Claude Goudimel [Godimel, Godymel, Guduymel], né dans le Comté de Bourgogne, à BesançonD'après Becker 1885, p. 338. ou Saint-HyppolyteFiétier 1977, p. 289. vers 1505 selon certaines sources, vers 1520 pour d'autresNicolas 1856 p. 25., et assassiné à Lyon à la fin d’août 1572, est un compositeur franc-comtois. Son œuvre, assez prolifique, est très inspirée par la Réforme calviniste.
Biographie Jeunesse La famille de Claude Goudimel est originaire de Saint-Hyppolyte dans l'actuel département du DoubsNicolas 1856. mais les sources divergent sur le lieu et la date de sa naissance. On ne dispose pas d’éléments concrets pour estimer correctement sa date de naissance. Compte tenu qu’en 1549 il était déjà un professionnel établi à Paris, on peut risquer la fourchette 1515-1525. Sa mort prématurée en 1572 le placerait alors dans la cinquantaine.
Sur sa jeunesse comtoiseSon nom est extrêmement rare. Outre Claude, les sites généalogiques mentionnent seulement une souche dans l’Ain dans la seconde moitié du XVIIe siècle). on ne sait rien mais beaucoup de légendes ont couru (maître de musique de PalestrinaPoint discuté dans Brenet 1898 p. 10. L'origine de cette légende est un dessin à la plume qui montre les trois maîtres italiens Giovanni Maria Nanino, Bernardino Nanino et Giovanni Pierluigi Palestrina attablés sous un portrait de "Gaudio Mel" (repr. dans Bianci 1994, p. 327)., maître de chapelle à Besançon...). Rien de tout cela n’est attesté et les premières traces qu’on a de lui sont parisiennesLa trame de ces éléments biographiques est celle de Brenet 1898. Des références plus récentes ont été ajoutées e tant que de besoin..
Paris : 1549-1555 Arrivé à Paris, il fait paraître ses premières chansons chez Nicolas Du Chemin en 1549. Elles paraissent régulièrement chez cet imprimeur, jusqu’en 1557. La rapidité avec laquelle il se fait connaître - outre les chansons, il publie chez le même imprimeur des motets entre 1551 et 1554, le premier livre de psaumes en forme de motets en 1551 et une messe en 1552 - montre qu’il a déjà un métier certain ; ceci laisse supposer qu’il a pu exercer la musique avant la fin des années 1540 mais rien n’a transparu sur d'éventuels emplois jusqu’ici.
La dédicace de son premier livre de psaumesReproduite dans Brenet 1898 p. 17. faite à Jean II Brinon, un riche humaniste parisien qui soutenait et rassemblait autour de lui les membres de la Pléiade, montre qu’il était déjà en relation avec les poètes et les musiciens parisiens les plus novateursSur l’influence de Brinon, voir Guillo 2012, p. 225-230. Goudimel est aussi cité dès 1555 aux côtés de Clément Janequin et d'Étienne Du Tertre, dans l'Histoire de la nature des oyseaux de Pierre Belon (Paris : Gilles Corrozet, 1555, p. 221). ; et c’est sans doute par son intermédiaire qu’il pénètre dans le milieu ronsardien. Avec Pierre Certon, Clément Janequin et Marc Antoine Muret il fait ainsi partie des quatre artistes qui constituent le supplément musical de l’édition des Amours de Ronsard, sortie en 1552 chez la veuve de Maurice de La PorteLe commentaire que Muret fait paraître en 1553 sur les Amours de Ronsard est également dédié à Brinon..
Mais la dédicace qu’il offre à Jean Brinon montre également qu’il est déjà sensibilisé aux idées de la Réforme, déclarant vouloir composer de la musique spirituelle sans se limiter aux œuvres profanes, souvent taxées d’impudicité - la suite de cette collection de psaumes en forme de motets montrera son attachement fort à cette mouvanceNous sommes toutefois à une époque où un musicien, quel que soit son bord, pouvait composer pour les deux religions. On observe néanmoins que les publications catholiques de Goudimel sont surtout publiées dans les années 1550, très peu après..
En fait, c’est un acte notarié passé avec son imprimeur Nicolas Du Chemin le Paris AN : MC/ET/LXXIII/21. Analysé dans Lesure 1948 ; voir aussi Lesure 1953 p. 274-275. qui donne des éléments concrets sur sa situation parisienne. Cet acte rompt une association passée avec Nicolas Du Chemin à une date non précise (antérieure à 1553, remontant peut-être à 1549 ou 1551 ?). Goudimel y est dit musicien, correcteur, et étudiant en l’Université de Paris. L’acte précise qu’il était correcteur chez Du Chemin, depuis une date non précisée (sans doute a-t-il succédé en cela au musicien Nicole Règnes, qui signe un contrat avec Du Chemin en 1548). Ce contrat semble s’être doublé de la possibilité, pour Goudimel, de coéditer certaines éditions de Du Chemin, car leurs noms accolés ne se trouvent côte à côte que dans l’adresse de trois éditions :
Liber primus collectorum modulorum (RISM 1553 = Lesure 1953 n° 29) ; Canticum beatæ Mariæ virginis (RISM 1553 = Lesure 1953 n° 30) ; Q. Horatii Flacci poetæ lyrici odæ omnes quotquot carminum... (1555, Lesure 1953 n° 40).
Outre ceci, Goudimel insère un poème latin dans un recueil latin de 1554 (Moduli undecim festorum (RISM 1554, Lesure 1953 n° 37) dans lequel il souligne la bonne correction de l’ouvrage. Le contrat prévoit que Du Chemin paiera 50 lt à Goudimel pour racheter les exemplaires encore en sa possession et vaut solde de tout compte.
Ce métier de correcteur chez Du Chemin l’a mis naturellement en contact avec nombre de compositeurs du tempsEntre 1549 et 1555, Du Chemin imprime des monographies de Clément Janequin, Pierre Colin, Pierre Cléreau, Jachet de Mantoue, outre de nombreux recueils de chansons ou de motets. Comme François Lesure le remarque, la collaboration Goudimel - Du Chemin pourrait correspondre à la période 1549-1555, durant laquelle parait la collection des onze livres de chansons nouvelles, qui contiennent tous des chansons de Goudimel. Après 1555, on observe que Goudimel « passe » chez Le Roy & Ballard, et qu’en 1556-1557 Du Chemin édite surtout des monographies. Les 12e et 13e livres de chansons nouvelles ne paraissent qu’en 1557. Tout cela pourrait révéler sinon une mésentente, tout au moins les préparatifs d’un départ pour Metz. Peut-être la mort de Brinon en 1555 l'a-t-elle aussi privé de quelques soutiens. Cette année 1555, qui marque la fin de son travail avec Du Chemin, fut toutefois fort active, car Goudimel publie deux monographies : sa musique sur les Odes d’Horace et ses chansons spirituelles sur les vers de Muret.
À la fin de cette période parisienne, on connait deux documents du 2 et du qui montrent que Goudimel est allé s’acquitter d’une requête à lui faite par François Bonvalot, administrateur de l’évêché de Besançon : il s’agissait de retrouver des antécédents judiciaires sur un musicien dénommé Claude Boni, datant de 1549, avec qui Bonvalot était en procès. Ces actes montrent à tout le moins que Goudimel avait gardé le contact avec des Bisontins influentsDétail de l’affaire dans Castan 1875, d’après Besançon BM : Ms. Chiflet 7 (1554-1555)..
Metz : 1555-1564 thumb|Louis Des Masures et Claude Goudimel, parrains d'Abraham de Bourmon (14 octobre 1565). Metz AM : GG 236. Commence alors une seconde période de sa carrière, qui va de 1555 à 1564, durant laquelle il réside à Metz et travaille comme maître de musique et maître des enfants de chœur à la cathédrale Saint-ÉtienneSur cette période, voir Depoutot 2025.. Cet emploi succède directement à celui qui l'avait attaché à Nicolas du Chemin. Arrivé à la cathédrale le , c'est naturellement de Metz que Goudimel signe, le , la dédicace de son Tiers livre de psaumes en forme de motets, offerte à Claude Belot, avocat au Parlement de ParisComme la dédicace à Brinon de 1551, elle exprime un regret de s’être consacré à la musique profane (les Odes d’Horace en l’occurrence) et le désir de « quitter la prophane lyre du prophane poëte Horace, pour me mettre en main, et hardiment entreprendre de toucher et manier la harpe sacrée de nostre grand David ».. Goudimel y signe également, en 1562, la première version de ses psaumes homophoniques au maréchal de VieillevilleSur Goudimel et le maréchal, voir aussi Guillo 2016 à propos du Cantique sur la prinse du Havre de 1563., gouverneur de Metz ; de même en 1564 quand il adresse la seconde version homophonique de ses psaumes à Jacques de Montberon, commandeur de Metz en l’absence dudit maréchal.
Malgré quelques différends avec sa hiérarchieIl lui est reproché à plusieurs reprises, dès 1557, de conduire ses enfants de chœur avec trop de laisser-aller., la situation de Goudimel à la cathédrale évolue favorablement : il devient demi-chanoine, puis obtient le une prébende et un canonicat, signe concret de l'attachement que le chapitre lui portait. Il avait pu faire venir sa mère Marguerite à Metz, qui travaillait comme là sa chambrière. La carrière de Goudimel à Metz s'interrompt brutalement à la fin de l'année 1564. Alors qu'il demande à recevoir le canonicat (qu'il recevra effectivement), une contestation est émise en faveur d'un autre candidat. Il semble que l'affaire se soit envenimée car Goudimel donne sa démission au chapitre la veille de Noël. Il restera à Metz au moins six mois.
Son métier exercé dans le sein de l'église catholique ne l'empêche pas de s'intégrer à la communauté protestante ; ainsi le voit-on à deux reprises faire acte de parrainageLe 8 mars 1565 il est parrain d’Abraham Damien (la marraine est Catherine, fille du président Antoine Senneton, président de la justice de Metz de 1562 à 1568. C’est à elle qu’il offre son Septiesme livre de psaumes en forme de motets, en 1566. Le 14 octobre suivant, il est parrain en même temps que Louis Des Masures d’Abraham de Bourmon. Voir Metz AM : GG 236 (registre des baptêmes de l’Église réformée de Metz), vues 168 et 171.. Depuis le début des années 1560 cette ville était assez acquise à la foi réformée, pour qui d’Ausances et Senneton étaient bienveillants. L’évolution des Guerres de religion fit que la réaction catholique s’y fit sentir de plus en plus durement, au point que nombre de protestants quittèrent la ville à partir de 1567. Le , un édit royal bannit les protestants de Metz.
Cette période messine est aussi celle où Goudimel termine la collection des psaumes en forme de motets (livres III à VIII) ; il travaille aussi d’arrache-pied aux trois versions de son psautier (83 psaumes de 1562 en style homophonique, 150 psaumes de 1564 en style homophonique, 150 psaumes de 1568 en contrepoint fleuri). Ses premières éditions paraissent toutes chez Le Roy & Ballard, de qui Goudimel est alors un des compositeurs le plus publié, comme Orlande de Lassus. C’est de cette période aussi que daterait la composition de la musique adaptée aux Vingt-six cantiques de Louis Des Masures (1564), qui est restée anonyme. Des Masures habitait également à Metz à cette époque.
Goudimel pourrait avoir quitté Metz au milieu de l'année 1565, au plus tôt, temporairement ou définitivement. Un passage des Poemata de Louis Des MasuresLudovici Masurii Nervii Poemata, Secundò edita... - Bâle : Thomas Guerin, 1574, f. 90r. Numérisé sur E-rara. suggère que celui-ci aurait pu confier à Goudimel l'éducation de son fils en 1569, à MetzVoir Egan 1992 p. 6.. Quoi qu'il en soit, cette époque coïncide avec la fin de la composition de ses psaumes en forme de motet.
Besançon et Lyon ? thumb|Pièce en l'honneur de Goudimel, par A. Du Cros (extrait des Reliquiæ de Paul Schede dit Melissus, Frankfurt, 1575). München BSB.