La compagnie Valmy est un groupe de résistance armée à l'occupation allemande de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, actif dans les départements du Doubs et de la Haute-Saône durant les années 1941-1943. Ce groupe de Francs-tireurs et partisans s'est constitué à l'initiative du Parisien Pierre Georges et du Clervalois Pierre Villeminot.
Constitution d'un stock d'armes et munitions Pierre Villeminot est né le à Clerval. Son père est revenu gravement malade de la Grande guerre, décédant en 1917Auguste Villeminot est décédé le 30 avril 1917 à Clerval, d'une tuberculose contractée sur le front, pour laquelle il avait été réformé un mois plus tôt.
Son futur beau-père, Charles Felez, est décédé le 29 août 1920 des suites d'un gazage durant le même conflit.. Après son service militaire au régiment d'infanterie de Belfort, il a été dessinateur aux usines Talbot de Suresnes puis employé à la mairie de Besançon. Mobilisé en 1939, Il est engagé dans les opérations, le en Alsace. Après l’effondrement du front français, il gagne la Suisse en , où il est interné, et rejoint la France (zone libre) en janvier de l’année suivante. En , il peut retrouver son village natal de Clerval situé en zone occupée. Il a la volonté d'opposer à l'occupation allemande et va, avec l'aide de quelques amis de son club de footballFrancis Duffing, André Cuby, André Fioux et d'Yvonne sa fiancéeIls se marieront le 9 septembre 1942., récupérer les armes jetées dans le Doubs par les soldats français lors de la débâcle de qui a suivi la bataille de France. Elle seront stockées dans une grotte près de ClervalGrotte de Cally..
Mise en place de la compagnie Pierre Georges est un militant communiste devenu, à la fin , commissaire militaire de l'Organisation spéciale (OS) du PC. Il est l'adjoint du commissaire politique Albert Ouzoulias, alias colonel André. Il tue, le 21 aout 1941, un aspirant allemand au métro Barbès à Paris. En , après l'élimination quasi complète des premiers combattants, pris par la police française et fusillés par les Allemands, l'Organisation spéciale devient les Francs-tireurs et partisans (FTP). Le , Pierre Georges, dit alors capitaine Henri, rejoint le pays de Montbéliard. Il a reçu du comité national des FTP la mission de développer des groupes d’action dans le Doubs. À partir du , assisté de René Gabus de Badevel, un ami d'enfance, il constitue un premier groupe d’actionsComprenant notamment Charles Joly de Seloncourt et Léon Socié de Valentigney. dans le Pays de Montbéliard. Fin mars, il organise les premières opérations armées mais l'un des résistants, Charles Joly, sous le coup d’un mandat d’arrêt, doit passer dans la clandestinité. Pierre Georges donne l’ordre de dispersion dans les bois par groupes de deux ou trois. Ce groupe constitue les prémices de la future compagnie.
C'est le que Pierre Georges rencontre, à Clerval, Pierre Villeminot, alias lieutenant Noël. De cette rencontre nait la Compagnie FTP ValmyÀ ne pas confondre avec le groupe Valmy de Lons, le maquis Valmy de Beaune ou le régiment Valmy d'Autun. dont le groupe de Clerval (Pierre Villeminot, André Cuby, Francis Duffing, André Fioux, Yvonne Felez...) constitue l'ossature des « légaux » : ceux qui poursuivent leur activité civile tout en nourrissant, renseignant voire hébergeant temporairement les maquisards de la Compagnie. Ceux-ci , les « volants » restent la plupart du temps hors des agglomérations ; ils ont comme point de regroupement et de stockage la ferme de la Grange Certier (commune de Fontaine-lès-Clerval), à l'écart de Clerval. Rejoints par des hommes de ViéthoreyCamille, Louis et Élie Clerc., AbbenansArmand Bouquard., RignyGeorges Clerc., Vy-les-LureMaurice Besson.... Ils sont rapidement 25, dont 4 prisonniers russesDont Alexis Metrinko et Alexandre Agafonov. évadés et Armand Mercklen d'Exincourt qui a révisé les armes récupérées et qui hébergera, de temps à autre, Pierre Georges et sa femme Andrée qui l'a rejoint avec leur fille de 2 ans.
Passage à l'action La première action, le , consiste à détourner des cartes de ravitaillement et tampons à la maire d'Arbouans, puis suivront des destructions d'ouvrages stratégiques : pylônes de lignes à haute tension, écluses, voies ferréesLe 1er juillet, ils posent des explosifs dans le tunnel de Rang. Les dégâts sont insuffisants pour faire dérailler le train allemand qui était visé. René Louison, un cheminot de Pompierre, qui les a aidés, est arrêté et mourra en déportation., centrale électrique, transformateurCelui de l'usine Lip de Besançon. Participent à cet attentat, le 13 juillet 1942 : Pierre Georges, Pierre Villeminot, Ferdinand Kachler et Georges Ruel.... Ils vont également s'attaquer plus directement aux Allemands avec explosions de bombes à l'hôtel de Paris et à la de Besançon. Le , à Mamirolle, ils attaquent Georges et sa femme, Griesbaum, Metrinko, Kachler, Ruel…, à la grenade et au fusil, un véhicule se rendant au camp du Valdahon, tuant un capitaine et blessant un colonel et le chauffeur. Au total, une vingtaine d'actions sont à mettre à leur actif jusqu'au .
Arrestations Les enquêtes de la gendarmerie locale et de la brigade de sureté de Dijon (commissaire Jacques Marsac) ont conduit aux arrestations de André Cuby et André Fioux, le , de Francis Duffing le 17 et de Villeminot le 18. Le , Pierre Georges et 4 autres maquisards sont dénoncés alors qu'ils se trouvent à Canton-Berçot, au nord du hameau du Creux d'Alouette, près de leur ferme-refuge. Cinq gendarmes de Clerval interviennent ; Georges Ruel est touché par deux balles comme Ferdinand Kachler ; Alexis Metrinko (l'un des 4 russes recrutés, est atteint au pied, et Georges à la tête. Édouard Griesbaum (le lieutenant Nicole), ceinturé se défend et reçoit une balle dans le ventre. Il réussit toutefois à fuir, mais les intestins perforés et un rein touché, il mourra deux jours plus tard à quelques distances de làDans la ferme de Dominique Paracca, tailleur de pierre et agriculteur à L'Hôpital-Saint-Lieffroy .. Alexis Metrinko s'est enfui, mais est repris dans la soirée. Georges a réussi à s'échapper ; il parvient à gagner Villers-Saint-Martin où le fromager Émile Marguet, le soigne et le cache dans sa porcherie, puis un ingénieurRené Humbert. de la compagnie électrique de Baume-les-Dames le transporte à Seloncourt chez Georges Stein où il récupère, durant plusieurs semaines, de sa grave blessure. Andrée, sa femme qui se trouvait à Rigny (Haute-Saône) chez Georges Clerc avec sa fille, le rejoint. Le docteur Pétrequin vient le soigner. Le couple est ensuite hébergé chez la famille d'Armand Merklen à Exincourt. Georges sent le danger lorsqu'une femme se présente à la porte des Merklen. Il part le lendemain, conseillant à ses hôtes d’en faire autant. Le surlendemain, celui-ci, sa femme, son fils, et un voisin (Pierre Ronzani) seront arrêtés. Ils mourront tous les 4 en déportation. Les 3 frères Clerc (Camille Louis et Élie) seront également arrêtés fin octobre. On apprendra que, lors de son arrestation, Metrinko (sous la contrainte) a fourni les noms de membres et assistants du groupeLe fromager Émile Marguet de Villers Saint Martin qui a hébergé Georges et Metrenko est arrêté. . Yvonne Felez incarcérée le , sera libérée au bout de quelques semaines.
Questionné, par Marsac, au commissariat de la Madeleine (Besançon), et sous la menace d'exécution d'otages de Clerval s'il ne parlait pas, Pierre Villeminot finit par indiquer où était caché le stock d'armes.
Seconde compagnie Valmy À partir de , Pierre Georges, nommé commissaire militaire régional des Francs-tireurs et partisans (avec le nom de guerre commandant Camille), assisté d'Albert Poirier, commissaire technique (capitaine Jean), revient en Franche-Comté pour créer le bataillon FTP franc-comtois en Haute-Saône. Celui-ci est composé de 3 compagnies : "France" dans le secteur Gray-Champlitte, "la Marseillaise" couvrant Jussey, Port-sur-Saône et Vesoul et "Valmy" pour le secteur Lure, LuxeuilLure, Luxeuil, Fougerolles, Corbenay, Magny-Vernois. S' ajoute une compagnie de volants composée de 5 résistants recherchés dans d'autres départements et 4 agents de liaisons féminines. Le bataillon est constitué de 200 combattants qui connaitront des fortunes diverses : côté "Marseillaise", le détachement "Hoche" paiera un lourd tribut avec 22 arrêtés sur 53 hommes (10 fusillés et 7 morts en déportation. Les volants seront tous arrêtés sur dénonciation de leur chef Gaston Renaudin, alias Totor.
Quant à la compagnie Valmy, forte de 24 hommes, agissant à partir de fin septembre, elle a 17 actions à son actif avant sa dissolution. Ses membres sont victimes, en décembre, de la trahison de leur chef, Georges Putot, alias commandant Georges : le , Putot, devenu commissaire à la place d'Albert Poirier, est arrêté par des feldgendarmes à Magny-Vernois alors qu'il se rend à une réunion du comité militaire régional. Après sa (fausse) capture, Poutot se met au service de la police allemande, entraînant les arrestations de 20 des 24 membres de la compagnieseuls Henri Dirand, André Hassler, Pierre Simonin et l'abbé Maley ne seront pas inquiétés. .
Bilan des morts et déportés La compagnie de Clerval a déploré (avec les victimes collatérales et hors famille de Pierre Georges) : 1 fusillé et 19 déportés dont 9 ne reviendront pas.
Le bataillon de Haute-Saône (dont la deuxième compagnie Valmy) déplorera 41 arrestations parmi lesquelles : 17 hommes seront fusillés ou exécutés,Essentiellement au début de l'année 1944, à Frotey-lès-Vesoul.et 24 seront déportés dont 13 ne reviendront pas. La part de la compagnie Valmy serait de 8 fusillés et 4 morts en déportation.
Destinée des chefs et lieutenants de la compagnie Condamné à la réclusion à perpétuité, Pierre Villeminot est détenu à la prison de la Butte de Besançon puis, du au au fort de Romainville où il retrouve Pierre Georges. Il est ensuite transféré au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Alsace), puis en à Dachau et à Gröditz, satellite du camp de concentration de Flossenbürg en Saxe. Il a été exécuté peu de temps avant la fin de la guerre, le , lors d'un massacre commis contre 185 détenusSur 188 prisonniers, 3 réussiront à s'échapper. du camp dans une carrière proche de Köselitz, alors que les forces américaines ne se trouvaient qu'à quelques kilomètres du camp.
La fin tragique d'Édouard Griesbaum a été relatée plus haut.
Pierre Georges est arrêté le à Paris. Il s'évade du fort de Romainville le avec Albert Poirier, un autre militant communistePierre Villeminot, qui avait retrouvé Pierre Georges, devait sortir en 3e position sur la soixantaine de détenus, mais le déclenchement de l'alerte ne lui a pas permis de s'échapper.. Il retourne dans l’Est où il devient l'un des 3 dirigeants de l’inter région 21 des FTPQui regroupe sept départements : Doubs, Jura, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Territoire de Belfort, Haute-Marne, Haute-Saône. ; il participe à l'organisation de maquis dans les Vosges, dans la Haute-Saône ( bataillon FTP de Franche-Comté) et dans le Centre-Nord. Il est notamment hébergé par l’abbé Bouveresse, curé de Montureux-lès-Baulay en Haute-Saône)il se fera établir une fausse pièce d'identité, comme prêtre, au nom de Paul Grandjean.. Il participe, en 1944, à la libération du Pays. Dans la nuit du 27 au , dans son PC à Habsheim, alors qu'il manipule une mine qu'il croit désamorcée, celle-ci explose, le déchiquetant et tuant son adjoint Marcel Pimpaud et 4 officiers de son état-major, dont Gilberte Lavaire, l'un de ses agents de liaison des FTP en Haute-SaôneAinsi qu'Odile Bogé, Andrée Berthel et Angèle Kowalcza..
Sort des collaborateurs et délateurs Georges Putot, réfugié à Gênes en Italie, est arrêté fin 1946 lors d'une venue à Marseille, jugé et condamné à mort à Dijon en Le nombre de résistants qu'il a dénoncé durant la guerre est estimé à 200. et exécuté en .