L'autre Parole est une collective chrétienne féministe au Québec. Depuis sa création en , la collective édite également une revue du même nom.
Historique Création Au printemps 1976, Monique Dumais écrit à plusieurs femmes intéressées par l'étude de la Bible dans le but de les mettre en lien les unes avec les autres. En réponse, Marie-Andrée Roy suggère qu'elles se rencontrent — ce qui se produit en , à Rimouski. À l'issue de cette rencontre, Monique Dumais, Louise Melançon et Marie-Andrée Roy cofondent L'autre Parole en même temps qu'elles éditent le premier numéro de la revue éponyme, à l'époque « un modeste feuillet ». Dans celui-ci, elles affirment les deux objectifs de la collective : in .
Contexte Selon Marie-Andrée Roy, au milieu des années 1970, « les conditions d'existence de L'autre Parole sont réunies » : au Québec aussi, dans le sillage de la Révolution tranquille, des mouvements bouleversent l'ordre social, parmi lequel celui de libération des femmes. Les Québécoises ont par ailleurs accès aux facultés de théologie depuis 1969 et s'approprient l'un des mots d'ordre du concile Vatican II : « l'Église c'est nous », y voyant là l'opportunité de faire reconnaitre leur place dans la communauté chrétienne.
Origine du nom Selon Marie-Andrée Roy, le nom de la collective vient de ce que ses confondatrices entendaient « prendre la parole dans l'Église » à une époque où seuls les clercs l'avaient, et ce, en vue de faire entendre un discours qui n'était pas celui de ces derniers.
Premières membres La collective regroupe à sa création . Rapidement cependant, d'autres profils la rejoignent, toujours de .
Action Pour la chercheuse Catherine Foisy, les membres de L'autre Parole ont, depuis l'existence de la collective, milité selon quatre grandes modalités :
Analyse critique des discours et des pratiques discriminatoires au sein de l'Église
Reconnaissance du travail féminin au sein de l'Église et promotion de l'accès des femmes au sacerdoce
Formulation d'une théologie féministe
Élaboration de pratiques alternatives de la foi chrétienne Dans un mouvement de , les membres de L'autre Parole créent . Ainsi, reprenant les rituels chrétiens traditionnels tels que l'eucharistie, elles y intègrent des symboles féministes et les doublent d'une signification nouvelle invitant à . En groupe, selon une pratique introduite au sein de la collective par Monique Dumais, elles réécrivent également des passages de la Bible de manière à y intégrer les « expériences des femmes ». Pour Marie Josée Riendeau, il s'agit, au travers de ces différentes pratiques, .
Réécritures bibliques Après un temps de lecture individuelle, au cours duquel elles , les participantes de l'atelier de réécriture dans un temps de . Après s'être entendues sur , elles rédigent ensemble la version finale de leur réécriture, laquelle est ensuite lue aux autres membres de la collective et publiée dans L'autre Parole.
Dans l'étude qu'elle fait de 24 réécritures de L'autre Parole, Marie Josée Riendeau constate que si certaines d'entre elles ont une structure « similaire », c'est-à-dire « arrimée aux versets du texte biblique », . En adaptant en partie ou en totalité la structure de ces textes à leur volonté discursive, qui .
S'agissant des personnages principaux, la plupart des 24 réécritures qui constituent son corpus en contiennent des différents de ceux des textes originaux : seules 2 d'entre elles conservent les mêmes personnages sans en ajouter de nouveaux. Marie Josée Riendeau conclut que .
Si elle distingue bien 3 stratégies rédactionnelles (paraphrase, actualisation et transposition), Marie Josée Riendeau remarque que c'est l'actualisation , laquelle et .
Enfin, la chercheuse constate que ces réécritures consistent pour beaucoup en une féminisation des textes bibliques — féminisation qui, dans certains cas, s'applique également au divin (« Dieue », « Christa », « Ekklèsia ») et témoigne, selon elle, d'. Pour autant, la présence d'un langage inclusif (« pour toutes et pour tous », « ni phallus, ni vulve ne comptent »), même , .
Organisation interne En 2019, la collective comptait une quarantaine de membres, réparties entre sept groupes sur l'ensemble du territoire québécois, nommés pour la plupart d'après des figures féminines de la Bible. Autonome, chacun de ces groupes décide de son mode de fonctionnement ainsi que de la fréquence à laquelle se rencontrent ses membres.
L'autre Parole n'emploie aucune salariée ni ne perçoit de subventions gouvernementales, s'autofinançant grâce aux cotisations annuelles de ses membres.
Par ailleurs, la collective ne dispose pas de conseil d'administration et, d'après ses membres, fonctionne de manière « collégiale », « non-hiérarchique ».
Coordination générale et comités Un Comité de coordination, composé d'une représentante de chaque groupe, assure les missions de circulation des informations, de gestion des finances et relatives aux relations publiques. Si les membres du Comité de coordination préparent aussi le contenu du colloque annuel de la collective, le thème de celui-ci est décidé en assemblée générale et chaque groupe s'occupe d'en animer une partie.
Deux autres comités existent, qui se chargent de commander, accepter et réviser les articles publiés dans les numéros de L'autre Parole pour l'un ; de gérer le site Internet de la collective pour l'autre.
La revue D'après le collectif Clio, à l'origine en 1982 (édition revue et mise à jour en 1992) de L'Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, L'autre Parole serait la plus ancienne revue militante féministe publiée au Québec.
Quatre numéros paraissent en moyenne chaque année. Si les thèmes qui y sont abordés sont choisis à l'occasion de l'assemblée générale annuelle, c'est au comité de rédaction (composé de trois à quatre membres de la collective) qu'échoit la charge en tant que telle d'éditer la revue.
En , après 130 numéros papier, L'autre Parole n'est plus publiée qu'en ligne, sur le site de la collective.
Positions
Droit à l'avortement En , L'autre Parole est cosignataire d'une tribune parue dans Le Devoir et intitulée « La vie des femmes n'est pas un principe : Des groupes de femmes répondent à l'épiscopat ». Six ans plus tard, en , les membres de la collective consacrent un dossier de plusieurs pages à l'avortement dans les pages de leur revue. En enfin, elles s'affirment publiquement . Ce faisant, L'autre Parole donne à entendre un , en opposition avec le magistèrePropos rapportés dans , et, du même coup, .
Ordination des femmes
Sociologie des membres En 2016, Marie Josée Riendeau rapporte que, sur une quarantaine de membres, .
Marie-Andrée Roy estime que les religieuses, après avoir représenté dans les premières années environ 20 % des membres de L'autre Parole, en 2019.
Liens avec d'autres organisations L'autre Parole est membre de la Fédération des femmes du Québec ainsi que de Relais-femmes.
La collective a également joué un rôle dans la création, en , du réseau Femmes et Ministères, qui cherchait à faire reconnaitre les ministères que les femmes exercent d'ores et déjà au sein de l'Église, ainsi qu'à les faire accéder au sacerdoce. Depuis la dissolution du réseau en , L'autre Parole s'occupe également d'archiver, sur son propre site, les pages de celui de Femmes et Ministères.
L'autre Parole est aussi en lien avec l'Association des religieuses pour les droits des femmes.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Mouvements chrétiens féministes Théologie féministe
Bibliographie
Liens externes
Catégorie:Féminisme chrétien Catégorie:Association ou organisme lié au féminisme au Québec