La naturalité, dans son sens environnemental, renvoie au caractère sauvage d'un paysage ou d'un milieu naturel faiblement ou non maîtrisé par l'Homme. Il s'oppose ainsi aux concepts de ruralité et d'urbanité qui impliquent une forte anthropisation. Il s'agit d'une traduction, reconnue depuis les années 1960Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, Archives des sciences et compte rendu des séances de la Société, Publié par La Société, 2000 (voir page 8), du mot anglais wildernessJacques Lecomte, La Nature, singulière ou plurielle ? Connaître pour protéger, éditions Quae, 2006, , . La définition de la naturalité peut être tirée du Wilderness Act qui introduit la notion dans les termes suivants : est qualifié de wilderness un milieu naturel tel que « la terre et sa communauté de vie ne sont point entravés par l'homme, où l'homme lui-même n'est qu'un visiteur de passage ».

thumb|Bison d'Amérique du Nord (Bison bison) : image d'un milieu sauvage ou gestion multiusage durable des pâturages américains ?

Définitions La définition de la naturalité varie selon le domaine considéré.

En droit, sous l'Ancien Régime, la naturalité était l'état d'une personne née dans le pays dans lequel elle habitait, le droit de naturalité étant le droit dont jouissaient les habitants naturels d'un pays, à l'exclusion des étrangers. Il pouvait s'acquérir par les lettres de naturalité accordées par le PrinceDictionnaire de l'Académie, (lire en ligne).

La naturalité est devenue la nationalité en droit moderne, les lettres de naturalité étant remplacées par les décrets de naturalisation, ce dernier terme ayant conservé sa racine. En philosophie, la naturalité est le caractère de ce qui est à l'état de nature, qui n'a pas été conçu ou travaillé par la main de l'homme et s'oppose à l'état de culture selon la philosophie des Lumières proposée par Jean-Jacques Rousseau.

Les « naturels » sont les habitants autochtones des pays étrangers, qu'on appelle aussi parfois « sauvages », ce mot désignant notamment les personnes, lieux, animaux « éloignés de la fréquentation des hommes » ou de la nature civilisée cultivée et domestiquéVoir Dictionnaire de l'Académie française, (1694), page 445, au mot « sauvage ». Le mot est aussi utilisé par les chimistes à propos des arômes de synthèse pour décrire la proximité de leurs caractéristiques avec celles de l'arôme naturel, y compris pour les aspects de non toxicité ou d'allergénicitéRevue Annales des falsifications, de l’expertise chimique et toxicologique, éd. Lavoisier.

Ce n'est qu'au en Amérique du Nord (voir par exemple Henry David Thoreau) et depuis les années 1980-1990 en Europe que ce mot prend un autre sens, correspondant pour la langue française aux notions anglaises de naturalness et wilderness. Désignant le paysage et la nature, il décrit alors l'état d'un milieu par rapport à ce qu'il serait dans son état naturel supposé, en l'absence d'activités humaines. Pour le Littré, la naturalité désigne aujourd'hui « l'état naturel ou spontané ».

Associé à la notion de biodiversité, la naturalité peut être un des nombreux indicateurs utilisé pour l'évaluation de la soutenabilité du développement.

Depuis la fin du , avec l'avènement de l'écologie urbaine la naturalité semble aussi intéresser un nombre croissant d'urbanistes, comme élément de décor pour les uns, comme élément d'atténuation des impacts de la ville et du transport (bruit par exempleSolène Marry et Muriel Delabarre Naturalité urbaine : l’impact du végétal sur la perception sonore dans les espaces publics (Urban Nature: The Vegetation Impact on Sonic Perception in Public Spaces), Vertigo, vol. 11, , mai 2011) pour certains, ou plus largement pour ses services écosystémiques. Certains écoquartiers lui accordent une grande importance (Eva-Lanxmeer par exemple).

Origine et variantes du concept Certains lui voient quelques racines médiévales voire antérieures (Cf. le mythe de l’Homme sauvage) puis chez Jean-Jacques Rousseau, sans nécessairement qu'il exclue l'être humain (Cf. la Nature du bon sauvage) mais avec l'idée de ).

Il est mis en exergue par l'art et la littérature dans le mouvement romantique, dont par des peintres comme Caspar David Friedrich ou par exemple par George SandSand écrit dans Nouvelles lettres d'un voyageur en 1877 : .. Le goût pour la naturalité est fortement associé aux parcs nationaux (nord-américains notamment) et imprègne jusqu'à nos jours une partie de la photographie, la télévision et le cinéma. Il est exploité par l'industrie touristique qui utilise volontiers l'image les grands paysages apparemment vierges d'impacts humains.

La première réserve intégrale de France, en forêt de Fontainebleau a été créée à l'initiative d'artistes de l'école de Barbizon qui voulaient que soient conservés quelques paysages forestiers qui pourraient vivre sans interventions humaines. Le concours Concours des villes et villages fleuris accepte depuis quelques années les espèces plus autochtones et naturelles dans les parterres et espaces-vertsHégo, M. (2015). Le choix des plantes et espèces locales dans les projets de paysage : Effet de mode ou renouveau à encourager ? (Mémoire de fin d'étude d'Ingénieur paysagiste de l’Institut Supérieur des Sciences agronomiques, agroalimentaires, horticoles et du paysage (Soutenu à Angers le 4 septembre 2015).

Intérêt du concept de naturalité La valeur écologique d'un milieu est de plus en plus mesurée à l'aune de sa biodiversité mais souvent uniquement sur la base d'inventaires d'espèces patrimoniales indicatrices, rares ou menacées ou encore d'habitats caractéristiques. Cette évaluation n'est pas toujours satisfaisante car certains milieux peuvent être naturellement très pauvres en espèces mais d'importance fonctionnelle ou paysagère cruciale.

À l'opposé, un biotope très artificialisé peut présenter une biodiversité élevée, artificielle et de peu d'intérêt écologique, voire dangereuse pour l'environnement local (exemple : arboretum, parc animaliers accueillant une grande diversité floristique et faunistique). La proximité de rejets d'effluents d'épuration ou d'eau chaude de centrales nucléaires peut permettre l'explosion de certains organismes, sans être un idéal de conservation).

Juger de la valeur d'un milieu naturel par sa seule richesse en espèces est donc réducteur.

C'est pourquoi les cartographes et acteurs de la conservation de la Nature se sont intéressés au concept intégrateur de naturalité. À échelle paysagère, la naturalité est reconnue comme ayant une certaine valeur intrinsèque, esthétique, fonctionnelle, culturelle et pédagogique (calquer la gestion sur le fonctionnement naturel qu'on peut encore observer là où la naturalité est élevée est aussi un moyen efficace d'apprendre à exploiter la nature sans la détruire, c’est-à-dire en conservant les espèces, les milieux et les processus qui la constituent).

La naturalité ne s'affranchit donc pas du concept de biodiversité, mais le complète, comme c'est le cas pour la connectivité d'un milieu avec le reste de lenvironnement naturel aux échelles paysagères et continentales.

Enfin, même dans les pays très anthropisés, la richesse en plantes d'un paysage, ainsi que son harmonie et sa naturalité jouent aussi un rôle important dans la perception qu'en ont les humains, en particulier concernant le sentiment de paix, de santé ou de bien-être qu'il procureF.A. Miyake, Y. Takaesu, H. Kweon (2004) ; Identifying the image of a healing landscape: A descriptive study. ; ISHS Acta Horticulturae 639: XXVI International Horticultural Congress: Expanding Roles for Horticulture in Improving Human Well-Being and Life Quality. (Résumé, en anglais). Ainsi au Japon, au début des années 2000, une étude sur l'effet curatif pour la santé de la végétation existant dans le paysage a montré que 94 % des interrogés - sur l'évocation d'un paysage bon pour leurs santé et bien-être - décrivent spontanément un paysage très naturel, 1 % seulement préférant un paysage artificiel, avec des variations cependant selon l'âge de la personne interrogée.

Le recul de la naturalité qui se généralise rapidement dans l'Anthropocène cause chez un nombre croissant de personnes une souffrance morale d'un genre nouveau, dite solastalgie.

Définitions de la naturalité Elle est encore débattue mais la naturalité est une valeur reconnue, presque universelle et souvent incluse dans le bien commun ; pour partie subjective, elle repose aussi sur des critères objectifs et mesurables. Elle peut être représentée sous forme d'un gradient évoluant de l'artificialité vers un degré élevé de similitude avec un état « naturel » supposé (Gilg, 2004).

Elle est souvent subdivisée en deux notions : naturalité anthropique (en l'absence d’intervention humaine), et naturalité biologique (consiste à rapprocher un milieu de son état naturel ancien, quitte à intervenir).

Cette différenciation est fondamentale, scientifiquement et philosophiquement.

D'un point de vue scientifique, l'état de référence est différent : état passé, avant que l'homme n'ait commencé à dégrader le milieu pour la naturalité biologique, et état futur si l'homme cesse toute intervention pendant un temps suffisamment long pour la naturalité anthropique, ou s'il contribue par le génie écologique à restaurer les processus naturels de résilience écologique. On peut noter que les deux références sont théoriques : l'état originel n'a sans doute jamais existé si l'on considère que le climat, la biodiversité et le paysage ont constamment évolué depuis les premières activités humaines ; La notion d'absence totale d'interventions ou manifestations anthropiques semble également illusoire, car l'homme à un impact global sur la planète (effet de serre, pollutions marines et aérotransportées…).

D'un point de vue philosophique, soit on considère que toute action de l'homme sur le milieu amoindrit la naturalité et que le moindre mal est de limiter ces actions au minimum dans certaines zones, soit on pense que l'homme peut revenir en arrière, diminuer les stigmates de ses actions passées, et que cela passe par une restauration active de certains milieux.

Cette différenciation est flagrante en cas de présence de plantes exotiques envahissantes : préserver la naturalité anthropique consiste alors à ne rien faire, alors que favoriser la naturalité biologique passe par la destruction de ces plantes. Ainsi, certains scientifiques sont les défenseurs, sur certaines zones au moins, d'une stricte naturalité anthropique. Ils suggèrent que la nature est capable d'elle-même de retrouver un équilibre intéressant, même si ce dernier n'est pas le même que celui existant avant les perturbations anthropiques. Selon eux, les plantes exotiques finissent par trouver leur place dans l'écosystème qu'elles colonisent, et créent ainsi un nouvel équilibre. La naturalité serait donc plutôt un processus dynamique non contrarié par l’homme, une nature qui surgit de manière spontanée, quel que soit l'état de départ. Il faudrait donc raisonner en termes de fonction (ou de niche) écologique au sein de l'écosystème, plutôt que d'espèces en elles-mêmes. Une espèce exotique, en remplaçant une autochtone, n'aurait quasiment pas moins de valeur sur le plan de la naturalité que cette dernière.

Les tenants de la « naturalité biologique » sont souvent plus interventionnistes, jugeant nécessaire de restaurer les milieux dégradés par l'homme, et que ceci va dans le sens d'une augmentation de la naturalité. Ils encouragent par exemple le contrôle (à défaut d'éradiquer) des animaux ou plantes envahissantes, pour conserver des milieux exempts de celles-ci. Ce sont donc des partisans du génie écologique, dans le cas où la nature ne peut pas se rapprocher seule de son état originel supposé (par exemple par ce que les grands prédateurs et grands herbivores ont disparu, ou que leur territoire est si fragmentés qu'ils n'ont plus accès à une grande partie de celui-ci.