Werther est un drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux de Jules Massenet, sur un livret d'Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann inspiré du roman épistolaire de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther. Créé à Vienne le dans une traduction allemande de Max KalbeckAndras Batta, Opéra, éd. Könemann., puis dans sa langue originale à Genève le Programme de l'Opéra de Paris (28 février-26 mars 2009), il est représenté pour la première fois en France à l'Opéra-Comique le .
Genèse C'est un projet longtemps médité par Massenet, les premières esquisses datant de 1880. L'essentiel de la composition s'étend entre le printemps 1885 et l'hiver 1886-1887. Peu après, le manuscrit est montré au directeur de l'Opéra-Comique, Léon Carvalho, qui est effrayé par le coup de pistolet et trouve « ce triste sujet sans intérêt » Rodney Milnes, « Werther », The New Grove Dictionary of Opera, Macmillan, Londres/New York, 1997. mais il déclare au compositeur : « Nous recauserons. Rien n'est définitif ». Le , un incendie détruit la salle Favart, ce qui entraîne l'interruption des représentations à l'Opéra-Comique. Massenet travaille alors essentiellement sur Esclarmonde. Après le succès de Manon, l'Opéra de Vienne pressent Massenet pour lui fournir une nouvelle œuvre. La première de Werther a lieu au Kaiserlich-königliche Hofoper de Vienne en Autriche le dans une version en langue allemande de Max Kalbeck.
La création en français a lieu à Genève le Grove Dictionary of Music and Musicians, 5th ed., 1954.. Son triomphe persuade Carvalho de monter l'œuvre à l'Opéra-Comique. La première y a lieu le (salle du Châtelet) avec Marie DelnaBiographie sur De la Belle Époque aux Années folles. dans le rôle de Charlotte et Guillaume Ibos dans celui de Werther, sous la baguette de Jules Danbé. Malgré le succès critique, le public parisien boude l'ouvrage, contrairement à ceux de Genève, Bruxelles, Chicago, New York, Saint-Pétersbourg, Londres et Milan. Il faut attendre la production d'Albert Carré en 1903 à l'Opéra-Comique pour qu'il s'impose en FranceAtteignant près de 1500 représentations dans les années 1980 rien qu'à l'Opéra-Comique.. Inscrite au répertoire de l'Opéra de Paris seulement en 1984Cf. Memopera. Seul l'acte III y avait été représenté à l'occasion d'une soirée de gala en 1912, avec Lucien Muratore et Suzanne Brohly sous la direction musicale d'André Messager., Werther est aujourd'hui considéré comme le chef-d'œuvre de Massenet et son opéra . Les librettistes, Édouard Blau et Paul Milliet ont adapté le roman épistolaire de Goethe, en développant particulièrement le rôle de Charlotte pour en faire un personnage aussi important que le rôle-titre.
Argument L'action se déroule sur trois saisons (été, automne, hiver) à Wetzlar, en Hesse dans les années 1780.
Acte I : La maison du Bailli En juillet, le bailli de Wetzlar (basse), veuf et père de neuf enfants, fait répéter aux plus jeunes d'entre eux un choral de Noël, au grand amusement de ses amis Schmidt et Johann. Le jeune Werther (ténor), promis à une carrière diplomatique, est sensible au charme rustique de cette demeure () et surtout à celui de la fille aînée du bailli, Charlotte (mezzo-soprano). Il tombe amoureux en la voyant s'occuper de ses jeunes frères et sœurs, et désire faire partie de cette merveilleuse famille. Ils partent tous les deux pour le bal, tandis que le bailli va rejoindre ses amis Johann et Schmidt à l'auberge, laissant à Sophie (soprano), sa fille cadette, le soin de veiller sur ses frères et sœurs. Albert (baryton), fiancé de Charlotte, revient à l'improviste d'un long voyage et est accueilli par Sophie. Ils évoquent le prochain mariage et s'en réjouissent ensemble. Werther et Charlotte rentrent alors sous un clair de lune délicatement confié à l'orchestre. Le jeune homme s'abandonne à sa passion () et avoue à Charlotte son amour. Elle est si bouleversée qu'elle en oublie ses fiançailles sous le coup de son attirance pour cet homme extraordinaire. Mais la voix du bailli () brise l'idylle, au désespoir de Werther (), qui apprend que celle qu'il aime a promis à sa mère mourante d'épouser Albert.
Acte II : Les Tilleuls
À l'automne, trois mois plus tard, Johann et Schmidt, devant l'auberge, boivent à la santé du pasteur qui fête ses noces d'or au temple. Parmi les invités se trouvent Albert et Charlotte, mariés depuis trois mois, ainsi que Werther, qui souffre de la perte de Charlotte (). À la sortie de l'office, Albert puis Sophie () tentent de consoler Werther, mais celui-ci refuse l'invitation à danser de la jeune fille et assure Albert de son amitié. Il cherche à parler à Charlotte et évoque leur premier soir romantique. Charlotte lui rappelle alors ses devoirs de femme mariée et le prie de ne pas la revoir pendant quelque temps tout en lui fixant rendez-vous à Noël. L'idée du suicide vient à l'esprit du jeune homme (). Il annonce son départ définitif à Sophie, qui éclate en sanglots, tandis qu'Albert, voyant la réaction de Charlotte, comprend les sentiments de Werther.
Acte III : Charlotte et Werther
À la veille de Noël, Charlotte relit encore une fois les lettres de Werther : l'orchestre évoque de façon très expressive les divers sentiments exprimés par cette correspondance dans l'. L'irruption de Sophie ne fait qu'aggraver la tristesse de la jeune femme (). Sophie lui demande de venir fêter Noël avec la famille en l'absence d'Albert et tente de la réconforter. Désespérée, Charlotte se met à prier lorsque Werther paraît. Le souvenir des poèmes d'Ossian () et de leur bonheur passé ranime la passion du jeune homme, qui croit voir dans l'attitude de Charlotte l'aveu de son amour, et la pousse à céder à ses avances. L'espace d'un instant, il la prend dans ses bras, mais Charlotte, prenant conscience de son geste, s'enfuit. Werther est désormais résolu à en finir (). Albert, en rentrant chez lui, trouve la chambre vide, puis son épouse bouleversée. Un domestique apporte une lettre de Werther dans laquelle celui-ci annonce son départ pour un long voyage et demande à Albert de lui prêter ses pistolets. D'un ton froid, le mari ordonne à sa femme de remettre au domestique la boîte qui les contient. Charlotte comprenant la situation se précipite au-dehors pour tenter d'arrêter le destin.
Acte IV tableau La Nuit de Noël Ce tableau est constitué uniquement d'un interlude symphonique évoquant la nuit de Noël.
2 tableau La Mort de Werther Werther gît dans son cabinet de travail, mortellement blessé, mais encore vivant. Charlotte se précipite et pour la première fois avoue son amour au jeune homme. L'émotion de la scène est renforcée par le chant en coulisse des enfants du bailli (), que Werther considère comme le signe de la rédemption divine. Dans un dernier monologue triste et serein (), Werther expire en demandant à Charlotte de pleurer sur sa tombe.
Distribution et créateurs RôleTessitureCréation : Opéra impérial, Vienne(en allemand)Création française :Opéra-Comique, ParisLe Bailli, père de CharlottebasseMayerhoferThierryCharlotte, fille aînée du bailli, 20 ansmezzo-sopranoMarie RenardMarie DelnaSophie, sa sœur, 15 anssopranoEllen Foster-BrandtJeanne LaisnéWerther, jeune poète, 23 ansténorErnest Van DyckGuillaume IbosAlbert, fiancé de Charlotte, 25 ansbarytonFritz NeidlMax BouvetSchmidt, ami du BailliténorSchlittenhelmBarnoltJohann, ami du BaillibarytonFelixArtusBruhlmann, jeune hommeténorStollÉloiKätchen, jeune fiancée de Bruhlmannmezzo-sopranoCarlonaDomingueFritz, Max, Hans, Karl, Gretel et Carla, enfants du baillisopranos enfantsUn petit paysan, un domestique, habitants du bourg de Wetzlar, invités, ménétriersrôles muets Direction musicaleWilhelm JahnJules Danbé
Orchestration <center> {| bgcolor="#f7f8ff" cellpadding="4" cellspacing="0" border="2" style="text-align: center; font-size: 100%; border: #cccccc solid 1px; border-collapse: collapse;" |- | bgcolor="dfdfdf"|Instrumentation de Werther |- | bgcolor="#ececec"|Cordes|- | |premiers violons, seconds violons, altos,
violoncelles, contrebasses |- | bgcolor="#ececec"|Bois|- | | 2 flûtes, 1 piccolo, 2 hautbois, 1 cor anglais,
2 clarinettes, 1 saxophone alto, 2 bassons |- | bgcolor="#ececec"|Cuivres|- | |4 cors, 2 cornets à pistons, 3 trombones,
1 tuba |- | bgcolor="#ececec"|Percussions|- | | timbales, grosse caisse, triangle, tambourin,
tam-tam, machine à vent |- | bgcolor="#ececec"|Autres instruments'|- | |1 harpe, 1 orgue, 1 clavier de timbres |} </center>
Adaptation du roman Modifications des personnages De nombreuses modifications ont été apportées au roman épistolaire de Goethe dans cette adaptation. En effet, Albert, présenté dans le roman comme un grand ami de Werther, prend dans l'opéra de Massenet des traits plus sombres, confident dans le récit, il devient le méchant dans la pièce. De même, le personnage de Charlotte prend un rôle beaucoup plus important chez Massenet qu'elle n'en a chez Goethe. En effet, le roman épistolaire ne laisse voir que les sentiments, perceptions et réflexion du jeune homme et les sentiments de Charlotte ne traversent le papier qu'à travers la vision de Werther, tandis que l'opéra est beaucoup plus construit autour du couple Charlotte/Werther, ce pourquoi on peut le concevoir comme une succession de quatre duos de ces protagonistes, durant lesquels est beaucoup plus perceptible l'évolution de Charlotte, qui de la jeune fille candide devient une grande héroïne avouant sa flamme à un Werther expirant, que celle de celui-ci ; alors que le troisième duo, après un instant d'abandon de Charlotte à la suite des mots émouvants de Werther se clôt une fois de plus par un froid refus comme les deux précédents, le quatrième voit enfin l'amour de Charlotte se révéler.
Un Werther dans l'esprit romantique
Cependant, le personnage de Werther dans l'œuvre de Massenet est l'exact reflet du héros romantique du roman de Goethe. Dans un environnement très simple marqué par des sentiments bourgeois et simples, Werther apparait comme particulièrement détonant dès ses premiers airs à la nature au milieu de scène quotidiennes et simples, telles la répétition du cantique de Noël, la fête à l'auberge ou le bal ; il ne peut trouver le bonheur dans une vie simple et vertueuse, loin de Charlotte qu'il ne peut atteindre. En cela, l'opéra respecte l'homme qui apparaît dans ses lettres caractéristiques du mouvement romantique, par la forte présence de la nature, de la mélancolie et l'insatisfaction perpétuelle qui s'y lit.
Discographie 1931 : Georges Thill, Ninon Vallin, Élie Cohen (dir.) - EMI 1952 : Charles Richard, Suzanne Juyol, Georges Sébastian (dir.) - Urania 1964 : Albert Lance, Rita Gorr, Jésus Etcheverry (dir.) - Accord 1968 : Nicolai Gedda, Victoria de Los Angeles, Georges Prêtre (dir.) - EMI 1979 : Alfredo Kraus, Tatiana Troyanos, Michel Plasson (dir.) - EMI 1979 : Placido Domingo, Elena Obraztsova, Riccardo Chailly (dir.) - Deutsche Grammophon 1981 : José Carreras, Frederica von Stade, Colin Davis (dir.) - Philips 1995 : Jerry Hadley, Anne Sofie von Otter, Kent Nagano (dir.) - Erato 1999 : Roberto Alagna, Angela Gheorghiu, Antonio Pappano (dir.) - EMI 2002 : Marcus Haddock, Béatrice Uria-Monzon, Jean-Claude Casadesus (dir.) - Naxos
DVD 2004 : Thomas Hampson, Susan Graham, Sandrine Piau, Stéphane Degout, Orchestre national du Capitole de Toulouse, Michel Plasson (dir.) - Virgin Classics - version pour baryton'' 2010 : Jonas Kaufmann, Sophie Koch, Orchestre de l'Opéra national de Paris, Michel Plasson (dir.), Benoît Jacquot (mise en scène) - Decca
Liens externes
Werther : partition intégrale (piano-chant) sur le site de la Médiathèque musicale de Paris
Notes et références
Catégorie:Opéra français Catégorie:Opéra des années 1890 Catégorie:Opéra en français Catégorie:Opéra créé à Vienne (Autriche) Catégorie:Opéra de Jules Massenet Catégorie:Drame lyrique Catégorie:1892 en musique Catégorie:Adaptation d'un roman à l'opéra Catégorie:Œuvre musicale composée en 1887