L'histoire des Juifs à Kutno commence dès le et se termine de façon tragique pendant la Seconde Guerre mondiale avec l'extermination de la grande majorité de ses membres. Les Juifs qui ont représenté jusqu'à 70 % de la population de la ville dans le courant du ont été tout au long de leur présence un facteur important dans le développement économique de la ville.

Kutno est une ville polonaise située dans la voïvodie de Łódź, à au nord de Łódź. Initialement propriété de la famille Zamoyski, Kutno devient prussienne en 1793 lors du deuxième partage de la Pologne, puis fait partie du duché de Varsovie lors de la courte période napoléonienne. Après 1815, Kutno est intégré au royaume du Congrès sous tutelle russe. Kutno devient polonaise quand la Pologne retrouve son indépendance. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Kutno est envahie par la Wehrmacht et intégrée au Reichsgau Wartheland. La ville sera libérée par l'Armée rouge en . Actuellement Kutno compte un peu plus de .

Histoire des Juifs à Kutno Les débuts de la communauté Il est impossible de déterminer la date exacte de l'arrivée de Juifs à Kutno. Les premiers résidents juifs ont dû s'installer au ou au début du . La première source historique date de 1513. Dans un document publié par le roi de Pologne Sigismond , il est fait mention de trois marchands juifs: Salomon, Lewek et Moszek. C'est une lettre leur accordant une prolongation annuelle du remboursement d'une dette. Dans ce document il est aussi fait mention d'un hameau connu sous le nom de Żydowo. On suppose qu'il devait se trouver à l'est de la ville connu actuellement sous le nom de Józefów: Historia społeczności (Histoire de la communauté); site: sztetl.org.

À cette époque, la ville est relativement bien développée en commerce et artisanat, avec les positions dominantes tenues par les Juifs. Kutno est habitée par plusieurs familles juives mais il n'est cependant pas possible de parler d'une communauté juive indépendante et organisée.

En 1538, lors de la réunion de la diète à Piotrków Trybunalski, la noblesse polonaise recherche les faveurs des communautés juives et adopte une résolution excluant les Juifs vivant dans des villes et villages privés de la protection légale du roi. Dès lors, les Juifs vivant dans des domaines privés sont subordonnés au propriétaire local. La situation légale et économique de la population juive vivant dans des villes et villages détenus par des nobles est régie par un acte de 1539. La seule obligation des Juifs à l'administration d'État est de payer la capitation. Malgré ce traité, la vie des habitants juifs de Mazovie reste plutôt compliquée. Les bourgeois chrétiens déploient des efforts continus pour imposer le privilège de non tolerandis Judaeis, et ce privilège est souvent légitimé dans des domaines privés dans cette partie de la Pologne. Ce privilège restreint largement l'installation des Juifs dans la région du . Les communautés juives situées dans les villes royales sont généralement indépendantes et possèdent une certaine autonomie par rapport aux autorités locales et aux bourgeois. L'autonomie et la protection royale leur est garanties par le gouverneur local.

Dans les villes appartenant aux nobles comme Kutno, l'autonomie de la communauté juive dépend du bon vouloir du propriétaire, qui parfois interfère aussi dans les affaires internes de la communauté et dans les relations entre les bourgeois chrétiens et les Juifs. Ils essaient en général de prévenir toute escalade de conflits économiques et religieux qui conduirai à l'expulsion des Juifs, ce qui aurait pour conséquence une diminution substantielle des revenus du domaine. En général, ils encouragent les Juifs à venir s'installer dans leurs villes en leur offrant une certaine protection.

En 1555 et 1556, grâce aux privilèges accordés à Kutno par le roi Sigismond Augustus, la ville connait une période de développement rapide, avec une augmentation significative de la population juive locale. Sur la base du registre des paiements de capitations de 1579, on estime qu'il y a à cette époque vivant à Kutno. Une communauté juive indépendante opère probablement dans la ville, tandis que les Juifs vivant dans les villes voisines sont organisés en sous-communautés administrativement subordonnées à la communauté de Kutno. À partir de la fin du , les Juifs locaux sont principalement engagés dans l'artisanat et le commerce. Certains d’entre eux effectuent même du commerce international. On peut supposer que le marchand Aszer ben Aszel, dont le nom de famille est Kutner et qui s'est rendu à Amsterdam en 1585, est originaire de Kutno: P. Fijałkowski: Działalność gospodarcza Żydów XV–XVIII w. (L'activité économique des Juifs aux ); in: Biuletyn Żydowskiego Instytut Historycznego; 1991; no: 3.

Lors du Déluge suédois, de 1655 à 1660, la ville, bien que n'étant pas située dans la zone de combat, connait néanmoins de nombreux pillages et des destructions considérables provoquées par l'armée suédoise. Peu de temps après, la communauté juive de la ville connait une vague de pogroms. La plupart des communautés juives tombent en déclin après l’invasion suédoise, mais au fil du temps, elles retrouvent leur ancienne position. C'est également le cas à Kutno. Le déluge provoque l’effondrement économique de la ville, qui perd alors de son importance. Bien que les propriétaires soient tentés de relancer l'économie, par la création de quatre guildes, confirmée par une charte royale, le résultat escompté n'est pas atteint. Dans la seconde moitié du , en 1662, Kutno n'est plus habitée que par quelques centaines de personnes, dont et un nombre indéterminé de Juifs. À la fin du , le chef de la communauté juive est le rabbin Moshe Yekutiel Koifman Ha-kohen, auteur du traité religieux Lachem Hapnimu (Pain intérieur), et gendre du rabbin de Kalisz, Abram Abel Gombiner.

Le grand incendie de la ville en 1753 détruit la plupart des documents municipaux, y compris les archives de la communauté juive. Par conséquent, la charte de localisation de la ville est rééditée par le roi Stanislas II Auguste. Kutno et les villages voisins sont habités par environ , mais on ignore combien vivent dans la ville elle-même. Le marque le début d'une nouvelle étape dans l'histoire de la communauté juive de Kutno, notamment en ce qui concerne sa structure organisationnelle. L'autonomie juive en Pologne est abolie en 1764, lorsque le Conseil des Quatre Pays est dissous par décision de la Diète de Pologne. La situation des communautés juives des villes privées diffère sensiblement de celles situées dans les villes royales.

Les Juifs vivant dans des villes privées ont des possibilités limitées de changer de lieu de résidence ou d'acheter un bien immobilier, mais dans les situations de conflit, notamment avec les citadins chrétiens, ils peuvent compter sur la protection des propriétaires urbains. En 1766 un accord est signé à Kutno entre l'héritier de la ville, le chancelier Andrzej Zamoyski, et la communauté juive locale. Le document précise les droits et obligations de la communauté, et détermine surtout les impôts supplémentaires imposés aux Juifs. Il s'agit notamment de l'impôt dû à l'État et des redevances privées, taxes sur les baux et les loyers, paiements pour le droit de s'installer, d'exercer des activités artisanales, de construire des maisons, etc.

À l’époque, Kutno est une ville riche grâce aux foires hebdomadaires et annuelles qui créent des conditions idéales pour le développement économique. C'est la principale raison pour laquelle les Juifs reviennent dans la ville malgré les destructions et les pogroms. Comme auparavant, ils sont principalement impliqués dans le commerce et l'artisanat, ainsi que dans la gestion d'auberges et de tavernes. En 1765, la communauté juive de Kutno compte . Ce nombre comprend également les habitants juifs des villages environnants et des villes de Żychlin et Gostynin, dépendant de la communauté de Kutno. D’après R. Mahler ce chiffre est certainement sous-estimé d’au moins 20 %. Pour lui, la population fiable de la communauté de Kutno n'est pas inférieure à auxquels s'ajoute un certain nombre d'enfants jusqu'à l'âge d'un an, qui n'ont pas été inclus dans le recensement. Mahler estime le nombre d'enfants en bas âge à 6,35% de la population totale, et donc d'après lui, en 1766 le nombre de personnes dans la communauté juive de Kutno, se situe entre à : Rafael MAHLER : Historiker un Vegvayze; traduit du yiddish en anglais par : Carole Turkeltaub Borowitz et David Shirman : Historians and Guides; éditeur : Yisrael Buch Press ; Tel Aviv ; 1967. Vers 1790, les Juifs constituent la majorité de la population dans de nombreuses villes du centre de la Pologne. En 1778, Arie Lajb, fils du rabbin de Kalisz Yosef Chaim, est nommé rabbin de Kutno. Avant de prendre la chaire rabbinique de Kutno, il était à partir de 1768 dayan de la communauté juive de Poznań: Dariusz Marchewka: Żydzi kutnowscy i ich gmina w końcu XVIII w. i 1 - ćwierci XIX w (Les Juifs de Kutno et leur communauté à la fin du et dans le premier quart du ).

Au , un certain nombre d'institutions sont créées par la communauté juive de Kutno, notamment un hôpital et la société funéraire Hevra Kaddisha, cette dernière s'occupe de l'entretien du cimetière, des funérailles et de l'aide aux personnes endeuillées. En 1793, le premier enterrement enregistré a eu lieu au cimetière juif de Kutno. Le cimetière est situé dans la partie nord de la ville. Les dernières funérailles sur place, après presque six ans d'interruption, sans compter l'enterrement des cendres des Juifs assassinés à Chełmno le , se dérouleront en 1948.

Du deuxième partage de la Pologne à la fin du Après le deuxième partage de la Pologne en 1793, Kutno se retrouve sous domination prussienne et fait partie de la province de Prusse-Méridionale. Le , le Statut général des Juifs (General-Juden Reglement für Sud und Neu-Ostpreussen) est proclamé à Berlin. Le gouvernement prussien introduit diverses modifications dans la législation, qui affectent également le statut juridique des Juifs de Kutno. Tout d’abord, le , la propriété privée des villes, ainsi que les corporations sont abolies. Le statut de la population juive de Kutno dépend alors directement des décisions du gouvernement. Il est interdit aux communautés et aux rabbins d'utiliser le herem (mise au ban de la communauté) et d'autres punitions rituelles. Les Juifs doivent élire un conseil, dont les membres, les parnassim doivent être agréés par le gouvernement. Les premiers membre du conseil sont les personnes les plus riches de la communauté. On trouve : Hirsz ben Mejer, riche marchand de textile, Hirsz ben Lajbel, détenteur d'un monopole domanial, Wolf ben Chaim, détenteur d'un bail dans le commerce de l'alcool, et Szlomo ben Abraham. Lors des élections de 1810, les électeurs élisent Baruch Lipski, Jakub Szyje Hirszberg, Jeremiasz Majzler et Michał Szlame Nelken comme membres du conseil de surveillance de la synagogue. Comme l'exigent les statuts, ceux-ci ont été approuvés le par le préfet du département de Varsovie et cette décision des autorités est présentée à la communauté par le maire de la ville dans la grande synagogue le . Après quelques mois, Jeremiasz Majzler, qui a quitté la ville, est remplacé par Litman Senator.