La campagne de Suisse de 1799 (ou campagne d'Helvétie) est une opération militaire s'étant déroulée entre septembre et sur le territoire suisse. Cette expédition prend place durant la guerre de la Deuxième Coalition, lors de la Campagne d'Italie et de Suisse.
Les troupes russo-autrichiennes, qui venaient de vaincre les Français en Italie, ont franchi le Saint-Gothard sous le commandement du maréchal Alexandre Souvorov avec l'ordre de marcher contre le général Masséna pour le chasser de la République helvétique. Après les victoires coalisées éclatantes en Italie entre avril et août, Souvorov est déterminé à asséner le coup fatal aux forces françaises et foncer sur le sol français par les Alpes. Mais, craignant que la Russie devienne un libérateur aux yeux des Suisses, les coalisés décident de donner l'initiative des opérations aux Autrichiens. Souvorov est invité à se diriger vers le nord pour fusionner avec l'armée de son compatriote, le général Rimski-Korsakov. Ce dernier stationnant derrière la Limmat. Pour cela, il passe le massif du Saint-Gothard puis par la vallée de la Reuss contre de lourdes pertes, harcelé par le général républicain Lecourbe et ses hommes. Enfin arrivé à Altdorf, il est contraint à faire un détour car les Français sont installés sur le chemin. Masséna envoie alors les généraux Gazan, Mortier et Soult pour bloquer l'avancée russe entre Schwytz et Glaris ; Souvorov se dirige quant à lui vers la Linth. L'officier russe est arrêté nettement à Näfels par les soldats du général Molitor où se livre une longue et rude bataille. Alors isolés dans les montagnes, sans ravitaillement et encerclés par les troupes françaises, la survie des troupes de Souvorov est mise à rude épreuve. Il fait finalement le choix de battre en retraite vers l'est afin de sauver ce qu'il reste de son armée, très éprouvée.
Ce repli leur coûta de nouvelles pertes importantes, l'artillerie fut entièrement détruite. Les Russes atteignent le Rhin à Ilanz le et sortent du territoire suisse, mettant fin à l'opération, qui demeure aujourd'hui un échec cruel pour Souvorov et la Russie. En effet, le feld-maréchal tombe en disgrâce auprès de la cour tsariste, tel que Paul Ier refuse même de le recevoir en audience. Souvorov, affaibli et malade, meurt le à Moscou.
Contexte
gauche|vignette|Portrait d'Alexandre Souvorov (1786), par Dmitri Levitski, musée Tropinine, Moscou Entre avril et mi-août, Alexandre Souvorov avait mis en déroute les troupes révolutionnaires basées dans le nord de l'Italie et provoqué la chute de plusieurs républiques sœurs de la région. De facto, il avait repris le contrôle de la Lombardie et de la Vénétie, recevant le surnom de (en ) et plus tard d'. Il était alors sur le point d'écraser les dernières troupes françaises avant d'envahir la Riviera ligure. Par ailleurs, Souvorov était prêt à marcher jusqu'à Paris, comme il l'avait promis à Sérurier lors de sa captivitéQuelques mois auparavant, Souvorov avait vaincu Sérurier en Italie et lui aurait dit : lors de la libération de l'officier français. Toutefois, les troupes britanniques, autrichiennes et russes ne s'entendent pas ; cette mésentente favorise la reprise des forces républicaines qui obtiennent le temps de se réorganiser. Les Britanniques craignaient que la Russie n'obtienne trop d'influence en Italie et en Suisse et puisse gagner une quelconque revendication sur la Méditerranée centraleIl semblerait que les craintes britanniques soient fondés. L'empereur Paul aspirait probablement à glaner quelques ports méditerranéens pour assurer leurs intérêts en Grèce.. Les Autrichiens voyaient, quant à eux, dans le succès russe une réelle menace à leur suprématie en Italie du Nord.
En parallèle, les Britanniques organisent secrètement une invasion des Pays-Bas avec la Russie, contrée vassale à la République française. Le gouvernement anglais craignait que le flotte batave soit utilisée pour envahir les îles Britanniques et souhaite attaquer avant d'être surpris.
Souvorov est donc envoyé en Suisse pour rejoindre un autre contingent russe sous le commandement du général Korsakov, récemment arrivé de Galice avec . Ensemble, ils devaient mettre à genoux la République helvétique tandis que les Autrichiens devaient passer par la Suisse pour atteindre l'Allemagne. Souvorov était contre cette tactique et préfèrerait attaquer rapidement Gênes ; mais une lettre de l'Archiduc Charles en personne lui ordonne de suivre les ordres coalisés. Au-delà de la menée par les Britanniques, visant à éviter une présence russe gênante en Italie, l'historiographie moderne discerne plusieurs avantages réels à ces opérations. Les Autrichiens voient dans la Suisse la dernière barrière entre leur pays et la France et souhaitent, par conséquent, reprendre ce territoire le plus rapidement possible. L'objectif reste de se mettre à l'abri de toute offensive française dirigée contre la capitale. De ce fait, les Autrichiens sont peu intéressés par les troupes françaises en Italie mais plus préoccupés par les soldats républicains stationnés de l'autre côté du Rhin. De leur côté, les Britanniques estiment que la Suisse est le meilleur territoire à posséder pour envahir la France.
Les Français doivent quant à eux absolument conserver la barrière naturelle que sont les Alpes, durement conquise lors de la Campagne d'Italie de Bonaparte. En effet, la perte du massif laisserait le champ libre à une invasion autrichienne du territoire national. Il devient alors clair qu'il est primordial, pour la sécurité intérieure du pays, de repousser les forces austro-russes d'Italie et de Suisse.
L'offensive russe Déplacement jusqu'en Suisse alt=Portrait en buste d'un militaire en uniforme de la Révolution française, tête nue, pourvu d'une chevelure et de rouflaquettes assez abondantes, le regard de face, dont le col et les revers de la veste sont ornés de motifs feuillus.|vignette|Portait du général André Masséna, commandant en chef des forces françaises en Suisse. Le , Souvorov informe le Tsar qu'il est sur le point de quitter l'Italie, comme convenu, et de se diriger vers la Suisse. Il souligne également à son souverain que l'Autriche est, depuis le début des hostilités face à la France, réticente à le soutenir et lente à répondre à ses messages, tout en refusant de ravitailler ses hommes. Il estime que les coalisés retardent intentionnellement l'arrivée de l'approvisionnement pour l'obliger à quitter rapidement l'Italie.
Souvorov s'élance vers la Suisse le , en direction de Coire dans les Grisons, avec ses . La première cible de l'officier russe est Bellinzone qu'il compte conquérir avec l'aide des Cosaques. Le , l'avant-garde russe entre en Suisse près de Ponte Tresa et quelques jours plus tard, l'armée est au complèt, aux environs de Torricella-Taverne. Les problèmes commencent déjà pour les forces russes qui constatent que la caravane de ravitaillement, promise par l'Autriche, n'arrive pas. À la stupéfaction initiale, succède rapidement l'indignation puis la colère ; Souvorov accuse Vienne d'avoir fomenté une trahison . Il écrit sur-le-champ une lettre adressée à l'empereur François II dans laquelle Souvorov exprime son indignation et déplorant l'inefficacité autrichienne qui mettait en péril toute la campagne. Mais le mal est fait et les forces russes manquent cruellement de ravitaillement. Sous les conseils d'un de ses subordonnés, Souvorov réquisitionne tous les chevaux de l'armée pour transporter les vivres récoltés chez les autochtones. Souvorov profite de ce retard pour enseigner à ses troupes un sommaire apprentissage du combat en montagne, tactiques avec lesquelles les soldats étaient totalement étrangers.
Franchissement du col du Saint-Gothard
Le , Souvorov ordonne la reprise de l'avancée. La marche se poursuit plutôt lentement, ralentie par les pluies, le brouillard et le terrain montagneux. Le lendemain, Souvorov bivouaque à Giornico. Le surlendemain, l'armée est renforcée par un régiment autrichien sous le commandement du colonel Gottfried Strauch. Le 26, l'ascension du col du Saint-Gothard débute après avoir été retardée par une division française, détachée de l'armée du général Lecourbe. Durant trois jours, la bataille du Saint-Gothard fait au total 600 morts côté russe contre seulement 200 côté républicain. En se repliant, les Français détruisent partiellement le pont du Diable (pont en pierre près d'Andermatt). Ici, un autre contingent français tend une embuscade qui tue près de 900 Russes alors qu'ils tentaient de réparer le pont. C'est finalement au prix de lourds efforts que Souvorov parvient à faire fuir les Français et ainsi franchir le passage.
Contrairement aux Russes, les soldats français sont préparés aux combats escarpés et disposent d'une grande expérience dans les escarmouches en terrain montagneux. Ainsi, ils sont et ose s'aventurer .
Poursuivant son avancée dans la vallée de la Reuss, Souvorov s'empare du col du Gothard et le , ses troupes atteignent Altdorf. Pour le maréchal russe, la partie la plus dure est passée ; optimiste, il écrit, dans une lettre adressée à Friedrich von Hotze, une note en allemand, restée célèbre :
Que l'on pourrait traduire par :
Cependant, Souvorov se réjouissait trop vite. Il ne se doutait pas qu'au moment où il écrivait ces mots, le général Masséna, qui avait concentré une force trois fois supérieure à la sienne, écrasait lors de la deuxième bataille de Zurich les forces de Korsakov. Tandis que Soult infligeait une sévère défaite aux Autrichiens de Hotze, qui est abattu durant l'affrontement.
Première tentative de contournement alt=photo du col de Chinzig|vignette|Le col du Chinzig vignette|Traversée des Alpes de Souvorov, mosaïque de 1904 sur le mur extérieur du Musée Souvorov à Saint-Pétersbourg Les Français ont pris position sur la rive gauche du lac des Quatre-Cantons et empêchent les Russes d'atteindre leur objectif par le col de Surenen tandis que le lac est lui-même gardé par une flottille, rendant impossible toute traversée. À bout de force, l'équipement russe est humide, rouillé et le moral est au plus bas, manque de nourriture oblige. Souvorov n'a pas encore appris les défaites de Hotze et Korsakov, mais préfère s'arrêter pour reposer ses hommes en l'absence de nouvelles. Il reprend la marche le lendemain, en direction du col du Chinzig pour contourner les positions françaises et arriver à Schwytz. Lecourbe découvre rapidement le détour des Russes et en informe Masséna, ce dernier avait prévu d'attaquer Souvorov dans la vallée de Reeus et doit revoir ses plans. Il envoie Mortier occuper Schwytz avec et Gazan Weesen, avec hommes.
Dès leur arrivée à Muotathal, les hommes épuisés de Souvorov, sans ravitaillement ni munitions et confrontés à un froid glacial, font face à une armée française bien mieux préparée et supérieure en nombre. Le , toujours incertain du sort des hommes de Karsakov et de HotzeLa rumeur selon laquelle les troupes austro-russes avaient été battues circulait dans les rangs de l’armée de Souvorov, mais ce dernier n’y croyait pas. Souvorov pensait que les Français avaient répandu cette rumeur pour déstabiliser ses forces, Souvorov réunit son état-major en conseil de guerre pour déterminer la meilleure marche à suivre. Au cours de cette réunion, l’officier russe se montre déterminé à ne pas se rendre et prononce ces mots :
Après le discours passionné de Souvorov, les officiers russes se ressaisissent et décident de faire marche arrière, repartir vers l’est pour rejoindre le général autrichien Linken à Glaris.
Seconde tentative de contournement alt=Portrait en buste et de trois-quarts droite d'un général napoléonien, pourvu d'une chevelure et de rouflaquettes noires assez abondantes, le regard de face, vêtu d'un habit militaire orné de motifs à feuilles de chêne. Il porte des épaulettes, ses décorations et, en travers de la poitrine, le cordon de la Légion d'honneur.|vignette|Portrait de Gabriel Molitor (par Charles-Aimé Forestier).