L'attentat de l'Assemblée nationale est une attaque à la bombe menée le à Paris par le militant anarchiste Auguste Vaillant. Agissant en réaction à d'autres événements de l'Ère des attentats (1892-1894), comme l'exécution de Ravachol, le militant prépare minutieusement une bombe et parvient à pénétrer dans les tribunes de l'Assemblée. Il l'envoie ensuite vers les députés, mais est gêné par le bras d'un autre spectateur, ce qui fait échouer sa tentative. La bombe explose, ne tue personne et blesse légèrement un certain nombre de personnes - dont Vaillant lui-même. La session à l'Assemblée se poursuit sans s'interrompre après l'attentat, tandis que Vaillant est arrêté plus tard dans la journée.
Bien que l'attentat ne tue aucun député, il illustre l'opposition des anarchistes avec la République française et provoque deux formes d'évolutions. D'une part, le pouvoir politique s'en saisit pour soutenir le vote rapide des deux premières lois scélérates en , la première s'attaquant à la liberté de la presse, créant la catégorie de l'apologie du terrorisme et amputant la présomption d'innocence. La deuxième concerne les associations de malfaiteurs, désormais tout projet terroriste, même si l'acte n'est pas commis, est répréhensible. D'autre part, le vote des lois scélérates et l'exécution de Vaillant ne font qu'accroître la tension de la période, poussant Émile Henry et Désiré Pauwels à commettre leurs attentats pour le venger - étant donné qu'il est devenu un martyr chez les anarchistes. Sadi Carnot, qui refuse de gracier Vaillant, est assassiné quelques mois plus tard.
La presse française en particulier Le Petit Journal, s'empare de l'affaire pour délégitimer l'action de l'anarchiste et renforcer la vision républicaine des événements. L'attentat est avec la plupart des autres attentats de l'Ère des attentats l'un des premiers à ne plus s'inscrire dans une symbolique de la personne mais plutôt dans une symbolique des lieux - l'Assemblée nationale étant une cible symbolique remplaçant un humain précis. Cet aspect est devenu important dans le terrorisme moderne depuis lors mais est peu compris par la presse contemporaine.
Histoire
Contexte Au siècle, l'anarchisme naît et se constitue en Europe avant de se propager. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, en premier lieu la domination économique, avec le développement du capitalisme. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'organisation permettant d'entériner ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande.
En France, les relations entre les autorités et les anarchistes se tendent par l'importante répression que les anarchistes subissent dans les années 1880. Après le massacre de Fourmies et l'affaire de Clichy (1891), un certain nombre d'anarchistes en France décide de s'engager dans des actions terroristes envers les responsables présumés de la répression qu'ils subissent, lançant l'Ère des attentats (1892-1894). L'un des premiers terroristes de cette période, qui a visé les magistrats de l'affaire de Clichy, François Koenigstein (Ravachol), est arrêté et envoyé à la guillotine le , le transformant en martyr et héros de la cause anarchiste.
Parallèlement, Auguste Vaillant, alors en Argentine, où il essaie de changer de vie après avoir travaillé comme mineur en Algérie française, revient à Paris en 1883, où il s'installe à Montmartre. Il se marie et a une fille, Sidonie Vaillant. Vaillant travaille comme maroquinier à Saint-Denis. Il est alors payé vingt francs par semaine, ce qui est insuffisant pour nourrir sa famille et risque de le faire sombrer de nouveau dans la misère. Pendant cette période, il devient anarchiste en fréquentant des cercles de discussion et commence à préparer son attentat.
Préparatifs vignette|300x300px|Vaillant cherchant à dédouaner Marguerite Wapler de son financement, Gil Blas (). Bouhey considère que Vaillant est l'un des terroristes les plus minutieux de l'Ère des attentats. De manière générale, il agit très méthodiquement pour se procurer les matériaux explosifs. Il loue une chambre à l'Hôtel Univers en plus de celle qu'il occupe à Choisy-le-Roy. Dans cette chambre, il rassemble les matériaux progressivement, en les achetant en petites quantités et chez des vendeurs différents. Bouhey remarque que la provenance des fonds pour acheter ces matériaux et louer cette chambre est inconnue. Cependant, Jean Maitron donne au contraire une provenance : vingt francs auraient été donnés à Vaillant par Marguerite Wapler, l'épouse de Paul Reclus, cent par un anarchiste illégaliste.
Vaillant se rend ensuite plusieurs fois à l'Assemblée nationale, pour effectuer des reconnaissances du lieu.
Attentat vignette| dans Le Monde illustré (). Le , le militant finalise son complot ; il termine la bombe en la plaçant dans une petite boîte en fer et l'emmène avec lui en se rendant à l'Assemblée nationale. Selon Merriman, l'engin est conçu sans la capacité de tuer et est plutôt destiné à blesser. Là, il parvient à déjouer la sécurité en conservant la bombe sous sa ceinture. Il s'assied ensuite dans les tribunes en début d'après-midi et regarde les débats. Lors de cette séance, présidée par Charles Dupuy, les députés débattent de la validité de l'élection du député socialiste Léon Mirman après des accusations sur la manière dont il aurait effectué son service militaire. Alors qu'il descend de la tribune sous les ovations des bancs de gauche, Vaillant se lève et jette sa bombe vers les députés.
La trajectoire de son bras est gênée par un autre spectateur, ce qui l'envoie avec moins de force que prévu. Elle explose alors et provoque une grêle de projectiles qui blesse légèrement une partie du public, des assesseurs, des députés, un prêtre et Vaillant lui-même. Il semble qu'alors un mouvement de panique commence dans l'Assemblée, mais Dupuy ne bouge pas et après un bref instant, décide de reprendre la séance. Pendant ce temps, Vaillant parvient cependant à s'enfuir dans la cohue.
Suites
vignette|Représentation de l'attentat dans Le Petit Journal (16 décembre 1893). Il est arrêté plus tard dans la journée, quand il se présente à l'Hôtel-Dieu pour être soigné. Là, le personnel hospitalier se rend compte qu'il a de la poudre sur les mains et le fait savoir à la police qui vient l'arrêter sans qu'il ne résiste.
Son attentat sert de légitimation politique à la Troisième République pour faire adopter les deux premières lois scélérates, le 12 et . Anne-Sophie Chambost décrit ces réutilisations politiques de la sorte :
L'utilisation politique de l'attentat est aidée par la presse française, comme Le Petit Journal, qui publie une représentation sensationnaliste de l'événement cherchant à délégitimer l'anarchiste et à légitimer la République. Ainsi, le président de la séance est présenté stoïque, se tenant droit, n'étant pas dérangé par l'attentat, une manière de suggérer la solidité et la stabilité des institutions républicaines.
Vaillant est jugé un mois après son attentat, le . Lors de son déroulé, l'anarchiste défend avoir voulu frapper les représentants de la souveraineté nationale comme responsables de la misère. Son avocat, maître Labori, abonde dans son sens et déclare que . L'anarchiste soutient qu'il cherchait simplement à blesser les députés et ne pas les tuer - ce qu'il aurait supposément pu faire en chargeant davantage sa bombe. Son procès se solde par sa condamnation à mort.
Il est guillotiné le , transformant sa figure en celle d'un martyr pour les anarchistes et inspirant les attentats suivants d'Émile Henry ou de Désiré Pauwels. Sadi Carnot, qui refuse de donner sa grâce à Vaillant est assassiné par le militant anarchiste Sante Geronimo Caserio quelques mois plus tard. Cependant, il semble que sa figure soit reprise par les anarchistes davantage pour le caractère perçu comme injuste de son exécution plutôt que pour son attentat.
Analyse
Déplacement de la symbolique terroriste L'attentat de l'Assemblée nationale, comme d'autres attaques de l'ère des attentats, voit le début d'une symbolique des lieux à la place d'une symbolique des personnes. Salomé écrit à ce propos :
Références
Voir aussi Bibliographie . . . . . . . . . .
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