vignette|Barrage de pierre lié au moulin d’al-Khisas. Al-Khisas (), aussi transcrit Khisas ou Khissas, est un village palestinien du sous-district de Safed, à l’époque du mandat britannique. Pendant la guerre de 1948, le village est attaqué par le Palmach dans un raid de représailles ; 10 à 15 habitants sont massacrés. Les habitants sont ensuite expulsés et le village détruit par l’armée israélienne, une partie de la Nakba. Aujourd’hui le kibboutz de HaGoshrim est installé sur les terres de Khisas.

Géographie

Le village était situé à 31 km au nord-est de Safed sur une terrasse naturelle de 100 m de large formée par le recul du lac Houla ou lac Séméchonite. À l’ouest du village se trouve l’oued al-Hasibani où coule la HasbaniKhalidi, 1992, 465..

Deux routes secondaires le reliait à un village voisin pour l’une et à Tibériade et Safed pour l’autre.

En 1945, la population du village était de 530 habitants, dont 470 musulmans et 60 juifs« al-Khisas — الخِصَاص », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 28 avril 2025..

Histoire

Selon le géographe arabe Yaqout al-Rumi, al-Khisas relevait de la juridiction de Banias en Syrie.

Période ottomane

Près du village se trouve le sanctuaire d’un sage local, al-Shaykh 'Ali ; des tombes en pierre taillée ont aussi été retrouvées. Sous l’empire ottoman, al-Khisas est administré au sein d’un sandjak du vilayet de Damas, puis transféré à l’eyalet de Sidon (devenu ensuite le vilayet de Beyrouth)Khatib, 2003, 31.

Mandat britannique vignette|Restes d’un moulin à eau. En 1917, al-Khisas se trouve au nord de la ligne Sykes-Picot, une ligne droite entre le milieu du lac de Tibériade et Nahariya, dans la zone devant être relever de la sphère d’influence française. La frontière syro-palestinienne et libano-palestinienne est issue des accords franco-britanniques de partition de l'Empire ottomanFromkin, 1989.MacMillan, 2001, 392-420.. Les troupes britanniques ont repoussé les troupes turques jusqu’à Hazor en 1918 et souhaitaient obtenir toutes les sources du Jourdain. À cause de l’incapacité des Français à installer un contrôle administratif, la frontière entre la Syrie et la Palestine était devenue Shapira, 1999, 98-110.. La frontière est finalement fixée par un accord entre la France et le Royaume-Uni en 1923 en même temps que le traité de Lausanne, après que le Royaume-Uni ait obtenu un mandat de la Société des Nations en 1922 ; al-Khisas tombe alors sous la juridiction Britannique

Au recensement de 1931, le village avait une population de 386 habitants, tous musulmans, pour 73 maisonsMills, 1932, 107.

Répartition des terres par culture, en dunams, en 1945Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 119 Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 169 :

Parmi la population, il se trouvait une centaine d’Arabes chrétiens.

Usage Arabes Juifs Terres irriguées et vergers 1 438 2 728 Céréales 0 0 Cultivable 1 438 2 728 Constructions 30 10 Non-cultivable 12 0

Les vergers comportaient des arbres fruitiers le long de la Hasbani, et des oliviers.

Propriété des terres en dunams : Propriété Dunams Arabe 1 480 Juive 2 738 Publique 577 Total 4 795

Guerre de 1948 et suites

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Khisas est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Al-Khisas a été sélectionné, avec Al-Na'ima et Jahula, par le Palmach comme cible pour une opération de la Haganah qui fut annulée. Des tracts ont été distribués dans les villages de la frontière de la Palestine, engageant la population à ne pas participer aux combats :

Massacre d’Al-Khisas vignette|Maison détruite par le raid du Palmach. Mais Yigal Allon souhaitait tester au moins une fois un assaut sur un village, et choisit al-KhisasIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 85..

La nuit du 18 au , le Palmach conduit un assaut sur le village, avec pour ordres de et de , dont la Haganah pensait qu’il servait de cachette à un homme responsable du meurtre d’un habitant du kibboutz de , lui-même en vengeance du meurtre d’un Palestinien quelques jours plus tôtMorris, 2004, 79–80.. Ilan Pappé, lui, estime que le choix de la maison s’est fait au hasardI. Pappé, , 86.. Quoi qu’il en soit, le Palmach, commandé par Moshe Kelman, futur responsable des massacres d'Ayn al-Zaytoun, de Sasa et de Lydda-Ramle, fait irruption dans le village, ses soldats faisant feu de leurs armes ; ils font aussi exploser la maison de Faur et la maison voisine, tuant de 10 à 15 de leurs occupants dans leur sommeil, dont des femmes et des enfants. Le New York Times publie un bilan de 10 morts (5 hommes, une femme, 4 enfants) et un rapport du Palmach, 12 mortsThe New York Times du 20 et du 22 décembre 1947.. Après cette attaque, une grande partie des habitants d’al-Khisas ont pris la fuite, devenant une partie de l’exode palestinien de 1948. Dans un premier temps, la Haganah dément que des enfants sont morts dans l’attaque ; elle affirme aussi que la maison servait de base aux armées syrienne et libanaise.

Certains leaders juifs locaux et experts des Affaires arabes ont essayé d’empêcher l’attaque, mais ont été ignorés par Yigal Allon. Le Département politique de l’agence juive a critiqué l’attaque, et Yosef Sapir, du comité de Défense, appella au châtiment pour les responsables, mais aucune mesure n’est prise. David Ben Gourion publia un démenti, niant l’autorisation du raid et exprimant des excuses ; dans un autre discours, il inclut l’opération d’al-Khisas dans une liste de succèsPappé, 2007, 57.. Le Yishouv tint une réunion les et pour discuter de la politique de représailles, et qui formula une ligne de conduite pour la conduite des raids de représaillesBenvenisti, 2000, 102-104.. Néanmoins, le point de vue du comité était que .

Dépeuplement et destruction

Une première vague d’habitants quittent al-Khisas après l’attaque du . Environ 50 à 55 villageois restèrent dans leurs maisons et maintinrent de bonnes relations avec leurs voisins ; ils furent expulsés dans la nuit du 5 au (voir Expulsions des Palestiniens de 1949 à 1956Benvenisti, 2000, 206-207Benny Morris, 1948 and After (1990), 200.). Les derniers habitants furent forcés (avec force coups, mauvais traitements et jurons) de monter dans des camions et transportés au village d’'Akbara, au sud de SafedMorris, 2004, 511-512. où ils sont avec les habitants des villages expulsés de Qaddita et al-Ja'una. Ces expulsés restèrent à 'Akbara 18 ans jusqu’à ce qu’ils soient autorisés à s’installer à Wadi Hamam.

Aujourd’hui il ne subsiste que quelques pierres du village, les restes d’un vieux bâtiment et un barrage en pierre. La plus grande partie des terres du village sont utilisées comme pâturages ou plantées de bois ; en 1998, le nombre de descendants des villageois expulsés est estimé à 3348« al-Khisas - الخصاص (אל-ח'צאץ) », Palestine Remembered, consulté le 28 avril 2025..

Colonisation

vignette|Ancien manoir de l’émir Faour d’al-Khisas, actuellement un hôtel du kibboutz HaGoshrim.

Le , le kibboutz HaGoshrim s’installe à quelques centaines de mètres au sud du villageWalid Khalidi, All That Remains. Le kibboutz utilisa le manoir de l’émir Faour comme hôtel.

Bibliographie

(pp. 56, 79 83- 84)

Notes

Voir aussi

Articles connexes

Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948 Tueries et massacres de la guerre israélo-arabe de 1948

Liens externes Welcome to al-Khisas al-Khisas, Dr. Khalil Rizk.

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