vignette|Participants au Congrès de musique arabe du Caire.
Le est un symposium international et festival de musique organisé au Caire, en Égypte, du au .
L'idée est suggérée au roi Fouad d'Égypte par l'ethnomusicologue français Rodolphe d'Erlanger. Le congrès est le premier forum à grande échelle pour présenter, discuter, documenter et enregistrer les nombreuses traditions musicales du monde arabe d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Contexte Organisé à la demande du roi Fouad d'Égypte, le congrès vise à bénéficier des progrès apportés par une théorie unificatrice rendant compte des tendances régionales et un enseignement de type occidental.. Il intervient au terme du mouvement de la Nahda et dans un contexte de montée du nationalisme arabe.. À l'époque, la musique arabe est encore désignée sous le vocable de .
Le nationalisme égyptien se présentant comme panarabe, c'est la ville du Caire qui est choisie pour l'accueillir. Par un arrêté royal du , une commission est nommée pour l'organisation. Elle est dirigée par le ministre égyptien de l'Éducation publique , avec Rodolphe d'Erlanger comme vice-président et comme responsable du secrétariat général.
Déroulement Le congrès se déroule à l'Institut de musique orientale, au numéro 22 de la rue Malika Nazly (actuelle rue Ramsès) dans le quartier du centre-ville du Caire. Il se découpe en deux parties : des commissions spécialisées se réunissent d'abord à huis clos du au puis les réunions plénières ont lieu du au ..
Pour la première fois, des spécialistes européens rencontrent des musicologues et musiciens non européens pour présenter, discuter, documenter et enregistrer les traditions d’une musique non occidentale, celle du monde arabe d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient...
Participants
vignette|Troupe algérienne sous la direction de Larbi Bensari. vignette|Membres de la délégation tunisienne avec Khemaïs Tarnane (assis, deuxième à partir de la droite) et Manoubi Snoussi (debout, premier à partir de la droite).
Parmi les pays qui envoient des délégations figurent l'Algérie, l'Égypte, l'Irak, le Maroc, la Syrie et la Tunisie, complétés par la Turquie, représentant sa propre tradition musicale. Les participants sont, à l'exception de Mahmoud El Hefny, des amateurs éclairés, des lettrés et des musiciens.
L'importante délégation égyptienne compte notamment Moustapha Bey Rida, Safar Ali Bey et Mohammed Abdel Wahab, ainsi que Mohamed Fathi, , , , Dawood Hosni et . Celle du Maroc est dirigée par Kaddour Benghabrit, le recteur de la Grande mosquée de Paris. et comprend Mohamed Chouika et Omar Jaïdi. Composé notamment de Khemaïs Tarnane, Mohamed Ghanem, Mohamed Belhassen et Mohammed Chérif, le groupe tunisien est quant à lui formé par Rodolphe d'Erlanger et pour présenter l'état de la tradition locale. Parmi les autres artistes présents figurent Larbi Bensari et M'hamed El Kourd (Algérie), (Irak), Wadia Sabra (Liban), Darwich et Tawfiq al-Sabbagh (Syrie) ainsi que Mesut Cemil et (Turquie).
Parmi les invités européens figurent les compositeurs Béla Bartók, Paul Hindemith, Alois Hába et Henri Rabaud, tout comme le critique musical Émile Vuillermoz, les chercheurs Robert Lachmann, Curt Sachs et Erich von Hornbostel, ainsi que , orientaliste et historien de la musique britannique ; les musicologues orientalistes français sont aussi présents avec le baron Bernard Carra de Vaux-Saint-Cyr, le père Xavier Maurice Collangettes, adjoint d'Erlanger, et Alexis Chottin, directeur du Conservatoire de musique arabe de Rabat.. Erlanger, malade, ne peut y participer..
Commissions Les commissions portent sur des thèmes variés comme les échelles et les formes musicales, les instruments, la pédagogie ou l'histoire de la musique, avec une visée normative. La transcription, comme celle des intervalles, est une préoccupation majeure. Estimant que la musique arabe est en déclin, elles formulent des recommandations pour sa modernisation et sa normalisation.
Si les théoriciens égyptiens proposent ainsi de diviser l'échelle musicale arabe en 24 quarts de ton, les pratiques musicales, comme celles des musiques turque ou syrienne, ne correspondent pas à cette théorie. Le délégué égyptien Mohamed Fathi recommande aussi que les instruments occidentaux soient intégrés dans les ensembles arabes, en raison de ce qu'il considère comme leurs qualités expressives supérieures..
D'autres prônent une réorientation de la création vers un courant original comparable à l'œuvre du Groupe des Cinq, à laquelle des participants européens comme Curt Sachs et Béla Bartók s'opposent par crainte de voir la musique arabe s'enfermer dans la normalisation..
Enregistrements Rodolphe d'Erlanger et les musicologues allemands souhaitent enregistrer les musiciens présents lors du congrès à des fins musicologiques et non commerciales, et engagent la compagnie britannique Gramophone qui organise des séances en studio.. Les enregistrements sont effectués sur disques 78 tours avec une nouvelle technologie électrique.. Bartók, chargé de la commission d'enregistrement avec comme secrétaire, refuse d'enregistrer les groupes venus du Liban et de Syrie jugés trop modernes et n'accepte que des groupes irakiens, égyptiens, marocains, tunisiens et algériens..
Les Égyptiens interprètent des mouachahs et des musiques profanes, savantes ou populaires, et religieuses, à l'exemple des chants bédouins du Fayoum, des rituels du zār et des chants et prières de l'Église copte orthodoxe. Le Maghreb est représenté par les écoles arabo-andalouses de Tlemcen et de Fès et le malouf tunisien. Du côté du Machrek, les musiques de Syrie et de Turquie ont une place réduite au profit du .
Un total de 360 faces de 78 tours sont enregistrées par Gramophone. Quatre tirages sont confiés à la British Library, au Berliner Phonogramm-Archiv, au musée Guimet et à la Bibliothèque nationale de France (Phonothèque nationale) ; Bernard Moussali dénombre dans cette derière 360 enregistrements, dont certains en double, le recueil des travaux du congrès comptant 171 disques.
Héritage À l'issue du congrès, outre les enregistrements, un livre de 711 pages assorties de 77 planches de photos est publié en arabe et français et regroupe de nombreuses communications et rapports de commissions.. Dans le même temps, l'Institut de musique orientale du Caire devient l'Institut de musique arabe du Caire.. Trois congrès similaires ont lieu au cours des années suivantes, mais aucun n'a l'ampleur et l'influence de celui de 1932.
Ce n'est qu'à la fin des années 1980 que les premiers musicologues travaillent sur les archives du congrès : une édition partielle des enregistrements sous forme de CD est publiée en 1988 par la Bibliothèque nationale de France (BnF) et l'Institut du monde arabe sous la direction des musicologues Christian Poché et Bernard Moussali, qui meurt avant d'avoir terminé sa thèse sur le congrès, et accompagnée d'un livret trilingue en français, anglais et arabe. L'un présente les traditions savantes de Bagdad avec et la musique populaire citadine du Caire, avec notamment un ensemble d'almées, un groupe de Bédouins du Fayoum et des chants liés au zār, alors que l'autre présente la musique citadine de Tlemcen, la musique savante de Fès et la musique citadine de Tunis.
Un colloque intitulé « Documents du Premier congrès sur la musique arabe du Caire 1932 » est organisé au Caire du au dans le cadre du programme scientifique du Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales, sous la responsabilité scientifique de Schéhérazade Qassim Hassan. Visant à restituer l'ensemble de la production du congrès, y compris celle restée inédite, et à demander aux autorités égyptiennes de la rendre accessible, il comprend des interventions de Mahmoud Guettat, Awatef Abdel Karim, Ali Jihad Racy, , et , ainsi que la projection d'un film de Magda Saleh..
La collection complète est numérisée par la BnF à partir de 1996, ce qui conduit à la première édition complète des enregistrements en 2015, dans le cadre d'un partenariat entre la BnF et le , sous la forme d'un coffret de 18 CD accompagnés d'un livret trilingue.
Références
Bibliographie
Français Ouvrages
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Articles . . . . . .
Anglais Ouvrages . . . . .
Articles . .
Discographie + Discographie issue du congrès Année Titre Styles et/ou artistes Éditeur Identifiant Lien 1988 Congrès du Caire, 1932 : musique arabe savante et populaire Volume 1 : Irak : Musique savante de Bagdad Égypte : Musique populaire Bibliothèque nationale de France ; Institut du monde arabe (Paris) APN 88-9 Volume 2 : Algérie : Musique citadine de Tlemcen Maroc : Musique savante de Fès Tunisie : Musique citadine de Tunis APN 88-10 1989 Maroc : musique classique Mohamed Chouika ; Omar Jaïdi Club du disque arabe ; Artistes arabes associés (Paris) AAA006 1994 Le Maqam en Irak (volume 1) Club du disque arabe (Paris) AAA087 Malouf tunisien : la musique classique tunisienne Mohamed Belhassen ; Mohammed Chérif Club du disque arabe (Paris) AAA094 Le Maqam en Irak (volume 2) Club du disque arabe (Paris) AAA097 1995 Musique classique arabo-andalouse Larbi Bensari ; Redouane Bensari Club du disque arabe (Paris) AAA098 2015 Congrès de musique arabe du Caire : 1932 Égypte : Musiques profanes savantes (, , Dawood Hosni, Muhammad Najib et ) Musiques profanes populaires (Muhammad al-Arabi, Bédouins du Fayoum, Taha Abou Mandour et Annousa al-Misriyya) Ensembles religieux (rituels soufis, zār et Église copte) Irak : ( et Azzouri al-Aouad) Syrie : Musique instrumentale (Fawzi al-Qaltaqji) et savante (Mesut Cemil) Algérie : École de Tlemcem (Larbi Bensari) Maroc : Nouba de Fès (Omar Jaïdi) Tunisie : Malouf de Tunis (Mohamed Ghanem et Khemaïs Tarnane) Bibliothèque nationale de France (Paris) BNF 01
Liens externes
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