La tribu Barazi (également orthographiée Berazi, Barazî ou Brazî) est une importante confédération tribale kurde historiquement implantée dans les régions de la haute Mésopotamie, notamment entre l'actuelle Turquie (province de Şanlıurfa) et le nord de la Syrie (région de Kobani). Issue d'une longue tradition de fédérations nomades et sédentarisées, la tribu Barazi a joué un rôle politique, militaire et culturel central dans l'histoire du Kurdistan occidental du siècle jusqu'à nos jours.

Origines

Plusieurs hypothèses coexistent quant à l'origine de la tribu Barazi. Une première la rattache à la région de Bariz, dans l'actuel Kermanshah (Iran), d'où seraient issus des clans kurdes barzini ayant fondé l'émirat des Hasanwayhides au siècleMohammed Amin Zaki, Mashayir al-Kurd wa Kurdistan, Baghdad, 1931.. Une autre hypothèse, relayée par Roger Lescot, fait descendre les Barazi d'un noble omeyyade réfugié dans le Kurdistan au siècle, autour duquel se serait constituée une coalition tribale kurde vers Silvan (Diyarbakır)Roger Lescot, Introduction à la langue kurde, Paris, 1940..

Le nom \"Barazi\" pourrait dériver du kurde barz (« élevé », « noble ») ou de baraz (« sanglier »), en référence à la bravoure des guerriers. La tribu s’est constituée à travers l’agrégation de plusieurs sous-tribus kurdes (Shikak, Kitkan, Rashwan, Dînan, Beskî, Sheikhan, etc.).

Répartition géographique

Historiquement, les Barazi occupaient la plaine de Suruç (sud-est de la Turquie), entre Urfa et l’Euphrate, ainsi que le nord syrien, notamment la région de Kobani. Au siècle, ils occupaient plus de 300 villages dans le sandjak d’UrfaAhmed W. Zakariya, Al-Asha'ir wa al-qaba'il fi Suriya wa al-Iraq, Damas, 1947..

En 1921, la frontière syro-turque tracée par les Français et les Turcs divisa leur territoire. La section sud fonda alors la ville de Kobani, à proximité d’un ancien camp allemand de la ligne ferroviaire Berlin-BagdadPhilip Khoury, Syria and the French Mandate: The Politics of Arab Nationalism, 1920-1945, Princeton University Press, 1987..

Aujourd’hui, des descendants de la tribu vivent en Syrie, Turquie, Irak, Iran, au Liban et dans la diaspora européenne.

Histoire

Période médiévale et ottomane

Dès le siècle, des chefs barazî sont liés à l’émirat des HasanwayhidesMohammed Amin Zaki, Mashayir al-Kurd wa Kurdistan.. Sous l'Empire ottoman, la tribu devient l’une des plus grandes confédérations kurdes avec environ 13 000 tentes recensées au siècleBasil Nikitine, Les Kurdes: étude sociologique et historique, Paris, 1956.. Des chefs comme Hulo Pacha et Ahmed Pacha obtiennent des postes administratifs. La tribu participe aussi aux régiments hamidiyeMartin van Bruinessen, Agha, Shaikh and State in Kurdistan: The Social and Political Structures of Kurdistan, Zed Books, 1992..

Mandat français et République turque

Pendant la guerre d’indépendance turque, Bozan Şahin Bey et son frère Mustafa Hirço s’illustrent à Urfa et Antep contre les Français. Bozan devient député à la Grande Assemblée nationale turque (1920), mais s’exile après s’être opposé à Mustafa KemalOrhan Keleş, \"Bozan Şahin Bey ve Urfa'nın Kurtuluşu\", Rudaw, 2016..

En Syrie, il cofonde le comité Xoybûn (1927), qui soutient la révolte kurde du Mont AraratWadie Jwaideh, The Kurdish National Movement: Its Origins and Development, Syracuse University Press, 2006.. Assigné à résidence par les autorités françaises, Bozan devient ensuite député syrien de Jarablus.

Époque contemporaine

Après 1946, plusieurs figures barazi accèdent aux plus hautes fonctions en Syrie : Husni al-Barazi : ministre, puis Premier ministre (1942–1943)Encyclopaedia of Islam, 2nd Edition, \"al-Barazī\".. Muhsin al-Barazi : Premier ministre en 1949, exécuté après un coup d’ÉtatPatrick Seale, The Struggle for Syria, Yale University Press, 1965.. Talal al-Barazi : ministre du Commerce intérieur (2020–2021).

En 2014, la ville de Kobani (majoritairement barazi) devient un symbole de la résistance kurde contre l'État islamique.

Culture et société

Les Barazi parlent un dialecte de kurde kurmandji. La majorité est sunnite (rite chaféite), mais la tribu comprend aussi des chiites, des alévis et d’anciens yézidis. Le syncrétisme religieux y est courant (culte du feu, du soleil, mercredi sacré, etc.)Martin van Bruinessen, Agha, Shaikh and State in Kurdistan..

La tribu conserve une tradition orale et épique, avec des dengbêj (chanteurs traditionnels) comme Mîşko Bîkborî, collecté à Kobani dans les années 1940Celadet Bedir Khan, Hawar, Damas, 1932–1943..

Personnalités notables

Bozan Şahin Bey (1890–1968) – député turc, cofondateur de Xoybûn, député syrien. Mustafa \"Hirço\" Şahin Bey – héros de la guerre d’indépendance turque. Husni al-Barazi (1895–1975) – Premier ministre syrien (1942–43). Muhsin al-Barazi (1904–1949) – Premier ministre syrien. Talal al-Barazi (né en 1963) – homme politique syrien contemporain. Arwa Damon – journaliste américano-syrienne (CNN). Azad al-Barazi – nageur olympique syrien.

Voir aussi

Kurdistan Xoybûn Révolte du Mont Ararat

Références

Bibliographie

Mohammed Amin Zaki, Mashayir al-Kurd wa Kurdistan, Baghdad, 1931. Roger Lescot, Introduction à la langue kurde, Paris, 1940. Philip Khoury, Syria and the French Mandate, Princeton University Press, 1987. Martin van Bruinessen, Agha, Shaikh and State in Kurdistan, Zed Books, 1992. Basil Nikitine, Les Kurdes: étude sociologique et historique, Paris, 1956. Wadie Jwaideh, The Kurdish National Movement, Syracuse UP, 2006. Patrick Seale, The Struggle for Syria, Yale University Press, 1965. Celadet Bedir Khan, Hawar, Damas, 1932–1943.

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