Charles Hilaire Henri Rodanet, né le à Santiago du Chili et mort le à Ville-d'Avray, est un horloger et inventeur français.

Descendant d'une illustre famille d'horlogers, Henri Rodanet est notamment connu pour être à l’origine de plus de 500 brevets d’invention et pour ses contributions exceptionnelles à l'horlogerie de précision, en particulier pour le développement des maisons Jaeger et Cartier avec la création des toutes premières montres-bracelets extra-plates.

À l’image de Frédéric Japy (1749-1892), qui a marqué l’industrialisation des montres à gousset et des mouvements de pendule en France, Henri Rodanet s’impose comme une figure majeure de l’industrialisation des montres-bracelets à Paris au travers de la Maison Jaeger. Si l’on parle volontiers d’un « empire Japy » pour désigner l’importance de ses usines, on pourrait tout autant évoquer un « empire Jaeger », fort de ses implantations industrielles en France et à l’international.

Il est le dernier représentant de l’épopée familiale Rodanet qui, de Rochefort à Paris, de Londres à New York, a marqué l'histoire par leur génie et leur persévérance. De Julien à Henri en passant par Auguste, chaque génération Rodanet a repoussé les limites de l'horlogerie, mêlant passion du métier, innovations et tragédies personnelles, pour laisser un riche héritage. Les œuvres et réalisations des Rodanet ont contribué à rendre à la France sa suprématie horlogère. Ils ont su hisser l’horlogerie microtechnique à des niveaux remarquables de précision. vignette|Essor international de Jaeger

Biographie Jeunesse et formation Petit-fils de Julien Hilaire Rodanet et fils d'Alfred Rodanet (1840-1888). Son père, horloger et joaillier s'est installé à Bordeaux, puis à Santiago du Chili dans l'espoir de faire fortune. Hélas, Henri Rodanet devient orphelin de ses parents alors qu'il n'a que huit ans. Il est pris en charge par son oncle, Auguste Hilaire Rodanet, horloger de renom et fondateur de l'École d'horlogerie de Paris. Henri Rodanet aspire à devenir horloger, comme son père et son grand-père. Il entre à l'École d'horlogerie de Paris, où il se distingue par son talent, terminant premier de sa promotion avec les félicitations du président Émile Loubet. Cette formation rigoureuse, combinée à l'héritage familial, forge son expertise en horlogerie.

Carrière vignette|270x270px|Edmond Jaeger (1858-1922), horloger français et fondateur des Ets Jaeger à Paris

Les débuts d'une révolution horlogère avec Edmond Jaeger En 1902, Henri Rodanet commence à collaborer avec le français Edmond Jaeger (1858-1922), horloger de la Marine de l’État et industriel français établi à Paris 75, rue Saint-Sauveur. La société ne compte que cinq personnes à son arrivée. Il devient son directeur technique pour s’occuper de toutes les créations horlogères. La conjugaison des talents d'Edmond Jaeger et d'Henri Rodanet scelle le destin de l’entreprise en la conduisant au sommet. Tournés vers l’avenir, ils réussissent à créer des garde-temps d'une grande précision à la fois innovants, pratiques et esthétiques. Ils contribuent également au succès de plusieurs maisons horlogères. Leur objet de prédilection se porte sur la montre extra-plate. Dès 1903, Edmond Jaeger crée la montre de poche la plus plate au monde.

La Santos de Cartier : une innovation signée Rodanet vignette|droite|Dessin original de la montre Santos par Henri Rodanet, paraphé HR Cartier et Jaeger concluent un accord d’exclusivité à long terme en 1907 pour l’approvisionnement en horlogerie de Cartier. Henri Rodanet coopère avec le joaillier Louis Cartier pour réaliser une collection de montres-bracelets extra-plates à une époque où les hommes portent encore des montres de poche. Il s’agit d’une révolution dans l’art de présenter l’heure qui a vu le jour chez Jaeger à Paris, 103 rue Réaumur. Le créateur et directeur technique Henri Rodanet est à l’origine de la toute première montre-bracelet pour homme : la Santos de Cartier. Un dessin de 1908 paraphé « HR » illustre cette création. De plus, l’originalité est aussi de passer des montres rondes aux montres carrées extra-plates.

Première Guerre mondiale : l’horlogerie continue à se réinventer vignette|Montre Duoplan, affiche (1932) Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Henri Rodanet sert comme interprète dans l'armée britannique. C'est à cette période qu'il développe le mouvement Duoplan pour la maison Jaeger. Il s'agit d'un mécanisme horloger innovant construit sur deux plans superposés, alors que d’ordinaire les montres sont étendues sur un seul niveau. C'est à Ypres au front, que profitant de brefs instants de répit, il commence à dessiner sa célèbre montre en s’inspirant des ailes d’avions biplan. Henri Rodanet imagine cette nouvelle conception permettant de réduire considérablement la taille du boîtier de la montre. Ainsi, il prouve que petitesse et précision n’altèrent en rien à sa fiabilité. Il s’agit de l’une des premières montres-bracelets en acier serties de pierres précieuses, d'un verre saphir plus résistant. Son mouvement est si petit qu’il équipe des montres bijoux les plus raffinées. La Duoplan est aussi la première montre à avoir un service après-vente si le mouvement est endommagé. La compagnie d'assurance Lloyd’s of London garantit son remplacement. La boutique Tyme se prévaut d’afficher sur sa vitrine : « Votre montre sera réparée en moins de temps qu’il ne faut pour fumer une cigarette ».

Henri Rodanet perfectionnera cette montre en 1929 pour devenir le Calibre 101, le plus petit mouvement mécanique au monde jamais surpassé.

De l’horlogerie à l’aviation puis à l’automobile Henri Rodanet met au point à la demande des forces aériennes alliées un tachymètre spécial conçu en 1917 dans les Ets Jaeger, 33 rue du Louvre à Paris. Ce tachymètre produit en série équipe immédiatement les avions contribuant à la victoire. Son rôle primordial est de contrôler le nombre de tours du moteur pour éviter la surconsommation du carburant ou la panne du moteur. Henri installe un bureau d’études unique en son genre et développe à un degré élevé les services de métrologie avec de nombreux bancs d’essais servant aux épreuves de contrôles extrêmement sévères. En 1919, le journal La Presse annonce « un succès foudroyant » des compteurs Jaeger auprès des services techniques français et alliés. Tous les aviateurs soucieux de leur sécurité ont exigé sur leurs avions le compteur Jaeger. Pour répondre à cette forte demande de nombreux investisseurs comme Gustave Delage constructeur d’avions participent à financer cette production. Durant la guerre, 100.000 appareils de bord ont été fournis aux aviateurs français et alliés.

À la suite de la création de ce tachymètre spécial, un département horloger Jaeger voit le jour pour fournir à la fois l'aviation et l’automobile : fabrication de compteurs kilométriques, d’indicateurs de vitesse, de tachymètres (compte-tours), d’horloges embarquées, d'altimètres, de thermomètres, d'ampèremètres, des jauges d'huile et de carburant, etc.

Des instruments de bord Jaeger équipent des marques automobiles prestigieuses telles que Citroën, Renault, Bugatti, Ferrari, Bentley et Aston Martin.

Cette forte demande oblige la construction d’usines Jaeger, rue Baudin à Levallois. Ce développement fait la fortune de Jaeger et d’Henri Rodanet. C’est probablement à cette période qu’il devient PDG des Ets Jaeger avant le décès d’Edmond Jaeger en 1922.

Poursuite de la collaboration avec Cartier et expansion à l’internationale A partir de 1919, Henri Rodanet poursuit ses créations pour la maison Cartier avec la Tank et ses diverses variantes, la montre Tortue et ses différentes complications, la montre Cloche, etc. Des modèles qui impliquent de créer des mouvements fiables et extra-plats adaptés à la forme de ces cadrans. Les deux contreforts du boîtier de la célèbre montre Tank sont inspirés des chenilles du char de combat Renault de la Première Guerre mondiale surnommé « le char de la victoire ». La Tank rencontre un franc succès auprès des acteurs du cinéma comme Rudolphe Valentino, Clark Gable, Gary Cooper …

Henri Rodanet contribue également à la création de filiales internationales, notamment en Angleterre (British Jaeger Instruments Co. Ltd.) et aux États-Unis (Jaeger Watch Co. Inc.). Dans les années 1920, en partenariat avec Cartier et Jaeger, il joue un rôle clé dans la fondation de la European Watch & Clock Company, une société spécialisée dans la production horlogère de prestige pour Cartier.

En 1928, Henri Rodanet réalise une montre astronomique squelette à grande complication Jaeger. Il la produit en deux exemplaires : une pour Louis Cartier et une autre pour lui-même. Tout un symbole, cette montre représente les liens étroits entre les établissements Jaeger, Henri Rodanet et Louis Cartier.

Le Calibre 101 : le plus petit mouvement mécanique au monde vignette|Reine Elisabeth II portant à son poignet un Calibre 101 Avec la crise mondiale de 1929, la Grande Dépression entraîne l’effondrement de la production automobile. La production et la consommation diminue de façon spectaculaire. Il faut vendre à des prix accessibles pour éviter la faillite de l’entreprise.

La maison Jaeger doit rebondir par l’innovation et marquer les esprits. Henri améliore la montre Duoplan en optimisant chaque micron d’espace perdu pour aboutir au Calibre 101, le plus petit mouvement mécanique au monde. Il est révolutionnaire par sa taille et son poids d’à peine un gramme, et marque l’aboutissement de la miniaturisation de montres. Ce bijou de microtechnique renforce le prestige et la notoriété de la maison Jaeger. Il sera porté par la reine Elisabeth II d’Angleterre à son couronnement en 1953.

Le Chronoflite : une montre au service de l’aviation moderne En 1930, Henri crée le Chronoflite, une montre pour avion doté d’un double système de chronographe dont le but principal est d’établir le temps de vol réel de l’avion utile à la maintenance des moteurs, à la gestion des personnels et tout ce qui concerne l’exploitation de la flotte. Les compagnies aériennes saisissent tout de suite l’intérêt du Chronoflite : tout d’abord l’Air Corps américain, prédécesseur de l’United States Air Force, quelque temps après l’Armée rouge de l’URSS passe commande.

Ses vastes connaissances techniques l’amènent à déposer différents brevets d'invention pour l'aviation comme un système de pilotage automatique pour avion, des indicateurs de position de roues d’atterrissage, des gyroscopes permettant la lecture des inclinaisons longitudinales, ou bien à améliorer les hélices.

La Reverso : une icône de l’Art déco vignette|Première affiche de la montre Reverso - Jaeger Ses inventions et créations se poursuivent avec l’iconique montre Reverso en 1931, dont le mouvement fin et robuste s’intègre dans un boîtier qui peut basculer à 180° afin d’éviter que le verre se brise lors d’une activité sportive.

En 1931, Henri Rodanet crée la légendaire Reverso en collaboration avec l’ingénieur français René-Alfred Chauvot. Le mécanisme de retournement breveté à Paris le (n°712868) par Chauvot est un système accessoire permettant de protéger le cadran. Il reste crucial que le mouvement résiste aux vibrations en cas de choc. Par ses connaissances des montres extra-plates, l’ingénieur horloger Henri Rodanet sait intégrer un calibre précis suffisamment plat et résistant dans cette forme rectangulaire. Son goût de l’esthétisme apporté au boîtier dans un style Art déco rend cette montre intemporelle. La maison Jaeger commença la première à commercialiser des Reverso. Ce modèle, tout comme la Duoplan, rencontre un tel succès que d’autres marques horlogères obtiennent la licence pour la commercialiser (Cartier, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Audemars Piguet, Piaget etc.). Henri Rodanet, au travers de la maison Jaeger, devient « l’horloger des horlogers ».