La question de la coiffure chez les peuples germaniques est le centre d'un débat historiographique qui dure depuis le .

Historiographie On parle souvent en histoire mérovingienne - c'est l'expression consacrée - des reges criniti, les rois chevelus pour désigner les rois mérovingiens (481-751), mais il faut se poser les questions suivantes : les rois étaient-ils les seuls à porter les cheveux longs, ou le peuple entier ? Et quelques différences y avait-il entre les différents peuples germaniques ?

Sources

Littérature de l'époque du Haut empire L'expression reges criniti n'a en réalité été utilisée qu'une seule fois chez les auteurs de l'époque : chez Grégoire de Tours, dans son Historia Francorum, et plus précisément dans le phrase : id temporis crinitos reges habere coeperunt, c'est-à-dire « à ce moment-là, ils commencèrent à avoir des rois chevelus. » Ici, l'évêque de Tours raconte l'arrivée au pouvoir des Mérovingiens ; ces rois sont chevelus, non par rapport aux Francs, mais par rapport aux Romains, auxquels les Francs avaient jusqu'alors été soumis. Il faut donc plutôt comprendre l'adjectif criniti (dans le texte à l'accusatif pluriel crinitos) comme « choisis dans leurs familles ». Le roi se distinguait donc autrement de ses sujets : Théophane explique qu'il se distinguait par des soies semblables par celles du porc qu'il aurait eu au milieu du dos, et le Pseudo-Frédégaire fait valoir l'origine mythologique de ces rois, donc la race était issue Mérovée, fils de la reine des Francs et d'un monstre marin, le Quinotaure. Tacite dans La Germanie écrit : Tous les Germains auraient donc les cheveux longs, les Suèves seuls les noueraient au sommet de leur tête, et le peuple aurait les cheveux hérissés, tandis que la coiffure des chefs serait mieux peignée. Les esclaves semblent eux avoir les cheveux courts, ou, comme le pense Jean Hoyoux, plutôt retroussés. Ovide loue la chevelure des Sicambres dans ses Amours : il parle d'une jeune fille obligé de porter une perruque à cause de ses abus de teintures et d'artifices que la condamnent à la calvitie. Ici, la jeune fille porte les cheveux d'une femme Sicambre, mais ce pourrait être une raison littéraire. En effet, elle peut être jalouse d'une autre femme, et non d'un homme. Jean Hoyoux soutient que les cheveux seraient plutôt pris aux hommes germains : la particularité des cheveux germains se fait manifeste chef les hommes, par rapport aux cheveux cours des hommes romains, alors que les femmes germaines et romaines ont toutes les cheveux longs ; en outre, seuls les esclaves masculins étaient tondus en signe de captivité. Juvénal parle aussi, comme quelque chose de très connu, de la longue chevelure que portent les Germains. Sénèque écrit : Lucain évoque la longue toison des Ligures « plus renommée encore que celle de la Gallia comata (Gaule chevelue) ».

Littérature de l'Antiquité tardive Claudien, dans son Eloge de Stilicon, mentionne les rois à la chevelure fauve que Stilicon a vaincu, et en s'adressant à Eutrope, montre l'empereur Honorius qui fait entrer la nation des Sicambres entière, tondue en signe de captivité. Dans son chant à la gloire d'Honorius, il qualifie un Suève de crinitus et décrti les longues chevelures des Sicambres des guerriers vaincus lorsqu'ils s'agenouillent en soumission à l'empereur. Sidoine Apollinaire décrit la longue chevelure du roi des Wisigoths Théodoric, et il souligne que cette coutume est commune à toute sa nation. Il qualifie les Germains de « hordes chevelues », et décrit les Saxons venant à la cour d'Euric à Bordeaux la tête rasée parce qu'ils sont suppliants, et leur tête rasée fait sensation, ce qui prouvent que l'habitude wisigothique était à la chevelure fournie.

Agathias attribue la longue chevelure à une élite, après avoir dit que seuls les rois avaient de longs cheveux (et non pas l'élite). Jean Hoyoux accorde peu de crédit à ce témoignage.

Archéologie Certaines découvertes archéologiques permettent d'éclairer la façon de se coiffer des Germains.

Ainsi, on connait le chignon suève que portaient le peuple des Suèves, outre par la mention de Tacite, grâce à un homme des tourbières retrouvé dans le Schleswig-Holstein, en Allemagne, l'homme d'Osterby, ainsi que quelques statues et bas reliefs : vignette|Copie d'après l'anneau sigillaire de Childéric Ier, roi des Francs (« Childerici Regis »), retrouvé dans sa tombe à Tournai en 1653. Buste du roi, vu de face, les cheveux longs jusqu'aux épaules, partagés par une raie médiane. Bibliothèque Nationale de France, Paris. L'original a été volé en 1831. La coiffure des rois francs est connue grâce à l'anneau sigillaire du roi Childéric Ier retrouvé dans sa tombe.

Historiens de l'époque contemporaine Jules Michelet parle de la même façon de la particularité capillaire du roi, que de la chevelure du peuple :

Comme Michelet, la plupart des historiens ne font guère la différence entre roi et peuple, bien qu'ils précisent toujours que le roi est particulier, mais en lui donnant les mêmes attributs que son peuple. Suit ici une énumération des principales théories émises par les historiens sur le sujet. Maurice Prou :

Mais il écrit aussi, quelques pages plus haut :

Godefroid Kurth, repris par Matthieu-Maxime Gorce : Henri Brunner affirme que la longue chevelure flottante orne exclusivement la tête des rois francs, mais également burgondes et wisigoths. Albert Marignan fait la réflexion pertinente que si un roi est puissant par sa chevelure, c'est qu'il règne sur des tondus : Marc Bloch soutient aussi que les rois avaient les cheveux longs, et les autres courts :

Références

Catégorie:Coiffure