L'église Saint-Martin de Marcolès est une église de style gothique méridional située en France sur la commune de Marcolès, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Historique L'église actuelle, édifiée au sur les fondations d'un prieuré fortifié, présente un chœur carré, une nef à cinq travées, une tour-clocher et un décor intérieur mêlant sculptures gothiques, peintures du et mobilier en bois.
La précédente église L’église actuelle, située au cœur de l’enceinte fortifiée du , s’élève sur les fondations d’un édifice antérieur attesté en 1203 (bien que ses origines remontent probablement à une époque encore plus ancienne). Cette précédente église était rattachée à la mouvance de l’abbaye de Saint-Géraud. Elle devait paraître trop vétuste, trop exiguë et/ou trop endommagée par les ravages de la guerre de Cent Ans pour répondre aux besoins de la communauté. Face à ces contraintes, l’édifice fut reconstruit.
Protection L'église est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .
La statue-reliquaire de saint Martin de Tours, datée du , a été classée au titre objet des monuments historiques par arrêté du .
Le retable de la chapelle Saint-Martin a été inscrit au titre objet des monuments historiques le (arrêté n°99-1768). Les statues polychromes en pierre ont été inscrites au titre objet des monuments historiques : sainte Anne trinitaire et le groupe de l'Annonciation le ; saint Jacques lisant le . La chaire à prêcher a été inscrite au titre objet des monuments historiques le . La présentation au Temple a été inscrite au titre objet des monuments historiques le . Le panneau sculpté en bas-relief, d'époque Renaissance, a été classé au titre objet des monuments historiques le .
Les prêtres communalistes de Saint-Martin L’existence de prêtres filleuls au sein de la communauté de Saint‑Martin est attestée dès le . Leur nombre varie au fil du temps : 23 sont recensés en 1504, 20 en 1517, 19 en 1520, 13 en 1642 et 5 en 1763. Bien qu’ils ne remplissent pas de fonctions paroissiales officielles, ces prêtres interviennent ponctuellement lors de périodes de crise. Ainsi, lors de la grande famine de 1693, le jeune vicaire bénéficie du soutien actif d’un prêtre communaliste. Les prêtres filleuls participent également à diverses activités locales : ils travaillent dans les champs, enseignent, chantent la grand‑messe, assistent aux funérailles et assurent le service de certaines chapelles en qualité de chapelains.
Les filles dévotes de Sainte-Agnès Les filles dévotes de Sainte‑Agnès, ou menettes, forment un groupe de femmes pieuses établi à Marcolès vers 1690. Elles assumaient des fonctions essentielles : prières, catéchisme, participation aux processions, prise en charge des orphelins et des malades, aide aux personnes âgées, soutien aux familles, instruction des enfants et assistance domestique au curé. La chapelle Sainte‑Anne leur était réservée. Entre 1690 et 1910, 195 filles dévotes sont recensées. Elles représentent, entre 1720 et 1760, 13 % de la population féminine de Marcolès.
Le musicien et chantre En 1594, maître Symphorien Bacholet est attesté comme musicien au service de l'église de Marcolès. Chantre de l'église Saint-Martin, trois de ses enfants y sont baptisés, témoignant de son enracinement dans la communauté locale jusqu'à sa mort en 1624.
Le cimetière des pauvres La paroisse se distinguait par l’existence de deux cimetières : un intra‑muros, établi autour de l’église, et un second situé hors des fortifications. Ce dernier, connu sous le nom de cimetière de la chapelle Saint‑Féréol des Marcolès, également appelé cimetière des pauvres ou ancien cimetière, se trouvait à proximité des fortifications, au lieu‑dit La Capelle. Il avait servi de cimetière pour les victimes des épidémies de peste et, auparavant, de maladrerie ou léproserie.
Description
L’aspect extérieur gauche|vignette|Vue extérieure nord-ouest de l'église Saint-Martin (MH 19-5-2003)
Au fil des siècles, l’aspect extérieur de l’église Saint-Martin a été l’objet de nombreuses transformations. À l’origine, l’édifice se composait d’une nef centrale à quatre travées éclairée par des ouvertures latérales dans ses parties supérieures. À l’est se trouvait le chœur carré, tandis qu'à l’ouest un clocher primitif, dit à peigne, dominait la façade donnant sur la place (ce dernier s’est effondré avant 1553).
vignette|redresse|Le clocher actuel de l'église Saint-Martin
Dès la fin du , l’édifice voit l’édification de nombreuses chapelles latérales par des familles aisées, pour avoir « droit de banc et de sépulture ». Ces chapelles, aux toitures disparates, ont masqué les ouvertures de la nef et modifié l'aspect extérieur de l'édifice. L'actuelle sacristie sud n’avait pas été encore édifiée : une porte s’ouvrait du chœur sur le cimetière, tandis que l’on accédait, à l'ouest, à l’église par une grande porte principale protégée par un porche ou une petite porte latérale protégée par un auvent.
Depuis toujours, les murailles, principalement en granit, ont été couronnées, au-dessus de la nef, par un toit en lauzes à deux eaux.
À la Révolution, l'église est transformée en Temple de la Raison. Le clocher est abaissé afin de ne pas dépasser de plus d’une aune le niveau du couvert de la nef, avant d’être ultérieurement rehaussé et équipé d’une horloge. En raison de son élévation, il a dû assurer un rôle de vigie, participant à la surveillance et la défense du bourg lors des périodes de conflit.
En 1856, le cimetière entourant l’église est transféré à l’extérieur du village, la porte latérale est condamnée et le portail actuel en pierre de Volvic est installé.
L’aspect intérieur L’église Saint-Martin est de style gothique méridional c’est-à-dire qu’elle possède une nef, un chœur et pas de transept.
La nef de l’église gauche|vignette|Vue d'ensemble de l’intérieur de l'église Saint-Martin
La nef de l'église est divisée en cinq travées. Les murs latéraux des quatre travées principales, percés d'arcs, donnent accès à huit chapelles. La cinquième travée, plus étroite, accueille au sud les fonts baptismaux et au nord l’escalier d’accès à la tribune. La voûte est soutenue par des croisées d’ogive. Les nervures de ces ogives reposent sur des culots partiellement incrustés dans la maçonnerie. Par ailleurs, les murs des chapelles aident à canaliser les forces générées par le voûtement et permet une meilleure répartition des charges sur l’ensemble de la structure.
La multiplicité des chapelles latérales donne l'impression, dès le franchissement de la porte d'entrée, que la nef est moins élevée qu'elle ne l'est en réalité. Cela s'explique notamment par l'interruption visuelle de la hauteur par ces espaces secondaires.
Le chœur vignette|Vue d'ensemble du chœur de l'église Saint-Martin
Le carré du chœur correspond à la structure étroitement liée du clocher qui la surplombe. Il se compose de deux travées couvertes chacune par une voûte. Ces voûtes reposent sur deux croisées d’ogives séparées par un arc médian (ou arc diaphragme). À l’origine, le chœur bénéficiait d’un éclairage grâce à une baie axiale et trois fenêtres en plein cintre disposées sur les côtés. Toutefois, lors de la construction ultérieure de la sacristie, l’une de ces fenêtres fut obstruée, modifiant quelque peu l’éclairage initial de l’ensemble.
Le passage reliant le chœur à la nef se fait par un arc triomphal. Cet arc, en plus de sa fonction structurelle de transition, est orné avec finesse de petites fleur rouges. Sa partie supérieure est décorée d’un grand rideau théâtral à franges dorées, peint en trompe-l’œil visant à susciter l’émotion et la réflexion chez le paroissien.
gauche|redresse|sans_cadre|Plan de l'église Sain-Martin de Marcolès
Les chapelles L’église Saint-Martin se caractérise par un nombre élevé de chapelles latérales : quatre au sud et quatre au nord, plus une neuvième si l’on ajoute la chapelle des fonts baptismaux.
Ce sont les suivantes :
la chapelle du Sacré-Cœur, la chapelle Notre-Dame du Rosaire dite de Cabrespine puis d'Humières, la chapelle du Crucifix dite de Nozières, la chapelle de l'Annonciation, la chapelle des fonts baptismaux, la chapelle Saint-Martin, la chapelle Saint-Joseph, la chapelle Saint-Jean-Baptiste dite Destaing, la chapelle Saint-Roch.
Elles présentent toutes une facture distincte en raison de leurs dimensions, de la taille des arcs en ogives, des arceaux gothiques s'ouvrant sur la nef, du style des fenêtres, des culs de lampes sur lesquels viennent reposer les arcs des croisées d'ogive ainsi que du non alignement de leurs murs gouttereau conférant à l'édifice une forme renflée particulièrement singulière.
gauche|vignette|redresse|Statue reliquaire de saint Martin de Tours datée du (MH 7-10-1935)
Saint Martin de Tours L'église est consacrée à saint Martin. Les visiteurs sont souvent étonnés d'apprendre que les reliques les plus importantes (après les guerres de Religion) d'un saint majeur de la chrétienté sont conservées, non pas à Tours, mais dans une petite cité médiévale du département du Cantal.
NB : A Tours, pendant les guerres de Religion de 1562, la châsse de saint Martin fut brûlée par les protestants et seuls furent conservés un morceau de crâne et un os du bras (radius).
Lors de travaux de réparation, le , une statue-reliquaire de saint Martin de Tours fut découverte dans la maçonnerie du maître-autel. Les artisans en informèrent le curé qui fit extraire la statue. Une loge à relique fut alors mise au jour à l’arrière de celle-ci. Le curé Pierre Cortez convoqua des témoins pour procéder à son ouverture. Ces reliques, d'une grande importance, étaient composées d'ossements intacts ainsi qu'un parchemin portant l'inscription "HAC SUNT RELIQUAE BEATI MARTINI". Cette découverte parvint jusqu'à l'évêque de Saint-Flour qui ordonna une enquête canonique. Il en résulta la prise de conscience qu'à Marcolès se trouvaient les plus importantes reliques connues à ce jour de ce saint.
vignette|redresse|Dos de la statue creusé en forme de reliquaire(MH 7-10-1935)
A l’origine en bois polychrome, cette statue (figure) remarquable représente un saint évêque en habits pontificaux coiffé de la mitre. Mesurant 1,05 mètre de hauteur, il est majestueusement assis sur son siège et bénit de la main droite. Selon Antoine Cazes, vers 1630, cette œuvre «était revêtue ordinairement [...] d'une chasuble en satin violet et la croix de broderie d'or et d'argent, avec un bonnet de velours cramoisi... » soulignant son caractère sacré. «Placée sur le grand autel», elle occupait une place centrale dans les rites et était portée en procession lors des «calamités publiques» renforçant son rôle symbolique d'intercession divine et de protection des fidèles.
Voici la liste initiale des ossements identifiés par les médecins :
les deux humérus, manquant tous deux de leurs apophyses inférieures et supérieures, un tibia presque entier, manquant seulement de son apophyse supérieure, la moitié supérieure d'un péroné, une rotule, un os du métatarse, la partie supérieure du cubitus (os de l'avant bras), de la longueur d'à peu prés six pouces et d'un demi-pied, plusieurs fragments d'os détachés.
gauche|vignette|Reliques, en 2025, de saint Martin de Tours
Puis vint la période de demande des reliques. En 1842, ce furent 9 reliquaires (1 en vermeil + 8 en argent) accompagnés de 12 lettres d'authenticité en plus de la nouvelle châsse. En 1855, Tours fit extraire du reliquaire l'os du tibia, puis vinrent les requêtes de Liguré, Amiens, Cahors, Flaurac... Les ossements de saint Martin furent dispersés.
La photo présente les restes des reliques de Marcolés.
vignette|redresse|Retable de la chapelle Saint-Martin qui accueille le reliquaire (MH 99-1768)