vignette|Femmes françaises accusées de collaboration et tondues (Paris, été 1944).

L’épuration à la Libération en France est le jugement des personnes ayant collaboré avec les autorités d’occupation nazies ou considérées comme telles.

Une épuration politique et antisémite par le régime de Vichy avait auparavant eu lieu entre 1940 et 1944.

À la Libération, après quatre années d'exactions commises par l'occupant nazi et le régime de Vichy, avant que les cours de justice et chambres civiques ne soient créées et installées, et à la faveur des mouvements de foules où la joie, le désir de vengeance et les règlements de comptes se mêlent, résistants et populations s’en prennent aux collaborateurs, ou considérés comme tels. L’épuration extra-judiciaire, appelée aussi épuration de voisinage, épuration populaire, parfois qualifiée non sans ambiguïté de « sauvage » ou « sommaire »Le terme épuration de voisinage est utilisé par Luc Capdevila, Les Bretons au lendemain de l’Occupation. Imaginaire et comportement d’une sortie de guerre 1944-1945, Presses Universitaires de Rennes, 1999 ; celui dépuration populaire est privilégié par Marc Bergère, Une société en épuration. Épuration vécue et perçue en Maine-et-Loire. De la Libération au début des années 50, Presses Universitaires de Rennes, 2004. Les termes dépuration sauvage ou sommaire sont rejetés par l'historiographie de la fin du car ils relèvent de la légende noire de la Résistance visant à minorer les méfaits de la Collaboration et à déstabiliser les communistes, présentés en justiciers sanguinaires. Cf. François Rouquet et Fabrice Virgili, Les Françaises, les Français et l'Épuration, Gallimard, 2018, p. 140-142. De plus, l'épuration sauvage renvoie surtout aux exécutions sommaires . Cf . entraîna la mort d'environ , dont un tiers par des résistantsHenri Amouroux, La Grande Histoire des Français après l'occupation, tome 9 : Les règlements de comptes (septembre 1944 – janvier 1945), Paris, Robert Laffont, 1991, 83-89 : chiffres comparés avec ceux avancés par .. Le député socialiste Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur en mars 1945, aurait affirmé lors d'une conversation privée à un représentant de De Gaulle que auraient eu lieu entre et , un chiffre très exagéré mais largement repris dans le public à l’époque Sisley Huddleston, France: The Tragic Years, 1939-1947, An Eyewitness Account of War, Occupation, and Liberation, Paperback, 1962 Herbert R. Lottman, The Purge, Morrow, 1986. Ce faux chiffre n'est rendu public qu'après la mort de Tixier, qui ne peut plus démentir.. Ces exécutions sont alors l’objet d’une légende noire, où les chiffres deviennent de vrais arguments dans les tentatives de réhabilitation de certains collaborationnistes. Des « profiteurs » de l’épuration créent également de toutes pièces des éléments d’accusation afin de s'approprier des biens (par enchères convenues et interposées) ou d'assouvir leur vengeance à l'encontre de certains pour des motifs personnels.

À partir de fin 1944, l’épuration judiciaire prend le relais. Elle s’exerce par l’entremise de tribunaux d’exception : la Haute Cour de justice, les cours de justice et les chambres civiques pour les actions non réprimées par le code pénal. Le jury d'honneur juge les élus. L’épuration légale concerne plus de , dont 124 613 personnes sont jugées (98 436 condamnées, soit 76,5 %, tandis que 29 361 sont acquittées dont pour "faits de résistance"), les peines allant de cinq ans d'indignité nationale à la peine de mort. Soucieux de réduire rapidement la fracture entre les Français, le Gouvernement de la République française vote trois amnisties pour les épurés, dès 1947, puis en 1951 et 1953.

L'épuration touche tous les secteurs d’activité et toutes les couches de la société.

L’épuration devient très rapidement un sujet polémique. Les premiers à écrire sur ce thème sont les épurés eux-mêmes ou les épurateurs, ce qui ne favorise pas la neutralité des propos.

Le cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, au milieu des années 1990, est l’occasion de nombreuses études qui jettent une lumière nouvelle sur cette période extraordinaire, au sens propre du terme, qu’est la Libération. C'est également le moment de synthétiser l’ensemble des travaux concernant celle-ci.

Les dernières enquêtes réalisées par le Comité d'histoire de la Seconde Guerre mondiale (CHDGM) et son successeur, l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), donnent pour (sur 90 en 1945) le chiffre de lors de l’épuration extra-judiciaire, auxquelles s'ajoutent environ prononcées entre 1944 et 1951 par la Haute Cour de justice et les cours de justice (791 ou 767 suivant les enquêtes) et par les cours martiales (769 pour 77 départements selon l’IHTP). En outre, environ dix mille condamnations à la dégradation nationale sont prononcées.

L’épuration aurait donc fait au total entre , l’essentiel des exécutions sommaires ayant eu lieu immédiatement après la Libération (date qui a varié selon les régions). L'épuration est considérée comme limitée en comparaison de la répression effectuée par les nazis et les Français collaborationnistes lors de l'Occupation, dont on estime qu’elle a causé .

Épurations extrajudiciaires La Libération de la France prend dans certaines régions des allures d'émeute ou de guerre civile. Des territoires sont dominés par des « seigneurs » de la RésistanceGrégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, Union générale d’édition (10/18), 1980 ; Charles-Louis Foulon, « La Résistance et le pouvoir de l’État dans la France libérée », dans Le Rétablissement de la légalité républicaine. 1944, acte du colloque de 1996, Éditions Complexe, Bruxelles, 1996, p. 189-215. où les représentants de l'État, fraîchement investis, ne peuvent pénétrer.

Cependant, toutes les régions françaises récemment libérées connaissent une épuration extra-judiciaire, tout d’abord durant l’occupation, où des collaborateurs sont exécutés. Lorsque des collaborateurs sont tués par des résistants organisés, la décision émane le plus souvent d’une « cour martiale » ou d'un « tribunal » de fait. Dans le cas d’actes individuels, l’auteur ne s’embarrasse pas de semblant de légalité. D’autres collaborateurs sont menacés de représailles s’ils ne cessent pas leurs activités. Durant la Libération, dans le feu de l’action, des collaborateurs avérés ou supposés subissent des procédures extrajudiciaires. Ils peuvent être tués ou séquestrés en attendant un jugement.

Femmes tondues

thumb|Durant la journée du 3 Août 1944 à la libération de Lyon, la tonte des femmes ayant collaboré est organisée. La collaboration féminine est souvent sanctionnée par la tonte des cheveuxAlain Brossat, Les tondues, un carnaval moche, Manya, Paris, 1992.Fabrice Virgili, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Payot, Paris, 2000.Cahiers de l’I.H.T.P., (numéro spécial : « Identités féminines et violences politiques (1936-1946) ») octobre 1995.Max Lagarrigue, Épuration sauvage, légale : vengeance ou soif de justice de la Résistance ?, 99 questions…Les Français durant l'Occupation, CNDP, 2007; Épuration, attentats, affabulation : le Tarn-et-Garonne à la Libération, Arkheia, -5, Montauban, 2003.Jacky Tronel, L’Épuration et les femmes en Dordogne (1944-1951), revue Arkheia, -18, Montauban, 2006. des femmes jugées coupables (quelques cas d'hommes collaborateurs tondus sont également recensésBénédicte Vergez-Chaignon, Histoire de l'épuration, Éd. Larousse, 2010.). Les femmes tondues à la Libération sont accusées par la foule de (relation sexuelle avec l'occupant), un fait qui n'est pas incriminé dans le code pénal. Que les relations entre ces femmes et les Allemands soient de nature sexuelle ou pas, la tonte peut servir d’exutoire pour une population frustrée durant quatre ans, mais est plus une cérémonie misogyne de reconquête du corps des femmes et du territoire (urbain ou rural) via le cortège qui promène la tondue dans les rues et les cheminsFabrice Virgili, « Les « tondues » à la Libération : le corps des femmes, enjeu d'une réappropriation », Clio, numéro 1/1995, Résistances et Libérations France 1940-1945, (consulté le 26 avril 2008).. Cette tonte n'est pas simplement vue comme une sanction mais aussi, avant la Libération, comme une prévention en désignant les personnes qui auraient pu aider l'ennemi (peur de la cinquième colonne). Le compte est difficile à faire, mais Fabrice VirgiliFabrice Virgili, , in Cahier de l’IHTP : Identités féminines et violences politiques (1936-1946), sous la direction de François Rouquet et Danièle Voldman, consulté le 16 novembre 2023. propose un ordre de grandeur d'une vingtaine de milliers de femmes tondues. Les vraies collaboratrices côtoient celles qui ne l’étaient pas : les femmes amoureuses (par exemple : celles qui ont refusé de quitter leur concubin ou leur mari allemand, lors des évacuations de civils des bases de sous-marins de Saint-Nazaire, Lorient et Dunkerque), celles qui étaient des prostituées et celles qui étaient livrées à elles-mêmes durant le conflit et qui, pour pouvoir survivre, ont dû se mettre au service de l’occupant, le plus souvent comme lingère ou femme de ménage.

Querelle des chiffres de l’épuration extrajudiciaire Très tôt, l’Épuration est un sujet pour les libraires et les journaux, mais au début, ce sont surtout des témoignages d’épurés ou d’épurateurs peu enclins à en donner une image neutre. Les journaux d’extrême droite et d’anciens vichystes relaient la légende noire de l’épuration. Cette légende pourrait être le fait de l’anticommunisme d’un journaliste américain, ayant indiqué que furent abattues par les « rouges » dans le seul Sud-Est Donald B. Robinson, « Blood bath in France », American Mercury, avril 1946, cité par .. Ce genre d’information est extrapolé par tous ceux qui voient dans la libération de la France la prochaine victoire des communistes à la faveur d’une véritable guerre civile.

Le gouvernement ne dément pas les chiffres qui circulent. Jean-Pierre Rioux pense que le gouvernement pourrait laisser gonfler les chiffres pour ramener ainsi dans son giron les populations peu enclines à affronter une révolution alors que la guerre n’est pas finieJean-Pierre Rioux, La France de la Quatrième République : I. L’ardeur et la nécessité, 1944-1952, Éditions du Seuil, Paris, 1980, .. Les enquêtes historiques parues dans RivarolRivarol, supplément au , 23 août 1951. en 1951, Défense de l’OccidentLouis Rougier, « L’épuration », Défense de l’occident, -40, janvier-février 1957. en 1957, ou Lectures françaises (Le livre noir de l’épurationHenry Coston, « Le livre noir de l’épuration », Lectures françaises, août-septembre 1964. d’Henry Coston en 1964) émanent de ce que le chercheur américain appelle le « camp des victimes ». Ouvrages et articles polémiques, ils reprennent généralement les chiffres les plus importants, les faits divers et les abus les plus marquants, souvent issus de sources gouvernementales ou de personnes ayant vécu l'épuration (bourreaux et victimes).

À la suite de questions écrites à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Jules Moch lance une première enquête par l’intermédiaire des préfets, pour laquelle le total est de Henri Amouroux, La Grande Histoire des Français après l’occupation, tome 9, p. 77.. La seconde enquête, plus pointue, intervient en 1952. Elle sépare soupçonnés de collaboration, et pour lesquels on n’a pas pu déterminer de mobile. Soit un total de Journal officiel (J-O), 07/01/1954, p. 35..