Gérald Penciolelli, né le à Tunis, est un homme d'affaires, patron de presse, personnalité d'extrême droite, ancien propriétaire de l'hebdomadaire Minute et actuel actionnaire principal du magazine d'actualité Causeur.

Le journaliste d'investigation Frédéric Charpier décrit Gérald Penciolelli comme un homme « qui excelle dans la presse, la propagande et les opérations coup de poing dans les campagnes électorales », « connu pour son sens des affaires et un certain goût pour le secret ».

Parcours partisan à l'extrême-droite Selon Frédéric Charpier, Gérald Penciolelli aurait été à la fin des années 1960 membre du groupe d'extrême droite Occident, dissous le , sans préciser les dates de cet engagement. Il aurait été formé au militantisme d'extrême droite par François Duprat, « dont il fait la connaissance alors qu'il est un jeune nationaliste et qu'ils démarchaient ensemble des ambassades à la recherche d'argent. En 1969, Penciolelli réalise ainsi son journal, Un seul Nigéria, après avoir accompagné Duprat à l'ambassade du Nigéria ou ce dernier était allé chercher des fonds pour une opération de "lobbying" ».

Ordre nouveau et Front national (1970-1973) Dans les années 1970, Penciolelli est un militant particulièrement actif de l'extrême droite française.

En , il est élu membre du conseil national d'Ordre nouveau. Parallèlement, il milite au sein de l'Union des Lycées de Paris, émanation d'Ordre Nouveau qui vise à combattre la propagande de gauche dans les lycées. De plus, il fréquente les Comités pour la défense de la République (CDR) dirigés par Charles Pasqua.

Selon les renseignements généraux, au printemps 1971, les militants d'Ordre Nouveau décident, afin de ne plus dépendre des journaux amis comme Rivarol, de confier à Duprat, Philippe Asselin et Christian de Bongain (dit Xavier Raufer) le lancement de leur propre périodique. Après plusieurs retards causé par de problèmes de trésorerie, paraît à l’été 1971 le numéro de Pour un Ordre Nouveau, avec un tirage estimé entre 5 000 de 10 000 exemplairesPour un Ordre nouveau, nov. 1971.. Gérald Penciolelli, associé à Jack Marchal et Catherine Barnay (ancienne des Jeunesses patriotes et sociales de Roger Holeindre), participe activement à la mise en forme du journal, tandis que Duprat et Alain Renault s'occupent de la rédaction.

Durant les années 1970, Penciolelli et François Duprat aurait continué à démarcher ensemble des ambassades à la recherche de fonds. En 1972, Penciolelli aurait accompagné Duprat à « un rendez-vous avec l'attaché militaire de la délégation du Sud-Vietnam à Paris qui, après négociation, leur [aurait accordé] quelques modestes subventions pour des travaux de propagande »Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l’homme qui inventa le Front national, Paris, Denoël, 2012, p. 83..

Les 10 et , au congrès d'Ordre Nouveau ("Nous sommes le Front national"), Penciolelli figure parmi les 33 membres du conseil national présents et représente la région parisienne. À ce congrès est voté une motion de politique générale adoptée à l'unanimité qui acte la constitution d'un Front National aux élections, ainsi que l'adoption d'un motion de la commission électorale souhaitant "que les candidats d'Ordre nouveau se présentent sous l'étiquette 'Front national' et non 'Front national pour un Ordre nouveau". Cette dernière est votée à 78,9% "pour" (224 mandats), 18,3% "contre" (52 mandats) et avec 2,8% d'abstentions (8 mandats). C'est en vérité lors de ce congrès que sont officiellement jetées les bases du FN, dans une salle où les traditionnelles croix celtiques côtoient désormais des drapeaux françaisLebourg, Preda et Beauregard, Ibidem, p.78.

Le , le n°16 de Pour un Ordre Nouveau, le journal de l'organisation, est diffusé par les NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, structure qui deviendra Presstalis). Dans l'ours, Gérald Penciolelli est mentionné comme membre du secrétariat de rédaction. Pour le n°17, il est noté comme corédacteur en chef.

En , Gérald Penciolelli se présente aux élections législatives à BastiaDans la circonscription remportée par Jean Zuccarelli et rassemblant les deux futures circonscriptions de la Haute-Corse crées à partir de 1976., sous l'étiquette Front national. Selon les données du Centre de données socio-politiques de Sciences Po, la liste représentant l'extrême droite durant ces élections n'emporte aucune voix au tourCe score de 0 voix peut être expliqué de deux façons.

Soit les données disponibles sont incomplètes, bien qu'exactes au niveau comptable.

Soit Penciolelli, militant parisien, a été parachuté en Corse sans espoir réel de faire un quelconque score, et sans que des bulletins de vote à son nom ne soient distribués dans les bureaux de vote. Cette hypothèse est renforcée par le constat que sur les 20 listes présentes au niveau national lors de ces élections, seules 7 listes (le PC, la LCR, le PS, le MRG, les Radicaux réformateurs, DVD et l'UDR) aient eu des voix au tour dans au moins une des 3 circonscriptions législatives corses ayant existé entre 1958 et 1976, la LCR et le PS n'ayant reçu des voix que dans une seule des 3 circonscriptions de l'époque..

Parti des forces nouvelles (1974-1975) Après la dissolution d'Ordre Nouveau le , Penciolelli participe au séminaire de Faire Front, journal et comité fondé et animé par des anciens membres d'Ordre nouveau œuvrant dans la continuité du deuxième congrès pour la formation d'un Front national.

Par la suite, il fait volte-face, et co-fonde avec Catherine Barnay le Parti des forces nouvelles (PFN), accompagné d'autres anciens membres dissidents d'Ordre Nouveau. Ce groupe néofasciste éphémère se voulait être un concurrent du Front national de Jean-Marie Le Pen. Lors du congrès constitutif du PFN à Bagnolet, des 9 et , il est élu membre du comité central du PFN.

Il est exclu du parti en . Il est alors suspecté de travailler pour les services de renseignement.

Carrière dans l'édition Service (1973-1976) Le , Gérald Penciolelli co-fonde avec Alain Renault, Jack Marchal, Xavier Raufer, Jean-Marc Mathieu et Catherine Barnay la Société d'études et de recherches visuelles d'impression de composition et d'édition (SERVICE), dont il est gérant et actionnaire principal (80 parts sur 200)L'Unité, n°111, 17-23/05/1974, pp. 20-21.

La société édite des brochures anti-Mitterrand et anticommunistes, pour certaines financées par l’UIMM, syndicat patronal de la métallurgie (qui aurait aussi financé l'opération France-Matin). D'après Frédéric Charpier, SERVICE réalise en 1974 « pour le camp giscardien des journaux électoraux maniant l'intox et les fausses nouvelles en présentant l'accession de la gauche au pouvoir comme apocalyptique ». Charpier explique que « sous la houlette d'Alain Madelin, elle réalise deux brochures férocement anti-Mitterrand ». Toujours d'après Charpier, elle aurait « produit différents opuscules pour le compte de l'UDR, [du] Front national des rapatriés, ou encore [conçu] des pochettes de disques éditées par la Société d'études et de relations publiques de Jean-Marie Le Pen ». Elle aurait aussi travaillé « pour Charles Pasqua et pour Hubert Bassot, spécialiste de la logistique électorale affilié au camp giscardien ».

La société sera liquidée le ou déclarée en faillite le .

IREP (1978-1981) En 1978, Penciolelli participe avec Jean-Marc Brissau, Catherine Barnay et Sixte-Henri de Bourbon-Parme à la création de l'Institut européen de recherches et d'études politiques (IREP)Picco, Ibidem, p.174, crée officiellement le , et dont dépend la revue intitulée Confidentiel créée en 1979.

Pour Frédéric Charpier, l'IREP est en réalité la réalisation du projet porté par François Duprat avant son assassinat en de créer une « "branche renseignement" de l'Eurodroite, qui fédère alors en Europe les trois grands partis d'extrême-droite que sont Fuerza Nueva en Espagne, MSI en Italie et le PFN en France » . Cette structure internationale vise officiellement à « promouvoir l'idéal européen sous toutes ses formes et par tous les moyens ».

Gérald Penciolelli est le principal animateur de la revue, essentiellement financée par Sixte-Henri de Bourbon-Parme, « dont Penciolelli a longtemps été un proche collaborateur ». Selon Charpier, Penciolelli aurait en réalité été à la tête de l'IREP, qui aurait été financé par des régimes autoritaires d'Amérique du sud, entre autres.

Selon Charpier :« de nombreuses notes du renseignement français affirment que l'IREP aurait été financé à Paris par des responsables militaires ou culturels de certaines ambassades, notamment celles d'Afrique du Sud, et de Rhodésie, qui entretiennent depuis des années des liens particuliers avec l'extrême droite française ».Ces financements par des ambassades serait dans la continuité des activités de recherche de fonds entreprises depuis la fin des années 1960 par Duprat et Penciolelli.

L'IREP s'auto-dissous début 1981.

En 2010, Gérald Penciolelli est cité dans un entretien par le terroriste italien d'extrême-droite comme le membre du PFN et de l'IREP avec lequel il aurait été en contact dans la coordination de l'aide aux terroristes réfugiés de l'extrême-droite italienne organisée par les réseaux nationalistes révolutionnaires dans les années 1970Picco, Ibidem, p.166.

Patron de presse D'après Charpier, après avoir participé au lancement d'une radio financée par l'Arabie saoudite, développé peu à peu une nébuleuse de société « enchevêtrées les unes aux autres », et attiré le regard des renseignements généraux qui l'ont intensivement surveillé, ce n'est véritablement qu'à la fin des années 1980 que Gérald Penciolelli entreprend une carrière de patron de presse.

Le Choc du mois (1989-1993) Il aurait commencé à apporter des fonds en au mensuel « ouvertement néonazi » Le Choc du mois, et son nom y apparait en . Il en deviendra par la suite actionnaire. D'après Charpier, Penciolelli aurait par la suite racheté la Lettre du Magazine Hebdo, une autre publication liée à l'extrême-droite aujourd'hui disparue.

Enquête sur l'histoire (1991-1999) Gérald Penciolelli a été le directeur de publication de la revue française d'histoire Enquête sur l'histoire, fondée en 1991 par Dominique Venner, disparut en 1999, et liée à la mouvance de la Nouvelle DroiteJean-Yves Camus et René Monzat, Les droites radicales et nationales en France, Presses universitaires de Lyon, 1992, p. 264-265.

Minute (1993-1999) En 1993, Gérald Penciolelli rachète l'hebdomadaire d'extrême droite Minute au député FN Serge Martinez - qui l'avait acquis en 1990 - et en devient l'actionnaire principal. Il est qualifié de « véritable professionnel de la presse » par Minute dans une rétrospective pour les cinquante ans de l'hebdomadaire, qui lui attribue le mérite de lui avoir fait « retrouver ses couleurs ».

Avec l'intention de revenir à la forme de l'hebdomadaire original, il abandonne la présentation de type news, et transforme le format en taille type Le Canard enchaîné, avec pour slogan : « Tous les canards ne sont pas de gauche ».

En , Nicolas Miguet tente, sans succès, d'acheter le titre, alors en difficulté financière. Dans le numéro daté du , la direction de l'hebdomadaire appelait ses plus fidèles lecteurs à « sauver Minute ». En , la société éditrice de Gérald Penciolelli, en cessation de paiement, est liquidée par le tribunal de commerce.

Le journal interrompt sa parution durant quelques mois. Nicolas Miguet, dans l'intervalle, lance une feuille titrée L’Hebdo et sous-titrée Le Nouveau Minute. L’équipe rédactionnelle, en conflit avec Gérald Penciolelli, annonce son intention d'acheter le titre et, entre-temps, sort le pastiche Un Faux Minute, distribué sur le parvis du tribunal de commerce, qui dénonce les agissements de Gérald Penciolelli, ainsi que ceux de Nicolas Miguet.