L'écofascisme (aussi appelé écototalitarisme ou écoautoritarisme) est un qualificatif idéologique issu de la contraction entre les termes « écologie » et « fascisme ». Il a été revendiqué par des intellectuels marginaux, des organisations de petits groupes et de multiples terroristes, ainsi que par un nombre croissant de partis politiques, bien qu’un régime politique écofasciste n’ait jamais encore vu le jour. Il est cependant parfois utilisé pour parler des quelques lois environnementales promulguées par l'Allemagne nazie dans les années 1930 et des théories qui les inspiraient. Il sert aussi et surtout d'insulte politique contre les mouvements écologistes pour stigmatiser leur autoritarisme supposé. Le terme « écofascisme » peut ainsi désigner certaines dérives antihumanistes et réactionnaires de certains courants de l'écologie politique. Enfin, il peut qualifier certains mouvements et figures d'extrême droite se réappropriant les thèmes de l'écologie et de la nature.
Relations entre écologisme et fascisme dans l'Allemagne du début du vignette|left|Devise du Reichsnährstand sous l'aigle du parti NSDAP et sur la croix gammée avec une épée et un épi, symbolisant le sang et le sol. Des théories écofascistes, d’après l’historien Peter Staudenmaier, ont vu le jour durant la première moitié du en Allemagne, dans la foulée de la Lebensreform hygiéniste et du mouvement völkisch, réactionnaire et ruraliste.. Inspirées notamment par l'interprétation sociopolitique du darwinisme issue d'Ernst Haeckel, de nombreuses théories pseudo-biologiques tentent ainsi de faire accoler à la le nationalisme allemand et de le justifier par la science.
Le mouvement völkisch prétend en effet que le peuple germanique, auparavant doté d'un sang pur et enraciné à sa terre ancestrale, serait en déclin à cause des « races inférieures » qui auraient pollué son sang par influence génétique, et à cause de la modernité urbaine qui aurait brisé le lien primordial avec son environnement naturel (la Heimat ). Le peuple germanique devait donc se régénérer par un retour à la terre en communautés paysannes « racialement pures », socialement hiérarchisées, et proches de l'environnement naturel.
Plusieurs intellectuels influents de l'époque, sans être militants nationaux-socialistes, ont ainsi tenté de faire des ponts entre une idéologie raciste et une mystique du sol, tel Rudolf Steiner, fondateur de l'anthroposophie..
L'influence de ces théories sur les débuts du nazisme est importante, notamment auprès de ce qu'on a pu appeler « l’aile verte » du NSDAP, composée principalement de Walther Darré, Fritz Todt, Alwin Seifert et Rudolf Hess. Ceux ci se réapproprient en effet les idées de régénération du lien « sang-sol ». Walther Darré, ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture de 1933 à 1942, en fait même la doctrine agricole du Troisième Reich. Les nazis approfondissent les théories völkisch en expliquant la supériorité raciale du peuple germanique dans la hiérarchie naturelle par l'environnement naturel exceptionnel qui l'aurait façonné. Le peuple germanique est ainsi conçu comme un organisme vivant devant retrouver sa pureté naturelle en rejetant les « contaminations » culturelles et biologiques extérieures, et en éliminant les individus intérieurs considérés faibles ou inutiles à la perpétuation raciale, comme les homosexuels et les handicapés.
Dans les faits, le NSDAP a promulgué trois lois parfois qualifiées de protoécologistes, visant à la protection des animaux, des forêts et à la limitation de la chasse. L'importance de ces lois peut cependant être relativisée par la persécution du mouvement animaliste pour son pacifisme, le laissez-faire de la chasse dans les territoires occupés, et la destruction massive des forêts pour les besoins de la machine de guerre. L’Allemagne nazie a en effet dans la globalité appliqué une politique profondément moderniste, productiviste et industrielle pour satisfaire ses ambitions bellicistes, et les mesures de protection de la nature sont restées très marginales. La nature chez les nazis n'a ainsi gardé qu'un rôle métaphorique essentialiste pour les hiérarchies sociales et raciales.
Après-guerre, certains anciens nazis ont pu se reconvertir en militants ruralistes jusque dans les années 1970, comme Werner Georg Haverbeck, Renate Riemeck, ou, en France, Savitri Devi et Robert Dun (de son vrai nom Maurice Martin), ou encore Henry Coston. D'après l’historien Stéphane François, dans le livre Les Vert-bruns, certains ex-cadres nazis ont participé à la création des Grünen en Allemagne. En France, on retrouve quelques personnes proches des courants écofascistes dans le Mouvement écologiste indépendant (MEI) d’Antoine Waechter.
Au sein du régime de Vichy, on retrouve aussi cette idée d’enracinement ruraliste et paysan de la communauté nationale dans son sol, en opposition au déracinement cosmopolite, source du déclin national, théorisé notamment par Gustave Thibon. L'exploitation productiviste de la terre a été installée avec la Révolution agricole machiniste du , pour une préservation pérenne de l'exploitation. Cette idéologie a également pu avoir une influence sur certains écologistes décroissants conservateurs comme Pierre Rabhi en , mais sous une forme débarrassée de tout projet autoritaire..
Dérives réactionnaires, antihumanistes et autoritaires du mouvement écologiste Autoritarisme écologique Les mouvements écologistes sont régulièrement qualifiés d'autoritarisme, de vouloir s'immiscer dans les modes de vies des individus en restreignant de force les libertés d'alimentation, de déplacement et d'entreprise. Souvent caricaturales, ces accusations renvoient pourtant au large débat de l'équilibre entre libertés individuelles et intérêt général. On peut identifier un certain autoritarisme écologique dans l’idée que la vie politique démocratique serait trop à vues « à cout terme » de par son calendrier électoral, trop lente de par son processus parlementaire, et trop peu puissante à cause de libertés individuelles instituées et peu modifiables, pour agir efficacement face à la crise écologique. Cette réflexion aboutit pour ce courant à la conclusion qu'il faudrait donc s'affranchir de la démocratie, pour laisser gouverner une élite qualifiée et experte qui fasse adopter par la force les comportements vertueux aux individus trop consuméristes et égoïstes. En France, l'autoritarisme écologique est rejeté par les partis verts, autant par tradition libertaire que par stratégie. Certains voient pourtant dans l'évolution technocratique des démocraties libérales, et dans les idées d’État d'urgence écologique ou de veto écologique une pente très dangereuse.
L'autoritarisme écologique renvoie à la fois à un risque et à une potentielle nécessité pour de nombreux penseurs de l'écologie face à l'évidence de l'inaptitude des gouvernements libéraux à mettre en place une politique écologique à la hauteur des enjeux.. Selon ceux qui imaginent une dictature écologique, comme le philosophe allemand Hans Jonas, les menaces que les activités humaines font peser sur la planète Terre seraient telles que les élites pourraient être amenées à n'avoir plus d'autre choix que de suivre des dictateurs promettant de préserver leur mode de vie en échange de la liberté, au prix de l’aggravation des injustices planétaires et de la liquidation d’une part notable d'êtres humains..
Le philosophe Dominique Bourg relativise cependant l'existence d'une telle tendance. :
Ces trois auteurs cités ne sont pour autant pas des fascistes, mais s'inspirent plutôt de Thomas Hobbes ou du Platon de La République, considérant que le laisser-faire libéral ne peut mener qu'à la ruine commune, et que la transition écologique nécessite un gouvernement plus technocratique et dont les pouvoirs sont fondés par l'état d'urgence sur la base de l'intérêt commun. Chez Jonas c'est une , et Ophuls décrit une , (). Selon Bernard Charbonneau, autre penseur de l'écologie, dans Le Feu vert (1980), De son côté, l'écrivain britannique James Lovelock (inventeur de la théorie Gaïa) écrivait en 2006 :
Les formes d'autoritarisme écologique ici décrites ne sont aucunement liées au fascisme, puisqu'elle n'en partagent aucune conceptions racistes ni nationalistes, mais partagent une conception autoritaire du pouvoir politique. L'utilisation du terme écofasciste dans ce cas peut donc être considéré comme un abus de langage. D'après Antoine Dubiau, de manière plus nuancée, si l'autoritarisme écologique n'est pas intrinsèquement écofasciste, c'est une dérive du mouvement écologiste pouvant participer à l'émergence éventuelle de l'écofascisme.
Cette tendance autoritaire n'a jamais eu d'ampleur significative dans le courant écologiste ni inspiré le moindre mouvement politique ni associatif, mais des auteurs isolés la ressuscitent de temps à autre depuis les années 1970, notamment aux États-Unis, comme récemment Laura Westra, David Shearman et Joseph Smith - dont aucun ne peut être taxé de .
Néo-malthusianisme
La doctrine de Thomas Malthus a connu un regain d'intérêt et s'est réactualisée avec la prise de conscience de la crise écologique. Les néo-malthusiens pensent que le nombre d'être humain, conçu comme un tout uniforme, est le centre du problème écologique, et que la réduction de la population est donc la seule solution.
Le nombre d'humains sur terre est bien une variable à prendre en compte pour comprendre la crise écologique, mais le néo-malthusianisme se matérialise souvent par un alarmisme démesuré à propos de la démographie ayant tendance à ignorer les mécanismes socio-historiques de la crise écologique et la répartition inégale des responsabilités. Il cache aussi des biais racistes, davantage par impensé que par idéologie assumée, puisque les populations visées prioritairement sont celles à la plus forte natalité, généralement plus précaires, anciennement colonisées, et ce malgré une consommation plus sobre un moindre pouvoir de décision politique et économique. Le néo-malthusianisme dans ses formes théoriques les plus radicales peut aussi amener à des dérives particulièrement autoritaire, une dictature semblant nécessaire pour réduire la population terrestre par un contrôle des naissances coercitif, voire même par l'eugénisme. Poussé à l'extrême, dans un racisme et un autoritarisme assumé, le néo-malthusianisme peut ainsi glisser vers l'écofascisme.
Survivalisme
Le survivalisme, popularisé aux États-Unis dans les années 1970 puis développé dans différents pays dont la France, est l'idée que des crises majeures (environnementales, économiques ou sociales) pourraient mener à un effondrement de la société, nécessitant une préparation individuelle ou collective. Présent dans diverses orientations politiques, le survivalisme a en partie été investi par l'extrême droite et certains mouvements suprémacistes. Certains militants survivalistes s'identifient eux-mêmes comme écofascistes, comme Piero San Giorgio, proche d'Alain Soral..
Antimodernisme
Malgré les origines théoriques marxistes hétérodoxes de la critique écologiste de la modernité destructrice, le mouvement écologiste actuel cultive un flou parfois perméable à des dérives réactionnaires. Sans précision et clarification politique de son rapport à la modernité, l'écologisme peut ainsi être pénétrée par des idées antimoderniste considérant la modernité comme un seul bloc (économique, politique, social, culturel, technique) à rejeter dans sa totalité, et prônant un retour en arrière primitiviste ou ruraliste vers des formes sociales et technologiques antérieures pour retrouver un rapport à la nature harmonieux.
Écologie profonde