Le congrès du Front national se tient à Strasbourg du 29 au .

Il intervient dans un contexte marqué par les dissensions internes, exacerbées par la victoire aux municipales partielles, quelques semaines auparavant, de Bruno Mégret à Vitrolles au travers de la victoire de sa femme Catherine.

Le congrès intervient également dans un contexte de volonté de renouvellement du programme du parti qui veut préparer les législatives de 1998 en rénovant les propositions de la présidentielle de 1995.

De très grosses contre-manifestations à l’extérieur du congrès ont également marqué l’évènement.

Contexte Le congrès se réunit juste après l’élection municipale de Vitrolles qui a eu lieu le . Le succès de Vitrolles, un mois auparavant, a créé un électrochoc national, prouvant que le FN peut gagner au scrutin majoritaire en duel. L’effet est plus fort qu’a Toulon, Orange ou Marignane, ces trois villes ayant été acquises grâce à des courtes triangulaires. Mégret se sait au zénith après la victoire de Vitrolles. Il se sait légitimé en interne par ce succès.

Interrogé peu après la victoire de Vitrolles sur Europe 1 , Jean-Marie Le Pen minimise la portée de la victoire de Vitrolles et rappelle « qu’il n’y a pas de numéro deux au Front national ». Les mégrétistes souhaitent donc se servir de ce congrès pour imposer leur rapport de force en interne. Ils parlent même de mettre fin à la « dérive monégasque » du parti. De son côté, Samuel Maréchal a convaincu Marine Le Pen de se présenter aux élections du comité central pour la première fois.

Depuis deux ans, les proches de Jean-Marie Le Pen maintiennent la stratégie du « Ni droite, ni gauche », pour maintenir la pression face au délégué général Bruno Mégret, défenseur d’un rapprochement avec la droite. Jean-Marie Le Pen se lance lui-même dans la surenchère « révolutionnaire » allant jusqu’à dire devant le conseil national du FNJ à l’été 1996 : « nous allons sans doute vivre des moments de crise. Mais c’est la crise qui est la grande accoucheuse de l’Histoire. Quand les situations sont bloquées, généralement c’est le forcement de la nature humaine qui débouche sur des temps nouveaux. Il y a un moment où tout cela va s’arrêter, et là ce sera la révolution. […] Alors je crois que vous aussi vous devez vous préparer […] car nous serons appelés à un moment par le peuple ».

Ce congrès intervient alors que la question des accords avec la droite réapparaît à l’horizon des législatives et des régionales prévues pour 1998. Pour les mégrétistes qui militent en faveur d’un rapprochement avec la droite, l’attitude de la droite pourrait être infléchie si Jean-Marie Le Pen cessait de s’en prendre ouvertement à eux. C’est dans cette ambiance de conflit de moins en moins larvé que le FN entame son congrès à Strasbourg. Malgré tout, Bruno Mégret annonce ce congrès comme « un moment de démocratie interne » devant les journalistes.

Elections internes

Présidence du parti Unique candidat, le fondateur du FN Jean-Marie Le Pen est réélu sans surprise à la tête de son parti, à l’unanimité des 3200 mains levées.

vignette|redresse|Jean-Marie Le Pen est réélu à la tête du Front national.

RésultatsCandidat% Jean-Marie Le Pen 100Votants ≃ 3200Inscrits Non connus Exprimés Blancs Nuls

Comité central Pendant que, sur scène, les discours s’enchainent, dans les couloirs et les salles attenantes, le vote pour les cent membres du comité central se déroule. Lors du précédent congrès du FN en 1994, le vote électronique avait été utilisé et le secrétaire général Carl Lang et le délégué général Bruno Mégret étaient arrivés à égalité de voix : 1972 chacun. A Strasbourg le vote fut manuel et régulier. La bataille électorale interne est intense et chacun fait campagne pour les siens : en fonction de ses affinités personnelles, territoriales, idéologiques. Des dizaines de listes de recommandation circulent.

Non satisfait des résultats, Jean-Marie Le Pen interdit la publication des scores obtenus par les candidats à l’élection du comité central et égrène la liste des élus, sans commentaires et exclusivement par ordre de classement. Il demande à l’assistance de n’applaudir qu’à la fin de la lecture afin d’éviter de faire exploser les applaudissements à l’appel du vainqueur.

L’élection au comité central, consacre la progression du clan mégrétiste au sein du parti. Le délégué général arrive en tête en obtenant 3 758 voix, devant son ami Jean-Yves Le Gallou (3 439 voix) et devant Bruno Gollnisch (3 398 voix), Roger Holeindre (3 381 voix), Franck Timmermans (3 362 voix), Jacques Bompard (3 328 voix), Yvan Blot (3 316 voix), Marie-France Stirbois (3 288 voix), Carl Lang (3 287 voix) et Damien Bariller (3 166 voix).

vignette|redresse|Bruno Mégret et ses proches sortent vainqueurs des élections internes.

Parmi les six nouveaux entrants dans les cent membres du comité central, Bruno Mégret obtient quatre des siens : le maire de Marignane, Daniel Simonpieri, qui arrive , l’avocat et président des Amis de « National-Hebdo », Jean-François Galvaire, le secrétaire départemental de l’Eure, Yves Dupont et l’ancien conseiller général de Salon-de-Provence, Philippe Adam. A la sortie du scrutin, Bruno Megret se réjouit :« le score de Jean-Yves Le Gallou est le signe que notre courant est majoritaire ».

Tout les fidèles mégrétistes sont donc réélus et progressent nettement par rapport au congrès précédent pour atteindre les premiers rangs. A l’inverse plusieurs piliers du premier cercle lepéniste recueillent des scores faibles : Samuel Maréchal n’est que , Jean-Pierre Reveau , Martine Lehideux , Bernard Antony , Dominique Chaboche et Jean-Michel Dubois .

Jean-Marie Le Pen tente de reprendre la main en nommant au comité central, sur son quota discrétionnaire de 20 membres, sa fille Marine Le Pen et quelques solides adversaires de Mégret, battus dans les urnes. Concernant l’absence de Marine Le Pen parmi les cent, Jean-Marie Le Pen invoque une « erreur informatique » qui l’aurait privée de la place.

10 minutes plus tard, malgré l’interdiction de Jean-Marie Le Pen, Mégret va en salle de presse pour divulguer les résultats aux journalistes. Devant la presse, à la suite de l’annonce des résultats, Jean-Marie Le Pen désigne ironiquement Mégret comme « maire consort de Vitrolles » et souligne de nouveau « qu’il n’y a pas de dauphin au FN, il y a plusieurs responsables, remarquables, qui animent le mouvement chacun dans sa sphère particulière».

Dans la salle, les 2200 délégués et leurs 1000 accompagnateurs applaudissent l’arrivée de Bruno Mégret sur scène après la proclamation des résultats. Il déclare à la tribune : « Je voudrais saisir l’occasion qui m’est donnée pour saluer le courage, la justesse d’analyse et la prescience de notre président, sans lesquels rien de ce qui était nécessaire n’aurait été possible. Pour cela et pour tout le reste, je voudrais, en votre nom, lui adresser notre profonde gratitude et lui témoigner mon estime, ma fidélité et mon amitié ».

Déroulement du congrès

Renouvèlement du programme Le Groupement d’Action Parlementaire (GAP) a pour objectif de présenter lors de ce congrès une rénovation des propositions présidentielles de 1995 en vue des législatives de 1998. Il est composé d’énarques et hauts fonctionnaires principalement.

Au total, treize « projets de lois » sont présentés au congrès de Strasbourg. Ces projets traitent notamment de l’apprentissage, du commerce extérieur, du rétablissement de la peine de mort, de la restriction de l’acquisition de la nationalité française, de l’abrogation des lois Pleven et Gayssot, de l’instauration d’un revenu « maternel ou parental » ou encore de l'expulsion des immigrés dans leur pays d’origine.

La VIe République, un des thème centraux de la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 1995, est très présente également au sein du projet présenté au congrès. Jean-Marie Le Pen clôturera même son discours de fin de congrès en disant : « Vive la VIe République ! ». Bruno Mégret présente une version plus restreinte de la réforme constitutionnelle lors du Xe congrès. « La VIe République viendra du changement de régime qui accompagnera ce changement de constitution » explique à la tribune le délégué général.

Dans le texte présenté lors du congrès, figurent des articles sur le « projet de référendum portant approbation de la réforme de la constitution » mais pas de réécriture du préambule. Interrogé la veille du congrès, Bruno Mégret justifie cet abandon : « Nous entendons ne pas donner d’arguments à nos adversaires et montrer, au contraire, que nous nous inscrivons dans la tradition républicaine ».

Le projet du FN prévoit notamment de limiter les pouvoirs du Conseil constitutionnel accusé de s’être érigé en « tribunal idéologique » en limitant son champ d’interprétation aux articles 1 à 84 de la Constitution. Le parti affirme également vouloir « renforcer la démocratie » en élargissant le champ référendaire et en instaurant le référendum d’initiative populaire, au niveau national et local, dans des domaines précis. Le texte présenté aux congressistes propose également de « consacrer la suprématie » du droit national sur le droit européen. Enfin le FN souhaite introduire le principe de la préférence nationale dans la Constitution. Un nouvel article 3 bis dispose que « la solidarité naturelle découle de l’appartenance à une nation commune. En conséquence, la citoyenneté française ouvre en tous domaines sociaux le droit à la préférence nationale ».

Discours Au lieu de son seul discours de clôture, Jean-Marie Le Pen prend la parole durant ce congrès, 3 fois en 3 jours.

Présentant le nouveau programme officiel du Front national, Jean-Marie Le Pen le présente comme « hostile à la politique économique de la gauche libéralo-marxiste et à celle de la droite marxo-libérale ». Ce « grand changement », le président du Front national le définit comme « une alternative libérale, fiscale, sociale, familiale, morale, populaire, démocratique, culturelle, et surtout nationale ». Il fait ensuite référence à De Gaulle qui, « il y a cinquante ans, presque jour pour jour ici même à Strasbourg, en appelait au rassemblement des Français contre le régime des partis », celui qui « a fondé la Ve République sur les décombres de la IVe [...], un modèle que beaucoup devraient méditer », pour en appeler, à son tour, « à l'unité des patriotes » et « à la VIe République ».

En conclusion de son rapport moral, Jean-Marie Le Pen a recommandé « d’être dans l’avenir, et surtout au cours de cette année dangereuse, particulièrement vigilants, particulièrement résolus à maintenir intacte et sans faille l’unité qui nous est nécessaire ».

Lors du discours de clôture, Jean-Marie Le Pen présente le FN comme « la force tranquille » et « l'espoir de la France ». le président du FN annonce que désormais son mouvement a « une mission historique vis-à-vis de la France et des Français d'abord », mais aussi de « tous les peuples du monde qui veulent sauver leur identité nationale ».

Réunion du comité central Le dernier jour du congrès, pour la réunion du nouveau comité central, Jean-Marie Le Pen, qui n'a pas apprécié les 3 758 voix recueillies par le délégué général Bruno Mégret, se rend à la réunion en déclarant devant les journalistes : « Alors, comme ça, ma succession est ouverte ! ».

Contrairement à ce qu’il avait annoncé, Jean-Marie Le Pen se refuse le dimanche lors de la première réunion du comité central à élargir la composition du bureau politique pour ne pas y promouvoir de mégrétistes. Contrairement à l’usage, il décide également de repousser à la prochaine réunion du comité central, quelques semaines plus tard, la recomposition de ce bureau politique.

Le « bureau exécutif », organe officieux jusqu’en 1997 est officiellement créé dans la révision statutaire du parti adoptée par le comité central lors de ce congrès.

Analyses

La « guerre des deux Bruno »