Andalò Di Negro, aussi connu sous les noms d'Andalone Negro, d'Andalo De Nigro, ou de Del Negro, est un astronome et géographe italien du Moyen Âge né à Gênes en 1260 et décédé avant à Naples.

En 1318, il rejoint la suite de Robert d'Anjou, alors à Gênes, et passe le reste de sa vie attaché à la cour angevine de Naples, où il se lie d'amitié avec Boccace. Selon George Sarton, l’astronome génois doit sa renommée aux « éloges enthousiastes, incompétentes et sans critique » de son plus illustre élève, Giovanni Boccace. Cependant, Di Negro avait reçu une bonne formation dans les écoles ptolémaïques et arabes d'astronomie, en plus d’être également un diplomate accompli. Lynn Thorndike L. Thorndike, (1934). A History of Magic and Experimental Science. New York: Columbia University Press, vol. 3, p. 191-204., quant à lui, perçoit plutôt l’astronome génois comme une représentation plus précise du Moyen-Âge italien : « [Andalò] sert à illustrer le fait que les arts et les sciences occultes étaient alors soutenus par des hommes de la plus haute éducation et du plus grand savoir et pas seulement par le vulgaire et les charlatans, et que l'astronomie et l'astrologie étaient alors indiscernables. »

Biographie

Origines familiales La famille Di Negro, d'origine ancienne, à partir du premier siècle de la république de Gênes, eut dix-huit consulats soit de la municipalité soit des Placiti, ambassadeurs et descendants avec droits seigneuriaux à Acre en Syrie, à Chypre et en Ligurie. Les archives de Gênes rappellent parmi les ancêtres du noble génois un certain Leone, qui fut vicaire de la République en Arménie Mineure en 1279 et un Bartolino, assez riche pour prêter de l'argent au roi de cette région. Dans les archives notariales de Gênes se trouve le document le plus ancien dans lequel apparaît le nom de Di Negro : en 1274 où figure le nom d'Andalò di Negro, fils d’Egidio qui en 1273 avait été vicaire de la République. Le nom de Di Negro est encore mentionné dans les archives notariales de Gênes en 1287 et 1292, à côté de celui de Carlotto, son frère. La famille Di Negro comprenait deux branches ou « alberghi », nommées d'après l'emplacement de leurs maisons respectives, de San Lorenzo et de Banchi. Le premier possédait des maisons situées avec la façade sur le Vico dei Filo ; la deuxième, Banchi, à laquelle appartenait l’astronome génois, possédait une loggia qui donnait sur le quartier Di Negro.

Vie avant 1318 Très peu est connu de la formation culturelle précoce d’Andalò Di Negro, tant de ses études, que de ses professeurs. Il est difficile d'affirmer quoi que ce soit de précis sur ses voyages, qui devaient être fréquents étant donné que, malgré la renommée et la réputation dont jouissait sa famille dans la république de Gênes, il avait une plus grande notoriété à l'extérieur qu'à l'intérieur de sa patrie, notamment par d'importants services de nature politique. En effet, en 1314, la seigneurie de Gênes dut mener d'importantes négociations en Orient avec l'empereur de Trébizonde Alexis II Comnène, et confia cette délicate tâche à Di Negro. Le , Di Negro conclut une paix avec l'empereur à Trébizonde, parvenant à obtenir des avantages pratiques notables et des satisfactions de principe pour les Génois. Alexis s'engagea en effet à poursuivre tous ceux qui se rendraient coupables de crimes contre les Génois ; il mit à leur disposition le bassin de Trébizonde, et leur laissa le droit de le fortifier et d'en interdire l'accès aux Grecs. Il leur accorda également leur propre consulat et toute une série de privilèges qui assurèrent l'amitié durable de la municipalitéArchives d'État de Gênes, Privilèges, Concessions, Traités, dossier n° 8, années 1302-1358.

Son appartenance à une famille illustre et les bons résultats qu'il avait donnés comme ambassadeur favorisèrent certainement les contacts de Di Negro avec des personnages importants, comme Hugues IV de Lusignan, dont, selon Boccace, « il était très familier avec la conformité des études. » alors qu'il était à RomeBoccace, Genealogia Deorum gentilium, Basileae 1532, p. 309. Mais sa culture, qui devait atteindre des niveaux peu communs pour l'époque, lui a certainement valu une réputation notable d'érudit, ce qui explique pourquoi on lui a également confié des postes d'enseignant à l'université. Libri, déduisant peut-être simplement de la nouvelle selon laquelle Boccace était parmi ses disciples, affirme que le génois était professeur à Florence, cependant cette affirmation ne trouve aucune preuve documentaire. Plus fondée, cependant, semble l'hypothèse avancée par Cornelio de Simoni selon laquelle il aurait enseigné à Naples plutôt qu'à Florence, ville dans laquelle, comme le démontrent les mentions élogieuses de Boccace, il devait être connu et apprécié.

À la cour angevine En 1318, la ville de Gênes se vit intégrée au domaine du roi Robert d’Anjou. Di Negro se joint à la suite de celui-ci, alors à Gênes, puis intégra la cour angevine à Naples. C’est là qu’il rencontra Boccace, avec qui il se liera d’amitié, en plus de lui enseigner l'astronomie et l'astrologie. Cependant, c’est à ce moment que les informations sur la vie et activités de Di Negro se font plus rares. Il semble probable qu'il ait passé la majeure partie de sa vie à voyager et que, dans ses dernières années, il ait décidé de rester à Naples, où il est décédé peu avant . Si cette période de la vie d’Andalò Di Negro demeure relativement obscure, certains documents laissés par ses pairs et contemporains permettent de mettre en lumière certains éléments de celle-ci. Par exemple, l’évêque d’Isola de la région napolitaine, dans un manuscrit aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale centrale de FlorenceMagliabechiano II, 67, f. 129r, se déclare être un disciple de Di Negro :

De son côté, Boccace, à travers plusieurs de ses ouvragesIl comento sopra la Commedia di Dante Alighieri, V, Florence 1724, p. 316 ; Id., Casi degl ' huomini illustri, traduit par MG Betussi, Florence, 1598, p. 122 ; Id., Genealogia, l. I, c. VI, p. 9 ; l. II, c. VII., p. 35 ; l. VIII, c. II, p. 201, et, l. XV, c. VI, p. 389, affirme que Di Negro lui a donné des enseignements en astronomie lorsqu'il était jeune à Naples. Enfin, un document angevin découvert par Giuseppe de Blasiis dans les Archives angevines et communiqué dans une lettre à Gérolamo Bertolotto en 1893, qui démontre que Di Negro était payé par le roi angevin avec 6 onces d'or par an, probablement pour son travail d'enseignant. De Blasiis trouva également parmi les papiers angevins, un diplôme de Robert d'Anjou, daté du , qui est resté inconnu de la plupart des historiens et même de De Simoni. Il est dit que, « Andalus de Nigro de Yanua, récemment décédé », le roi attribua au maître Nicolino di Santo Prospero, également génois et « médecin », les 6 onces d'or annuelles qui avaient été précédemment attribuées à Di Negro.

Œuvres Bien qu'il existe relativement peu d'informations sur la vie de Di Negro, il existe cependant des témoignages plus nombreux pour déterminer l'importance et la valeur de son activité, tous constitués de ses œuvres, publiées, inédites ou seulement citées, qui permettent de comprendre de manière plus concrète les raisons de sa grande renommée et de sa fortune parmi la postérité.

Parmi ses œuvres les plus réussies figurent celles de nature mathématique et astronomique, dont trois furent imprimées à Ferrare en 1475, dont Baldassarre Boncompagni Ludovisi recense quatre exemplaires au total, dont deux seulement en Italie. À la fin du siècle, cette édition ferraraise fut réimprimée, éditée et avec une introduction de Girolamo Bertolotto, tirée de l'exemplaire conservé à la Bibliothèque Palatine de Parme. Cet incunable comprend trois écrits de Di Negro.

Opus preclarissimum astrolabii compositum a domino Andalo de nigro genuensi foeliciter incipit Ce premier écrit est composé de vingt feuillets, et comprend dix-huit courts chapitres, chacun portant un titre sommaire, dans lesquels l’astronome génois expose de façon ordonnée les règles de construction d'un astrolabe, comme déterminer exactement les différents cercles, signes et symboles qui indiquent les jours, les mois, les heures, l'aube et le crépuscule. Il explique également comment dessiner le « filet » sur l'avant et l'arrière de l'instrument et comment y placer les différentes étoiles, sans négliger de donner un tableau des emplacements des étoiles fixes et de leur ascension et déclinaison.

Hic incipit practica astrolabij et primo de nominibus instrumenti Le deuxième des écrits publiés dans l'édition de Ferrare, ce traité est divisé en 43 courts chapitres, avec un point de vue sur le sujet plus préparatoire que le précédent. Di Negro passe en revue de manière systématique la nomenclature technique utilisée dans les écrits sur la construction de l'astrolabe, en donnant le nom, la signification et une brève description de chaque partie de l'instrument, sans toutefois se limiter à l'aspect pratique, mais en élargissant la discussion à la clarification des concepts fondamentaux de la théorie astronomique, tels que « almucarat », « ostensor », « quadrans », « regula » ou « alidada ». Ici se trouvent non seulement indiquées les significations des termes « armilla » ou « annulus », de « ansa », « mater in rotula », « limbus », « rethe sive araneam », mais des références sont aussi faites à la manière et aux règles à suivre pour résoudre les problèmes astronomiques les plus importants, et à l'utilisation correcte de l'instrument pour déterminer par exemple: le signe dans lequel se trouve le soleil à un certain jour de l'année, son altitude et celle des étoiles, la latitude et la longitude d'une certaine région, la situation des différents points cardinaux, l'horizon et l'ouest, les heures égales et inégales, et enfin quel type et dans quelle direction sont dirigés les "rayonnements" des planètes.

De operationibus scale quadrantis in astrolabio scripte Ce troisième écrit, plus court que les deux précédents, est divisé de la même façon, cette fois en 13 courts chapitres. Dans celui-ci, Di Negro vise à illustrer quelles opérations peuvent être effectuées avec l'échelle des quadrants et comment elle doit être utilisée pour comprendre non seulement les faits du ciel, mais aussi certains phénomènes terrestres. Ainsi, il enseigne comment mesurer l'ombre moyenne, droite et inverse par la hauteur du soleil, comment déterminer la hauteur de tout objet, accessible ou inaccessible (par exemple, celle d'un objet placé sur une montagne), comment mesurer la profondeur et, enfin, comment effectuer les mêmes opérations avec d'autres moyens que l'ombre, tels que la « baguette » ou le miroir.

Tractatus spere materialis Publié par Giuseppe Boffito en 1907, cette œuvre astronomique de Di Negro est copiée d'un manuscrit de la Biblioteca Mediceo Laurenziana de FlorenceJoseph Boffito, cod. VIII, 29, 1907. L'ouvrage, en soi peu original, est composé d'une quinzaine de chapitres et présente, comme les ouvrages examinés précédemment, un ton didactique caractéristique. L'auteur commence par définir très clairement les concepts géométriques fondamentaux (point, ligne, surface, triangle, carré, demi-cercle, diamètre, corde, excentrique, concentrique, sphère), puis passe à la « description de toutes les sphères », considérant les sept sphères et celle des étoiles fixes comme une sphère unique et continue, mais pourtant distincte de la huitième, du primum mobile, qui lui est néanmoins contiguë. Enfin, s'éloignant un peu du sujet spécifique de son œuvre, le noble génois s'intéresse à des thèmes de nature plus strictement astronomique, tels que la position des différentes étoiles par rapport au Zodiaque, l'égalité des heures, des jours et des nuits, les maisons célestes, ou la division du globe en terres habitables et inhabitables.

Alius Tractatus de Spera liber secundus