thumb|La Consécration de Déodat, par Claude Bassot (vers 1620). Saint Dié, ou saint Déodat de Nevers, Deodatus en latin d'Église, ou saint Dieudonné en ancien français, est un personnage légendaire du , premier patron d'un vaste ban montagnard centré sur la haute vallée de la Meurthe dans les Vosges. Il ne doit pas être confondu avec saint Déodat de Nole (martyr en 473).

Les hagiographies tardives le décrivent en évêque de Nevers, titre fort controverséIl s'agirait d'une erreur de copiste : episcopus hiberniensis a été lu niverniensis, évêque nivernais pour évêque irlandais. En paléographie latine b et v s'écrivent de la même façon, Hiberniae représente les antiques îles avant le grand Nord atlantique, l'Irlande étant l'île d'hivernage par excellence, Hibernia, plus que les myriades d'îles au large de l'Écosse. Pour les spécialistes d'histoire religieuse, irlandais est un ancien qualificatif péjoratif de courant religieux autorisé, mais jugé non orthodoxe et fortement discriminé après la papauté de Zacharie. Tout le fonds chrétien le plus populaire est en ce sens irlandais, entre le et le .. Après s'être retiré dans la solitude, le saint homme aurait fondé un ermitage au Petit-Saint-Dié puis aurait construit le monastère des Jointures, lieu précis entre le Robache et la Meurthe autour duquel se forme, bien plus tard au , la première ville qui prit son nom, Saint-DiéLe monastère des Jointures correspond à l'emplacement actuel de la cathédrale de Saint-Dié, peut-être surélevé artificiellement à l'époque. De nombreux spécialistes pensent que les bâtiments ont été érigés très vite pendant la vie ou juste après la mort du fondateur religieux du ban. Ce pourrait d'ailleurs être un monastère de femmes alors que le monastère du Petit-Saint-Dié semble masculinSaint Dié, Patron du Diocèse. Il serait mort en 679.

Celui qui est bien plus prosaïquement un fondateur de ban religieux, c'est-à-dire d'une grande paroisse montagnarde, est honoré le .Forum orthodoxe.com : saints pour le 19 juin du calendrier ecclésiastique. Il l'était autrefois le .

Légende et tradition populaire vosgienne Saint Dié fait référence à un saint homme nommé Deodatus en latin d'église ou Dieudonné en français, réduit en Dié. Les anciens montagnards vosgiens l'appelaient simplement le bonhomme.

Une légende dit qu'il se serait un temps retiré en ermite dans une haute vallée vosgienne.. L'hiver venant, il en serait venu à manquer de nourriture. Dieu serait alors apparu en songe à un comte qui s'était lié d'amitié avec le saint. Il ordonna à ce dernier de charger chaque semaine un âne de victuailles, puis de le laisser libre de livrer lui-même son chargement. Plus tard, cet âne fut dévoré par un loup. Lorsque le prédateur découvrit qu'il avait tué un animal chargé d'une mission divine, il comprit qu'il ne lui restait plus, pour expier son péché, qu'à remplacer l'animal de bât pour livrer lui-même provisions et fagotsNicole Lazzarrini, Contes et légendes de Lorraine, éditions ouest-france 1999..

Ce qui est narré plus haut, dans sa version la plus sommaire, correspond effectivement à une littérature enfantine. La biographie imprécise, provenant d'une hagiographie tardive, la première Vita Deodati datant du , s'accorde à une conception officielle. Mais saint Dié est surtout un personnage légendaire qui a été adopté comme patron tutélaire par des générations de montagnards vosgiens. C'est dire s'il a laissé à maintes périodes une trace indélébile dans le folklore, la tradition orale et la religiosité populaire.

Mentionnons aussi le prestige religieux que les historiens accordent à la collégiale Saint-Dié, réorganisée au , et à la petite ville basse de Saint-Dié à laquelle son efficace administration a donné naissance par association avec le duc de Lorraine. Elle apparaît constamment citée en Lorraine après Nancy et les trois centres d'évêché, Metz, Toul et Verdun, alors qu'elle n'est longtemps qu'un centre religieux qui ne compte pas plus de mille habitants avant le . Mais les chanoines, gestionnaires avisés de la collégiale, issus des plus riches familles de la noblesse lorraine, ont plus d'affinités avec les prestigieux chanoines de Murbach ou de Munster qu'avec le modeste saint fondateur qui n'a pas vécu à leurs époques. La tradition orale, rejointe parfois par la légende écrite, laisse entendre qu'il s'agit d'un pieux emprunt et ne semble même pas accorder crédit à sa fondation du monastère des Jointures puisqu'il s'agit d'un rêve anticipateur.

Le saint homme a donné son nom à un modeste chemin montagnard qui reliait autrefois la plaine d'Alsace entre Sélestat et Colmar à la place du vieux marché de Saint-Martin, proche du Petit-Saint Dié : il passe à proximité de sources et de fontaines car le bonhomme fait surgir les eaux de la terre en tapant avec son grand bâton. Il donne ainsi son nom au col du Bonhomme et au village du Bonhomme, appelé au Diedelshausen en allemand. Diedel est donc l'équivalent de Dieudonné. C'est pourquoi le marchand empruntant habituellement le vieux chemin saint Dié ou encore l'habitant de Saint-Dié / Sankt Diedeln ou du Bonhomme / Diedelshausen peuvent être appelés occasionnellement Diedeler par les mineurs allemands qui œuvrent dans les mines d'argent du duc de Lorraine au début du .

Le grand bonhomme, à la beauté grave, accomplit une série de miracles : il redresse les poutres torves comme il rend justice aux démunis, il aménage des prairies en hières (héronnières) et aide celui qui œuvre pour le bien public ou la vérité, il bâtit en échangeant en jets à longues distances ses outils avec son fidèle compagnon Idoux, que celui-ci soit à Moyenmoutier ou ailleurs.

Par la maîtrise de ses outils, mués en armes de jet magiques, le bonhomme évangélisateur transparaît en maître de guerre assagi. Mais il ne faut pas lui chercher noise car il est susceptible de jeter des sorts fatals, de laisser le goître à un malfaisant mécréant ou d'apporter la dégénérescence physique à toute une communauté qui aurait bafoué la bonne croyance ! À un vantard indélicat lui ayant promis sa vigne, mais qui garde pour lui son vin, le saint lance une nuée de guêpes chaque fois qu'il tire son vin jusqu'à ce qu'il se souvienne et tienne son serment.

À une époque que les hagiographies religieuses laissent dans le flou temporel ou situent dans ses dix dernières années d'existence, saint Dié à l'origine moine gyrovague dans le désert, serait devenu défricheur, rassembleur immédiat de communautés et ses nouveaux compagnons convertis auraient essaimés fondant avec vigueur une quinzaine de communautés : Bertrimoutier, Provenchères, Colroy, Lusse, Wisembach, Laveline, La Croix, Mandray, Le Valtin, Anould, Clefcy, Saint-Léonard, Saulcy, Sainte-Marguerite, Saint-Martin.

Après son colossal labeur que certains chroniqueurs évaluent à dix-huit églises, le saint a pris le temps de rêver à un beau monastère sur l'autre rive de la Meurthe.

La tradition raconte que Dieudonné, perdu dans le brouillard, jette sa hache de la chaume du Rossberg surplombant le col du Bonhomme. Cette hache de prairie rompt le brouillard et fait surgir la puissante source saint Dié, au lieu-dit nommé depuis « Petit saint Dié ». Il construit sa cahute, s'y installe en ermite et survit reclus dans la solitude givrée, nourri par les bonnes victuailles que Huna, compagne d'Huno, lui faisait parvenir, et échangent avec les anes, qui sont ou bien des esprits des morts anaons ou bien des fées à pattes d'oies qui hantent les sommets des montagnes par bonds en arc de cercle. Épuisé à son arrivée que la tradition commémorative la plus récente fixe au début de 669, il meurt soit quelques mois plus tard, soit après dix années de contemplation monacale, un jour avant le plus grand soleil (solstice ?).

Sources écrites La Vita Deodati, premier document hagiographique connu, est rédigée par un moine bénédictin au ou . Elle montre l’ignorance à peu près complète du scribe. Démuni d’informations sur la vie de Déodat, il invente dans un style fleuri l'histoire d'un moine errant, mettant bout à bout une succession d’anecdotes considérées comme véridiques, et rapportées arbitrairement à l’époque de la vie du saint homme. Le moine n’a sans doute accès qu’à des documents de diplomatique, le privilège de Numérien, archevêque de Trèves, daté de 664 ou des copies des reconnaissances d’immunité royale des églises vosgiennes, obtenues avant 670. L’auteur évite les croyances populaires et s’inspire de quelques procès récents du chapitre de Saint-Dié avec des communautés éloignées du ban, près de Rambervillers ou en Alsace. Le parcours légendaire, décrit comme aléatoire, se passe justement aux abords de la vieille route de Rambervillers à l'Alsace, dont un modeste diverticule passe par saint Dié. La pérégrination légendaire de Déodat est reprise et transformée par le moine Richer de Senones dans sa chronique au . Le chanoine Jean Herquel de Plainfaing l'imite au . Jean Ruyr reprend le cycle au début du . Le grand prévôt de Saint-Dié, François de Riguet, revisite aussi l’itinéraire de saint Dié. Des rapprochements avec saint Maurice d’Agaune s’opèrent même à partir du .

Saint Dié était fêté autrefois le à Toul, le à Strasbourg et Nevers. Le chapitre de saint Dié l'honorait en culte public le , en compagnie de sainte Hunne, saint Villigod et saint Martin de Moyenmoutier Diocèse de Saint-Dié (Sancti Deodati), Georges Goyau, Catholic Encyclopedia, Vol. 13, New York, Robert Appleton Company, 1912, New Advent.. La date du a été adoptée tardivement.

Iconographie Parmi les présentations de saint Dié, qui figurent, de façon plus ou moins sommaire ou légèrement discordante, dans quelques paragraphes des ouvrages ci-dessous, notons la recension critique des travaux des érudits du dans la première partie du livre de l'archiviste Paul Boudet. Boudet Paul, Le chapitre de Saint Dié en Lorraine, des origines au seizième siècle, Archives des Vosges thèse soutenue le , dans Annales de la Société d’Émulation des Vosges, - année, 1914-1921, , année, 1922, Chanzy charles, Précis chronologique de l’histoire de la ville de Saint-Dié, Freisz, Saint-Dié, 1853. Chanoine Lévêque Louis, Petite histoire religieuse de nos Vosges, Imprimerie Géhin, Mirecourt, 1947, 200 pages. Martin Eug. (abbé), Histoire des diocèses de Toul, Nancy et Saint-Dié, Tome 1, Nancy, 1900, 602 pages. OHL des Marais, Albert, Histoire chronologique de la ville et du val de Saint-Dié, Édition culture et civilisation (réédition imprimerie Loos, 1947), Bruxelles, 1979, 384 pages. Bulletins de la Société Philomatique Vosgienne, Saint-Dié, Tome 1, 1875 au tome C, 1999-2000.

Hypothèses mythologiques Avant la romanisation et la christianisation, près du lieu fondateur du Petit-Saint-Dié proche de Saint-Martin, a été probablement érigée une simple colonne près d'une source. Le légendaire médianimonastérien mentionne que la hache de Déodat a été lancée des chaumes du Rossberg, au-dessus du col du Bonhomme et s'est plantée au Petit-Saint-Dié, faisant surgir une source ferrugineuse. Le manche symbolise l'axe de la colonne, centre du monde au sens religieux : ce genre de lieu est consacré à la vieille divinité de la guerre et de l'orage Tiuz. La racine a laissé tuesday en anglais ou Dienstag en allemand - mardi. Le dieu Toutatis, dieu des assemblées du peuple assimilé abusivement à Mars par Jules César, en est le correspondant celtique.

L'étymologie populaire gallo-romaine de lieu rapproché de Martin pourrait être un "Mars thinganus" - le thing étant l'assemblée, un dieu de la guerre latinisé en mars. La guerre et le commerce faisant bon ménage, le lieu-dit Vieux Marché de Saint-Martin est la plus ancienne place de marché de cette partie de la vallée connue avant le . Aujourd'hui encore, mardi et vendredi sont jours de marché à Saint-Dié.