Le Liber monstrorum de diversis generibus (également connu sous le nom de Liber Monstrorum et de De monstris et beluis et De monstris, Beluis et Serpentibus) est un traité anonyme, peut être écrit par l’abbé Aldhelm de Malmesbury ou dans un environnement proche de celui-ci, étudiant les éléments prodigieux de la nature, avec une approche critique visant à valider ou non l’existence des différents monstres. Il a probablement été rédigé au milieu du dans le monde anglo-saxon. Le livre est divisé en trois parties, des presque humains (des races aux cas individuels), des animaux et des serpents, l’auteur évoquant des cas en Europe, en Afrique et en Asie.
Contexte de création
Datation Les mentions des œuvres ou des événements antérieures permettent de fixer des dates minimales et maximales d’écriture du manuscrit. Dès le début du , Suzanne Backx propose au plus tôt la seconde moitié du : le Liber date nécessairement à ce moment-là au plus tôt, du fait essentiellement de la mention d’Hygelac, issu de Beowulf. La date maximale est le , époque du plus ancien manuscrit connu. L’essai a été donc été composé entre le et le . Le philologue Antoine Thomas, suivi par d’autres auteurs, comme Edmond Faral et Antonella Sciancalepore, propose plus précisément comme datation la fin du ou le début du . vignette|Plaque murale de saint Aldhelm, parfois identifié comme l’auteur du Liber.
Auteur L’auteur n’est pas connu. Le Wallon Thomas de Cantimpré, qui publie vers 1237 un Liber de Natura Rerum, donne comme source l’ouvrage d’un certain Audelinus qui pourrait être l’auteur du Liber Monstrorum. L’étude de l’ouvrage permet de cerner le profil de l’auteur. Il possédait une solide base culturelle antique et utilisait de nombreux auteurs tels que Pline et Solin. Cet essai a été vraisemblablement écrit dans le monde anglo-saxon. Certains chercheurs l’identifient à l’évêque Aldhelm de Malmesburry. Il s’agit d’une présomption non définitivement établie, fondée sur diverses hypothèses.
Destinataires Dans les prologues, l’auteur interpelle un interlocuteur qui lui aurait demandé d’étudier la question dont le livre traite. Il a un objectif pédagogique et se veut être une étude de croyances. Il prévient, dans le prologue général, que nombre d’entre elles sont des et des .
Il ne s’agit pas pour l’auteur d’utiliser l’existence de monstres pour prouver le pouvoir des démons et du Mal. Le livre ne s’inscrit pas non plus dans la lignée des bestiaires allégoriques de Dieu, à volonté moralisatrice, contrairement par exemple au Physiologus. Corrodano Bologna le considère comme un recueil des monstruosités, réalisé pour le plaisir de la lecture, dans l’objectif d’établir un catalogue. Jean-Claude Schmitt envisage également la volonté de réaliser un essai d’anthropologie . L’auteur, quand il ne parvient pas à trancher sur la réalité d’un monstre, laisse au lecteur le soin de décider.
Sources L’auteur est issu d’une école monastique où les auteurs antiques comme Virgile, Ovide, Lucain et Servius sont connus. C’est en partant de l’interrogation de saint Augustin, Mais nous ne sommes pas obligés de croire tout cela, que l’auteur construit son œuvre. Il reprend au saint les termes comme, de façon exhaustive, les exemples de créatures. Il s’appuie sur des ouvrages théologiques et des hagiographies d’autres auteurs chrétiens comme Jérôme et Isidore et encore sur les Recognitiones Clementinae. Parmi les sources du Liber figurent également les historiens du Bas-Empire, les ouvrages fantastiques sur Alexandre le Grand et les poèmes et œuvres philosophiques. L’artiste puise à la fois dans les matrices classiques et chrétiennes. Pour le premier livre, sur , l’auteur a puisé à dix reprises chez saint Augustin, treize dans la Lettre à Adrien, et une vingtaine chez Virgile. Beowulf est une autre source de l’auteur.
Style
Manuscrits Les manuscrits qui nous sont parvenus sont tous datés entre le et le :
Bibliothèque du marquis de Rosanbo, f° 41, . Ce document appartenait autrefois à l’humaniste Pierre Pithou. Il est précédé des Fables de Phèdre. Il a été utilisé par Berger de Xivrey pour la première édition du Liber en 1836. Il est désormais l’exemplaire suivant : New York, Morgan Library and Museum, M. 906. Wolfenbüttel, ms4452, fol. 109, Herzog August Bibliothek, . Ce manuscrit, un peu plus récent que celui du comte de Rosanbo, se trouvait autrefois à l’abbaye de Wissembourg. Ces deux exemplaires ont été utilisés par Moritz Haupt pour son édition de 1863. Leide, Voss. lat. oct. 60, fol. 1, , . Cet exemplaire, probablement réalisé à partir d’un manuscrit irlandais ou anglo-saxon, a probablement appartenu à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. British Museum, Roy. 15 B XIX, fol. 105 v°. . Saint-Gall, Bibliothèque de l’abbaye de Saint-Gall, 237. Michelsberg (Haute-Franconie) (Neues Archiv, XXI, 182), connu en 1483 (exemplaire disparu). Abbaye de Bobbio, (Becker, Calai. Bibl. ant., 32, 473 : de diver sis generïbus librum, et 619 : de diver sis gêner ibus monstrorum liber I) (deux exemplaires disparus) Cité du Vatican, Bibliothèque apostolique vaticane, ottob. lat. 259 . vignette|Image tirée d’un bestiaire du montrant, à gauche, une sirène attrape la tête d’un marin ; à droite un onocentaure tient un arc.
Structure L’ouvrage est structuré en trois tomes : le premier détaille les monstres humains, le second les bêtes et le dernier, les serpents. L’œuvre comporte également trois index, quatre prologues et trois épilogues (en gras, les éléments qui ne nous sont pas parvenus). La construction suit l’image de la sirène et des parties qui la composent, depuis la tête humaine jusqu’à la queue reptilienne. Le Liber est le premier manuscrit connu décrivant une sirène-poisson. Prologue général de l’ouvrage Livre I : de monstris (Des monstres) Prologue du premier livre Index Chapitres indexés Épilogue du premier livre Livre II : de belvis (Des bêtes) Prologue du deuxième livre Index Chapitres indexésÉpilogue du deuxième livre Livre III : de serpentibus (Des Serpents)Prologue du troisième livre Index Chapitres indexés Épilogue du troisième livre
Liste des chapitres du livre I TitreSujetSources principales1. De utriusque sexus homineLes hommes aux deux sexes2. De Hygelaco Getorum regeLe roi des Geates ChlochilaïcBeowulf3. De Colosso cuius imago est RomaeLe ColosseProbablement d’après un constat fait à Rome4. De his qui habent VI digitosCeux qui ont six doigtsAugustin, La cité de Dieu, XVI, 8-105. De FaunisLes faunesJérôme, Vita Sancti Pauli..., col. 23 ; Lucain, Orphée6. De SirenisLes sirènes7. De HippocentaurisLes hippocentauresJérôme, Vita Sancti Pauli..., col. 22-238. De Homine dupliciL’homme doubleAugustin, id. 139. De AethiopibusLes ÉthiopiensVirgile, Géorgiques, I, 231 et ss., III 354-5, 376-7, 382 ; Lettres à Adrien, 24,1 ; Pline,Histoire naturelle, II, 80, I10. De OnocentaurisLes onocentauresLettres à Adrien, 24,211. De CyclopibusLes cyclopesVirgile, Énéides, III, 621-7912. De HerculeHercule13. De ingenti puellaLa fille immense14. De ScyllaScyllaVirgile, Énéides, III ; 425 et ss. ; Bucoliques, VI, 7515. De hominibus setosisLes hommes poilusLettre d’Alexandre à Aristote16. De CynocephalisLes cynocéphalesAugustin, id. 917. De SciapodisLes SciapodesAugustin, id. 718. De barbosis hominibusLes hommes barbusLettres à Adrien, 16, 119. De commixto genere sexusUne espèce sexuellement mixteAugustin, id. 320. De magnis hominibus BrixontisLes grands hommes de BrixonteLettres à Adrien, 17, 321. De his qui tantum halitu vivuntCeux qui vivent par le souffleAugustin, id. 422. De barbosis mulieribusLes femmes barbuesLettres à Adrien, 2123. De PygmaeisLes pygméesAugustin, id. 5 et autres pour le combat des Pygmées et des grues24. De EpifugisLes hommes sans têteAugustin, id. 8 ; Lettres à Adrien, 17, 5 ; Pline, Histoire naturelle, VII, 2 ; Isidore, Etymologiæ, XI, III, 1725. De his qui lunatas habent plantasAugustin, id. 1126. De his qui crudam carnem manducantCeux qui mangent de la viande crueLettres à Adrien, 2327. De foeminis quae quinquennes concipiuntLes femmes qui conçoivent à cinq ansAugustin, id. 628. De monstruosis mulieribusLes femmes monstrueusesLettres à Adrien, 2229. De plantis retrocurvatisLes pieds inversésAugustin, id. 230. De montibus igneisLes hommes noirsLettres à Adrien, 28, 331. De Caco ArcadiaeCacus d’ArcadieVirgile, Énéides, VIII, 184-27932. De quodam inmani monstroUn énorme monstre33. De his qui manducant hominesCeux qui dévorent les hommesLettres à Adrien, 17, 334. De his qui tria capita habentCeux qui ont trois têtes35. De ProtheoProtéeVirgile, Géorgiques, IV, 388 et ss.36. De his quorum oculi velut lucerna lucentCeux dont les yeux brillent comme des lanternesLettres à Adrien, 26, 536bis. De fabula ProserpineL'histoire de Proserpine37. De MidaMidasPeut-être Ovide, Métamorphoses, XI, 100-104 ou Servius, Ad En., X, 14238. De GorgonibusLes gorgonesVirgile, Énéides, VI, 28939. De ArgoArgosPeut-être Ovide, Métamorphoses, I, 26540. De his qui omnibus linguis loquunturCeux qui parlent toutes les languesLettres à Adrien, 26, 341. De monstris in Circia terraLes monstres du pays circéenVirgile, Énéides, VII, 10-2042. De monstro nocturnole monstre de la nuitVirgile, Énéides, IV, 173-19543. De inmensis hominibusLes hommes immensesLettres à Adrien, 26, 444. De HarpyiisLes HarpiesVirgile, Énéides, III, 209-26945. De EumenidibusLes EuménidesVirgile, Énéides, VI, 280-281 ; Géorgiques, IV, 82-8346- De Satyris et IncubonibusLes satyres et les incubesJérôme, Comm. d’Isaïe (col. 163)47. De TityoTityosVirgile, Énéides, VI, 595-60048. De AegaeoneÉgéonVirgile, Énéides, X, 565-56849. De DracontopedibusLes dracontopodesRufin, Recognitiones Clementinæ, I, 2950. De MinotauroLe MinotaureVirgile, Énéides, V, 588 et ss., VI, 2551. De EryceÉryxVirgile, Énéides, V, 392-40452. De TritoneTritonVirgile, Énéides, X, 209-21253. De AntipodisLes AntipodesAugustin, id. 954. De GigantibusLes Géants55. De AlloidisLes AloadesVirgile, Énéides, X, 582-58456. De OrioneOrionVirgile, Énéides, X, 763-767
Liste des chapitres du livre II 1.De leoneLes lions2. De elephantisLes éléphants3. De onagrisLes onagres4. De tigribusLes tigres5. De lyncibusLes lynx6. De pardisLes léopards7. De pantherisLes panthères8. De belve LernaeLa bête de Lerne9. De hippotamisLes hippopotames10. De bestiis quae habent bina capitaLes bêtes à deux têtes11. De ChimaeraLa Chimère12. De Aeternis Indiae belvisLes bêtes éternelles de l’Inde13. De conopenisLes conopènes14. De CerberoCerbère15. De formicis magnisLes grosses fourmis16. De dente tyranno belve IndiaeLa Dent du Tyran, bête de l’Inde17. De hippotamisLes hippopotames18. De leopardisLes léopards19. De caeruleis canibusLes chiens azur20. De nocturnis prodigiisLes merveilles nocturnes21. De belvis Nili fluminisLes bêtes du Nil22. De belva quae habuit bina capitaLa bête à deux têtes23. De bestia venenosaLa bête venimeuse24. De autolopeL’autolope25. De corcodrillisLes crocodiles26. De ballaenaLa baleine27. De belvis quae sunt in GangeLes bêtes du Gange28. De bipedibus equisLes chevaux bipèdes29. De muribus vulpium staturaDes souris aussi grosses que des renards30. De omni genere bestiarumDes bêtes de toutes sortes31. De caelesticibusLes célestes32. De belvis Tyrrheni marisLes bêtes de la mer Tyrrhénienne33. De tauris ignem flantibusLes taureaux cracheurs de feu34. De belvis Indiae quae duplices habent caudasLes bêtes de l’Inde qui ont une double queueFiniunt capitula belvarumLes chapitres des bêtes se terminent
Liste des chapitres du livre III