La Tentative de coup d'État de 1981 aux Seychelles, parfois appelée « affaire des Seychelles » ou « opération Angela », est un coup d'État avorté orchestré par l'Afrique du Sud pour renverser le gouvernement du Premier ministre France-Albert René et rétablir le président précédent, James Mancham, au pouvoir.

Le gouvernement sud-africain encourage un groupe de mercenaires à imposer un changement de gouvernement. Cependant, cette opération, mal organisée et sous-financée, est entravée lorsqu'un douanier seychellois découvre des armes dans les bagages de l'un des mercenaires arrivant et donne l'alerte. Après un échange de tirs prolongé, les mercenaires détournent un avion et s'enfuient à Durban, en Afrique du Sud. Ils sont inculpés devant les tribunaux sud-africains, mais sont condamnés à des peines clémentes. Les enquêtes des Nations unies et de la Commission de la vérité et de la réconciliation sud-africaine condamnent le gouvernement sud-africain pour sa participation à une tentative de renversement d'un gouvernement voisin.

Contexte

gauche|vignette|Carte de l'Afrique de l'Est de la CIA de 1982 avec les Seychelles au centre. La république des Seychelles obtient son indépendance du Royaume-Uni le . James Mancham est président et France-Albert René Premier ministre, mais les relations entre les deux hommes se dégradent rapidement. En 1977, les partisans de gauche de René lancent un coup d'État armé alors que Mancham est à Londres. Bien que le Premier ministre nie toute responsabilité, il prend la présidence en juin. Membre du Mouvement des non-alignés, la présidence de René est considérée par les États-Unis comme marxiste et favorable à l'Union soviétique. Cela conduit à un complot lancé par les États-Unis contre son gouvernement en 1979. Ce complot est découvert et entraîne l'expulsion de plusieurs civils américains travaillant dans une de l'USAF sur l'île principale de Mahé . L'ambassadeur des États-Unis au Kenya, tout comme le chargé d'affaires aux Seychelles sont également impliqués dans le coup d'État.

En 1979, le parti de France-Albert René, le Front progressiste populaire des Seychelles, seul autorisé à se présenter, remporte les élections et poursuit un programme socialiste, bouleversant la petite mais influente population de la classe moyenne. Son règne voit également le retrait des droits d'atterrissage de l'Afrique du Sud ainsi qu'une détérioration des liens économiques entre les deux pays. René met souvent en garde contre les complots de sympathisants de l'ancien gouvernement visant à utiliser des mercenaires pour fomenter un contre-coup d'État. La plupart de ses critiques qualifient ces complots présumés d'exagérés, voire de prétextes inventés pour emprisonner des opposants politiques.

En 1978, Mancham, destitué, s'adresse au gouvernement sud-africain par l'intermédiaire d'exilés seychellois afin d'obtenir son soutien pour un contre-coup d'État. Le gouvernement sud-africain est disposé à l'aider et à mettre en place un petit nombre de forces spéciales pour un complot, mais il oriente le représentant de Mancham vers Mike Hoare et une société écran du gouvernement sud-africain appelée Longreach. Mike Hoare, « Mad », a servi comme mercenaire pendant la crise du Congo. À l'époque, il a pris sa retraite à , dans le KwaZulu-Natal, où il exerce les métiers de courtier et de gestionnaire de placements. Il accepte de mener le coup d'État.

Préparation Soutien de l'Afrique du Sud Les responsables sud-africains organisent le coup d'État sous le nom de code « Opération Angela ». À mesure que les plans se développent, une lutte interne éclate entre la (SADF-ID) et le (NIS) pour déterminer l'agence responsable de l'opération. Finalement, la SADF est chargée du complot, mais un agent du NIS, Martin Dolinchek, est nommé officier de liaison auprès de la force opérationnelle. Les exilés seychellois Gérard Hoarau, Paul Chow et Edie Camille contribuent à l'orchestration du complot. Hoare détermine que l'introduction d’armes par bateau est, malgré son efficacité, une méthode trop coûteuse à mettre en œuvre.

Soutien du Kenya Plusieurs personnalités politiques kenyanes de premier plan ont connaissance du coup d'État, notamment le procureur général Charles Njonjo, le commissaire de police Ben Gethi, J. D. Irwin, chef du département des enquêtes criminelles du Kenya, et Andrew Cole, et alors propriétaire de Sunbird Aviation, aujourd'hui filiale de Kenya Airways. Vingt jours avant la tentative, Gerard Hoarau et Paul Chow sont envoyés à Nairobi pour réserver un Beechcraft Super King Air 200 de Sunbird Aviation, immatriculé N 821CA, afin de transporter le gouvernement en exil de Mombasa aux Seychelles. Des allégations circulent également selon lesquelles le Kenya doit jouer un rôle plus important dans le complot. Juste avant l'opération, Mike Hoare aurait déclaré à l'officier de renseignement sud-africain Martin Dolinchek que le Kenya a accepté d'envoyer . Ces troupes n'arriveront à bord du Beechcraft de Sunbird qu'après que « Mad Mike » ait sécurisé la caserne, l'aéroport et la station de radio, ce qui n'aura jamais lieu. Au lendemain de la tentative, lors de l'arrestation de Dolinchek, des informations sur le vol Sunbird sont retrouvées en sa possession. Le président kenyan Daniel arap Moi, alors président en exercice de l'Organisation de l'unité africaine, est embarrassé par cette affaire et a peut-être été tenu dans l'ignorance par Gethi et Njonjo, tous deux limogés l'année suivante.

Recrutement droite|vignette|Le colonel Thomas Hoare "Mad Mike" en 2018 (alors âgé de 98 ans). Un article du magazine Gung HoUn magazine concurrent de Soldier of Fortune de intitulé "Opportunités mercenaires à l'ouest de Suez" vante les avantages et les possibilités d'une prise de contrôle des Seychelles et de l'île Maurice par des mercenaires, soulignant le soutien de l'ancien Premier ministre seychellois Mancham à une telle opération. Selon le Sunday Times du , basé à Johannesburg Jim Graves (rédacteur en chef du magazine Soldier of Fortune), admet avoir eu connaissance du projet d'une vaste opération de mercenaires africains et que sa visite à Johannesburg deux jours avant la tentative de coup d'État est une « pure coïncidence ». L'existence d'une vaste campagne de recrutement est connue dans les cercles mercenaires de Londres, Paris, Johannesburg et Durban.

Hoare réussit à rassembler une force de 54 mercenaires (lui-même inclus). Parmi eux, 27 sont membres des Forces de défense sud-africaines, 9 sont d’anciens soldats rhodésiens, 7 sont d’anciens mercenaires congolais, 1 agent du NIS (Dolinchek) et 3 civils. Hoare suggère également de réunir 5 millions de dollars pour l'opération, mais seuls 300 000 dollars sont récoltés. Le reste des salaires des mercenaires doit provenir du Trésor seychellois.

Plan Neuf membres de l'équipe de Hoare sont envoyés sur l'île de Mahé, aux Seychelles, en tant qu'équipe avancée. Ils doivent identifier des cibles potentielles et rallier le soutien des soldats dissidents seychellois. Les autres doivent arriver à bord d'un Fokker F-28 affrété par la Royal Swazi National Airways dans l'après-midi du , déguisés en joueurs de rugby en vacances. Pour se couvrir, les mercenaires, remplissent leurs bagages de jouets censés être distribués aux orphelinats locaux. En réalité, ces jouets servent à dissimuler le poids des fusils AK-47 dissimulés sous le double fond de chaque bagage. Hoare veille à ce que les jouets soient aussi volumineux que possible pour répondre au mieux à l'objectif.

Le plan des mercenaires est d'arriver à Mahé, de rejoindre l'équipe avancée et de se disperser dans divers hôtels de l'île. Ils doivent attendre plusieurs jours que René tienne une réunion du cabinet à la Maison du Peuple, au cours de laquelle ils lanceront leur coup d'État. Ils devront alors s'emparer du Parlement, de l'aéroport, de la station de radio, du commissariat de police, du camp militaire de Pointe-la-Rue et d'autres lieux stratégiques. Depuis la station de radio, ils doivent diffuser qu'ils ont pris le pouvoir au nom de Mancham. Les exilés seychellois assurent aux mercenaires qu'ils bénéficieront de l'aide d'une "force de résistance locale" de 400 hommes, mais une telle force n'existe pas.

Opération vignette|L'aéroport international des Seychelles, lieu du coup d'État avorté Le à 17h30, Hoare et 43 mercenaires atterrissent à l'aéroport international des Seychelles à Pointe La Rue à Mahé. Tous sauf deux réussissent à passer la douane, lorsqu'un responsable de la sécurité commence une fouille minutieuse des bagages d'un mercenaire, et découvre un AK-47. Comprenant que leur couverture est découverte, les mercenaires sortent leurs armes. Un agent de sécurité se précipite vers le bureau pour demander de l'aide et verrouille la porte, déclenchant ainsi l'alarme, ce qui conduit au début d'une fusillade de six heures à l'aéroport. Environ 70 employés de l'aéroport et passagers son pris en otage par les mercenaires.

Le président René se trouve à sa résidence lorsqu'il reçoit un appel téléphonique concernant l'incident à l'aéroport. Il met immédiatement l'île en état d'alerte, mobilisant toute la police et la milice et imposant un couvre-feu de 24 heures. Le colonel , chef des forces de défense, reçoit l'ordre de sécuriser l'aéroport et d'empêcher les mercenaires de s'échapper.

Le nombre de mercenaires est inconnu des Seychellois, tout comme la question de savoir si l'attaque de l'aéroport doit coïncider avec une invasion maritime. Les hommes de Hoare érigent un barrage routier à l'extrémité nord de l'aéroport et lancent une attaque infructueuse contre la caserne de Pointe-la-Rue dans lequel un mercenaire est blessé. Les forces seychelloises, avec deux véhicules blindés, occupent la piste d'atterrissage, confinant les mercenaires dans les bâtiments de l'aéroport. Elles tirent également sur l'avion affrété, le neutralisant. L'un des véhicules blindés réussit à atteindre le parvis du terminal, mais les lumières sont éteintes dans le bâtiment et le conducteur a du mal à repérer les mercenaires. Les pneus du véhicule sont rapidement crevés et un cocktail Molotov met le feu au véhicule. Le sous-lieutenant David Antat, chef du véhicule, sort et engage le combat avec les mercenaires. Ceux-ci encerclent le véhicule et tirent plusieurs balles dans la poitrine du soldat, le tuant.

Alors que les combats font rage, le vol 224 d'Air India (un Boeing 707) en route de Salisbury (aujourd'hui Harare) à destination de Bombay (aujourd'hui Mumbai) transportant 13 membres d'équipage et 65 passagers se rapproche pour atterrir pour un ravitaillement prévu. Les mercenaires, venant de s'emparer de la tour de contrôle, autorisent l'atterrissage. Craignant que l'avion ne transporte des renforts mercenaires, Berlouis ordonne l'utilisation de camions pour bloquer la piste tandis que des fusées éclairantes sont tirées pour ordonner au pilote d'interrompre l'atterrissage. À ce stade, l'avion, trop déterminé à atterrir, se pose. Malgré l'absence de balisage lumineux, le pilote parvient à manœuvrer pour éviter les camions, ne subissant que des dommages superficiels à l'aile droite.

Les forces seychelloises commencent alors à tirer en direction du Boeing, semant l'inquiétude parmi certains mercenaires qui voient l'avion comme leur seul moyen de s'échapper. Les mercenaires embarquent ensuite et le chef opérationnel, Peter Duffy, charge le capitaine Umesh Saxena de les emmener au Zimbabwe. Après une dispute concernant le manque de carburant, Saxena accepte de les emmener à Durban, en Afrique du Sud, la ville la plus proche.

L'équipe avancée composée de cinq mercenaires, l'agent du NIS Dolinchek (sous le pseudonyme d'Anton Lubic) et une complice civile sont ensuite arrêtés. Sur l'ensemble des forces putschistes, un mercenaire est tué (Johan Fritz, membre de la SADF 2 Recce), et deux blessés. Un soldat seychellois est tué et un sergent de police est blessé.

Conséquences