Le coup d'État orangiste de 1831 à Gand fait partie d'une tentative de coup d'État menée le par le mouvement orangiste de Belgique. Elle se déroule en pleine guerre belgo-néerlandaise, qui fait suite à la révolution belge et à l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas, proclamée unilatéralement par le gouvernement provisoire le .

L'action prévoyait des attaques simultanées à Anvers, Bruxelles, Gand et Louvain dans le but de proclamer le fils du roi des Pays-Bas Guillaume , le prince d'Orange, nouveau chef de l'État belge.

À Gand, la tentative échoue grâce à la résistance des pompiers de la ville qui, à l'époque, étaient armés et engagent le combat contre les orangistes dans la Gouvernementstraat, faisant 47 morts dont un dans leurs rangs. Aucune des autres actions n'aura lieu dans les différentes villes ciblées initialement.

Le meneur de l'action, le Français Ernest Grégoire, est arrêté et jugé avec d'autres orangistes en cours d'assises au mois de juin de la même année. Ils seront tous acquittés, le gouvernement de l'époque préférant étouffer l'affaire pour minimiser l'importance du mouvement orangiste et inciter davantage à l'union nationale.

Contexte La révolution belge et les orangistes

En 1830, tous les Belges ne se rallient pas à la révolution et ne sont pas nécessairement en faveur de l'indépendance de la Belgique vis-à-vis du royaume uni des Pays-Bas, telle que proclamée par le gouvernement provisoire le à la suite de l'insurrection dans les Pays-Bas méridionaux puis des Journées de Septembre. En effet, le mouvement orangiste demeure, à tout le moins, fervent partisan du roi des Pays-Bas, Guillaume d'Orange-Nassau, d'où son nom, sinon en faveur du nationalisme thiois. Les orangistes organisent dès lors une contre-révolution, particulièrement dans des bastions royalistes ou « pro-hollandais » comme l'est la ville de Gand où une grande partie de la bourgeoisie industrielle est réputée pour son soutien au roi. Les bourgeois de l' s'inquiètent tout particulièrement de la perte de marché potentiel après la scission du royaume, qui entraîne leur coupure de l'empire colonial néerlandais et l'accroissement de la concurrence britannique dans ce domaine. Le bourgmestre fait partie du mouvement au même titre qu'Hippolyte Metdepenningen, qui en est l'un des meneurs. À ce titre, le , le conseil communal et la chambre du commerce et de l'industrie de Gand signent une déclaration de principe en faveur des orangistes. Le mouvement est particulièrement présent et soutenu par les trois loges maçonniques de Gand : Les Vrais Amis, La Félicité Bienfaisante et, surtout, Le Septentrion.

La ville de Gand est également le siège de plusieurs journaux ralliés à cette cause, comme Le Messager de Gand et son rédacteur en chef Charles Froment.

Le trône de Belgique vignette|gauche|L'objectif des orangistes était de promulguer le fils du roi des Pays-Bas Guillaume , le prince d'Orange (image), en tant que nouveau chef de l'État belge. vignette|Le le Congrès national décide d'offrir le trône de Belgique à Louis d'Orléans, le fils du roi des Français, Louis-Philippe Ier, ce à quoi les orangistes entendent bien s'opposer, la veille, par leur coup d'état.

C'est également la période de l'histoire de la Belgique où le jeune État se cherche un roi, puisque la Constitution belge dispose que la nation sera une monarchie constitutionnelle. Début 1831, le Congrès national a deux candidats sérieux en vue : le duc de Leuchtenberg et Louis d'Orléans, duc de Nemours. C'est ce dernier, fils du roi des Français, Louis-Philippe Ier, qui est plus que pressenti pour devenir le premier roi des Belges et le vote en sa faveur doit avoir lieu le . Le but du mouvement orangiste est alors de proclamer le prince d'Orange en tant que nouveau chef de l’État belge, malgré le décret constitutionnel du 24 novembre 1830 qui exclut perpétuellement la famille d'Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique. L'objectif est de réaliser cela avant le vote en faveur du duc de Nemours, en attaquant Bruxelles, capitale et siège du Congrès national, mais aussi Anvers, Gand et Louvain.

En effet, le prince, alors en exil à Londres, possède de nombreux agents en Belgique qui lui sont toujours fidèles et entretient avec eux des correspondances où il leur intime d'établir des relations avec les troupes des nouvelles forces armées belges et leurs officiers supérieurs, ainsi qu'avec certains personnages haut placés, particulièrement à Anvers, Maastricht et dans les Flandres.

Le , il publie la proclamation suivante, affichant clairement son ambition :

Parmi les nombreuses preuves des machinations orangistes de l'époque, citons également cette lettre du général Nicolas Daine datée du et adressée aux rédacteurs du journal Le Courrier des Pays-Bas, annonçant l'imminence d'une future action mais garantissant selon lui la loyauté des forces armées belges :

Gand en 1831 Gand et la révolution vignette|Les élections de 1830 à Gand, sur un tableau de Jozef Geirnaert.

Lorsque la révolution belge éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Gand est également le théâtre de manifestations populaires mais l'ordre public parvient à être maintenu malgré plusieurs emprisonnements. Une garde bourgeoise est mise sur pied le , par crainte de voir la ville être contaminée par l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux : les riches industriels de l', qui ont fait fortune grâce à l'empire colonial néerlandais, s'opposent globalement à la révolution et rejoignent le mouvement orangiste. Dès lors, le , la Chambre de commerce, alliée aux quatre loges maçonniques de la ville, signe une pétition en faveur de l'unité du Royaume uni des Pays-Bas.

Il faut attendre les Journées de Septembre pour que la ville prenne le parti des patriotes belges. Les combats de Gand débutent lorsque la population se soulève dès le , guidée par Charles Coppens, Charles Louis Spilthoorn, et l'avocat Louis De Souter.

Forces stationnées en ville

vignette|À l'époque, les corps de pompiers belges sont souvent armés et assurent l'ordre public, comme ici des pompiers de Bruxelles. vignette|Plan de la citadelle de Gand. Début 1831, la ville de Gand abrite le quartier général de l'un des quatre corps d'armée des nouvelles forces armées belges : l'armée des Flandres, commandée par le général Ignace Louis Duvivier. Son état-major est situé sur le Kouter, à l'époque appelé la « Place d'Armes ». Le commandement militaire de la province de Flandre-Orientale est confié au général François-Xavier de Wautier. Quant au commandant militaire de la place de Gand, il s'agit du colonel Van den Sanden depuis le .

La garnison de la ville loge dans la toute nouvelle citadelle de Gand et se compose : du régiment de ligne, commandé par le colonel Jean Nicolas Marie L'Olivier d'un bataillon des « chasseurs Borremans », commandé par le major A. Baron du 2e régiment de chasseurs à cheval, commandé par le colonel Constantin d'Hane-Steenhuyse.

En plus de cela, le maintien de l'ordre public est assuré par la Gendarmerie, nouvellement créée pour remplacer la maréchaussée royale, ainsi que par la garde civique, qui remplace l'ancienne schutterij de la période néerlandaise, dissoute par la régence de la ville dès l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux. Elle est elle-même renforcée dans cette fonction par le corps des pompiers de Gand, dirigé par le Major Louis-Grégoire Van de Poele, un ancien officier des hussards de la Grande Armée. En effet, à l'époque, les corps de pompiers des grandes villes sont organisés de manière militaire bien que demeurant des unités civiles au service de la municipalité. Ils sont, de ce fait, armés dans le but de soutenir et renforcer les forces de l'ordre en plus de leur mission de lutte contre l'incendie. Celui de Gand, fondé le par un décret impérial de Napoléon Bonaparte, ne fait pas exception à la règle et dispose, outre de fusils, de l'artillerie de la ville composée de deux canons.

Genèse vignette|Le général François-Xavier de Wautier, a toujours prétendu qu'il était le seul à ne pas faire partie du complot. Afin de mener à bien leur projet, les orangistes s'adressent initialement au major Pierre Aulard, commandant du bataillon de la légion Belge-Parisienne. Celui-ci refuse et s'empresse de dénoncer ces propositions au ministre de la Guerre Albert Goblet d'Alviella mais, pour toute réponse, reçoit l'ordre de se rendre à Charleroi avec son bataillon.

Après ce premier échec, le comte Adolphe Duchanel contacte Ernest Grégoire, un Français, d'être le meneur de l'action de Gand. Ce-dernier avait été nommé au grade de lieutenant-colonel dans la jeune armée belge à titre de remerciement pour sa participation, jusqu’alors exemplaire, à la révolution belge et tout particulièrement aux Journées de Septembre à Bruxelles. Il commande depuis lors le bataillon de tirailleurs du 6e régiment de ligne, en poste à Bruges. Dès le début de l'année 1831, il cherche par tous les moyens à augmenter ses effectifs afin d'obtenir plus rapidement le grade de colonel. Cependant, ses agissements sont repérés par les autorités, comme l'atteste la lettre du major Aulard au lieutenant-colonel Huybrecht, commandant de la gendarmerie de Gand, le :

Grégoire reçoit quarante à quatre-vingt mille francs à remettre aux officiers généraux et supérieurs pour acheter leur participation ainsi qu'à distribuer aux soldats. Le complot comprend presque tous les officiers supérieurs de la garde civique et de la garnison de la citadelle de Gand. Il comprend également une bonne partie de l'état-major militaire de la province de Flandre-Orientale, ce inclus le général Ignace Louis Duvivier, le commandant en chef de l'armée des Flandres. En cas de succès, le prince Guillaume d'Orange, fils de Guillaume , a promis qu'il franchirait la frontière en Zélande avec une armée de afin de venir en aide aux rebelles. Des mouvements simultanés doivent également avoir lieu à Anvers, où l'armée de l'Escaut, commandée par Jacques Van der Smissen, doit se soulever. À Bruxelles, la garnison de la ville est également censée prendre les armes, ainsi que l'armée de la Meuse.

Déroulement Préparatifs et départ de Bruges vignette|La porte Sainte-Croix, à Bruges, par où le bataillon de Ernest Grégoire quitta la ville sans ordres à destination de Gand, le soir du . Dans la soirée du , un dîner est organisé par les orangistes à Bruges pour les hommes d'Ernest Grégoire. Des dames habillées de vêtements de soie de couleur orange sont également conviées. Un toast y est porté au Prince d'Orange ainsi qu'à la réussite de leur entreprise du lendemain. Les préparatifs éveillent les soupçons des autorités de la ville quand ils s'aperçoivent que les chasseurs de Grégoire ont reçu de l'argent et qu'ils s'enivrent dans les cabarets de Bruges. Dix d'entre eux sont en effet arrêtés à la suite d'une bagarre vers . L'un des officiers du bataillon de Grégoire, le capitaine Hutteau d'Origny tente de les faire libérer, mais en vain.

La troupe part de Bruges vers avec un peu plus de et, arrivée à Maldegem, elle se voit renforcée par une autre compagnie de soldats du régiment de ligne qui vient grossir leurs rangs sous présentation de faux ordres.