Julio Benítez y Benítez (El Burgo, province de Malaga, 1878 - Ighriben, Maroc espagnol, 1921) est un militaire espagnol, mort au combat lors de la débâcle des troupes espagnoles de juillet/, connue en Espagne sous la dénomination de désastre d’Anoual.
Après sa formation en infanterie, il s’engagea dans des unités combattantes à Cuba contre les indépendantistes (1896-1898), puis, rapatrié, mena une vie de garnison en métropole, avant de se voir confier à partir de 1912, avec le grade de commandant, divers postes à responsabilité à Melilla, dans la partie orientale du Maroc espagnol.
Au printemps 1921, il fut impliqué dans le téméraire projet de conquête conçu par le fougueux général Silvestre et prévoyant une offensive de grande ampleur contre les kabilas (tribus rifaines) résidant dans l’ouest de la zone de Melilla et réfractaires à la tutelle espagnole. Sous la conduite d’Abdelkrim, les harkas (milices) rifaines s’attaquèrent au chapelet de fortins et de camps retranchés mis en place par Silvestre, dont notamment la redoute côtière de Sidi Driss, commandée par Benítez, objet le d’un assaut rifain, que Benítez sut repousser, mais où il fut blessé et dut être évacué. Ayant été mis à la mi- à la tête de la redoute d’Ighriben, sise à au sud du camp central d’Anoual et partie également du déploiement de Silvestre, Benítez eut à nouveau à subir des assauts rifains, bientôt suivi d’un siège implacable, auquel Benítez opposa une résistance à outrance, rejetant même l’autorisation donnée par Silvestre d’entamer des pourparlers de reddition avec les assaillants. Après l’échec de plusieurs tentatives de sauvetage, la garnison, ayant épuisé ses vivres et ses munitions, finit le par se résigner à une retraite, laquelle, sous les tirs rifains, dégénéra bientôt en débandade, tandis que Benítez, resté dans la redoute, continuait le combat et se sacrifiait sur le parapet. Cette conduite « héroïque » lors d’un épisode emblématique de la bataille d’Anoual valut à Benítez, à titre posthume, la plus haute distinction militaire espagnole (la croix laurée de Saint-Ferdinand) et un monument à Malaga.
Biographie Formation et affectation à Cuba Inscrit à l’Académie d’infanterie à l’âge de , Benítez en sortit diplômé en 1896 avec le rang de second lieutenant et reçut sa première affectation dans le régiment d’Aragon. Après qu’il se fut incorporé dans son unité à Lérida, il lui échut par tirage au sort d’aller rejoindre la compagnie expéditionnaire en partance pour Cuba, où il mit pied à terre le . En novembre de la même année, étant tombé malade, il dut être hospitalisé, mais se trouva rétabli en mars de l’année suivante et reprit alors le service actif, participant à de nombreuses opérations contre les indépendantistes cubains, ce qui lui valut la croix du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge. En 1898, il fut blessé lors de la bataille de la Perala et se vit décerner la croix de Marie-Christine..
Retour en métropole et carrière au Maroc Postes à Melilla vignette|150px|Portrait de Benítez jeune. En , peu après sa promotion au grade de premier lieutenant, Benítez s’en retourna en métropole, où il occupa des postes dans différentes unités. En 1904, il fut promu capitaine et poursuivit sa vie de garnison en Espagne, jusqu’au moment où il s’embarqua en 1912 pour Melilla, dans le nord du Maroc, pour s’incorporer dans le régiment d’infanterie Ceriñola. Élevé au rang de commandant en 1916, il se mit en disponibilité, avant de revenir à Melilla en 1918 et d’exercer les fonctions de « chef de positions, de campements et de lignes », et de « commandant de colonnes ».
Commandant de Sidi Driss
En , dans le cadre d’une nouvelle offensive de grande ampleur qui ferait suite, après une pause de quelques mois, à l’avancée fulgurante de l’année précédente et devait permettre aux troupes espagnoles d’être en vue de la baie d’El Hoceïma, le général Silvestre, commandant-général de Melilla, mit en place sur les rives du fleuve Amékran une constellation de positions fortifiées, dont celle de Sidi Driss, sur le littoral méditerranéen.
vignette|Représentation schématique du dispositif militaire du général Silvestre dans l’ouest de la zone sous autorité espagnole effective au printemps 1921, avec indication des différentes positions fortifiées disposées autour du camp central d’Anoual. Ainsi, le , au départ d’Anoual, trois petites colonnes franchirent ledit fleuve pour aller occuper, sans tirer un coup de fusil et avec l’appui de vaisseaux de guerre croisant au large et livrant matériel et vivres, une hauteur sur le littoral près du bourg de Sidi Driss. Après achèvement des travaux de fortification, les forces se replièrent sans contretemps, en laissant sur place une garnison composée d’une compagnie de fusiliers, d’une de mitrailleurs, et d’un détachement de de la Police indigène, et dotée d’une batterie Krupp. Par cette opération, Silvestre entendait couper net les livraisons d’armes par voie maritime aux kabilas (tribus) rifaines situées à l’ouest de l’Amekran et réfractaires à la tutelle espagnole. La position de Sidi Driss, équipée de trois canons et d’une escouade de transmission équipée d’un héliographe, était sous le commandement du capitaine Benítez, que ses camarades surnommaient El Gafe (le porte-malheur). Cependant, dans l’élan de leur victoire de Dhar Ubarran, reprise aux Espagnols le , et après que les fusils, armes et munitions pris à Dhar Ubarran eurent été répartis entre les kabilas insurgées, les Rifains avaient constitué une milice (harka) nombreuse et exaltée, composée d’hommes d’Ouriaghel, de Tensamane et d’Ibaqouyen, qui marcha avec détermination sur Sidi Driss et attaqua la position à trois heures du matin le . Durant l’attaque, qui dura , les Rifains cisaillèrent la clôture de fils barbelés et tuèrent tous les chevaux et toutes les mules.
Pour répondre à la demande d’envoi de munitions faite par la garnison de Sidi Driss assiégée, Silvestre voulut, depuis le camp principal d’Anoual, dépêcher un convoi, mais en fut dissuadé par Dávila et par Kaddur Namar, avec l’argument qu’un tel convoi tomberait immanquablement dans une embuscade. Benítez, blessé dès les premières minutes du combat, réclamait instamment des secours, qui arrivèrent d’une part de la mer, où la canonnière Laya ouvrit le feu, et d’autre part des airs, l’aviation larguant à l’aube du lendemain plus de cinquante obus sur les assiégeants. Pour remplacer le commandant de l’artillerie, blessé, la Laya débarqua un bosco, un artilleur et douze marins, porteurs de deux mitrailleuses, qui surent briser l’encerclement et pénétrer dans le camp à 17 heures. Avides de s’emparer des canons, les Rifains s’étaient approchés à moins de six mètres du mur de retranchement, mais périrent nombreux sur les fils barbelés et durent renoncer à prendre la position, toutefois sans s’éloigner beaucoup. Entre-temps, Benítez, toujours au combat malgré sa blessure, continuait à réclamer des renforts de munition coûte que coûte, et la Laya entreprit le un nouveau débarquement, déposant sur la plage sous la conduite d’un enseigne et porteurs de dix mille cartouches, ainsi que le médecin de bord, qui entreprirent d’escalader l’escarpement de la redoute sous le feu nourri des combattants rifains.
Dans le courant de la matinée, le camp fut renforcé par une compagnie de Regulares (troupes supplétives autochtones) en provenance de Talilit, position conquise par la harka le même jour. Cette compagnie attaqua l’arrière-garde des assaillants de Sidi Driss, obligeant ceux-ci à renoncer à leur siège. Durant l’attaque, la harka aurait subi de fortes pertes, trois centaines selon certaines sources, contre huit blessés seulement côté espagnol.
Dans la matinée du lendemain , Sidi Driss fut, à l’égal de tout le front, renforcée de troupes nouvelles, dont de la « harka amie » promis par Kaddur Namar. À la même date, après que la harka se fut éloignée, Benítez fut évacué de Sidi Driss et remplacé par Juan Velázquez.
Bataille d’Anoual : Ighriben
Le revers de Dhar Ubarran, hauteur reprise par les insurgés rifains le jour même de sa conquête par les Espagnols le , avait conduit Silvestre à ordonner le la création d’un chapelet de positions, afin de mieux articuler sa première ligne, dont la vulnérabilité venait d’être portée au grand jour. L’apparition d’une harka à Beni Touzine, susceptible de s’associer à celle d’Ouriaghel, responsable de l’assaut contre Dhar Ubarran, appelait également des contre-mesures. L’un des points suivants à conquérir était Ighriben, colline rocailleuse se dressant à un peu plus de à l’ouest-sud-ouest d’Anoual, aux confins des kabilas de Tensamane et de Beni Touzine, et entourée d’une multitude de profonds ravins. La nouvelle position avait pour mission de protéger le flanc sud du déploiement, d’empêcher les incursions rifaines sur la route entre Anoual et le défilé d’Issoumar, de surveiller les douars voisins, de fortifier le front, et de rendre l’avant-garde plus efficace entre les positions de Buimeyan, Issoumar et Anoual.
Dans le courant du mois de juin, la harka rifaine ne cessa d’accumuler des effectifs autour d’Igueriben, qui furent visés par les canons à partir d’Anoual, de Buimeyan et d’Ighriben, avec la participation de l’aviation. Le , de forts contingents de harkis, qui s’étaient approchés de la position à la faveur de la nuit, se mirent à faire feu violemment sur la position pendant une dizaine d’heures. Ce fut pour beaucoup de soldats leur baptême du feu. La redoute tint bon et infligea à la harka d’importants dommages. Pourtant, Ighriben allait bientôt se trouver dans une situation critique. Vu que les tentes se trouvaient dans les zones balayées par le feu rifain, la garnison devait se tenir des journées entières près du parapet, en plein soleil. La soif devint la principale préoccupation. Il n’y avait ni médecin, ni équipement sanitaire. Le , une tente conique fut aménagée pour accueillir les blessés, qui pour le reste ne reçurent aucun traitement. Par suite de l’usage intense, un certain nombre de fusils s’étaient détraqués et l’une des rares mitrailleuses s’était mise à fondre.
Le , à la nuit tombante, un harki (milicien rifain, en l’occurrence hostile) s’approcha de la redoute d’Ighriben, les bras en l’air, et informa la garnison que la harka avait encerclé la position, que ses effectifs étaient très élevés, et que tout mouvement de ravitaillement se ferait désormais au prix de lourdes pertes. En réaction, le commandant Benítez, qui avait relayé le commandant Francisco Mingo à la tête de la redoute, ordonna, dans l’optique d’une défense à outrance de la position, d’occuper les banquettes de tir du mur d’enceinte pour repousser toute attaque rifaine. Le témoin Luis Casado Escudero (unique officier ayant survécu au siège) note dans ses mémoires :