La gare d'Herbesthal est une gare ferroviaire belge désaffectée de la ligne 37, de Liège-Guillemins à Hergenrath (frontière), située à Herbesthal, section de la commune de Lontzen en Région wallonne, dans la province de Liège.

Mise en service le par la Compagnie des chemins de fer rhénans, elle était initialement la gare frontalière avec la Prusse puis l'Allemagne sur l'axe ferroviaire reliant Anvers et Liège à Cologne. Elle a cependant perdu son statut de frontière le , à la suite de l'octroi des cantons de l'Est à la Belgique par le traité de Versailles plaçant désormais la gare d'Herbesthal en Belgique, à plus de de la frontière allemande. Elle ferme officiellement le et le bâtiment, laissé à l'abandon, a été démoli en 1983.

Situation ferroviaire Établie à d'altitudeSource Google Earth., la gare d'Herbesthal était située au point kilométrique (PK) 39,5 de la ligne 37, de Liège-Guillemins à Hergenrath (frontière) entre les gares ouvertes de Welkenraedt et d'Astenet. Gare de bifurcation, elle constitue le PK 1,9 (originellement le PK 0,0) de la ligne 49 vers Eupen et Raeren..

Histoire

Origines La Belgique développe un important réseau ferroviaire inauguré entre 1835 et 1843. Peu de temps après l'accession à l'indépendance, des plans sont élaborés pour un chemin de fer d'Anvers au Rhin (à Cologne) rétablissant ainsi une voie de communication que le conflit avec les Pays-Bas avait rompu, afin que l'industrie belge puisse disposer d'une liaison de transport jusqu'à la région de la Ruhr en pleine industrialisation dans l'ouest de la Prusse sans faire face aux péages élevés mis en place par les Pays-Bas. Ce projet évolue rapidement pour mieux desservir les villes entre Anvers et la frontière allemande et inclure d'autres lignes principales. La loi du entérine la création d'un réseau national lequel sera construit et exploité par l’État belge. Du côté prussien, les industriels David Hansemann et Gottfried Ludolf Camphausen s'emparèrent avec enthousiasme de l'idée et amenèrent des capitaux en vue du prolongement de la ligne. La Compagnie des chemins de fer de la Rhénanie (Rheinische Eisenbahn-Gesellschaft) obtient en 1837 l'accord du roi pour la construction d'une liaison ferroviaire de Cologne à Aix-la-Chapelle aboutissant en Belgique.

Herbesthal, alors un modeste village d'environ 300 habitants, n'était pas le choix initial mais le projet de faire transiter les trains par Eupen, une ville frontalière plus importante, a dû être rejeté pour des raisons topographiques. En compensation, la compagnie s'engageait à réaliser ultérieurement un embranchement jusqu'à Eupen. Au lieu de construire deux gares de part et d'autre de la frontière, la Compagnie des chemins de fer rhénans a convenu avec l’État belge de construire une installation frontalière commune à Herbesthal où les formalités douanières pourraient être effectuées par des fonctionnaires des deux pays. La frontière est matérialisée par le pont de la rue Mitoyenne au-dessus des voies de chemin de fer.

La ligne de Cologne à Aix-la-Chapelle fut inaugurée dès 1841, mais la construction progressa plus lentement à travers les collines à l'ouest d'Aix-la-Chapelle. L'administration des chemins de fer de l’État belge rencontre les mêmes difficultés pour la section d'Ans à Liège (le plan incliné de la côte d'Ans) et celle de Liège à Verviers et Welkenraedt qui, sur une longueur de comporte de tunnels, plusieurs ponts et viaducs ainsi que des terrassements plus importants que les autres lignes. Le , la ligne fut ouverte d'Aix-la-Chapelle à Herbesthal, et deux jours plus tard d'Herbeshal à Verviers laquelle était déjà reliée à Liège depuis le mois de juillet. La ligne d'Aix-la-Chapelle à Liège fut formellement mise en service sur toute sa longueur le et devint rapidement l'une des plus importantes lignes ferroviaires internationales d'Europe occidentale. Herbesthal a ainsi acquis la réputation de première gare ferroviaire internationale frontalière d'Europe ; en réalité ce titre échoit aux gares de Quiévrain, Blanc-Misseron et Mouscron inaugurées en 1842 à la frontière franco-belge, respectivement sur les lignes de Bruxelles (Midi) à Valenciennes et de Gand à Lille.

Le plan cadastral de 1874 montre un bâtiment de gare encore modeste implanté de l'autre côté des voies et bordé par un hangar aux colis.

Les termes de la convention entre les deux organismes prévoient que la gare d'Herbesthal soit administrée conjointement tout comme la section comprise entre la gare de Verviers et la gare allemande de Ronheide au sommet du lequel recourait alors à la traction par câble des trains. Les Chemins de fer rhénans fournissaient les voitures, les wagons et les équipages tandis que les Chemins de fer de l’État belge mettaient à disposition les locomotives. Avec l'abandon en 1854 de la traction par câble et machine fixe, des locomotives prussiennes acheminent désormais chaque train sans discontinuité d'Aix jusqu'à la frontière où des locomotives belges prenaient le relai. À cette époque, la gare d'Herbesthal dut être agrandie pour permettre la manœuvre des locomotives dont les mouvements étaient devenus plus fréquents.

Expansion vignette|Le bâtiment des postes, construction de 1907. vignette|Ce bâtiment qui jouxtait celui des voyageurs serait le premier bureau de poste ou un bâtiment lié aux douanes. Vingt ans après l'inauguration de la gare d'Herbesthal, la ligne secondaire promise vers Eupen fut ouverte, le par les Chemins de fer rhénans. La gare d'Herbesthal fut agrandie en conséquence. Le premier dépôt de locomotive date probablement de cette période.

À la même époque, la gare de Welkenraedt fut construite du côté belge de la frontière à moins de de la gare d'Herbesthal, tout d'abord sous la forme d'installations pour les douanes puis de voies de garage et, autour de 1870, d'une gare pour les voyageurs qui sera dotée de son propre dépôt de locomotives durant la décennie suivante ; c'est à Welkenraedt qu'aboutit la ligne vers Plombières (future ligne 39). La précieuse production de métaux non-ferreux des mines de Plombières est expédiée vers la Belgique par cette ligne tandis qu'une nouvelle ligne vers Aix-la-Chapelle aboutit à Plombières à partir de 1872. Le relai des locomotives, l'accueil des voyageurs des trains internationaux et l'administration douanière/frontière ont continué à se concentrer sur Herbesthal, laquelle est la seule à disposer d'un vaste bâtiment de gare, mais la ligne via Plombières dont la montée à la sortie d'Aix-la-Chapelle était moins âpre commença a constituer une alternative.

Entre-temps, un bureau de poste avait été construit à la gare d'Herbesthal sur instruction du bureau de poste régional d'Aix-la-Chapelle ; jusqu'en, 1855 il se situait à Henri-Chapelle loin du nouveau chemin de fer international. Desservi par les trains, il devient vite l'un des centres postaux les plus fréquentés d'Europe. En 1890, les installations postales furent transférées dans un nouveau bâtiment construit à cet effet à côté de la gare. Un vaste bâtiment de style néo-renaissance est construit en 1907 pour les postes.

Nationalisation et agrandissements vignette|Carte postale de 1918 montrant la gare des voyageurs. En Belgique, les compagnies privées prolifèrent mais les lignes principales construites avant 1843 restent entre les mains de l’État belge tandis que le la concession ferroviaire de Remy Paquot directeur de la mine de Plombières, fait appel aux trains et aux agents de l’État.

En Prusse, malgré l'opposition farouche du président de la compagnie des Chemins de fer rhénans, Gustav von Mevissen, la compagnie est nationalisée en 1880. Les actifs de l'entreprise, y compris la gare d'Herbesthal, ont été repris par les Chemins de fer d'État de la Prusse (Königlich Preußische Staatseisenbahnen) et intégrés à leur Direction de « Cöln » (Opérations de la rive gauche du Rhin) (Königliche Eisenbahndirection zu Cöln (linksrheinische) ou KED) dont le siège administratif est Cologne.

Cette organisation a procédé à une rénovation complète de la gare, décrétée en 1886, les installations construites au cours des décennies précédentes n’étant plus en mesure de répondre aux besoins croissants. La gare des marchandises a été agrandie, le dépôt de locomotives reçoit deux aires de parcages supplémentaires rayonnant autour d'une nouvelle plaque tournante. Deux ans plus tôt, la ligne secondaire vers Eupen avait été prolongée jusqu'à Raeren où elle rejoignait désormais la nouvelle ligne Vennbahn alors en cours de construction pour desservir Saint-Vith et aboutir au Luxembourg avec des embranchements vers Malmedy et Gerolstein.

Un nouveau bâtiment des voyageurs, davantage en phase avec le trafic considérable et le prestige qui en découle, est inauguré le . Long de avec un couloir reliant, côté place de la gare, la salle des pas perdus aux deux vastes salles d'attente (celle de classe et celle dévolue aux voyageurs de et ), au buffet et aux locaux des bagages et de la douane, il va de pair avec de nouvelles installations pour la police, les douanes et les agents des frontières. Il y avait également une « salle d'attente princière » ou « chambre des princes », reflétant l'importance des voyages ferroviaires internationaux en général, et de la gare frontière plus particulièrement, y compris pour les monarques et leur entourage. En 1845, la Reine Victoria d'Angleterre entreprit son premier voyage en train via la gare frontière d'Herbesthal, accompagnée de son époux.. Treize ans plus tard, au début de 1858, Victoria du Royaume-Uni, fille aînée de la Reine, passa par Herbesthal avec après son mariage avec le prince Frédéric en route vers l'Allemagne où trente ans plus tard ils deviendraient brièvement impératrice et empereur. Les bonnes relations entre les familles royales britannique et allemande (ainsi que d'autres monarques) ont apporté nombre d'hôtes de marque qui transitèrent par le salon royal de la nouvelle gare au cours des dernières années du siècle.

À partir du milieu des années 1890, des trains de luxe directs furent introduits, parmi lesquels l' et le Nord Express s'arrêtaient pour le dédouanement à Herbesthal. Les trains ordinaires de passagers en provenance de Belgique, de Rhénanie et du nord de la France connurent également une croissance importante. De plus, la gare bénéficiait de l'augmentation du volume du trafic de marchandises, même si certains trains vers l'ouest contournaient désormais Herbesthal pour ne pas gravir la rampe de Ronheide.

La ville d'Eupen sera reliée en 1910 à celle d'Aix-la-Chapelle par un tramway. et ce réseau de inclura une ligne aboutissant à Herbesthal à proximité de la gare.. Repris par la SNCV après 1920, cette ligne reprise sous l'indice 577 fermera le .

Conséquences de la Première Guerre mondiale Le , la guerre débute sur le front occidental fut lancée avec l'invasion allemande du Luxembourg, mais ce n'est que le que l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique. Dans l'Edinburgh Evening News, une lectrice peut encore relater sa traversée sans problème de la frontière à Herbesthal en quittant l'Allemagne aux premières heures du matin du . Le déclenchement de la guerre met fin au transport commercial de passagers. La gare frontalière et l'exploitation au-delà en Belgique occupée passe sous le contrôle des chemins de fer militaires allemands. Herbesthal avec ses vastes installations devient un lieu stratégique pour le transit et le ravitaillement des armées du front occidental. Dans le même temps, des milliers de soldats blessés, bloqués sur le chemin du retour du front, reçoivent des soins médicaux en gare. En outre, plus de travailleurs forcés belges ont fait, contre leur gré, le trajet vers l’Allemagne via Herbesthal.