Les combats d'Anvers sont l'un des épisodes de la révolution belge. Ils ont lieu lors de la guerre belgo-néerlandaise, à la fin du mois d'. Anvers est alors l'une des dernières grandes villes « belges » à encore demeurer sous contrôle néerlandais depuis la proclamation de l'indépendance de la Belgique du Royaume uni des Pays-Bas, le .
Les combats débutent par l'insurrection du peuple et des bourgeois anversois qui prennent le contrôle de nombreux bâtiments civils et militaires à l'intérieur de la cité. Ils se poursuivent, en parallèle, par l'attaque de plusieurs portes de l'enceinte d'Anvers et l'entrée dans la ville de l'armée des volontaires de la révolution belge. Venus de Bruxelles, où ils viennent de battre l'armée du prince Frédéric lors des Journées de Septembre, les insurgés belges poursuivent leur route vers le nord avec pour objectif de « libérer » les provinces du sud et de repousser les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas vers la frontière belgo-néerlandaise. Les soldats « hollandais » présents dans la ville se retranchent alors dans la citadelle d'Anvers, sous le commandement du général David Chassé.
Après plusieurs escarmouches, ce dernier fait bombarder la ville depuis la citadelle et les autres forts de la position fortifiée d'Anvers, ainsi qu'avec l'appui d'une flottille de la marine royale néerlandaise, en position sur l'Escaut. Le bombardement a lieu le , dure près de , fait et des dégâts considérables. Il touche profondément l'opinion publique belge et est, par la suite, régulièrement repris par la propagande comme exemple de « barbarie hollandaise » par le gouvernement provisoire de Belgique, en quête de consolidation de l'unité nationale belge.
Contexte
Guerre belgo-néerlandaise vignette|La bataille de Berchem, le .
Après avoir chassé l'armée néerlandaise de Bruxelles lors des Journées de Septembre puis que le gouvernement provisoire de Belgique ait proclamé l'indépendance de la Belgique du Royaume uni des Pays-Bas le , les volontaires de la révolution belge s'engagent dans la guerre belgo-néerlandaise en repoussant progressivement les troupes du roi Guillaume Ier vers la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas. Plusieurs batailles sont menées à l'approche d'Anvers, comme la bataille de Lierre le , la bataille de Walem le 20 ou la bataille de Berchem le 24.
La situation d'Anvers vignette|La ville d'Anvers, son enceinte médiévale et sa citadelle (à droite), en 1828. La ville d'Anvers revêt une importance stratégique par sa taille, elle est la deuxième ville la plus peuplée de Belgique, mais aussi par son port, situé sur l'Escaut et qui est déjà l'un des grands ports d'Europe. Chef-lieu de la province d'Anvers, elle abrite les autorités et le gouverneur provincial, Alexandre François Ghislain van der Fosse. Son bourgmestre, Willem Andreas de Caters, est un fervent partisan du roi Guillaume .
D'un point de vue militaire, la ville est, depuis longtemps, très bien défendue et entourée par une enceinte de murailles. Napoléon Bonaparte disait d'elle deux décennies plus tôt qu'elle était . En 1830, elle possède une garnison de appartenant à la afdeeling des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, logés dans la citadelle d'Anvers et placés sous le commandement du général David Chassé, un ancien général d'Empire de la Grande Armée de Napoléon Bonaparte. Anvers est également le siège du « grand commandement » de l'armée néerlandaise. Les alentours de la ville et du port sont défendus par plusieurs forts, formant la position fortifiée d'Anvers, elle-même faisant partie de la barrière Wellington. Parmi ces forteresses, l'on trouve celle appelée « Tête de Flandre », qui se situe sur la rive gauche de l'Escaut, face à la ville.
Du côté civil, le maintien de l'ordre public est assuré par la schutterij, dirigée par le commissaire Klinkhamer, qui se compose de lors de sa revue du et qui peut également être assistée du corps des pompiers d'Anvers, créé en 1817.
Les évènements d’août 1830 vignette|Les bourgeois enfermés dans la bourse d'Anvers.
Au début de la révolution belge, lors de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, la ville accueille de nombreux bourgeois, commerçants et fonctionnaires ayant fui les émeutes de Bruxelles du . Dès le , le peuple se rassemble en masse sur la Meir et fait craindre au bourgmestre, Willem Andreas de Caters, la propagation des émeutes bruxelloises dans sa ville. En conséquence de quoi, il prend exemple sur d'autres communes des provinces du sud et fait former une garde bourgeoise dès le lendemain : la garde civique d'Anvers, qu'il place sous le commandement d'Antoine Dhanis van Cannart. Celle-ci établit ses quartiers dans la bourse d'Anvers mais elle est rapidement assiégée par le peuple. Le , vers , la garde sort du bâtiment et tente de repousser la foule. Elle ouvre le feu, causant plusieurs morts et blessés graves parmi les assiégeants. Cette effluve du premier sang « belge » versé aura pour conséquence de maintenir la ville dans un climat relativement calme, eu égard à l'agitation dans les autres bourgades du sud. Cependant, la ville souffre d'une baisse considérable de son activité marchande en raison de l'incertitude grandissante, ce qui créé des tensions sociales et du chômage, particulièrement parmi les dockers du port d'Anvers et les classes sociales inférieures qui se joignent progressivement aux idées de la révolution.
La présence des Princes d'Orange à Anvers vignette|Lithographie satirique pro-belge, représentant le souverain du Royaume uni des Pays-Bas, Guillaume Ier d'Orange-Nassau et ses deux fils, les princes Guillaume et Frédéric. Afin de mater l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, le roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau avait envoyé ses fils et son armée à Vilvorde, au nord de Bruxelles. Il en avait confié le commandement au plus jeune, le prince Frédéric, peu expérimenté par rapport à son frère, le prince Guillaume, vétéran des guerres napoléoniennes et de la bataille de Waterloo notamment. Ce-dernier était revenu à La Haye début septembre, après avoir échoué à négocier avec la garde bourgeoise de Bruxelles. Le prince Frédéric, quant à lui, subit une cuisante défaite lors de sa tentative d'invasion de la capitale et se réfugie à Anvers le devant l'avancée de l'armée des volontaires. Il y est rejoint dès le par son frère, plus populaire, et qui ambitionne de devenir le premier roi des Belges après que les États généraux du royaume des Pays-Bas se soient prononcés en faveur de la séparation administrative des deux pays, le . Tous deux logent au palais royal d'Anvers, depuis lequel le prince Guillaume cherche à obtenir les grâces du gouvernement provisoire de Belgique au travers de son diplomate, le prince russe . Celui-ci rencontre l'émissaire britannique William Ralph Cartwright ainsi que certains chefs militaires belges comme Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst ou Juan Van Halen et quelques membres du gouvernement provisoire, mais il ne parvient pas à obtenir leur soutien.
Le , le prince Guillaume proclame :
Le plan de Van den Herreweghe vignette|Attaque du corps franc anversois devant l'hôtel de ville d'Anvers le . Après les Journées de Septembre, Frans-Lodewijk Van den Herreweghe, un ancien fonctionnaire originaire de Boom qui avait été démis de ses fonctions en 1828 pour ses idées anti-gouvernementales, se rend auprès du gouvernement provisoire de Belgique à Bruxelles afin d'y exposer un plan consistant en la prise de la ville d'Anvers et de sa citadelle. Les événements de Bruxelles avaient montré la faiblesse d'une armée face à une guérilla urbaine et, outre leur appartenance à la Belgique, Anvers et son port ont une importance stratégique considérable pour le nouvel État belge.
Le plan de Van den Herreweghe prévoit une révolte à l’intérieur de la ville menée par la garde civique d'Anvers et le corps franc anversois, créé auparavant avec l'apparition d'un chômage massif dans la population ouvrière du port d'Anvers et les chantiers navals. En parallèle, il compte sur la rébellion des soldats « belges » en garnison dans la citadelle ainsi que des membres de la schutterij locale, comme cela s'était produit à de nombreuses reprises dans les citadelles belges jusqu'alors. La révolte serait soutenue par l'arrivée des volontaires de la révolution belge de 1830 qui poursuivent l'armée du prince Frédéric et du duc de Saxe-Weimar au travers de la Flandre. Celle-ci fait face à de nombreuses désertions de ses soldats « belges » et se réfugie dans la citadelle d'Anvers.
L'insurrection d'octobre à l'intérieur d'Anvers vignette|La porte Rouge, de l'enceinte d'Anvers, prise dès le . vignette|Entrée des troupes belges par la le . Alors qu'Anvers était relativement tranquille depuis les émeutes d'août, des troubles éclatent le vers à la porte de Bruxelles où une foule armée de barres métalliques insulte et provoque des soldats néerlandais. Les cinq hommes de faction finissent par faire feu, tuant un anversois et en blessant trois autres. La garde civique d'Anvers est également insultée par le peuple et le drapeau de la révolution brabançonne est arboré aux cris de « Vive de Potter! Vive la liberté! ». Afin de calmer les esprits, le prince Guillaume demande dès le lendemain à son aide de camp, Henri de Fourneau, de faire venir le général à Anvers afin de diviser les régiments de l'armée en deux, selon les appartenances « belges » ou néerlandaises des soldats. Il en profite également pour rendre visite au régiment de hussards, composé presque entièrement de Belges, afin de s'assurer de leur fidélité.
Le , le général Chassé fait interdire toute sortie de diligence en direction de Bruxelles, Gand, Lierre, Louvain ou Malines ainsi que l'entrée en ville de toute personne n'y résidant pas. Le lendemain, il place la ville en état de siège. Le lendemain, le prince Guillaume quitte la ville pour Bréda, ce qui permet à Frans-Lodewijk Van den Herreweghe de lancer son mouvement d'insurrection avec le corps franc anversois. Il est aidé par Jean-Louis Delin, un commerçant local qui prend la tête de hommes et attaque l'hôtel de ville d'Anvers où ils perdent deux hommes. Ils font parmi les gardes et les partisans orangistes, mais le Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach parvient à s'échapper. Le , ils prennent le palais royal d'Anvers et la Meir vers . En peu de temps, le peuple contrôle presque tous les postes militaires de la ville, excepté celui de la « grand'garde ». Les hommes de Van den Herreweghe s'emparent de la porte de Slyck vers puis de la porte Rouge vers .
Le , les Anversois attaquent et pillent un petit navire chargé d'armes du régiment de lanciers. L'action est toutefois repérée et interrompue par la marine royale néerlandaise, dont huit navires sont en poste sur l'Escaut. Vers un premier rassemblement se crée dans la rue de l'église, dans le quartier de Saint-André, ce qui force l'envoi d'un détachement de cent hommes pour le disperser, provoquant une fusillade et des combats qui durent jusqu'au soir.
Le , Van den Herreweghe se rend à l'hôtel de ville d'Anvers, où sont réunis les membres du conseil de régence. Il les informe que le gouvernement provisoire de Belgique est maître de la ville et leur propose de se rendre ensemble auprès du général David Chassé, qui commande la citadelle d'Anvers, pour lui proposer un cessez-le-feu et de rappeler l'ensemble des soldats néerlandais dans la forteresse. Ils acceptent et le font accompagner de l'un de leurs délégués, le baron Jean Osy, président de la banque et de la Chambre de commerce d’Anvers. La députation obtient la capitulation désirée et, vers , le général Chassé leur remet les clefs de la ville et arbore le drapeau blanc en haut de la forteresse. Le drapeau de la révolution brabançonne est, quant à lui, hissé sur la tour de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.
Dans la matinée, Van den Herreweghe fait publier la proclamation suivante :
Entrée de l'armée des volontaires