La convention des forteresses est un traité signé le entre la Belgique, l'empire d'Autriche, la France, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. Elle a pour objectif le démantèlement de plusieurs citadelles et forteresses devenues belges de la barrière Wellington, établie dans l'ancien territoire du royaume uni des Pays-Bas afin de faire rempart contre la France après la chute du Premier Empire.
Contexte Les forteresses vignette|Le duc de Wellington, qui a donné son nom à la barrière de forteresses dressée contre la France dès 1816 : la barrière Wellington.
Dès 1814, lorsque les grandes puissances européennes victorieuses de Napoléon Bonaparte se réunissent lors du congrès de Vienne, elles décident de créer un état-tampon entre la France et la Prusse et fondent le royaume uni des Pays-Bas avec, pour souverain, d'Orange-Nassau. Afin d'assurer ce rôle, le nouveau royaume doit se doter d'une « barrière de défense » contre les potentielles menaces françaises : la barrière de Wellington. Celle-ci s'articule autour de trois lignes fortifiées plus ou moins parallèles à la frontière entre la Belgique et la France. Elles sont composées de citadelles, de forteresses ou de villes fortifiées, rénovées ou construites pour l'occasion avec un financement massif provenant du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et des indemnités et dommages de guerre imposés à la France en conséquence des guerres napoléoniennes et de la chute du Premier Empire. La barrière tient son nom du duc de Wellington, l'un des vainqueurs de la bataille de Waterloo.
Si certaines de ces places-fortes sont nouvellement construites, d'autres sont rénovées, l'idée de « barrière contre la France » n'étant pas neuve : trois traités dits « de la Barrière » avaient déjà été signés en ce sens au début du , à l'époque des Pays-Bas autrichiens et des Provinces-Unies.
Le protocole secret
Le , à l'occasion du congrès d’Aix-la-Chapelle, un protocole militaire secret est établi entre le royaume uni des Pays-Bas et les membres de la Quadruple Alliance, soit l'Autriche, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, la Prusse et la Russie. Il prévoit qu’en cas de guerre contre la France, aussitôt le casus fœderis déclaré, les forts néerlandais de la barrière Wellington seront occupés par les Britanniques et les Prussiens en plus des garnisons des forces armées du royaume uni des Pays-Bas. Les britanniques occuperaient Nieuport, Ostende, Ypres et les forteresses situées sur l’Escaut, soit Audenarde, Gand et Termonde à l’exception de la citadelle de Tournai et de la position fortifiée d'Anvers. Les troupes prussiennes, quant à elles, occuperaient les citadelles de Dinant, Huy, Namur ainsi que les places de Charleroi, Mariembourg et de Philippeville. Les troupes néerlandaise, doivent occuper en première ligne Ath, Bouillon, Liège (citadelle et fort de la Chartreuse), Menin, Mons et Tournai et, en deuxième ligne, les places d’Anvers et de Maastricht.
Outre l’occupation des forteresses, le protocole secret d’Aix-la-Chapelle règle les détails de la formation de l’armée alliée. Celle-ci sera divisée en trois corps d'armée : un corps sur le flanc droit, composé des forces armées britanniques, du Royaume de Hanovre et des troupes néerlandaises à Bruxelles. un corps au centre composé des troupes de l'armée prussienne sur la Sarre. un corps sur le flanc gauche rassemblant les troupes d'Autriche, du grand-duché de Bade, de royaume de Bavière et du Wurtemberg sur le Haut Rhin.
L'indépendance de la Belgique
vignette|L'armée des volontaires belges prenant Anvers lors des combats d'octobre 1830. Fin éclate la révolution belge, qui mène à la déclaration d'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas le , ainsi qu'à la guerre belgo-néerlandaise. Les forteresses des Pays-Bas méridionaux, gardées par les forces armées néerlandaises tombent les unes après les autres, grandement aidées par la désertion des soldats « belges ». Le fort de Huy est le premier à être pris dès le , puis suivent quelques autres comme le fort de la Chartreuse, à Liège, le . Un tournant majeur est marqué par la victoire surprise des volontaires belges sur l'armée néerlandaise du prince Frédéric lors des Quatre Jours de Bruxelles le .
Les dernières forteresses « wallonnes » tombent ou capitulent comme Mons le , la citadelle de Namur le ou la citadelle de Liège le lendemain. La Flandre est à son tour progressivement « libérée » suivant trois grands axes : La campagne d'Anvers, menée par les troupes d'Anne-François Mellinet et de Charles Niellon qui se rendent maîtres de la ville et de l'enceinte d'Anvers (hormis la citadelle) dès le au prix de violent combats et après plusieurs batailles restées célèbres comme la bataille de Lierre le , la bataille de Walem le ou la bataille de Berchem le . La campagne des Flandres, menée par le Français Louis Adolphe Le Doulcet de Pontécoulant, va du d'Audenarde jusqu'à Oostburg, en Flandre zélandaise, prenant au passage, la citadelle de Gand le . La campagne du Limbourg, quant à elle, est menée par le général Nicolas Joseph Daine et s'étend de Maastricht jusqu'au le .
Seules trois forteresses situées dans les frontières de la Belgique de l'époque, résistent et demeurent sous contrôle néerlandais : la citadelle d'Anvers (qui sera assiégée et prise fin 1832 par un corps expéditionnaire de l'armée française). la forteresse de Luxembourg, malgré l'annexion belge, grâce à sa garnison de l'armée prussienne en vertu de l'appartenance du grand-duché de Luxembourg à la confédération germanique et à la régularisation de la situation par la signature de la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831 puis par la scission du grand-duché de Luxembourg par le traité des XXIV articles du . la forteresse de Maastricht, malgré le imposé par les belges jusqu'à la convention de Zonhoven qui met fin à la guerre le et avant que la situation ne soit définitivement résolue par la scission du Limbourg selon le même traité que celle du Luxembourg.
Rapprochement belgo-français vignette|Le le Congrès national vote en faveur de l'octroi du trône de Belgique à Louis d'Orléans, le fils du roi des Français, Louis-Philippe Ier, ce que dernier refusera cependant.
À la suite de la participation française à la révolution belge de 1830, les deux pays développent des relations bien plus chaleureuses que les relations entre la France et les Pays-Bas. Par exemple, la Constitution de la Belgique disposant que le nouvel état serait une monarchie constitutionnelle, le Congrès national propose au fils de , Louis d'Orléans, de devenir le premier roi des Belges. Le vote a lieu le après une tentative de coup d'état mais, sous la pression des puissances européennes, Louis-Philippe refuse l'offre belge le . Le monarque de Belgique sera , qui prête serment le et se mariera par la suite avec la fille de Louis-Philippe, Louise d'Orléans qui deviendra, elle, la première reine des Belges dès le .
En outre, la France fait partie des états à reconnaître l'existence et l'indépendance de la Belgique lors de la conférence de Londres, dès le , lorsque le ministre plénipotentiaire français Talleyrand déclare :
Considérations internationales vignette|L'enceinte de Menin fait partie des forteresses visées depuis le début par le démantèlement. À la suite de la déclaration d'indépendance de la Belgique du , les grandes puissances européennes se réunissent lors de la conférence de Londres, afin de statuer sur le sort qu’elles souhaitent donner à la révolution belge. La question des forteresses arrive à la table des négociations de la conférence internationale menée au Foreign Office. En effet, dès le , le diplomate britannique Lord Parlmerston écrit dans une correspondance qu'il entretient avec Lord Granville :
Le , après que la France ait adhéré aux bases de séparation de la Belgique et des Pays-Bas, les plénipotentiaires des quatre autres grandes puissances rédigent le protocole suivant :
Ce protocole fut officiellement notifié le au plénipotentiaire français Talleyrand et le au gouvernement belge à Bruxelles. Le , le roi des Français, le communique aux Chambres de la manière suivante : . De la sorte, il fait passer la future démolition des forteresses comme une victoire française et lui confère un caractère triomphal pour la monarchie de Juillet. Toutefois, même si elle est satisfaite de la décision, la France n'a pas voix au chapitre dans cette affaire, comme le montre la réponse faite par lord Palmerston à une interpellation de Robert Peel dans la séance du de la chambre des communes du Royaume-Uni :
Conception Traité des XXVII articles vignette|La campagne des Dix-Jours (ici la bataille d'Hasselt, défaite belge) aura des conséquences désastreuses pour la Belgique, qui n'en sort « vainqueur » que grâce à intervention d'un corps expéditionnaire de l'armée française.
En , lorsque le roi des Pays-Bas, , tente de reconquérir les Pays-Bas méridionaux devenus la Belgique, lors de la campagne des Dix-Jours. La France intervient militairement en envoyant un corps expéditionnaire afin de garantir la neutralité belge. Bien que les deux armées ne s’affrontent pas directement, cela suffit à faire fuir l'armée néerlandaise et évite la défaite des jeunes forces armées belges, jusqu'alors très mal embarquées dans ce nouvel épisode de la guerre belgo-néerlandaise. En conséquence de quoi, le , la Belgique est contrainte de signer le traité des XXVII articles, bien plus défavorable que le premier traité signé en juin, car il réduit notamment ses frontières en actant la scission du grand-duché de Luxembourg, qu'elle avait annexé l'année précédente, ainsi que la scission du Limbourg.
C'est dans ce cadre que viennent s'inscrire les négociations de la convention des forteresses, par laquelle la France souhaite réduire le nombre de forteresses belges à sa frontière, garantissant en échange qu’elle défendrait la neutralité de la Belgique, qu’elle avait grandement participé à construire.
Description L'article ordonne la démolition des places d'Ath, de Menin, Mariembourg, de Mons et de Philippeville. Les deux articles suivants déterminent le mode de démolition et attribuent à la Belgique le matériel des places sacrifiées. Par l'article 4, le roi des Belges s'engage à maintenir en bon état les autres forteresses restantes. L'article 7 stipule que les ratifications seraient échangées dans le terme de deux mois.
Article secret Un article secret, particulièrement pour la France est ajouté à la convention avec pour but de renouveler les accords contenus dans le protocole militaire secret signé lors du congrès d'Aix-la-Chapelle de 1818. Celui-ci prévoit en effet qu’aussitôt le casus fœderis déclaré, les forts soient occupés par les forces armées britanniques et l'armée prussienne. Une modification notable est toutefois apportée puisqu'à l'époque, le traité prévoyait que les forces armées néerlandaises se déploient en garnison dans la première et la deuxième ligne de la barrière de Wellington, soit en plein territoire belge depuis l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas, proclamée le .
Les britanniques occuperaient Nieuport, Ostende, d'Ypres et les forteresses situées sur l’Escaut, soit , Gand et Termonde à l’exception de la citadelle de Tournai et de la position fortifiée d'Anvers. Les troupes prussiennes, quant à elles, occuperaient les citadelles de Dinant, Huy, Namur ainsi que les places de Charleroi, Mariembourg et de Philippeville.
Réactions Belgique