;161:1199-1206, le gène codant le récepteur du facteur de croissance épidermique Chow NH, Chan SH, Tzai TS et al. Expression profiles of ErbB family receptors and prognosis in primary transitional cell carcinoma of the urinary bladder, Clin. Cancer Res., 2001;7:1957-1962, ainsi que d'autres gènes. Le risque de cancer de la vessie est également considérablement augmenté au cours d'un syndrome de Lynch Lim A, Rao P, Matin SF, Lynch syndrome and urologic malignancies: a contemporary review, Curr Opin Urol, 2019;29:357-363.
L'eau chlorée serait un facteur de risque. Des sous-produits dont les trihalométhanes se forment lors des réactions entre le chlore et les matières organiques de l'eau. La concentration de ces sous-produits dans l'organisme est un facteur de cancer de la vessie Water disinfection by-products and bladder cancer Bladder Cancer and Exposure to Water Disinfection By-Products through Ingestion, Bathing, Showering, and Swimming in Pools . L'eau des piscines chlorées est fortement chargée en trihalométhanes Pooling Data on Pools : Genotoxicity of Chemicals in Indoor Swimming Pools, dans les piscines chlorées le nageur est ainsi exposé à ces sous-produits par absorption cutanée.
Il existe également une néphropathie tubulo-interstitielle endémique dans la région des Balkans, qui peut se complique en cancer urothélial. Cette maladie résulte d'une intoxication alimentaire par une mycotoxine, l'ochratoxine A, produite par un champignon des céréales.
Diagnostic
Symptômes Les éléments cliniques évoquant une tumeur cancéreuse de la vessie sont peu spécifiques. On note en premier lieu l'hématurie micro ou macroscopique (un cancer de la vessie est retrouvé dans environ un cas sur cinq d'hématurie macroscopique Edwards TJ, Dickinson AJ, Natale S et al. A prospective analysis of the diagnostic yield resulting from the attendance of 4020 patients at a protocol-driven haematuria clinic, BJU Int, 2006;97:301-305), la dysurie, les signes d'infection urinaire à urine claire, les infections urinaires récidivantes. L'altération de l'état général et les douleurs marquent souvent un stade avancé de la maladie.
Les symptômes cliniques nécessitent une confirmation avec réalisation : d'une bandelette urinaire retrouvant l'hématurie ; d'un examen cytologique des urines confirmant parfois la présence d'hématies et de cellules anormales mais cet examen a une faible sensibilité ; la cystoscopie permet de visualiser les lésions vésicales et effectuer dans le même temps des biopsies pour études anatomopathologiques des lésions et confirmation du diagnostic. C'est un examen essentiel. Il peut être aidé par l'instillation locale d'hexaminolevulinate qui se fixe sur les cellules cancéreuses permettant de les mettre en évidence grâce à une lumière bleue Burger M, Grossman HB, Droller M et al. Photodynamic diagnosis of non-muscle-invasive bladder cancer with hexaminolevulinate cystoscopy: a meta-analysis of detection and recurrence based on raw data, Eur Urol, 2013;64:846-854 ; les examens d'imageries tels le scanner et l'IRM du bassin sont utiles au bilan d'extension. Dans ce dernier examen, l'injection de ferumoxtran-10 permettrait de détecter les métastases ganglionnaires, même de petites tailles, avec une très bonne sensibilité et spécificité Deserno WM, Harisinghani MG, Taupitz M, Urinary bladder cancer: preoperative nodal staging with ferumoxtran-10-enhanced MR imaging, Radiology, 2004;233:499-556.
Bilan d'extension Le cancer de la vessie se développe à partir de la muqueuse interne de la vessie. En absence de traitement, la maladie s'étend au-delà de la muqueuse à travers la paroi de la vessie, dissémine au travers des vaisseaux lymphatiques vers les ganglions du petit bassin, et au travers des veines dans l'ensemble de l'organisme. Le bilan d'extension permet de connaître le stade exact de la maladie, d'appliquer le traitement le mieux adapté et d'estimer le pronostic de la maladie.
Anatomopathologie Il existe différents types anatomopathologiques de tumeur maligne de la vessie. Le terme cancer de la vessie correspond au carcinome de la vessie. Il en existe trois formes : le carcinome transitionnel (ou carcinome urothélial) est la forme la plus fréquente. Il représente 90 % des cancers de la vessie. le carcinome épidermoïde est plus rare, il correspond à 7 % des cancers. l'adénocarcinome est plus rare, environ 1 %.
Les tumeurs malignes (cancer) non carcinomateuses correspondent aux lymphomes, sarcomes et tumeurs neuroendocrines de la vessie dont le traitement diffère des carcinomes.
Classification Le grade G1 G2 G3
Classification TNM-UICC 2002 T (Tumeur) Tx Tumeur primitive ne pouvant être classée T0 Pas de tumeur Ta carcinome papillaire superficiel, non invasif (papillaire, respectant la membrane basale) Tis carcinome in situ (plan, respectant la membrane basale) T1 Tumeur envahissant le tissu conjonctif sous-épithélial T2 Tumeur envahissant le muscle (ou détrusor) T2a Musculeuse superficielle T2b Musculeuse profonde T3 Tumeur envahissant le tissu péri vésical (graisse) T3a Atteinte microscopique T3b Atteinte macroscopique T4 Invasion des viscères adjacents T4a Prostate ou utérus ou vagin T4b Paroi pelvienne ou paroi abdominale N (Adénopathies régionales) Nx Absence de renseignements suffisants N1 Envahissement d'un seul ganglion pelvien <2 cm de plus grand diamètre N2 Envahissement d'un seul ganglion > mais <5 cm ou plusieurs ganglions <5 cm N3 Envahissement d'un ganglion > M (Métastases à distance) M0 Pas de métastase à distance M1 Présence de métastases à distance
Classification des tumeurs superficielles de la vessie Le comité de Cancérologie de l'Association française d'urologie a défini une classification des tumeurs superficielle de la vessieIrani J, Bernardini S, Bonnal JL, et al. « Tumeurs urothéliales : recommandations du Comité de cancérologie de l’Association française d’urologie ». Prog Urol 2004;14:959-96.. Cette classification permet de distinguer trois stades pour lesquels le risque de rechute à 5 ans et de décès à 10 ans se distinguent nettement.
RISQUE EVOLUTIF CANCER SUPERFICIEL DE LA VESSIE RISQUE DE PROGRESSION A 5 ANS RISQUE DE DECES PAR TUMEUR A 10 ANS Groupe 1 : risque faible pTa G1 unique pTa G1-G2 non récidivant à trois mois 7,1 % 4,3 % Groupe 2: risque intermédiaire pTa G2 multifocal pTa multirécidivant pTa G3, pT1 G2 unique 17,4 % 12,8 % Groupe 3 : risque élevé pT1 G3 pTis diffus pT1 multifocal pT1 récidivant à moins de 6 mois 41,6 % 36,1 %
En 2016, l'OMS a publié une nouvelle classification histologique des tumeurs de la vessieVarinot, J., Furudoï, A., Roupret, M., & Compérat, E. (2016). Mise au point sur les classifications moléculaires et la nouvelle classification histologique du cancer de la vessie. Progrès en Urologie, 26(11), 600-607 |résumé