La bataille de Charleston constitue une victoire confédérée survenue le , dans le comté de Kanawha, en Virginie, au cours de la guerre de Sécession. Les troupes placées sous le commandement du major général William Wing Loring infligent une défaite aux forces de l’Union dirigées par le colonel Joseph Andrew Jackson Lightburn. Cet affrontement, marqué par un usage intensif de l’artillerie mais par un nombre de pertes relativement faible, représente la deuxième grande bataille de la campagne de la vallée de la Kanawha menée par Loring en 1862. Cette campagne parvient à repousser les forces fédérales hors de la vallée de la rivière Kanawha. À l’époque de la bataille, l’ensemble des localités de cette vallée se situait dans le sud-ouest de la Virginie, bien qu’elles fassent aujourd’hui partie de l’État de Virginie-Occidentale.
Après sa victoire lors de la bataille de Fayetteville, le , et une poursuite le long de la rivière Kanawha, le général William Wing Loring parvient à rattraper les forces du colonel Joseph Andrew Jackson Lightburn à Charleston, dans la matinée du . Une grande partie des combats prend la forme d’un duel d’artillerie, en particulier après que Lightburn a replié ses troupes sur la rive ouest de la rivière Elk. Lorsque Lightburn fait incendier le pont qui enjambe la rivière, la poursuite de Loring devient difficile. Lightburn se retire alors vers l’Ohio, hors de portée, mais choisit d’éviter la route directe longeant la rivière Kanawha afin d’échapper à la cavalerie confédérée qui l’y attend. Il emporte avec lui un convoi de chariots de ravitaillement.
Loring ne pousse pas plus loin la poursuite et se contente de s’emparer des équipements et provisions entreposés à Charleston. Dans son rapport, il affirme avoir mis la main sur des vivres et du matériel d’une valeur d’au moins un million de dollars (soit environ 31,5 millions de dollars en 2024), tout en assurant la protection des salines situées à proximité. Il établit son quartier général à Charleston et publie une déclaration incitant la population locale à rejoindre les rangs confédérés. Moins de quatre semaines plus tard, ses agissements indisposent le haut commandement sudiste, qui le remplace par le brigadier général John Echols. Le commandant de l’Union dans la vallée de la Kanawha avant Lightburn est Jacob Dolson Cox. Ce dernier est promu major général en octobre et reprend le commandement de la région. Les troupes confédérées quittent la vallée en novembre.
Contexte Pendant la guerre de Sécession, les forces de l’Union contrôlent une grande partie du sud-ouest de la Virginie, notamment durant l’été 1862. Le brigadier général Jacob Dolson Cox commande alors le district de la Kanawha, qui englobe Charleston ainsi que la portion sud-ouest de la Virginie le long de la vallée de la rivière Kanawha. Cette région occidentale de la Virginie est peu peuplée et dotée de rares voies de communication praticables. Grâce à de petits bateaux à vapeur venant de la rivière Ohio, la rivière Kanawha est navigable sur environ en amont, jusqu’à un point situé à une quinzaine de kilomètres au-dessus de Charleston, ce qui en fait un axe de transport stratégique pour le déplacement des troupes et des ravitaillements. La ville de Charleston se trouve précisément à la confluence de la rivière Elk et de la rivière Kanawha.
vignette|La vallée de la rivière Kanawha revêt une importance significative pour les Confédérés.
Plus en amont, sur une portion non navigable, la rivière Kanawha prend naissance à la jonction de la rivière New et de la rivière Gauley, au niveau de la localité de Gauley Bridge. Ce point est d’une importance stratégique non seulement en raison de sa position fluviale, mais aussi parce qu’il est traversé par la James River and Kanawha Turnpike, laquelle croise une autre route menant vers le nord-est, en direction de Summersville et au-delà. La portion de la vallée de la Kanawha appartenant alors à la Virginie est intégrée à la Virginie-Occidentale, fidèle à l’Union, lors de sa création le .
Le , le général Jacob Dolson Cox entame le transfert de sa division de la Kanawha vers Washington, afin de renforcer l’armée de Virginie du major général John Pope. Par dérogation à ses ordres, environ soldats demeurent dans la vallée de la Kanawha sous le commandement du colonel Joseph Andrew Jackson Lightburn. Peu de temps après le départ de Cox, le quartier-maître de Pope est capturé avec de nombreux documents, ce qui permet aux dirigeants confédérés d’apprendre que seules troupes unionistes sont restés déployées dans la vallée, principalement autour de Gauley Bridge. Dans la moitié sud de la Virginie occidentale, les habitants des zones montagneuses sont majoritairement favorables à l’Union, tandis que les grandes vallées comptent une population en grande partie acquise à la cause confédérée. En 1862, la vallée de la Kanawha revêt une importance stratégique pour la Confédération, en raison de ses gisements de sel, indispensables à la conservation des vivres, et de son potentiel de recrutement militaire. La région, notamment autour de Charleston, abrite également d’importants dépôts de vivres et de matériels destinés à l’intendance des troupes de l’Union. Le major général William Wing Loring reçoit alors pour mission de débarrasser la vallée de la Kanawha des forces fédérales, avant de se diriger vers le nord-est afin de rejoindre d’autres troupes confédérées dans la vallée de Shenandoah.
Forces en présence Union Army vignette|Le colonel Joseph Andrew Jackson Lightburn.
Le colonel Joseph Andrew Jackson Lightburn prend le commandement du district de Kanawha le . Très pieux, il dispose toutefois d’une expérience limitée du combat. Il commande alors sept régiments d’infanterie et un régiment de cavalerie, ainsi qu’un arsenal comprenant huit obusiers de montagne et six pièces d’artillerie (trois rayées et trois à âme lisse).
La première brigade est placée sous les ordres du colonel Edward Siber. Elle regroupe les et régiments d’infanterie de l’Ohio. Siber, vétéran aguerri, compte plus de vingt ans de service militaire, ayant combattu en Prusse puis au Brésil.
La seconde brigade est dirigée par le colonel Samuel A. Gilbert, un officier expérimenté qui a déjà participé aux batailles de Cheat Mountain et de Lewisburg. Il commande les et 47e régiments d’infanterie de l'Ohio. Sa brigade comprend également deux compagnies du 2e régiment de cavalerie loyaliste de Virginie-Occidentale, placées sous le commandement du major John J. Hoffman. Au moment de la bataille, quatre compagnies du 4e régiment d’infanterie loyaliste de Virginie-Occidentale et une compagnie du 9e régiment sont temporairement intégrées à son commandement.
D'autres unités, non rattachées de manière permanente à une brigade, comprennent le régiment de cavalerie loyaliste de Virginie-Occidentale, ainsi que les , et régiments d’infanterie loyaliste de Virginie-Occidentale. Ces régiments sont fréquemment dispersés à travers la région. Plus de la moitié du régiment de cavalerie, placé sous le commandement du colonel John C. Paxton, se trouve ailleurs au moment de la bataille. Deux compagnies, dirigées par le major John J. Hoffman, sont intégrées à la deuxième brigade du colonel Gilbert. Deux autres compagnies de cavalerie opèrent sous les ordres du lieutenant-colonel Rollin L. Curtis. Le régiment d’infanterie loyaliste est présent sur le champ de bataille, sous le commandement du lieutenant-colonel William H. H. Russell. En revanche, rien n’indique que le régiment ait participé à la bataille de Charleston. Le seul soldat de cette unité connu pour avoir été tué au cours de la campagne meurt au combat en octobre.
Armée des États confédérés vignette|gauche|major général William Wing Loring, commandant du département de l'est du Tennessee et de l'ouest de la Virginie.
Le major général William W. Loring commande le département de l'est du Tennessee et de l'ouest de la Virginie. Soldat depuis l’âge de quatorze ans, il atteint le grade de sergent à dix-sept ans et participe à la seconde guerre séminole ainsi qu’à la guerre américano-mexicaine. Sous ses ordres se trouvent six régiments d’infanterie et trois bataillons d’infanterie équipés de plusieurs batteries d’artillerie.
La première brigade est placée sous le commandement du brigadier général John Echols. Elle comprend les et régiments d’infanterie de Virginie, ainsi que le bataillon d’infanterie de Virginie dirigé par Derrick. Echols étant malade, le colonel John McCausland prend le commandement de la brigade. Celle-ci est renforcée par les et régiments d’infanterie de Virginie. Elle intègre également la batterie Lowry, la batterie Otey, ainsi qu’un petit détachement de cavalerie.
La seconde brigade est commandée par le brigadier général John Stuart Williams. Elle regroupe le bataillon Edgar et le régiment d’infanterie de Virginie. Le régiment d’infanterie, initialement rattaché à cette brigade, est détaché vers la première. La batterie d’artillerie de Williams, composée de six pièces, est dirigée par le major John Floyd King.
La troisième brigade est placée sous le commandement du colonel Gabriel Colvin Wharton. Lors de la bataille de Charleston, elle opère en coordination avec la deuxième brigade dirigée par le brigadier général Williams. Cette brigade est composée du régiment d’infanterie de Virginie et du bataillon de tireurs d'élite de Virginie, également connu sous le nom de bataillon de tireurs d'élite de Clarke.
Prélude à la bataille Raid de la cavalerie confédérée vignette|Loring compte attaquer l'armée de l'Union dès que Jenkins aura effectué une manœuvre de contournement pour lui couper la principale voie de repli.
Le général de division confédéré Loring prévoit de prendre le contrôle de la vallée de la Kanawha en menant une offensive d'envergure contre les forces de l’Union stationnées dans les comtés de Raleigh, Fayette et Kanawha. Dès le , les chefs unionistes reçoivent des rapports faisant état d’une force de hommes sous le commandement de Loring. En réalité, ses troupes ne comptent qu’environ soldats, mais il espère en augmenter l’effectif en recrutant les milices locales.
L’un des volets essentiels du plan de Loring consiste à envoyer une force de cavalerie traverser quelque de territoire contrôlé par l’Union, dans le but de couper la principale voie de retraite des troupes adverses en aval du fleuve. Cette force, forte d’environ cavaliers, est placée sous le commandement du brigadier général Albert G. Jenkins. Le , Jenkins entame sa progression vers le nord depuis Salt Sulphur Springs. Le , il s’empare d’un dépôt d’approvisionnement de l’Union, ce qui lui permet de réarmer ses hommes, jusque-là mal équipés. L’annonce des mouvements de Jenkins parvient au colonel unioniste Lightburn, dont le quartier général se trouve à Gauley Bridge. Lightburn ordonne alors la concentration de ses forces, alors que le poste avancé de l’Union à Raleigh Court House est abandonné le . Le colonel Edward Siber redéploie sa brigade vers le nord, à Fayette Court House. Le , Jenkins atteint la petite localité de Buffalo, située sur la rivière Kanawha entre Charleston et la rivière Ohio. Le raid mené par Jenkins est alors considéré comme un succès, d'autant plus que les troupes de l’Union situées en amont ne se trouvent plus sur sa trajectoire. Le lendemain, les brigades quittent leurs camps et entament une marche vers le nord.
Fayetteville vignette|Carte de Loring pour Fayetteville (« Fayette C.H. » au centre) et Gauley Bridge.