Gabrielle Bouffay, née le à Saint-Avold et morte le à Folschviller., est une peintre et dessinatrice française.
Biographie Enfance Gabrielle Weck nait à Saint-Avold ; son père, Joseph Weck, employé aux Houillères du Bassin de Lorraine, est à ses moments de loisirs musicien et sculpteur. Sa mère, née Mathilde Schilling, est originaire de Macheren, petit village de la campagne proche de Saint-Avold. La petite Gabrielle commence à dessiner dès l'âge de quatre ans, passant rapidement du crayon à la plume et l'encre de Chine. La famille habite Forbach puis Petite-Rosselle, à proximité du puits Saint-Charles : .
En , les parents et les trois enfants sont évacués dans la Vienne, à Couhé-Vérac ; ils retournent en Moselle annexée en 1941. Les horreurs de la guerre, famine, déportations, bombardements, vie dans un abri souterrain, incendies, tués, marquent profondément la jeune Gabrielle, qui, toute sa vie, gardera la hantise et la peur de la mort.
Formation artistique À la fin de la guerre, Joseph Weck, qui avait décelé les dons artistiques de sa fille, lui fait prendre des cours particuliers avec Jean Hurstel (1906-1991), futur professeur à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. À dix-neuf ans, "Gaby" Weck entre à l'École d'état des arts et métiers de Sarrebruck, où elle a pour professeur ; celui-ci incorporera plusieurs dessins de son ancienne élève dans son traité Bildlehre de 1969.
Maternité et mariage En 1953, la naissance de sa fille éloigne Gabrielle Weck pour un temps à la fois de la peinture et de sa famille. Son statut de fille-mère lui fait vivre trois années difficiles, où elle trouve refuge auprès de l'Armée du Salut. En 1956, elle épouse Jacques Bouffay, un instituteur normand, veuf et père d'un garçon de six ans ; la famille s'installe à Valençay, où un fils naîtra en 1960.
Débuts de peintre, premières expositions et salons En , à l'occasion du Salon Violet. qui se tient alors chaque année au musée d'Art moderne de Paris, Gabrielle Bouffay présente pour la première fois deux œuvres au public, Vieille rue à Nice et Vieille rue à Colmar. Suivront en 1958 deux expositions personnelles, la première à Châteauroux sous la présidence de Max Hymans, l'autre à Issoudun, ainsi que des participations aux salons de Sarreguemines, Fresselines, Bourges et Vierzon ; en 1959, elle fait une nouvelle exposition à Châteauroux, présidée cette fois par Henry de Monfreid, et participe à plusieurs salons : Salon des indépendants, Salon de l'art libre à Paris, Fresselines, Saint-Junien, Salon Violet au MAM et salon de Sarreguemines ; en 1960, aux salons de Saint-Junien et Sarreguemines. Début 1961, Gabrielle Bouffay est invitée d'honneur au premier salon du Mineur à Forbach.
Célébrité internationale Depuis 1957, la famille Bouffay passe ses vacances d'été sur la Côte d'Azur, à Nice, Sainte-Maxime, Cannes et Saint-Tropez, où les dessins et aquarelles de l'artiste rencontrent un grand succès auprès des vacanciers se promenant sur les quais. Quelques centaines d'œuvres sont ainsi vendues. Le , sur le port de Saint-Tropez, un touriste anonyme, qui se révèlera plus tard être le richissime armateur Stavros Niarchos, examine pendant près d'une heure les œuvres de Gabrielle Bouffay présentées par son mari, puis en achète la totalité, à savoir 34 aquarelles et 5 dessins. Du jour au lendemain, Gabrielle Bouffay devient célèbre : une feuille locale people publie le scoop, repris par un quotidien régional dans son édition du , et le lendemain par France-Soir, avec à sa une la photo de la très photogénique jeune femme. D'autres journaux reprennent l'information sur plusieurs colonnes, et l'hebdomadaire Elle lui consacre une page entière, avec une belle photo par Georges Dudognon de Gabrielle et son tout jeune fils. En , G. Bouffay expose à la fameuse galerie Georges Barry sur le port de Saint-Tropez, sous la présidence de Jean-Gabriel Domergue, qui lui prédit un bel avenir ; parmi les visiteurs figurent André Roussin, Félix Labisse, Nadine Tallier, Joseph Kosma, Micheline Presle, Catherine Samie, Françoise Parturier… De nombreuses galeries d'art se pressent pour l'accueillir, mais elle ne peut répondre à toutes. Sa renommée dépasse les frontières. ; après ses deux expositions à Paris en , on parle d'elle en Hollande, Pologne, Allemagne, Italie et jusqu'au Mexique. Elle expose en Allemagne en 1967 et en 1970 à Londres. Associée à la Lorraine et à Saint-Avold, sa renommée fait d'elle la plus célèbre ambassadrice de sa ville natale, où elle revient souvent et où habitent toujours ses parents. En , l'artiste naborienne fait la couverture du mensuel Lorraine magazine.
Presque toute l'année 1962 se passe à la réalisation de vingt-quatre « portraits de bêtes » pour illustrer les Fables de La Fontaine à la demande d'un éditeur de Grenoble. Ces illustrations, au pinceau et à l'encre de Chine, dans cette technique qui est propre à Gabrielle Bouffay, lui valent le Grand prix d'honneur du Cercle des professeurs bibliophiles de France.
En 1965-1966, elle réalise de nouveaux dessins pour le portfolio « Dix Portraits de Bêtes » préfacé par Minou Drouet. De 1966 à 1968, c'est chaque année une de ses œuvres qui est offerte aux lauréats du Grand prix interclub du Théâtre, successivement Eugène Ionesco, Fernando Arrabal et Romain Weingarten.
Après avoir vécu à Valencay, Sassenage, Lans-en-Vercors, villes où son mari était affecté, puis à Dournazac, Gabrielle Bouffay installe son atelier en à Paris, au huitième étage d'un immeuble nouvellement construit boulevard Pasteur, dans le quartier du Montparnasse. L'inauguration se fait en présence du nouveau préfet de la région parisienne Maurice Doublet. Pour garder le contact avec la nature, qui lui est indispensable et qui reste sa principale source d'inspiration, elle achète un terrain avec une petite forêt à Gaudeix, près de Saint-Sulpice-Laurière. Veuve depuis 1973, ses enfants réalisant de belles carrières professionnelles, c'est en 1989 qu'elle revient vivre dans sa ville natale de Saint-Avold, où elle continue à peindre pendant de nombreuses années.
Technique picturale, style, thèmes, œuvres Après avoir d'abord utilisé la plume, Gabrielle Bouffay a développé sa propre technique de dessin à l'encre de Chine en utilisant un gros pinceau avec une pointe très effilée, produisant un trait dont les modulations du filiforme au très large et les points sont les seuls déterminants du résultat final, dans un geste rapide et virtuose qui n'autorise aucune erreur ni retouche.
La découverte de l'aquarelle et sa combinaison au dessin à l'encre a abouti à ce qu'on a appelé sa « première manière ». Puis l'artiste abandonne le papier au profit de la toile montée sur châssis comme support de ses travaux à l'encre de Chine, qu'elle associe plus tard à l'acrylique, matière dont elle doit pour cela arriver à bien maîtriser le temps de séchage.
Après l'aquarelle, la peintre s'est mise à la gouache et à la gouache aquarellée., sans dessin ni esquisse préalable, révolutionnant dans cette « seconde manière » la technique de la peinture à l'eau, en utilisant toujours un gros pinceau à pointe fine, sans mélanger les couleurs ni utiliser le blanc. Elle a également réalisé dès ses débuts des peintures à l'huile.
De même que sa technique est très novatrice et personnelle, son style ne peut être rattaché à aucun mouvement ou école. De sa manière de peindre, elle a tout inventé et n'a subi aucune influence, si bien qu'on ne retrouve chez elle aucune trace du naturalisme ou de l'abstraction géométrique de ses deux professeurs Hurstel et Kleint. , a déclaré Roger Bruge. Cependant, les appellations « réalisme fantastique » et « réalisme merveilleux » peuvent s'appliquer à la plus grande partie de sa production, fréquemment décrite par les commentateurs avec les termes de magie ou de féérie, qualifiée de poétique, mystérieuse ou envoûtante, mais dont l'étrangeté susciterait pour certains une inquiétude sourde.
De son enfance partagée entre les mines de charbon et la campagne lorraine semblent venir les deux sources principales d'inspiration de Gabrielle Bouffay, l'industrie et la nature ; elle a toujours délaissé la représentation de l'être humain. Les thèmes traités peuvent être distingués en quatre grandes catégories : le monde animal, principalement mammifères et oiseaux, mais aussi batraciens, reptiles, crustacés, mollusques et insectes ; les paysages, principalement de forêts et de sous-bois, jamais peints sur le motif, mais recréés avec une grande palette de couleurs en atelier ; avec leur resserrement presque étouffant de la végétation, la luxuriance des couleurs et le foisonnement des détails, ils apparaissent souvent presque surnaturels ; d'autres paysages sont purement aquatiques et imaginaires ; les fleurs, sous forme de somptueux bouquets, là aussi nés de l'imagination et très colorés ; le monde industriel, qui concerne aussi bien de grands ensembles, comme des usines ou des plateformes, que des machines et des pièces isolées, comme des moteurs ou des transformateurs.
Beaucoup plus rares sont les dessins et peintures de quelques lieux célèbres, comme le Café de la Paix à Paris, le port de Saint-Tropez, Venise…
La représentation animalière la plus connue est celle des « portraits de bêtes » réalisés à l'encre de Chine pour les Fables de la Fontaine en 1962 et le portfolio de 1966 préfacé par Minou Drouet. Des oiseaux plus ou moins réels ont été peints plus tard en gouache et en aquarelle..
Ce que l'artiste appelle ses « aquarêves » est issu du monde des songes, étrange, sauvage et hyper coloré, fait de végétaux, d'oiseaux fantastiques, d'insectes, de minéraux ou de paysages aquatiques.
Regroupés sous l'appellation « symphonies industrielles », des œuvres à l'encre de Chine ou en technique mixte sont inspirées des paysages industriels de Forbach, Freyming-Merlebach, Carling et Saint-Avold, des ports industriels de la Méditerranée, de machines diverses, ou encore par l'actualité (Le LEM, 1971).
Expositions Après sa soudaine célébrité survenue en , Gabrielle Bouffay a participé à de très nombreuses expositions : 1961 : en décembre, Salon de l'art libre à Paris. 1962 : en juillet, exposition personnelle à la galerie Georges Barry de Saint-Tropez, sous la présidence de Jean-Gabriel Domergue ; participation au Salon d'hiver à Grenoble, et au Salon de l'art libre à Paris en décembre. 1963 : expositions personnelles à la galerie Jolly à Blois, à la galerie « Peuple et Culture de Haute-Savoie » à Annecy, à la galerie Molleins à Chambéry. 1964 : exposition personnelle à la galerie « Parti-Pris » de Grenoble, sous la présidence du préfet de l'Isère Maurice Doublet. En avril, à la galerie Lafond de Châteauroux, où l'artiste est nommée citoyenne d'honneur de la ville. D'août à décembre, à Saint-Raphaël, Saumur, Villeneuve-sur-Lot, Saint-Junien, Bourges, Aix-les-Bains, au salon du Mineur à Saint-Avold, salon du Dauphiné au musée Hébert de La Tronche, Salon d'automne de Lyon, Sarreguemines, salon d'hiver de Grenoble, Périgueux, Mont-de-Marsan, Dax. 1965 : Châteauroux, galerie Jolly à Blois, Mont-de-Marsan, salon du mineur de Forbach, Lorient, La Tronche, Saint-Junien, Apt, Grenoble, Saint-Laurent-du-Pont ; première exposition personnelle à Paris, galerie André Weil avenue Matignon, couplée à la présentation des illustrations originales des Fables de La Fontaine dans les salons de la Grande Chartreuse sur les Champs-Élysées. 1966 : Cannes, Saint-Martin-Vésubie, Roquefort-les-Pins, Blois, Mont-de-Marsan, Châteauroux, Annecy, Périgueux, Auch, Amiens. 1967 : Tours, Forbach, hôtel de ville de Saint-Avold, Sarreguemines, Berlin, Baden-Baden, Strasbourg, Bourges, Montauban, Mérignac. 1968 : Périgueux, Angoulême, Poitiers, Montauban, Rochechouart, Amiens, salon du Mineur à Forbach, Grenoble. 1969 : Châteauroux, Blois, Tours, Périgueux, Grenoble, Strasbourg, Metz, Morangis, Rancon, Mimizan, La Tronche.