Le référendum constitutionnel guinéen de 2025 a lieu le en Guinée afin de permettre à la population de se prononcer sur l'adoption d'une nouvelle Constitution.
Le référendum a lieu quatre ans après la prise de pouvoir du général Mamadi Doumbouya lors du coup d'État en 2021 ayant renversé le président Alpha Condé et porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir.
Le projet de Constitution conserve et renforce le régime présidentiel que connait déjà le pays, tout en rendant très difficile une future nouvelle révision, soumise à des conditions très strictes et une période d'intangibilité de trente ans. Il est vivement contesté par l'opposition qui y voit une manœuvre des putschistes pour se maintenir au pouvoir, la nouvelle Constitution permettant explicitement au général Doumbouya d'être candidat à l'élection présidentielle qui doit s'ensuivre.
La nouvelle constitution est approuvée à plus de 89 % des suffrages, et promulguée le par Mamadi Doumbouya. Contexte Coup d'État de 2021
vignette|redresse=0.7|gauche|Mamadi Doumbouya La Constitution proposée par référendum doit mettre fin à la période de transition entamée par le coup d'État de 2021 à l'encontre du président de la République Alpha Condé. Au pouvoir depuis 2010, ce dernier se trouvait de plus en plus contesté depuis sa réélection en 2020 pour un troisième mandat, après avoir fait modifier par référendum la Constitution pour remettre à zéro le compteur de ses mandats passés et être de nouveau éligible. Après sa réélection, réputé pour son et sa tendance à vouloir tout contrôler, Alpha Condé adopte une gouvernance de plus en plus solitaire, concentrant la gestion du pays sur sa personne.
Le vers , des soldats du groupement des forces spéciales menés par le colonel Mamadi Doumbouya organisent un coup d’État et revendiquent la capture d'Alpha Condé. Ils annoncent la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et des institutions, la fermeture des frontières et la création d'un (CNRD) pour diriger le pays. Le colonel Doumbouya prend la tête du pays en tant que président de la Transition. Une Constitution d'intérim est publiée par décret le sous le nom de Charte de la Transition. Le nouveau régime militaire met en place un Conseil national de la transition (CNT) présidé par Dansa Kourouma en lieu et place du parlement, et promet de rendre le pouvoir aux civils d'ici à 2024 après l'adoption d'une nouvelle Constitution. La Charte prévoit alors explicitement l'exclusion des membres du CNRD et du CNT de la future élection présidentielle post-transition. La prise de pouvoir par les militaires s'inscrit dans un contexte de multiplication des coups d'État au Sahel dans les années 2020, qui donne notamment lieu à l'expression de « ceinture de coups d'État »..
Transition militaire vignette|Réunion du CNT en La Junte militaire prend rapidement le chemin de la répression de la population et de l'opposition, tandis que fleurissent les portraits de Mamadi Doumbouya à travers la capitale Conakry. Les manifestations politiques sont interdites le , et une douzaine de partis politiques mineurs dissous, tandis que les plus importants sont suspendus, dont notamment le Rassemblement du peuple de Guinée d'Alpha Condé et l'Union des forces démocratiques de Guinée de Cellou Dalein Diallo, sous prétexte de non-respect de la charte des partis politiques. La suspension des partis est renouvelée en , puis à nouveau en .. Le , l'armée tire sur des manifestants appelant à un retour du pouvoir aux civils, faisant cinq morts. L'année suivante, plus de 70 personnes sont tués dans des violences politiques.
L'ensemble des préfets du pays sont remplacés par des militaires, tandis que les conseils municipaux, jugés , sont dissous en .. L'ensemble des élus locaux sont alors remplacés par environ nommés par la junte. L'emprise des échelons locaux par cette dernière lui assure ainsi la mainmise sur les bureaux de vote et la distribution des cartes d'électeurs.
La Haute autorité de la communication (HAC) suspend le plusieurs stations de radios et chaines de télévision pour des , avant d'en interdire d'autres le . Quatre mois plus tard, le , la junte suspend toutes les autorisations accordées aux organisations non gouvernementales qu'elle accuse de menacer l'ordre public.
Les moyens de répression se multiplient. L'ancien cadre du ministère des mines Saadou Nimaga disparait ainsi après avoir été enlevé en plein jour à Kaloum, de même que le journaliste Habib Marouane. Plusieurs dirigeants d'organisations de la société civile sont arrêtés et torturés avant d'être libérés, tels ceux du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah, le coordinateur du Forum des forces sociales de Guinée (FFS), Abdoul Sacko, ou l'ancien bâtonnier et membre du CNT maitre Mohamed Traoré. L'opposant Aliou Bah est quant à lui condamné à deux ans de prison ferme pour pour avoir accusé le gouvernement d'être responsable de la Tragédie du stade 3-Avril de Nzérékoré.... Selon Amnesty International, les enlèvements se multiplient à l'encontre de militants de la société civile, provoquant l'instauration d'un destiné à couper court à toute dissidence. Au , plus de ont été tuées pour s'être opposées à la junte..
vignette|Doumbouya lors de l'anniversaire de l'indépendance de la Guinée en 2021 Le , Doumbouya s'élève lui même au grade de général de corps d'armée des forces armées de la Guinée... Il quitte la tête du Groupement des forces spéciales pour devenir Commandant en chef des forces armées le suivant, puis devient 1général d'armée en . Doumbouya récompense à cette occasion seize officiers ayant participé au coup d’État en les nommant à leur tour Général de corps d’armée, consolidant ainsi son cercle de soutiens.. À la tête de la junte militaire, il est notamment à l'origine des disparitions de militants des droits de l'homme, tel Foniké Menguè, et de journalistes, tel Habib Marouane Camara..
Des consultations en vue de l'élaboration de la nouvelle Constitution sont organisées avec des représentants religieux et syndicaux ainsi que des membres de la société civile et des représentants des partis politiques. Ces consultations sont cependant largement boycottées par les citoyens à l'appel de l'opposition regroupée au sein de la coalition , qui juge le processus délibérément opaque et vide de sens, la junte conservant via le CNT une mainmise totale sur la rédaction du texte constitutionnel. L'opposition dénonce ainsi l' des étudiants, contraints d'assister aux consultations dans ce qu'elle qualifie d'....
La Censure d'Internet, l'accident industriel de l'explosion du dépôt de carburant de Kaloum fin 2023 et la grève générale de amène le général Doumbouya à renvoyer le le gouvernement d'intérim dirigé par Bernard Goumou. Doumbouya se comporte dès lors comme un président de plein titre, et forme un nouveau gouvernement avec l'opposant Bah Oury pour Premier ministre. La date du retour du pouvoir au civil initialement fixée pour 2024 est finalement reportée par décret, malgré les pressions de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)...
Un avant-projet de Constitution est entretemps présenté le .. Le référendum constitutionnel est fixé au par un décret du général Doumbouya publié le avant même le vote du projet de Constitution. Ce dernier est voté le par les 80 membres du CNT, à l'unanimité.. Le vote intervient à huis clos, seuls quelques membres du CNT ayant eu accès à la version définitive du texte. Il est suivi de la création le 25 de l'Observatoire National Autonome de Supervision du Référendum (ONASUR), de la Direction générale des élections, et de la publication du projet de Constitution le . Le corps électoral est à son tour convoqué le suivant..
Objet Le référendum, régi par une loi spéciale, porte sur l'adoption d'une nouvelle Constitution qui doit remplacer celle adoptée cinq ans plus tôt en . Elle vise à mettre fin à la transition et organiser le retour à l'ordre constitutionnel après le coup d'État de 2021..
Renforcement du régime présidentiel Le projet de nouvelle Constitution conserve un régime présidentiel fort avec un pouvoir exécutif concentré entre les mains du président la République, élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de sept ans renouvelable une fois, au lieu de six ans renouvelable une fois selon la Constitution de 2020. L'avant-projet fixait la durée du mandat à cinq ans. Cet allongement est justifié par les autorités par des raisons économiques et de stabilité, ainsi que pour éviter la polarisation du pays.... Les candidats à la présidence doivent être âgés d'au moins 40 ans et de moins de 80 ans..
Le projet revient notamment sur l'article 46 de la Charte de la transition qui interdisait au président et aux membres du Comité national du rassemblement pour le développement de candidater aux élections nationales et locales organisées pour marquer la fin de la transition, dont la future élection présidentielle. La suppression de cette disposition permet ainsi au général Mamadi Doumbouya de se présenter à cette dernière..
Selon le projet de nouvelle Constitution, le président de la République . Il nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions, dispose du droit de grâce, conduit la politique extérieure de l’État et est le chef suprême des armées. Le gouvernement . Le poste de Premier ministre est conservé. Chef du gouvernement nommé et révoqué par le président à son bon vouloir, il coordonne l'action du gouvernement. Il ne se soumet pas à un vote de confiance de l'Assemblée.
Contrairement aux précédentes constitutions, celle ci rend pour la première fois possible la candidature de personnalités sans étiquettes à l'élection présidentielle. Si les indépendants pouvaient auparavant se présenter aux scrutins locaux, les présidentielles étaient en effet réservées aux seuls candidats membres d'un parti politique les soutenant..
En cas de vacance de la présidence constatée par la Cour constitutionnelle, le président de l'Assemblée nationale ou, à défaut, celui du Sénat devient président par intérim. Ce dernier organise une élection présidentielle anticipée entre 60 et 120 jours après avoir pris serment. Il ne peut dissoudre l'Assemblée nationale, organiser un référendum, faire usage du droit de grâce ou nommer à des postes civils ou militaires.
Enfin, les anciens présidents bénéficient ..
Passage au bicamérisme vignette|Le Palais du Peuple qui abrite le parlement à Conakry Le projet prévoit un passage du Parlement au bicamérisme avec la mise en place d'un Sénat, une première dans l'histoire constitutionnelle de la Guinée. L'Assemblée nationale, toujours élue au suffrage direct pour cinq ans, devient ainsi la chambre basse d'un système bicaméral dont le Sénat est la chambre haute. Ce dernier serait composé de sénateurs âgés d'au moins quarante ans, élus pour les deux tiers au suffrage indirect par un collège électoral composé des conseillers régionaux et municipaux, et nommé pour le tiers restant par le président de la République, pour un mandat de six ans. Le Sénat est défini comme une assemblée représentative des collectivités décentralisées et des diverses composantes socioprofessionnelles de la Nation. Il vote la loi de concert avec l'Assemblée nationale dans les domaines liés à la décentralisation, au système électoral, aux associations de la vie civile, à la bonne gouvernance ainsi qu'à ce qui se rapporte à la promotion du dialogue, de la cohésion et de l'unité nationale. Il donne également son avis au président de la République sur les propositions de nomination aux hautes fonctions civiles, après audition à huis clos des personnes proposées. Si ses pouvoirs sont ainsi bien plus limités que ceux de la chambre basse, il ne peut en revanche être l'objet d'une dissolution..