Diagoras de Mélos (en grec ancien : ), parfois dénommé Diagoras le Mélien ou Diagoras l'Athée, est un législateur, poète lyrique et sophiste grec du (vers - après ).
Disciple de Démocrite, il est resté dans l’histoire comme l'un des plus célèbres athées de l'antiquité.
Notice biographique Diagoras, fils de Téléclidès ou Teleclytos, est né dans l’île de Milos, une des Cyclades. Dans sa jeunesse, Diagoras a acquis une réputation comme poète lyrique, au point d'être mentionné aux côtés des plus grands poètes lyriques Simonide de Céos, Pindare et Bacchylide. Parmi ses dithyrambes, trois nous sont parvenus : l'éloge d'Arianthes d'Argos, personne par ailleurs inconnue ; un second sur les Mantinéens et un troisième sur Nicodore, un homme politique de Mantinée, notamment célébré en tant qu'homme d'État et législateur de sa ville natale. D’après Élien, Diagoras était son amant et il avait en partie ou entièrement rédigé la constitution démocratique de la ville, autour de , Livre II, Chap. XXII-XXIII : .. Diagoras d'esclave devint disciple de Démocrite après que celui-ci, dans l'admiration de ses dons, eut payé une très forte rançon (1000 drachmes) pour l'affranchirHésychios de Milet, De viris illustribus, 17..
Une allusion des Nuées d'Aristophane - pièce représentée pour la première fois en et révisée par l'auteur en / - implique qu'à une période estimée à -423/-416, Diagoras était déjà connu à Athènes.
Procès d'impiété
Vers /Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIII.6, Diagoras est accusé d'impiété par les AthéniensCe procès est évidemment à rapprocher de ceux d'Anaxagore (vers ), de Protagoras (vers ?) et de Socrate (). Ce dernier, bien qu'athénien, se verra même lors de son procès qualifié de « mélien » en référence à Diagoras.. La raison exacte est inconnue, les témoignages rapportant des versions différentes.
Selon diverses sources, entre autres Mélanthios dans Sur les mystères d’Éleusis, l’historien Cratère, le scholiaste des Oiseaux d'AristophaneLes Oiseaux, v.1073. ou encore la Souda, il aurait non seulement critiqué les Mystères d'Éleusis, mais il en aurait en outre révélé le fonctionnement aux profanes, tout en dissuadant ceux qui voulaient être initiés. D'autres actes d'impiété sont évoqués.
La Souda évoque une autre explication, liée à un premier procès, où Diagoras accuse un homme de lui avoir volé un péan. Mais l'accusé confirmant effrontément qu'il en était l'auteur, Diagoras perdit son procès et vit de plus l'imposteur remporter un certain succès avec son péan. Diagoras se serait alors récrié contre les Dieux qui ne punissaient pas le menteur, allant jusqu'à rédiger les (Discours qui renversent les tours) où il aurait clairement exposé son athéisme. À noter que pour les philologues et Woodbury, cet argument serait une pure invention des biographes hellénistiques.
Il n'est pas impossible non plus que l'accusation soit due au contexte politique de la guerre du Péloponnèse. Après le massacre des Méliens en , Diagoras, d'origine mélienne, et étant de plus intervenu pour les Mantinéens qui venaient de se retourner contre les Athéniens, faisait vraisemblablement de facto l'objet de suspicions - qu'il ait ouvertement ou non critiqué les Athéniens. Il faut aussi ajouter à ce contexte, les actes d'impiété contemporains : la mutilation des Hermès (), les parodies des Mystères d'Éleusis, impliquant notamment Alcibiade, la profanation par un dénommé Cinésias des statues d'Hécate...
Quelle qu'en soit la cause, le procès condamne Diagoras à mort, sa tête étant de plus mise à prix (un talent pour sa mort, deux s'il est arrêté vivant)Aristophane, Les Oiseaux, v. 1072-73.. Diagoras avait cependant déjà fui à Pellène hors de portée de la législation athénienne.
Selon les sources, il meurt dans un naufrageDe manière similaire à Protagoras fuyant son procès d'impiété. ou à Corinthe.
Œuvres Œuvres lyriques Seuls deux petits fragments des dithyrambes à Arianthes d'Argos (fr. 1) et Nicodore de Mantinée (fr. 2) nous sont parvenusOn en trouvera le texte in de ..
Œuvres philosophiques Concernant ses œuvres philosophiques, on lui attribue les discours (discours qui renversent les tours), mais nous n'en possédons aucun fragment - excepté peut-être le fragment de Deverni (voir ci-dessous). Ceci explique — bien qu'il soit disciple de Démocrite — son absence des de Diels.
D'autre part, les Φρύγιοι λόγοι (discours phrygiens) attribués à Démocritevoir : Démocrite B CCXCIX e ( et note 5 ). seraient de DiagorasTatien, Le Discours aux Grecs, XXVII. Il est aussi possible que les Ἀποπυργίζοντας λόγους et les Φρύγιοι λόγοι soient un seul et même texte.
Concernant sa philosophie, Cicéron, pour qui l'athéisme de Diagoras ne fait aucun doute Cicéron, De natura deorum : I, 1, rapporte les deux anecdotes suivantes dans le De natura deorum :
Le Papyrus de Derveni thumb|right|Fragments du papyrus de Derveni (Musée archéologique de Thessalonique).
Le texte du Papyrus de Derveni - un papyrus qu'on peut dater du milieu du - cite et commente un poème orphique (plus précisément une théogonie) en hexamètres. On a affaire aux vestiges d'un traité qui a dû être composé vers , peut-être dans l'entourage du philosophe Anaxagore. Le philologue a proposé d'en attribuer la paternité à Diagoras de Mélos, qui encourut à Athènes la même accusation d'impiété et d'athéisme qu'Anaxagore. Pour Janko le fragment serait un extrait des . Ni Marek Winiarczyk ni Tim Whitmarsh ne sont convaincus par cette attributionT. Whitmarsh, c.r. de Marek Winiarczyk, Diagoras of Melos: A Contribution to the History of Ancient Atheism. Translated from Polish by Witold Zbirohowski-Kościa. Beiträge zur Altertumskunde, 350. Berlin; Boston: De Gruyter, 2016, Bryn Mawr Classical Review 2018.08.36..
Publication (éditions modernes des fragments lyriques).
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie Sources antiques contemporaines sur Diagoras Aristophane (vers - vers ) Les Nuées (, rév. 418-16), 830 et scholiaste (Winiarczyk T 6A2) Les Oiseaux (), 1072-73 : (trad. Paul Mazon) Les Grenouilles (), 320 Lysias (vers - ), Discours sur l'impiété d'Andocide, 17
Sources antiques Liste non exhaustive - on trouvera dans l'ensemble des textes où son nom est mentionné, par ordre chronologique : Mélanthios (v. - v. ), Sur les mystères d’Éleusis Cratère ( - ) Cicéron ( - ), De natura deorum (), I.1, I.23, I.42, III.37, III.89 Diodore de Sicile , Bibliothèque historique, XIII Athénagoras d'Athènes () Supplicatio pro Christianis, 4 Tatien, Le Discours aux Grecs, XXVII Diogène Laërce, Vie de Diogène, VI, 59 Élien (v. - v. ), Histoire, Livre II, chapitre XXII-XXIII : Des lois des Mantinéens et de l'athlète Nicodore leur législateur. Arnobe (? - ?), Contre les gentils Hésychios de Milet , De viris illustribus, 17 Souda , entrées : (alpha, 3493) ; (delta, 523) ; (delta, 524) ; (pi, 3200) ; (tau, 343) (cf. ).
Études modernes
Marek Winiarczyk, Diagoras of Melos: A Contribution to the History of Ancient Atheism. Tr. du polonais par Witold Zbirohowski-Kościa. Beiträge zur Altertumskunde, 350. Berlin; Boston: De Gruyter, 2016. Pp. xviii, 224. .
Articles connexes Démocrite Sophiste Protagoras Anaxagore Procès de Socrate
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