Le bataillon des Zouaves pontificaux, créé le sur le modèle des troupes de zouaves de l'armée française, dont l'uniforme exotique est très populaire au milieu du devenu régiment au , est constitué de volontaires, majoritairement français, belges, néerlandais et canadiens français, venus défendre l'État pontifical, dont l'existence est menacée par la réalisation de l'Unité italienne au profit du Piémont. Son histoire est corrélée à la dernière décennie de l'État du Saint-Siège (1860-1870). Le régiment est licencié le à la suite de la disparition des États pontificaux.

La création du corps des Zouaves pontificaux En 1860, le sort de l'État pontifical paraît critique. Les puissances catholiques se désintéressent de la question, aussi le camérier secret du pape Pie IX, Xavier de Merode, ancien militaire devenu pro-ministre des armes, décide de faire appel au général de Lamoricière pour réorganiser et commander l'armée pontificale. Pour augmenter les effectifs, Lamoricière recourt à l'enrôlement volontaire et fait appel aux États catholiques. Belges et Français constituent un bataillon de tirailleurs franco-belges (les plus gros contingents viennent de Bretagne et de Vendée) sous les ordres du vicomte Louis de Becdelièvre. Celui-ci tient personnellement à les doter de l'uniforme inspiré des zouaves, et adapté à la chaleur romaine. Assez mal accueilli par Lamoricière qui a bien d'autres problèmes plus urgents, il a le soutien de Xavier de Merode et du pape lui-même ; les tirailleurs sont donc appelés Zouaves pontificaux avant même la création officielle du corps. Les Piémontais écrasent les Pontificaux à la bataille de Castelfidardo () et l'État du pape se trouve réduit au seul Latium. Le désastre fait affluer les volontaires à Rome : le bataillon des Zouaves pontificaux est constitué d'une partie des tirailleurs franco-belges et des Irlandais du bataillon de Saint-Patrick, auxquels s'étaient ajoutés, avant la bataille, les quelques « croisés » d'Henri de Cathelineau.

Joseph-Louis Guérin, séminariste nantais, blessé lors des combats, décède le . Sa tombe, à Nantes, devint un lieu de pèlerinage très populaire ; on lui attribua même 35 miracles de guérison entre 1861 et 1864.

Caractéristiques des Zouaves pontificaux Les effectifs et l'origine géographique Jusqu'en 1864, les Zouaves comptent entre puis l'effectif monte à puis avant d'atteindre le maximum de peu avant la chute de Rome.

Entre 1861 et 1870 l'armée pontificale augmenta ses effectifs, jusqu'à compter hommes dont volontaires (parmi eux Français, dont près de 40 % proviennent de Bretagne où de Vendée) et ..

Le une circulaire du Maréchal Randon avait autorisé la création de la Légion d’Antibes qui à côté des Zouaves pontificaux, fournit des effectifs à l'armée pontificale, surtout en soldats de nationalité française.

Entre 1861 et 1870, il y a plus de engagés issus de 25 nationalités différentes. Les plus nombreux sont les Néerlandais, ensuite les Français et les Belges mais on trouve aussi des Suisses, des Allemands, des Italiens, des Canadiens et même des Américains. Sur 170 officiers, on compte 111 Français et 25 Belges. Leur aumônier est Jules Daniel, un Nantais, assisté par deux Belges, Sacré et de Woelmont.

L’un des engagés les plus connus est John Surratt (1844-1916), impliqué en 1865 dans l'assassinat d'Abraham Lincoln : ayant fui en Europe, il servit quelque temps dans la neuvième compagnie de Zouaves pontificaux, sous le nom de John Watson.

L'effectif français est issu pour plus du tiers des départements constituant les actuelles régions de la Bretagne et des Pays de la Loire. Cette affluence masque les apports non négligeables du Nord, de la région de Nîmes, et du sud du Massif Central. Si Belges néerlandophones et Néerlandais sont souvent d'origine populaire, la noblesse est bien représentée chez les Français et les volontaires belges francophones. Le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville et son frère, le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia, soutiennent financièrement l'entreprise en équipant complètement . Leur point commun est leur attachement à l'Église catholique romaine : leur combat est vu comme une croisade pour défendre la capitale du catholicisme et la liberté du pape contre le révolutionnaire Garibaldi et le roi Victor-Emmanuel II. Leur engagement religieux est souvent inséparable de leur engagement politique : nombreux sont les Français qui se réclament du légitimisme.

L'uniforme

De couleur gris-bleu, l'uniforme se compose d'une courte veste à soutaches rouges au col dégagé, d'un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge et d'un petit képi à visière carrée. Les officiers portent des soutaches noires. La tiare et les clés croisées de Saint-Pierre sont gravées sur les boutons de cuivre. Les officiers portent des bottes et les soldats des molletières jaunes.

Il a été prévu une coiffure de grande tenue, sorte de colback en faux astrakan de laine noire, sans visière, à calot de drap rouge; une courte fourragère, terminée par un gland pendant à droite, le tout en laine rouge, en fait le tour. Pour les officiers, le talpack est en astrakan véritable et le calot porte un nœud hongrois en soutache d'or.

Très similaire à celle des zouaves de l'armée française, cette tenue n'enthousiasme pas la Curie, où l'on a ce mot : . Mais l'idée plaît à Pie IX. La solde est élevée, d'où le qualificatif de mercenaires utilisé par les adversaires des zouaves pour les discréditer.

Un corps remis en question Le commandement est confié de nouveau au colonel de Becdelièvre. À la suite d'un désaccord avec Xavier de Merode, il démissionne et il est alors remplacé par le colonel Allet, un Suisse depuis longtemps au service du Pape. La ligne intransigeante et belligérante défendue par Merode et qu'incarnent les zouaves paraît désavouée en 1865 : par la convention franco-italienne du , l'Italie s'engage à respecter l'État pontifical et la France s'engage à retirer ses troupes dans les deux ans. Le , le camérier secret se voit retirer son ministère au profit du général Hermann Kanzler. Si les Piémontais, en effet, ne peuvent plus bouger officiellement, ils soutiennent en sous-main le harcèlement que mènent Garibaldi et ses « chemises rouges ». C'est avec eux que les zouaves connaissent divers « accrochages » dans la défense des frontières du Latium, jusqu'à l'affrontement de 1867.

En , il y avait au matricule soit , , 686 Belges, 157 « Pontificaux », 135 Canadiens, 101 Irlandais etc. En 1869, le régiment reçut son organisation définitive : 4 bataillons à 6 compagnies et 4 compagnies de dépôt. C'était donc une unité de la force d'une brigade.

Les Zouaves pontificaux étaient surnommés « Les diables du bon Dieu » par les nationalistes italiens.

La campagne de 1867 et Mentana Le retour des périls

Avec la cession de la Vénétie par l'Autriche battue par la Prusse en 1866 et le retrait des troupes françaises, l'aile radicale des patriotes italiens relance les projets d'annexion. Garibaldi déclare venu le temps de « faire crouler la baraque pontificale » et au Congrès international pour la paix à Genève le , il qualifie la papauté de « négation de Dieu (…) la honte et la plaie de l'Italie ». Pour les zouaves, Garibaldi est vu comme l'Antéchrist. Il organise une petite armée de volontaires de et il essaie de rééditer l'expédition des Mille qui avait réussi en Sicile en 1860. En , Athanase de Charette de la Contrie devient lieutenant-colonel des zouaves toujours sous le commandement d'Allet.

En octobre, avec la complicité du gouvernement italien, les garibaldiens envahissent l'État pontifical et tentent d'organiser l'insurrection de Rome. Le , le projet de soulèvement échoue, faute d'un soutien populaire. La destruction par une mine souterraine de la caserne Serristori, logement habituel des zouaves, fait une vingtaine de victimes parmi eux mais la ville reste attentiste. Les garibaldiens s'emparent de Monte Rotondo le tandis qu'un corps expéditionnaire français débarque à Civitavecchia le 29 pour venir au secours du Pape.

La bataille de Mentana Le général Kanzler mène la contre-offensive pontificale. Le , dans la localité de Mentana, les zouaves et les carabiniers pontificaux soutenus par la légion romaine (ou légion d'Antibes) constituée de volontaires français enfonce la petite armée de Garibaldi. Ils sont suivis par la brigade de l'armée française du général Polhès, qui armée du redoutable chassepot modèle 1866, fusil qui permet de tirer 12 coups à la minute, donne le coup de grâce. Le drapeau aux armes pontificales, porté par Georges de Chergé, fut troué d'une balle de fusil (lettre Baron de Charette du ). Ce sont les zouaves qui apparaissent comme les véritables vainqueurs de la journée : lors du défilé victorieux du , les généraux se découvrent à leur passage et la foule crie : « Vive Pie IX, Vive la France, Vivent les zouaves, Vive la religion ! ». Mentana assure à l'État pontifical un répit de trois ans qui permet la réunion du concile de Vatican I.

Parmi les troupes pontificales les zouaves fournirent le plus grand nombre de blessés : sur les 172 pontificaux blessés transportés dans les hôpitaux de Rome 105 étaient des zouaves. Sur ce nombre il en mourut 23.

La chute de Rome La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En , la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l'Italie, provoque l'invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas dont , aussi Kanzler choisit-il de concentrer ses efforts dans la défense de Rome. Le , l'artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves sont tués lors des combats, notamment autour de la Porta Pia. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

La légion des volontaires de l'Ouest 1870-1871 thumb|La bataille de Loigny, tableau de Charles Castellani. De retour en France, Charette propose ses services au gouvernement de la Défense nationale qui l'autorise à fonder un corps franc en lui laissant toute liberté et l'uniforme de zouave mais à condition de changer le nom en « Légion des volontaires de l'Ouest ». thumb|Lionel Royer : La communion des zouaves (Musée de la Guerre de 1870 - Loigny-la-Bataille). Le nouveau corps se fait remarquer à la bataille d'Orléans (). Les deux bataillons sont rattachés au d'armée du général Louis-Gaston de Sonis à la mi-novembre. Le , pendant la bataille de Loigny, les zouaves, sous la bannière du Sacré-Cœur et aux cris de « Vive Pie IX ! Vive la France ! », tentent de reprendre le village de Loigny dans une charge restée célèbre : Charette, blessé est fait prisonnier mais réussit à s'évader peu après. Le , les zouaves chargent à nouveau, avec à leur tête le général Gougeard, et parviennent à reprendre aux Prussiens le plateau d'Auvours, tout proche du Mans. Dans l'afflux des mauvaises nouvelles, ces exploits locaux impressionnent l'armée, bien qu'ils soient sans influence sur la suite des évènements. Charette étant devenu général, il refuse que sa « légion » participe à la répression de la Commune de Paris, non par sympathie pour cette cause mais parce qu'il n'accepte pas de se battre contre d'autres Français : il l'a déjà montré en démissionnant de l'armée d'Autriche en 1859 au moment où celle-ci est opposée à la France. Finalement les Volontaires de l'Ouest sont toujours à Rennes en . Le , la légion des zouaves est consacrée au Sacré-Cœur de Jésus et, la guerre étant terminée, les bataillons sont dissous le .

L'engagement des Zouaves pontificaux