Yomus ou Ultra Yomus (jusqu'en 2013) est un groupe ultra du Valencia Club de Fútbol, équipe de football de la ville de Valence (en Espagne), fondé en 1983. Depuis les années 1990, les membres de Yomus sont connus pour avoir arboré une idéologie d'extrême droite et néonazie, imprégnée de nationalisme espagnol, avec une forte composante antisémite et anticatalaniste. Le parcours de Yomus est tourmenté. D'abord toléré et même encouragé par l'équipe dirigeante du Valence CF, la suite de son parcours est émaillée de tensions avec celle-ci, débouchant sur plusieurs mesures d'interdictions plus ou moins effectives, jusqu'à son interdiction définitive du Stade de Mestalla en 2019. Plusieurs de ses membres sont connus de la justice pour des faits d'agression et le groupe s'est trouvé impliqué de façon récurrente dans des épisodes de violence.
Selon le sociologue Vicent Flor, les Yomus ont contribué à donner une image violente et extrémiste des supporters du club, ne représentant pas la grande majorité d'entre eux.
À sa fondation, le groupe compte environ 500 membres, un nombre estimé à environ 150 en 2013.
Il a été décrit comme « l'un des groupes ultra avec le plus d'histoire, l'un des plus actifs et originaux du panorama espagnol. » Histoire
L'apparition de Yomus participe d'une vague de diffusion des groupes ultras en Espagne au début des années 1980, à la suite de la coupe du monde de 1982, comme résultat de l'importation du hooliganisme britannique et des tifosi italiens dans la Péninsule. Le nom de « Yomus » proviendrait d'un mot répété par un vieux supporter du virage nord du stade du club.
Au départ d'une composition mixte, à partir des années 1990, Yomus connaît un virage et devient dominé par une idéologie d'extrême droite, imprégnée de violence et de nationalisme espagnol, avec une forte composante antisémite et anticatalaniste. Certains de ses éléments sont connus pour leur participation à des manifestations blavéristes (mouvement anticatalaniste valencien).
À la suite de plusieurs épisodes de violence et en conflit avec la direction du club, le groupe rentre en inactivité en . Le groupe annonce tout d'abord sa dissolution, puis son retour en décembre de la même année, malgré l'opposition de responsables du club.
Yomus est interdit au stade de Mestalla en 2019. En novembre, la demande de réintégration formulée par les nouveaux dirigeants du groupe, liés à des groupes d'extrême droite, est catégoriquement refusée par la direction du club.
Origines et premières années Yomus est fondé en , comme un groupe d'animation destiné à des jeunes âgés de 12 à 20 ans issus de différents milieux sociaux, allant d'adolescents appartenant aux familles bourgeoises de la ville de Valence à des néonazis fortement idéologisés, qui étaient situés dans les tribunes générales du stade Lluís Casanova (nom du stade de Mestalla entre 1969 et 1994). À ses débuts en 1983, Yomus est un groupe d'encouragement plus ou moins spontané, avec des chants, des fusées éclairantes et des pétards. Il apparaît consolidé à partir de 1985.
À l'origine, le groupe rassemble des jeunes de sensibilités variées. Esthétiquement, même si les premiers skinheads (néo-nazis) de Valence sont visibles dans le même secteur du stade que Yomus, les origines sociales des membres sont variées et l'esthétique du groupe combine des éléments de différentes tribus urbaines, avec d'abondantes références aux cultures rock et metal.
Selon David Madrid, « à cette époque, la camaraderie entre les membres était très importante, ils étaient unis par une grande haine à tout ce qui est catalan (aussi bien que ). »
Les chants historiques associés au groupe sont caractérisés par leur ton vulgaire et provocateur, par exemple , et rapidement, le groupe se caractérise par un discours anticatalaniste marqué et le recours à la violence (jets de pierres, coups de bâtons...). thumb|Graffiti de Yomus, graphié « Yomuss » avec une stylisation inspirée du symbole des SS , avec d'autres références et symboles d'extrême droite et néo-nazis.
Avec la relégation de Valence en deuxième division lors de la saison 1985-1986, le groupe, loin d'être diminué comme on pouvait le supposer, passe de 150 à 300 membres et s'oriente idéologiquement vers l'extrême droite en raison de l'entrée coordonnée d'éléments liés au groupe Acción Radical, si bien qu'au cours des années suivantes ses participants modérés quittent Yomus, qui devient alors une organisation d'idéologie néo-nazie, avec un discours espagnoliste extrémiste, antisémite et des références explicites au nazisme (comme une stylisation de l'appellation de « Yomus » reprenant l'insigne des SS sur des pancartes ou sur des graffitis).
C'est à cette époque que le mot tifo est introduit et les premiers tifos ont été fabriqués avec des rouleaux de papier ou de carton. Lors de la saison 1988-1989, les tifos et l'utilisation de matériel pyrotechniques deviennent impressionnants et l'animation très vivace, en particulier lors des matchs contre Madrid et Barcelone. Entre 1990 et 1992, certaines des chorégraphies les plus spectaculaires d'Espagne sont l'œuvre des supporters du (« But Nord ») de Mestalla, auquel est rattaché Yomus. Durant la saison 1990-1991, Yomus est à l'origine d'un tifo monumental figurant le drapeau de la Communauté valencienne lors d'un match de l'UEFA contre l'AS Rome, qui est suivi de graves incidents, qui se prolongèrent pendant la nuit et furent réprimés par des charges policières.
Yomus acquiert alors la réputation de peña « la plus originale et obtint même la reconnaisance des groupes italiens. »
Politisation et augmentation des violences
Au début des années 1990, Yomus est dirigé par Luis Miguel Arechavaleta, dit « Yogui », qui s'oppose publiquement à la politisation des groupes de supporters, et en particulier aux prétentions de l'entrepreneur et homme politique d'extrême droite de contrôler le Gol Nord. Arechavaleta est remplacé par Teo Javaloyes, plus proche de Roberto, mais qui prend bientôt ses distances avec l'extrême droite pour se concentrer sur le travail d'animation.
Une crise secoue Yomus lors de la saison 1991-1992, lorsque le départ de certains dirigeants du groupe entraîne la disparition momentanée de la .
Yomus est réactivé au cours de la saison suivante, mais la désintégration d'Acción Radical ainsi que le procès contre Pedro Cuevas (proche de la peña) pour le en conduisent à une nouvelle période d'instabilité, Yomus disparaissant presque lorsqu'une grande part de ses membres actifs se trouve inculpée, sanctionnée ou quitte simplement le groupe. Certains membres de Yomus sont remarqués en arborant une pancarte (« Va te faire foutre Guillem ! »), en allusion à ce meurtre. En 1994, d'anciens membres de Yomus ayant quitté la au début de la décennie fondent le groupe d'animation Gol Gran, club de supporters apolitique et opposé à la violence jusqu'alors caractéristique du Gol Nord de Mestalla.
Durant la saison 1995-1996, ils sont très actifs en termes de déplacements et laissent les tifos sur un second plan. Lors de la saison suivante, les démonstrations perdent en intensité, au point que même l'animation sur le terrain disparaît pratiquement. En revanche, les incidents se multiplient entre 1997 et 1998, faisant de cette période la plus marquée par la violence depuis la constitution du groupe.
Au début des années 2000, Yomus connaît une nouvelle crise. Concomitamment avec la disparition de la tribune générale debout, le nombre de ses membres diminue considérablement, même si le groupe se manifeste encore à travers des tifos et une certaine animation. Au même moment, un groupe lié au Fan Club, le noyau dur de Yomus, prend le contrôle de l'association.
Des faits d'agression et de harcèlement de la part de membres de Yomus à l'encontre de supporters du Levante UD (l'autre principal club de football de la ville de Valence) sont rapportés en 2003 et en , débouchant sur la détention de 4 et 15 ultras respectivement.
Le , au cours d'un match de Liga, les membres de Yomus lancent un feu de Bengale aux pieds d'une fillette, bousculent une femme portant un bébé et demandent à d'autres spectateurs de quitter un secteur des tribunes sous prétexte de sécurité, pour en réalité tenter de se réserver les meilleures places.
En , quatre membres de Yomus sont condamnés à deux ans de prison après avoir agressé des policiers en 2002 lors d'un match.
Jusqu'en 2005, les débordements de Yomus bénéficient d'une tolérance de la part de dirigeants du club , de la complaisance de certains médias, ceux qui les dénoncent reçevant en revanche menaces et intimidations. Selon le journaliste Sergi Pitarch, , le club bénéficiant de son animation dans les stades. En contrepartie, des membres de Yomus reçoivent des places gratuites pour des matchs, ainsi qu'une aide logistique ou financière .
52 membres de Yomus sont condamnés à une amende à la suite de troubles ayant suivi un match contre le Club Atlético Osasuna en 2007, où le Valencia jouait en déplacement.
Le , une vingtaine de membres de Yomus se font remarquer pour avoir empêché la tenue d'une conférence de presse, après avoir continûment invectivé les joueurs du club durant leur entraînement.
À la fin de la décennie, éclatent à nouveau des conflits avec des supporters d'autres clubs ou autour du contrôle de Yomus entre différentes personnes, toutes liés à l'extrême droite valencienne.
À partir de 2010, lorsque la vieille garde liée à Ramón Castro, dit « Levis », reprend le contrôle de Yomus, un rapprochement a lieu entre le groupe et Gol Gran afin de créer une tribune d'animation qui entrerait en activité lors de la saison 2012-2013, la Curva Nord Mario Alberto Kempes, qui permet d'augmenter la visibilité de Yomus et sera dominée par des militants du parti d'extrême droite España 2000. L'appellation Curva Nord est reprise en hommage à la Curva Nord Milano , rassemblement de groupes ultra de l'Inter de Milan.
En , la police procède à l'interpellation de 70 ultras de Yomus et de Jove Elx qui avaient planifié des affrontements avec les Herculigans , saisissant couteaux, engins pyrotechniques et ceintures portant des insignes nazis.
En 2012, le site web de la contient notamment des liens vers celui de la , portail de l'extrême droite négationniste et identitaire à Barcelone, proche du parti España 2000.
Crise de 2013 En , des membres d'Ultras Yomus déploient dans le stade une pancarte incluant des symboles nazis. La Curva Nord publie un communiqué annonçant que les responsables seront expulsés et la symbologie violente ne sera plus tolérée. En , coïncidant avec la démission de Paco Rausell du poste de président de la Curva Nord Mario Alberto Kempes et la convocation d'élections dans la , dont ils s'étaient séparés peu de temps auparavant en raison de désaccords, Yomus annonce la suspension de ses activités, mais elles reprennent quelques mois plus tard.
Peu de temps après, la direction de la Curva Nord publie un communiqué condamnant certains incidents violents survenus au cours de la saison, soulignant son caractère pacifique et apolitique. Rapidement, Ultra Yomus annonce quitter Curva Nord afin de conserver sa propre « identité ». Cependant, ses membres restent dans le même secteur que la Curva Nord qui, lors de la saison 2013-2014, étend sa capacité à 2 400 places. thumb|Photo de la Curva Nord en 2012. Bien qu'ayant justifié l'abandon de la Curva Nord par la nécessité de maintenir son identité en tant que groupe, Yomus annonce sur les réseaux sociaux sa disparition moins d'un mois plus tard, trois jours après l'annonce par Paco Rausell, le président de la Curva Nord, de sa démission et de la convocation d'élections pour élire une nouvelle direction.