Xavier Joseph Vallat, né le à Villedieu (Vaucluse) et mort le à Annonay (Ardèche), est un avocat, journaliste et homme politique français. Vice-président du groupe parlementaire de la Fédération républicaine dans les années 1930, il évolue de la droite vers l'extrême droite.
Son nom reste attaché aux politiques antisémites en France pendant l'occupation allemande. De 1941 à 1942, il occupe le poste de commissaire général aux questions juives du gouvernement de Vichy. Arrêté à la Libération, il est condamné à dix ans de prison et à la dégradation nationale.
Biographie Militant catholique et parlementaire anti-maçon et antisémite Xavier Vallat est le dixième des onze enfants de Jean Auguste Cyprien Vallat (1844-1920) et de Thérèse Victorine Morlat (1853-1937). Trois enfants sont morts en bas âge et le neuvième enfant du couple, Alphonse Marius Alexandre (1890-1915)Jésuite, scholastique, titulaire d'un licence ès-Sciences. Son nom figure sur le monument aux morts de Pailharès (07). ., soldat du d'infanterie, est mort pour la France durant la Grande Guerre. Xavier est né prématurément.
Xavier Vallat a été élevé dans un milieu profondément catholique. Il milite à l'Association catholique de la jeunesse française avant de devenir un sympathisant du « nationalisme intégral » de l'Action française. Il est un lecteur du journal de Charles Maurras et Léon Daudet à partir de 1908. .
Il épouse Marie-Louise Brossard. Leur union sera sans postérité.
Licencié ès lettres, il enseigne à partir d' au collège catholique d'Aix-en-Provence. Il est alors professeur en classe de . Mais il n'y reste que deux ans, étant appelé à effectuer son service militaire en au sein du RI caserné à Aix-en-Provence. C'est au sein de cette unité du corps qu'il prend part à la Grande Guerre et qu'il est blessé une première fois, le . Il est alors âgé de 22 ans.
Durant le conflit, il est affecté au BCA (bataillon de chasseurs alpins). Il est gravement blessé lors d'un combat, blessure qui lui fait perdre une jambe. Contrairement à ce qui a été souvent écrit, il n'a pas perdu son œil droit durant la Première Guerre mondiale, mais il le cachait simplement à cause d'une maladie..
En 1919, il est élu député de l'Ardèche au scrutin de liste, aux côtés de deux parlementaires éprouvés — les conservateurs catholiques Hyacinthe de Gailhard-Bancel et Jules Duclaux-Monteil — et d'un autre ancien combattant, Pierre Vallette-Viallard, et conseiller général du canton de Saint-Félicien. Le jeune député siège à la Chambre dans le groupe des vingt-sept Indépendants présidé par son mentor, Hyacinthe de Gailhard-Bancel, aux côtés de Léon Daudet. Il est alors un sympathisant de l'Action française. Inscrit depuis 1923 comme avocat au barreau de Paris, il plaide pour des militants de la ligue et pour Daudet... Il participe à un meeting de l'AF en 1925., intègre aussi son Comité d’études législatives et collabore, sous la signature de Vivarès, à L’Action française du Dimanche. Il appuie brièvement le Faisceau de Georges Valois, proche à l'origine de l'AF, puis le quitte sous la pression des dirigeants de l'AF.. Il s'éloigne de l'Action française après la condamnation pontificale de 1926 ; il se retire ainsi de son bureau juridique. Toutefois, il côtoie Charles Maurras dans des meetings et loue son action anticommuniste et pacifiste à la fin des années 1930, .
Battu aux élections législatives de 1924 — la liste d'union nationale sur laquelle il figure n'a qu'un seul élu, Duclaux-Monteil —, il milite pour la Fédération nationale catholique et intègre l'année suivante son comité exécutif.. Il devient l'un de ses principaux conférenciers, dès 1924: il participe ainsi à vingt-quatre congrès diocésains de la FNC entre 1925 et 1930, puis à cinq autres de 1931 à 1939, ce qui fait de lui le orateur le plus important de l'association, Annexe 12 : Tableau synthétique de la participation des orateurs aux congrès diocésains de la FNC, ]. Il combat la politique anticléricale du Cartel des gauches et défend l'enseignement catholique. Il réclame dès 1930 la dissolution des obédiences maçonniques.. Lecteur de la Revue internationale des sociétés secrètes, il est membre de la Ligue franc-catholique, qui combat la franc-maçonnerie; il participe ainsi à son congrès de 1928 et préside régulièrement ses conférences. . Vice-président du groupe parlementaire de Défense contre la franc-maçonnerie, constitué en 1934 , il devient membre aussi du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France à sa fondation en 1935, aux côtés de parlementaires (Georges Cousin, René Dommange, Philippe Henriot, Gustave Gautherot, etc.), de Pierre Loyer, Louis de Fraguier, Robert Vallery-Radot, Lucien Souchon, etc. . Avec René Dommange, il profite du débat sur le projet de loi sur la dissolution des ligues en pour déposer un amendement demandant qu’y soient incluses les associations « clandestines ou secrètes » et plus particulièrement la franc-maçonnerie..
Cet ancien combattant mutilé, membre du comité directeur des Légionnaires décorés au péril de leur vie, adhère en 1928 aux Croix-de-Feu — il le revendique lors du débat parlementaire sur les ligues en — puis rompt avec le colonel de la Rocque en 1936. , (Vallat arborerait l'insigne Croix de feu au Palais-Bourbon selon cette source), .. Il est membre ensuite du comité directeur des Camarades du feu, qui regroupe des anciens des Croix de feu hostiles à La Rocque, . L'association est présidée par le commandant Sicé, ancien membre du comité directeur des Croix de feu.. Il plaide pour L'Action française contre La Rocque en 1937. Il plaide également pour le duc Joseph Pozzo di Borgo, membre aussi du comité directeur des Camarades du feu, dans le procès qui l'oppose au colonel de La Roque, et ce catholique va jusqu'à conseiller le suicide au chef du Parti social français. Devant le scandale que cette déclaration provoque dans les milieux catholiques, Vallat démissionne du comité directeur de la FNC en . Il défend aussi Pozzo di Borgo et le général Édouard Duseigneur, dirigeants de l'UCAD inculpés dans l'affaire de la Cagoule en 1937-1938, ainsi que d'autres cagoulards comme Joseph Darnand ou Jacques Corrèze .
Réélu député en 1928, au scrutin uninominal, il est également élu maire de Pailharès en 1935. Il est réélu député en Ardèche au premier tour des élections de 1932. Il est à la Chambre rapporteur général adjoint de la commission parlementaire enquêtant sur l'Affaire Stavisky ; il en démissionne en . Il est réélu député en 1936 comme membre de la Fédération républicaine, à laquelle il a adhéré en 1933. Il devient l'un des représentants éminents de ce parti de la droite parlementaire qui se radicalise au cours des années 1930.
Xavier Vallat s'illustre à la chambre comme un excellent orateur. Son adversaire, Ludovic-Oscar Frossard, le qualifie ainsi, en 1937, d'« orateur le plus redoutable de la droite. ». C'est une personnalité importante de la droite : il est vice-président du groupe parlementaire (l'URD) de la Fédération républicaine et il obtient 150 voix, le , en tant que candidat d'opposition à l'élection du président de la Chambre des députés, poste remporté par Herriot, au lendemain de la victoire du Front populaire, qu'il combat.
Antisémite, il affirme que les Juifs refusent l'assimilation. Il est connu pour l'argumentaire antisémite de son interpellation à la Chambre visant le nouveau président du conseil, Léon Blum, le . Il commence par remercier Blum d'avoir nommé des femmes dans son Gouvernement, ajoutant qu'il y voit le signe que le Gouvernement obtiendra très rapidement du Sénat (dominé par les radicaux et les radicaux-socialistes) le vote d'une loi accordant le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, ce qu'il appelle de ses vœux, suscitant les vifs applaudissements de la droite et du centreDébats parlementaires de la Chambre des députés du 6 juin 1936, Journal Officiel de la République Française : compte-rendu des débats de la Chambre des députés, séance du 6 juin 1936, ().. Puis après avoir mis en cause Jean Zay, Pierre Cot et les communistes, et avoir évoqué les émeutes du 6 février 1934, propos qui suscitent une suspension de séance ordonnée par Herriot, il interpelle le nouveau président du Conseil en déclarant : .. Ces propos soulèvent l'indignation de la gauche, mais Vallat est soutenu à droite. Il déclare ensuite :
Enfin, il affirme que Blum a fait des pronostics erronés en politique étrangère. Tels sont les propos officiellement rapportés mais Vallat semble avoir été encore plus violent.
Vallat était habitué à ce genre de propos, ayant accusé en 1934 Blum d'incarner , , . L'historien Laurent Joly note ainsi :Pour la première fois, un député d’envergure nationale, et non plus un marginal du style Baudry d’Asson, Denis ou Delahaye, défend ouvertement, en l’argumentant, une analyse de l'antisémitisme non racial. Pour la première fois, l’antisémitisme parlementaire vise directement un homme politique juif, non plus sous la forme de développements généraux ou d’insultes fusant de l’hémicycle, mais sous la forme d’une attaque préméditée et rédigée. Il est à noter que Vallat ne se contente pas d’agresser Léon Blum, mais qu’il s’en prend aussi, en passant, à Georges Mandel — qu’il présente comme « Jéroboam Rothschild » — , censé, pourtant, être l’un de ses amis politiques.
Au lendemain de cette interpellation antisémite, Vallat reçoit des lettres portant sur cette interpellation ; la plupart de leurs auteurs le félicitent Compte-rendu sur le site histoire-politique.fr. Il est élu le membre du conseil de l’Ordre des avocats, alors que traditionnellement aucun député en exercice n'y siège, qu'il n’était inscrit que depuis une douzaine d’années au tableau de l’Ordre et ne plaidait plus guère depuis son retour à la Chambre en 1928. Il lui a fallu cependant 9 tours pour être élu, à une voix de majorité, . Il est réélu en 1938 au tour, en 1939, au . Contrairement à l'usage, il est mis en ballottage en 1939: , .. À la Chambre, il est élu quelques jours plus tôt président du groupe transpartisan des députés anciens combattants, mais avec peu de voix et à la suite d'une manœuvre. L'ancien président de ce groupe, le socialiste Camille Planche, fonde alors un groupe dissident avec d'autres députés de gauche, , , . Les deux groupes décident de fusionner en 1940; Vallat décline toute candidature et Georges Scapini est élu président, . Enfin, il est élu à l'unanimité vice-président de la Fédération républicaine en . Il est également membre du comité de direction du Parti républicain national et social (PRNS) de Pierre Taittinger à partir de 1937, ..
Après un échec en 1939, il est élu vice-président de la Chambre en ; il est toutefois parmi les six vice-présidents élus celui qui obtient le moins de voix : 256 voix pour 418 suffrages exprimés...
Au service du régime de Vichy vignette|gauche|Xavier Vallat serrant la main du maréchal Pétain à Vichy en 1944. vignette|Interview de Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, publiée dans le journal collaborationniste Paris-Soir (). Après la défaite militaire de juin 1940, Xavier Vallat siège avec la Chambre des députés à Vichy. Le , il signe avec dix-neuf autres parlementaires une motion présentée par le député Gaston Bergery, qui vise l'instauration d'un parti unique.. Le , Vallat vote le projet de résolution relatif à la révision des lois constitutionnelles puis, le lendemain, les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain.