La chartreuse du Reposoir (lat. : Repausatorium) est un ancien monastère chartreux situé sur le territoire de la commune éponyme, dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Situés dans la vallée du Foron du Reposoir, dans un cirque boisé au bord d'un petit lac, les bâtiments bordant la rivière sont dominés par la chaîne du Reposoir à l'est et la chaîne du Bargy au nord-ouest. L'établissement est fondé en 1151 par le chartreux Bienheureux Jean d'Espagne et occupé continûment jusqu'à la Révolution française, puis entre 1866 et 1901. L'ancienne chartreuse abrite depuis 1932 une communauté de religieuses carmélites et s'appelle aujourd'hui monastère du Carmel du Reposoir. La chartreuse est classée au titre des monuments historiques.

Historique Fondation vignette|gauche|Vue de la chartreuse du Reposoir depuis les berges du lac ; en arrière-plan, la pointe d'Almet (2 232 m).

Avant son départ pour la deuxième croisade, en 1147, Aymon de Faucigny fait une donation à des moines pour qu'ils s'installent en Faucigny À son retour, il précise que ceux-ci s'installeront sur la rive gauche du Brevon.. Ils s'installent sur les terres de la vallée du Béol, mais les difficultés rencontrées sur le site (climat, faune, inondation des torrents), leur font abandonner le projet. Il faut attendre quelques décennies plus tard pour que le chartreux Jean d'Espagne réinvestisse le site qui prendra le nom de Reposoir.. Aymon de Faucigny rédige cette fois-ci un acte en date du 11 des calendes de février, soit le , selon certaines sources dans l'une des résidences des sires de Faucigny à Châtillon-sur-Cluses.

Extrait de l'acte signé par Aymon et Jean, sous les auspices de l'évêque de Genève Arducius de Faucigny, frère d'Aymon, et en présence de Aymon de Sales, vicaire d'ArduciusJean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, Librairie J.F., Chambéry, Puthod, :

La vallée du Béol, dans laquelle s'installent les chartreux, portera désormais le nom de Reposoir, d'après le mot de Jean d'Espagne lors de la vue de cet endroit. Il aurait dit « Hic est repausatorium meum ! » (« C'est ici mon reposoir ! »), en découvrant le lieu.. En latin médiéval, repositorium signifie « le repos de l'âme ».

Henri de Faucigny essaya de reprendre une partie des donations faites par son père, mais se rétracte et confirme celles-ci en 1185

Aymon II de Faucigny, sous la tutelle de Nantelme de Miolans, confirme durant son règne les différentes donations faites (1202, 1210)Article, Mémoires et documents de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 1862, & ..

Jean d'Espagne Entré dans les ordres à l'âge de 19 ans, Jean, originaire de Salamanque (?) en Espagne, arrive à l'âge de 28 ans au Reposoir et trouve les traces des premières installations des moines. Il souhaite réinvestir ce lieu et en faire un monastère. Il meurt le Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, Librairie J.F. Puthod, Chambéry, 1807, .. On l'enterre rapidement au Reposoir à l'extérieur de la clôture. Son corps est exhumé sous l'impulsion de Charles-Auguste de Sales, évêque d'Annecy-Genève et neveu de Saint François de Sales, le . Les restes du saint homme sont déposés dans une cassette, puis dans une châsse. Il est béatifié le par un décret du pape Pie IX.

Possessions Les donations d'Aymon de Faucigny comptent ainsi l'ensemble de la vallée de Béol, ainsi qu'une somme d'argent conséquente. Les chartreux disposent ainsi de vignes (auxquelles s'ajoutent celles de la Crête offerte par Rodolphe de Lucinge), des terres et d'alpages dans les actuelles communes de Scionzier, Saint-Hippolyte, Magland, ainsi que sur le versant genevois appartenant aux paroisses du Grand-Bornand, Thônes et Veyrier. Hugues de Faucigny, Dauphin de Vienne et seigneur de Faucigny, fait don en 1316 de la montagne de Chérente.

Restauration Soumise aux intempéries du climat montagnard et ayant subi les crues des deux Foron, la chartreuse est restaurée en 1671. Toutefois, les bâtiments continuent à se délabrer et une partie brûle durant l'hiver 1705.

Période contemporaine : la Révolution condamne les moines à l'exil ; le Directoire du district de Cluses devient propriétaire et transforme la chartreuse en annexe de la salpêtrière de Cluses : rachat au Directoire du district par Jean-Pierre Veradier de l'Ardèche : rachat en indivision par 17 fermiers du Reposoir : Le Reposoir devient une paroisseFiche communale sur Sabaudia.org 1846 : les Chartreux reviennent au Reposoir : les Chartreux rachètent une partie des biens confisqués à l'exception des biens rachetés par la paroisse : Le Reposoir devient une commune, détachée de Scionzier : en échange de l'abandon par la paroisse de ses droits sur le monastère, les Chartreux s'engagent à construire une église, un presbytère et un cimetière au lieu-dit Praz Riand : consécration de l'église par Monseigneur Rendu 1855 : Les chartreux sont à nouveau chassés par la loi du ministre piémontais Rattazzi décrétant la suppression des ordres monastiques 1866 : Retour des chartreux après le rattachement de la Savoie à la France : Expulsion des Chartreux à la suite de la loi Waldeck-Rousseau du sur les associations et les congrégations non autorisées : séparation de l'Église et de l'État ; les biens ecclésiastiques devenus propriété de l'État sont vendus à la famille Casaï 1907 : un consortium germano-suisse transforme l'ensemble en hôtel de luxe, l' : Classement aux monuments historiques de l'entrée et du portail.

: l'abbé Duparc, curé du Reposoir, rachète le bâtiment à la demande de Mère Marie de Jésus (à la ville Marquise Alessandra di Rudini) : trente ans après le départ des Chartreux, les Carmélites commencent leur vie en clôture : Classement aux monuments historiques de l'ensemble des bâtiments

Description La chartreuse forme un carré orienté d'occident vers l'orient, et réunit dans son enceinte ce qu'on appelait, à l'origine, la Correrie qui était séparée du monastèreDépliant remis aux visiteurs lors des journées du patrimoine 2018..

Le grand cloître fait le tour de toutes les maisonnettes des Pères Chartreux ; ses voûtes, en bec de sifflet, pénètrent dans les murs sans appui. C'est par là que chaque moine rejoint son habitation. Les cellules des Pères constituent le carré au nord et au midi et l'achèvent au levant. Le mur de clôture relie celles du nord les unes aux autres ; au midi et à l'est, elles s'en détachent. Au pied de chacune s'étend un parterre de forme carrée. Sur le mur d'en face est fixée une grande croix noire, que le cénobite aperçoit nécessairement quand il jette les yeux au dehors.

Les cellules sont indiquées par une lettre de l'alphabet. À côté de la porte, il y a un petit guichet où le solitaire vient chercher ses vivres. S'il a besoin d'autres choses, il n'a qu'à déposer là un mot avec la lettre de sa cellule. Le lit est en forme d'armoire, la literie se compose d'une paillasse de grosse toile, d'un traversin, de draps et de quelques couvertures de laine qui remplacent la peau de mouton d'autrefois. À côté du lit se trouve l'oratoire, composé d'une stalle et d'un prie-Dieu, où le religieux récite la plus grande partie des offices.

Au couchant de ce cloître se situent l'église, la salle du chapitre et le petit cloître datant du et restauré en 1929. Sa construction est attribuée à la libéralité de la maison de Savoie dont les armes figurent parmi les seize clés de voûte polychromes. Ce cloître est formé de quatre galeries couvertes entourant une cour. Chaque arcade en cintre brisé donnant sur la cour est subdivisée en un réseau de trois petits arcs polybés et de remplages flamboyants. Les gros piliers carrés, la proscription systématique du décor sculpté et le refus de la verticale donnent à cet édifice du gothique tardif une allure trapue, lourde et austère. Les voûtes sur croisée d'ogives, caractéristiques de l'architecture gothique, s'appuient sur deux arcs ogivaux qui se croisent en diagonale. Ces voûtes et ces arcs sont composés de claveaux, pierres taillées en forme de coins, s'appuyant les unes sur les autres. La clef de voûte est le claveau central placé au sommet d'une voûte et bloquant les autres pierres dans la position voulue.

L'église dont la première pierre a été posée par Aymon de Faucigny, frère d'Ardutius de Faucigny, évêque de Genève, est de style ogival. Le long de la muraille nord de l'église se trouvent la chapelle du Bienheureux Jean d'Espagne (maintenant sacristie intérieure) et la chapelle Saint Antoine (sacristie extérieure pour les prêtres aujourd'hui).

Personnalités Les prieurs du Reposoir (ca.1165-1793) La chartreuse est soumise à l'autorité d'un prieur. L'abbé Jean Falconnet propose un catalogue sur les prieurs, accompagné de notices, dans son ouvrage (1895) ()..

Après 1160 : Dom Guichard, mentionné par le Régeste genevois, mais pas dans les catalogues (). ; : D. Raymond ; : D. Durand (). ; : D. Amblard, ancien prieur de la chartreuse d'Aillon (après 1778). ; : D. Durand, peut être le même que le précédent ; 1210 — 1225 : D. Raphaël Guillaume (). ; 1225, puis 1234 : D. Pierre ; , attesté en 1243 : D. Étienne (). ; 1251 : D. Pierre (). ; 1259 : D. Rodolphe (). ; 1262 : D. Pierre ; 1265 — 1292 : D. Adam ; 1299 : D. Guifred (Guifredus), on trouve souvent dans les catalogues la transcription Guichard (). ; 1303 : D. Guillelme/Wuillelme de Scientrier (de Sintrie) ; 1306 : D. Radulphe (). ; D. Rodolphe de Bouna, probablement le précédent ; 1342 : D. Hugues de Cornier (). ; 1347 — 1357 : D. Jean ; D. Jacques Ogier, natif de Cluses (). ; 1375 — 1383 : D. Mermet, ancien prieur d'Arvière (1369), puis de Meyriat (1375) (). ; … — … : D. … (). ; 1388 — 1390 : D. Aimon des Clefs (de Cletis), avant de devenir prieur d'Oujon (1391), puis de Val-Sainte-Marie ou Valsainte (1392) ; … — … : D. Guiffrad de Brizon, absent des catalogues mais attesté ; 1392 — 1406 : D. Jean Sapin ; D. Philippe de Chignin (de Chignymo), ancien profès, d'Aillon et de la Grande Chartreuse, prieur de Pierre-Châtel (). ; 1413 — 1430 : D. Philippe Rivel ; 1430 — 1431 : D. Pierre Berger (Bergerii), ancien prieur d'Aillon (1416), de Durbon (1416-1418), de Val-Sainte-Marie ou Valsainte (1418), procureur du Reposoir (1420-1428), prieur de Valsainte (1428-1429), de la Part-Dieu (1429), puis de la Part-Dieu (1431-1458), d'Arvière (1438-1439) (). ; 1431 : D. Pierre Panarelli, ancien profès, prieur de Val-Sainte-Marie ou Valsainte (1418), puis, procurateur du Reposoir, puis prieur d'Oujon (1429) (). ; : D. …, le catalogue place sans preuves un certain Guillaume Mercier ; 1433 — 1434 : D. Christin de Sales, ancien profès de la Grande Chartreuse, prieur d'Oujon (1410-1420), de Pomier et convisiteur (1420-1426), de Meyriat (1426-1428), puis prieur de Pomier et convisiteur (1428-1433) ; 1434 — 1448 : D. Philippe Rivel (). ; 1448 — † 1470 : D. Jean Michon, convisiteur 1448 à 1453 (). ; … : D. Pierre Brun (Brunii), ancien prieur de Pierre-Châtel (1457-1466) et Pomier (1437-1446) (). ; 1473 : D. Jean Rubin, ancien profès ; 1474 : D. Hugues Avocat, ancien profès (). ; 1475 : D. Jean Rubin, le même que le précédent ; 1475 : D. Durier Comte (Durerius Comitis), profès, puis prieur d'Oujon (1477-1479) ; 1477 : D. Pierre Durier (Durerii), puis vicaire de Mélan (1480-1491) ; 1481 — 1482 : D. Guillaume Barbier (Barberii) ; 1482 — † 1484 : D. Jean Carnificis (). ; 1484 — 1488 : D. Antoine Burland, prieur et convisiteur, ancien prieur d'Aillon (1480-1484), puis de Pierre-Châtel (1488-1492), vicaire de Mélan (1492-1494), Pierre-Châtel (1494-1497) ; — 1497 : D. Pierre Dubouloz (de Boulo), puis vicaire de Prémol (1497-1500) ; 1497 — 1502 : D. Jean Rubin, pour la troisième fois, ancien prieur de la Part-Dieu (1481), visiteur depuis 1495 (). ;