Le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme (CMF) est un mouvement international de femmes, pacifiste et antifasciste, actif de 1934 à 1940. Bien que proche du mouvement communiste international, il ne le revendique pas ouvertement et réunit des femmes d’origines sociales et politiques variées avec l'objectif principal de monter une résistance féminine organisée au fascisme.
Historique Contexte Le contexte politique et économique, suite à la crise économique de 1929 et à la montée du fascisme en Europe, sert de catalyseur à l’engagement du mouvement des femmes en faveur de la solidarité. Ce mouvement s'appuie sur des organisations internationales préexistantes, et se base sur des contacts personnels, des amitiés et des échanges entre femmes et organisations qui se développent depuis le début du siècle.
La Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté semble être la seule organisation à tenir un discours à la fois féministe et antifasciste. Elle dénonce ouvertement le caractère antiféministe de cette idéologie et les menaces qu’elle fait peser sur l’ensemble des sociétés. Avec la section des femmes de l'Internationale communiste, elle soutient la création d'un Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme. Gabrielle Duchêne, proche des deux organisations et présidente de la section française de la Ligue en est la cheville ouvrière. Dans une déclaration au Comité exécutif de la Ligue, elle affirme que la nouvelle organisation ne devrait pas être fondée sur le pacifisme orthodoxe, mais sur la défense de la paix, en s’attaquant aux causes qui empêchaient cette paix et soutient que le capitalisme n’est pas compatible avec une paix permanente et que le fascisme n’est rien de plus qu’une « manifestation de l’autodéfense du capitalisme ». En 1933, Georges Dimitrov (secrétaire de la Troisième Internationale) demande à la communiste belge Bernadette Cattanéo de travailler à la création d'une organisation mondiale qui rassemblerait les femmes antifascistes, ce qui peut conforter l'idée que le parti communiste cherche, à travers cette organisations, à développer son influence et son recrutement chez les femmes.
Fondation Le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme (CFM), parfois appelé Rassemblement mondial des femmes, est fondé à Paris en 1934 lors du Congrès mondial des femmes. Gabrielle Duchêne en est la présidente et Bernadette Cattanéo la secrétaire générale. Le Comité est en quelque sorte le pendant féminin du Mouvement Amsterdam-Pleyel (ou Mouvement de lutte contre la guerre et le fascisme) présidé par Romain Rolland et Henri Barbusse mais il est une entité indépendante qui propose des réponses spécifiquement féminines au fascisme et à la guerre.
Les congrès Paris, 1934 Le premier congrès du Comité mondial se tient à Paris du 3 au . La date correspond au vingtième anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale et de l'occupation de la Belgique et de la France en . .
Il réunit 1100 délégués de différents pays, âges, races, confessions et idéologies, venant de syndicats, de partis politiques, d’organisations pacifistes et féministes et de chrétiens de base. De nombreux sympathisants antifascistes venant à titre individuel montent la participation à . Des femmes viennent d’Allemagne, d’Italie et de Grèce au péril de leur vie. La régression des droits et des libertés des femmes et de la classe ouvrière dans leurs pays illustre l'offensive internationale contre les droits des femmes. Par contre, le rapport des déléguées d'URSS et le discours d'Elena Stassova, dirigeante de l'Internationale communiste et présidente du Secours rouge international, soulignent qu'en Union soviétique, les femmes peuvent accéder à tout type de profession, ainsi qu'à toutes les formes d'éducation, sur un pied d'égalité avec les hommes et que les droits politiques et civils sont égaux pour les deux sexes. Ils sont accueillis avec enthousiasme par les participantes.
Certaines séances plénières sont traduites en trois langues et de nombreux groupes de travail sont constitués.
Cette conférence appréhende de nouvelles façons de comprendre le travail politique des femmes et sensibilise les féministes du monde entier à la nécessité de faire face au racisme, au fascisme et à l’impérialisme en tant que luttes interconnectées.
Marseille, 1938 La Conférence internationale des femmes pour la défense de la paix, de la liberté et de la démocratie, se tient à Marseille du 13 au , à l'initiative de l'Union française pour le suffrage des femmes et du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme.
L'action politique Le Comité mondial des femmes s'efforce d'obtenir des changements politiques, il s'implique dans la formulation et la mise en œuvre de stratégies d'aide ciblant plus particulièrement les femmes. Il s’engage en faveur du Front Populaire en France, et soutient les républicains espagnols dans la Guerre civile espagnole. Cette cause rassemble les membres du Comité dans le monde entier : diverses sections rassemblent de l'aide matérielle, morale et financière pour les civils espagnols, organisent des convois pour apporter les colis aux femmes et aux enfants. Les réfugiés de l'Italie fasciste mènent une campagne hautement symbolique : elles récoltent les alliances de femmes restées en Italie, afin de les envoyer en soutien à la cause républicaine espagnole.
Le Comité mondial des femmes soutient également le Comité international pour la défense du peuple éthiopien en résistance contre l’invasion italienne de l’Éthiopie (1935-1936) et s'oppose à la et aux politiqus du Parti national-socialiste envers les femmes.
Dans le contexte de la Seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), , dirigeante de la section britannique, est missionnée à la fois par le CMF et le Komintern pour se rendre en Chine. Elle témoigne des souffrances endurées par les civils chinois et, plus particulièrement, les femmes et les enfants. Elle publie également un rapport sur la « situation en Chine et en Extrême-Orient » pour la Chambre des communes à son retour en Grande-Bretagne. Le Comité s'appuie sur les expériences personnelles des femmes chinoises pendant la guerre pour mobiliser l'opinion. Il souligne à cet occasion l'impact des traumatismes sexuels en temps de guerre sur les victimes, les femmes et leurs enfants.
Après une protestation du CMF contre la face au nazisme, une pétition entièrement féminine est publiée le dans le journal l'Œuvre et signée par . Elle est à nouveau publiée le dans Feuilles libres avec 7 noms supplémentaires.
La presse Bernadette Cattanéo lance en et dirige le journal du CMF, Les Femmes dans l'action mondiale. Chaque numéro de la revue est préfacée par un article souvent politique signé de la présidente. La revue propose, à côté de rubriques dites « féminines » (cuisine, ménage, maternité, coût de la vie…), des articles politiques, culturels et militants à dimension internationaliste : situation coloniale, servitude des femmes algériennes ou encore espagnoles. Il accorde une large place à ces dernières, prises dans les horreurs de la guerre. Des personnalités de renom publient des articles dans la revue : Maryse Bastié, André Viollis, Edith Thomas...
De nombreuses sections nationales publient leurs propres journaux : Australie, Chine, Chili, Argentine, Uruguay, France, Belgique, Espagne, Royaume-Uni...
Proximité avec le communisme Le CMF fait partie du dispositif communiste international mais il ne revendique pas clairement cette proximité et attire au début des féministes d'opinions très variées. Cette proximité avec la politique communiste provoque des dissensions entre les membres et aussi avec d'autres organisations féminines. Certaines membres quitteront le Comité à cause de sa dépendance à Moscou.
Ambiguïtés du discours féministe L'historienne Jasmine Calver relève des ambivalences entre la rhétorique impérialiste et le féminisme. Elle estime que le langage utilisé tout au long des campagnes du Comité invoque souvent des représentations traditionnelles des femmes et des peuples non occidentaux pour construire des campagnes humanitaires efficaces tout en soutenant des causes féministes et anti-impérialistes. Notamment, une analyse particulière de la campagne contre la Seconde guerre sino-japonaise montre des descriptions stéréotypées des femmes chinoises, représentées comme des mères calmes et stoïques, omettant leur travail politique, tout en leur offrant une tribune pour dissiper ces préjugés et exprimer leurs expériences. Cette ambiguïté se retrouve dans le discours général de la revue du CMF, Femmes dans l’action mondiale, qui, à l’instar des régimes qu’il dénonce, fait pourtant l’apologie de la fonction maternelle et de ses corollairesLe féminisme, un combat démocratique par essence.
Reconnaissance De nombreuses membres du comité mondial des femmes s'engage dans la résistance durant la Seconde guerre mondiale. Cependant, à la Libération, il tombe pratiquement dans l'oubli et n'occupe qu'une place très restreinte dans la mémoire communiste. Renée Rousseau estime que . Ce n'est que bien des années plus tard que le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme attire l'intérêt des historiens.
Le caractère international Le Comité mondial des femmes est composé de sections nationales à travers le monde, même si la majorité d'entre elles se trouve en Europe occidentale et en Scandinavie et que les deux congrès ont lieu en France (Paris en 1934 et Marseille en 1938). Le troisième congrès, prévu en 1939 à Cuba, est annulé en raison de la guerre.
Sections nationales Belgique La section belge du Comité mondial des femmes est constituée dès 1934 et constitue un front féminin laïque, pacifiste et antifasciste qui s’illustre dans différents combats, féministe, pacifiste et antifasciste. Lucia de Brouckere, professeure de chimie à l'Université libre de Bruxelles et militante laïque, devient la première présidente et Marcelle Leroy la secrétaire et cheville ouvrière. Emilienne Steux-Brunfaut devient secrétaire en 1937 Parmi les membres figurent de nombreuses femmes socialistes et communistes mais aussi des libérales et des laïques non affiliées à un parti. Les femmes catholiques n'en feront cependant jamais partie.
De nombreuses membres appartiennent à la Fédération maçonnique du Droit Humain, ce qui fait du CMF belge, un lieu de rencontre entre parti communiste et franc-maçonnerie. Germaine Hannevart, dignitaire maçonnique, s'engage de plus en plus à gauche et Marcelle Leroy est explicitement autorisée à enfreindre l’interdit communiste qui pèse sur la maçonnerie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on compte dans ses rangs de nombreuses militantes de la clandestinité communiste et plusieurs femmes actives dans l'Orchestre rouge