Les causes de la révolution belge sont multiples et variées et trouvent leurs origines dans le mécontentement des Belges face au régime mené depuis La Haye par le souverain du Royaume uni des Pays-Bas, Guillaume Ier d'Orange-Nassau.

L’insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux n’a cependant pas pour vocation initiale de conduire à l’indépendance de la Belgique, mais plutôt le « redressement des griefs de la nation », autrement dit une meilleure considération et reconnaissance des Belges au sein du royaume dirigé essentiellement par des Néerlandais. Les désirs d’indépendance deviennent particulièrement insistants avec les Journées de Septembre, lorsque les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas passent à l’attaque et tentent de reprendre le contrôle de la situation par la force, mais sont défaites à la surprise générale par les révolutionnaires belges.

Contexte vignette|Les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège, les deux grandes divisions de l'actuel territoire belge jusqu'à l'annexion française de 1795.

À la fin du , soit à la charnière entre l'Époque moderne et l'Époque contemporaine, deux révolutions majeures secouent les territoires qui sont devenus l'actuelle Belgique. D'une part la révolution brabançonne à partir de 1787 dans les Pays-Bas autrichiens et, d'autre part, la révolution liégeoise dans la principauté de Liège dès 1789. Celles-ci s'inscrivent dans un contexte révolutionnaire bien présent, notamment depuis la révolution américaine, mais aussi la révolution batave dans les Provinces-Unies et, évidemment, la révolution française de 1789. Ces deux révolutions majeures traduisent la scission du peuple belge en ces deux entités. La première conduit à la création des États belgiques unis, tandis que la deuxième mène à la République liégeoise, mais elles sont toutes deux matées quelques années plus tard par le retour de l'armée autrichienne avant que les guerres de la Révolution française ne brise tout nouveau mouvement insurrectionnel avec l'annexion de ces entités à la Première République, menant à la période française de l'histoire de la Belgique. Toutefois, ces deux premières tentatives d'émancipation témoignent de la volonté des Belges de disposer d'une certaine indépendance à cette époque, ainsi que de leur identité. L'influence de la révolution brabançonne se fera néanmoins sentir dans l'adoption de ses couleurs avec le drapeau de la Belgique, dans le nom du futur hymne national, La Brabançonne, ou encore dans la devise de l'époque, dood of fry ! (« mort ou libre ! ») parfois reprise par les révolutionnaires de 1830. vignette|Les dix-sept provinces du Royaume uni des Pays-Bas. Après la fin du Premier Empire de Napoléon Ier, les puissances européennes victorieuses redessinent les cartes de l'Europe lors du congrès de Vienne dès 1814. Elles souhaitent disposer d'un rempart contre les éventuelles nouvelles ambitions expansionnistes françaises. et décident de créer un état-tampon entre le nouveau royaume de France et la Prusse. C'est ainsi que, le , le Royaume uni des Pays-Bas voit le jour avec, comme souverain, Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau. Le mariage forcé entre Belges et Néerlandais ne se passe pas comme prévu et, bien vite, de nombreuses dissensions apparaissent, menant les premiers à s'unir entre catholiques et libéraux pour exprimer les « griefs de la nation » au gouvernement de La Haye.

Les causes les plus avancées De nombreuses causes mènent à la révolution belge de l'été 1830. Elles sont rassemblées ici par ordre alphabétique.

Démographiques

Économiques Dès la fin du blocus continental imposé au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande par le Premier Empire de Napoléon Ier, les produits britanniques inondent le marché du Royaume uni des Pays-Bas, tandis que le prix du blé double et que la révolution industrielle se met en marche. Dès 1816, sous-intendant Fallon, commissaire d'arrondissement à Namur estime et constate une hausse de la mendicité couplée à un déclin du commerce. Dans un rapport du , il conclut en parlant de la période française de l'histoire de la Belgique : .

Année 1829 La crise est telle que, le , la maréchaussée royale est lapidée à Dinant.

Dette des Provinces-Unies Impôts et taxes Révolution industrielle

Influence étrangère Deuxième Révolution française

Le , le gouvernement de La Haye demande au gouverneur de la province de Namur, Jean-Baptiste Julien d'Omalius d'Halloy, de le tenir informé des moindres incidents à la frontière française. En effet, trois jours plus tôt, une centaine de militaires français en garnison à Givet avaient traversé le territoire belge sans ordre pour se joindre à la révolution et rallier Paris.

Révolutions européennes

Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande vignette|L'empire colonial néerlandais (en orange sur la carte), grand concurrent de l'empire britannique depuis les guerres anglo-néerlandaises à l'époque des Provinces-Unies. Si la fondation du Royaume uni des Pays-Bas est bien du fait du congrès de Vienne, afin de voir un état-tampon être créé entre le Royaume de France et la Prusse, celui-ci était devenu un réel concurrent pour l'empire britannique dans le contexte de l'explosion de la révolution industrielle, notamment au travers du prospère empire colonial néerlandais, hérité tout droit de la puissante république maritime des Provinces-Unies, grande concurrente commerciale et militaire de l'Angleterre plusieurs siècles auparavant. Ainsi, il n'est pas étonnant de voir que le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ait laissé se produire la révolution belge et soit même parmi les premiers à reconnaitre la déclaration d'indépendance de la Belgique, dans le protocole de la conférence de Londres, le . Si la participation française à la révolution belge est notoire et non-négligeable, notamment à son éclosion, l'influence britannique est nettement moins connue, mais demeure bien réelle, avec, entre-autres, l'envoi de la légion anglo-belge, venue de Londres. Dans ses mémoires, le général belge Corneille Lahure, en poste aux Indes néerlandaises lors de la révolution de 1830 après avoir participé à la guerre de Java, déclare. :

Liberté de la presse En 1828, le roi Guillaume Ier se lance dans une guerre contre la presse et notamment le Courrier des Pays-Bas, dont il fait arrêter le rédacteur en chef, Louis de Potter, que la justice condamne à dix-huit mois de prison et à une amende de mille florins néerlandais pour avoir critiqué le régime. Cela engendre de vives protestations dans les Pays-Bas méridionaux.

Linguistiques vignette|Respectivement : familles de langues, langues et dialectes régionaux du Benelux actuel, comparable au Royaume uni des Pays-Bas. Bien avant l'époque du Royaume uni des Pays-Bas, les Pays-Bas méridionaux sont divisés en deux grandes zones linguistiques distinctes : une partie de langues germaniques au nord, dont les dialectes flamands, et une partie de langues romanes au sud, dont les dialectes wallons. À noter que la frontière linguistique est encore très floue et qu'il existe également une autre région germanique au sud, où l'allemand est présent comme langue véhiculaire : le Grand-Duché de Luxembourg, qui forme encore à ce moment un seul état mais est, sur le papier, en union personnelle avec le royaume. Le français est, quant à lui, parlé partout dans le pays au sein de l'aristocratie et de la bourgeoisie, y compris en Flandre, dans les Pays-Bas Septentrionaux et même par la monarchie néerlandaise, dont la devise « Je maintiendrai » est toujours actuellement formulée dans telle quelle.

Le nouveau souverain, Guillaume Ier d'Orange-Nassau, né à La Haye et fils du dernier stathouder des Provinces-Unies, va d'emblée mener une politique de « néerlandisation » dans son royaume après que le français ait été largement utilisé durant l'annexion au Premier Empire de Napoléon. Dès le , il autorise l'emploi du néerlandais dans les actes notariés et ordonne que les actes de l'état civil soient rédigés . Malgré la ressemblance de langues, de nombreux Flamands demeurent cependant davantage hostiles que les Wallons à ceux qui sont appelés les « Hollandais » ainsi qu'au régime de La Haye. Ainsi, à de rares exceptions, on ne trouve pas à l'époque, de traces d'un nationalisme thiois ou d'autre attache linguistique entre le flamand et le néerlandais qui aurait pu conduire les habitants des provinces flamandes à être plus orangistes que ceux des provinces wallonnes.

L'imposition du néerlandais

La politique linguistique de La Haye, surnommée taaldwang (« contrainte linguistique »), est strictement appliquée et observée grâce aux interventions du roi Guillaume en personne mais aussi et surtout de son ministre de la Justice, Cornelis Van Maanen. Elle s'effectue au travers de l'enseignement et de son ministre, Antoine Reinhard Falck, de l'école primaire jusqu'à l'université (avec la fondation de trois universités d'état dans les Pays-Bas méridionaux : l'université de Gand, l'université d'État de Louvain et l'Université de Liège), mais aussi d'une politique de nomination des fonctionnaires de l'état fondée sur la connaissance de la langue néerlandaise. Il est toutefois à noter que les différents textes loi sont rédigés en néerlandais mais sont ensuite traduits en français et publiés dans les deux langues à Bruxelles et dans le Grand-Duché de Luxembourg, ignorant l'allemand, pourtant langue véhiculaire dans ce territoire.

Le , un arrêté royal appelé Taalbesluit (« décret linguistique »), fait du néerlandais l’unique langue officielle des provinces d’Anvers, de Flandre-Occidentale, de Flandre-Orientale et de Limbourg à dater du en remplacement du français, imposé depuis la période française de l'histoire de la Belgique. De plus, le roi se réserve le droit d’étendre ces dispositions aux villes et communes de la province du Brabant-Méridional , ainsi qu'aux villes et communes des autres provinces, . Ainsi, la circulaire du sur l’emploi des langues dans les établissements scolaires distingue de Waalsche provinciën de la situation des athénées et collèges des Vlaamsche provinciën ainsi que dans les arrondissements de Bruxelles et de Louvain.

Comme de fait, l’arrêté royal du élargit la disposition aux arrondissements administratifs de Bruxelles et de Louvain. Le seul arrondissement de la province du Brabant-Méridional à encore être épargné est celui de Nivelles. Cette politique est vivement critiquée, non seulement dans les provinces wallonnes, mais également dans les provinces flamandes, non-seulement par les notables francophones, qui voient leur carrière dans l’administration et dans la justice menacée par cette législation linguistique, mais aussi par les classes populaires qui sont particulièrement attachées à leurs dialectes locaux et par l’Église catholique qui perçoit la langue néerlandaise comme un vecteur potentiel de diffusion du protestantisme.

Ainsi, le , le ministre informe le gouverneur de la province de Flandre-Occidentale que le roi souhaite voir les noms des communes figurer en néerlandais dans le décret divisant la Flandre-Occidentale en huit districts et que les fonctionnaires ne parlant pas le néerlandais disposent d'un délai de trois ans pour apprendre la langue. L'inquiétude se développe également dans les provinces wallonnes. À Namur, par exemple, une société philanthropique est fondée sous le nom de Voor 't nul van 't algemeen, afin de promouvoir la néerlandisation. Elle groupe d'abord quelques membres et accorde des primes pécuniaires aux actes de dévouement. L'athénée royal de Namur organise ainsi un cours de néerlandais officiellement facultatif mais où les élèves sont menés de force, ce qui provoque des désordres. Le journaliste écrit dans le Courrier de la Meuse du :

Rétablissement tardif de la liberté linguistique