L’invasion du Darfour est une opération militaire menée par l’Empire britannique face au sultanat du Darfour de mars à .
Le sultan du Darfour, Ali Dinar, avait été rétabli par les Britanniques après leur victoire durant la guerre du Soudan, mais au cours de la Première Guerre mondiale, il est devenu rétif, refusant de payer le tribut habituel au gouvernement soudanais et faisant preuve de partialité envers l'Empire ottoman en 1915.
Reginald Wingate organise alors une force d'environ 2 000 hommes ; sous le commandement du lieutenant-colonel Philip Kelly. La force entre au Darfour en et bat de manière décisive l'armée four à Beringia et occupe la capitale El-Facher à partir de mai. Ali Dinar se réfugie dans les montagnes et ses tentatives pour négocier sa reddition sont finalement refusé par les Britanniques. Sa localisation étant connue, une petite force est envoyée à sa poursuite et le sultan est tué au combat en . Le Darfour fut entièrement annexé à l'administration britannique du Soudan anglo-égyptien et a continué à faire partie du Soudan après son indépendance.
Contexte
Sultanat du Darfour
alt=Drapeau du Darfour|gauche|vignette|Drapeau du Darfour À la fin du , le sultanat du Darfour est un État indépendant situé au sud-ouest du Soudan, dans ce qui est encore l’Afrique-Équatoriale française. Le pays est divisé en trois régions, une aride au nord, qui rejoint le désert du Sahara ; une au centre divisée en deux par le Djebel Marra, entouré d’un désert de roches ; et une région méridionale qui bénéficie d’un riche sol fertile grâce à ses fortes précipitations.
Au , le Sultanat du Darfour est un des nombreux royaumes africains. En 1874, il est envahi par ses voisins musulmans qui le rattache au Soudan turc. Mais, en 1885, avec le siège de Khartoum, puis en 1888 avec la bataille d'Omdurman, le Soudan passe sous domination britannique. Le Royaume-Uni refonde le Sultanat Darfour avec à sa tête Ali Dinar qui promet de payer un tribut annuel au colon.
Peu à peu, Ali Dinar perd ses soutiens en dégradant ses relations à la fois avec l’occupant et avec la population arabe. À l’image des Rizeigat du sud-ouest qu’il considère .
Déclenchement de la Première Guerre mondiale En , il renonce à son allégeance au gouvernement du Soudan anglo-égyptien, se déclare pro-ottoman et entre en contact avec eux par l'intermédiaire des Senussi. Le Darfour comptait un peu moins de 1 000 000 d'habitants, doté d’une armée d’environ 10 000 hommes. En décembre, la situation s’est tellement détériorée qu'une petite unité du Egyptian Camel Transport Corps fut envoyée pour protéger le commerce à Nahud et, en même temps, servir d'avertissement contre des potentiels persécutions à l’encontre des Rizeigats. Dinar contrecarre le déploiement du détachement du Camel Corps en déplaçant quarante cavaliers et quatre-vingt-dix fantassins pour renforcer le Djebel el Hella. Les Britanniques pensent alors qu'il prépare une invasion du Soudan.
Expédition anglo-égyptienne alt=Photo prise en 1906 de Reginald Wingate|gauche|vignette|Sir Reginald Wingate en 1906
Organisation Le gouvernement britannique décide alors de mener une expédition pour renverser Ali Dinar, pour lutter contre la menace qui pèse sur leur colonie. Reginald Wingate est nommé à la tête de la force de répression appelé la Darfur Field Force et secondé par le lieutenant-colonel . Le corps est composé de :
Deux compagnies d’infanterie montée détachées du commandées par le major Cobden ; Cinq compagnies de méharistes commandées par le major Huddleston ; Six compagnies d’infanterie détachées des et régiments d’infanterie soudanais, commandées par les majors Bayle et Darwell Deux compagnies d’infanterie détachées du régiment d’infanterie égyptien ; Deux compagnies d’infanterie arabe.
Mars 1916 : début de l’expédition et problème de ravitaillement
Prise de Djebel el Hella Avec les unités médicales et les autres unités non combattantes, la force s'élève à environ 2 000 hommes. En , Wingate ordonne à Kelly de franchir la frontière et d'occuper Djebel el Hella et Um Shanga, deux villages offrant des réserves d’eau. Le , les cinq compagnies du Camel Corps et des éclaireurs de l'infanterie montée, soutenus par une batterie d'artillerie de 12 livres et une batterie de mitrailleuses Maxim, franchissent la frontière du Darfour et, quatre jours plus tard, occupent Um Shanga. Leur seule opposition provient d'un petit poste d'observation qui est contraint de se replier. À leur arrivée, les forces anglo-égyptiennes constatent que les réserves d'eau d'Um Shanga sont insuffisantes. Le corps principal devant arriver le soir même et n'ayant que deux jours d'approvisionnement en eau, Kelly envisage de se retirer au Soudan. Finalement, il divise sa force et forme une colonne, composée de trente éclaireurs d'infanterie montée, de 240 hommes du Camel Corps, de deux canons de campagne et de huit Maxims, qui part pour le Djebel el Hella à l'aube du pour occuper la ville et assurer le ravitaillement à ses forces.
La petite force que Kelly envoie ne rencontre qu'une faible opposition de la part des éclaireurs fours jusqu'à ce qu'elle atteigne une position située à environ 6 kilomètres de Djebel el Hella. Là, une force de 800 cavaliers tente de les encercler et n'est arrêtée que par des tirs de mitrailleuses. Avançant encore la moitié de la distance qu’il leur restait avant d’atteindre le village, la colonne repère une importante concentration de troupes ennemies dans une vallée boisée, où elle engage le combat à l’aide l'artillerie et des mitrailleuses. Après avoir forcé les troupes fours à se disperser, les troupes britanniques atteignent leur objectif dans l’après-midi et sécurisent ses puits. Le reste de la force de Kelly arrive le ; au cours de leur avancée, les pertes britanniques sont qualifiées d'. alt=Photo de méharistes britanniques en Somalie, prise en 1913|vignette|Corps de chamellerie britannique en 1913 en Somalie D’après les renseignements britanniques, l’armée principale des Fours se trouve désormais dans la capitale El Fasher et est estimée entre 4 000 à 6 000 soldats disposant d'un approvisionnement suffisant en munitions. Équipée de vieux fusils, de lances, de boucliers et de cottes de mailles, elle est soutenue par une force irrégulière se battant sans arme à feux. Wingate pensait alors que Dinar éviterait une grande bataille pour privilégier de multiples petits affrontements pour épuiser son ennemi.
Manque de ravitaillement La préoccupation immédiate de Kelly est de fournir de l'eau et d'autres approvisionnements à ses troupes. L'expédition anglo-égyptienne coïncide avec une période d'absence de précipitations et, une fois toutes les réserves alimentaires indigènes épuisées, le point de ravitaillement le plus proche est El Obeid, à 480 km à l'ouest. Pour résoudre certains de leurs problèmes d'approvisionnement, Wingate entreprend la construction d'une route adaptée aux camions qu'il avait obtenus pour assurer le transport, l’officier britannique n’avait peu confiance aux chameaux pour remplir une telle tâche. La route s'étend de la voie ferrée de Rahad à Taweisha, puis à la capitale El Fasher, soit environ 740 km. Une fois achevée, un voyage en véhicule, de la voie ferrée à la capitale, prendrait quatre jours. Le général Sir Archibald Murray, commandant du corps expéditionnaire égyptien, qui participe à la campagne du Sinaï et de la Palestine, demande au Royal Flying Corps (RFC) d'envoyer quatre avions, des canons et des munitions, des postes de radio et des véhicules de transport légers pour aider l'expédition.
Avril-Mai 1916 : avancée en territoire four
Prise d’Abiad et de villages aux alentours Au début du mois d'avril, des patrouilles de reconnaissance anglo-égyptiennes repèrent de petites troupes ennemies stationnées dans plusieurs villages. Au sud, les troupes foures déployées à Taweisha se retirent dans les terres. Kelly ordonne à une importante force de reconnaissance de se diriger vers l'ouest, en direction d'Abiad. Elle a trois objectifs : trouver de l'eau pour ses hommes et ses animaux, disperser les troupes foures repérées et empêcher d’autres forces ennemies d'accéder à l'eau à Abiad. La route entre En Nahud et la capitale devait également être sécurisée. Le , la force britannique, composée de deux compagnies d'infanterie montée de six mitrailleuses Maxim et du 13e bataillon soudanais, atteint Burush à midi en repoussant une unité de cavalerie foure. Le lendemain, ils poursuivent leur avancée vers Um Kedada. Cette fois, ils rencontrent une force bédouine béliqueuse de 700 hommes, dont certains sont retranchés devant les puits. Les canons de campagne anglo-égyptiens ouvrent le feu sur eux, les obligeant à se retirer.
Quatre jours plus tard, le groupe anglo-égyptien atteint Abiad tôt le lendemain pour découvrir que les troupes foures avaient quitté les lieux la veille au soir. Laissant derrière elle quatre compagnies d'infanterie soudanaises et quatre canons de campagne, la force poursuit sa reconnaissance plus profondément dans le Darfour. La garnison laissée à Abiad est attaquée les 14 et , mais les pertes ne sont pas enregistréesLes pertes britanniques ont dû être extrêmement faibles, seulement quelques blessés, car dans le cas contraire, un rapport détaillé aurait dû être rédigé en cas de décès.. À la fin du mois, les lignes de communication sont sécurisées et d'importants détachements de troupes anglo-égyptiennes sont laissés à Abiad, Um Kedada, Burush, Lugud, Djebel el Hella et Um Shanga. Parallèlement, un système de postes d'observation est mis en place le long de la frontière, de Gabr el Dar à Shebb, avec 260 bédouins amis, équipés de fusils. Deux cents autres hommes appartenant à la tribu des occupent le Djebel Meidob, surveillant la route entre le Darfour et les terres Senussi au nord.
Sécurisation de la voie pour El Fascher En mai, les troupes anglo-égyptiennes renforcent leurs lignes de communication et acheminent des provisions pour poursuivre leur avancée. Le , une force de 500 hommes attaque la garnison anglo-égyptienne d’Abiad, et quatre jours plus tard, le poste télégraphique situé à 5 kilomètres à l’est du village subit également une attaque. Le , un avion de reconnaissance du RFC survole la capitale foure et largue des tracts à la population. Ces tracts dénoncent Ali Dinar et promettent qu’une fois celui-ci renversé, il y aura une liberté religieuse, la justice pour tous, le maintien des chefs tribaux à leur poste s’ils se soumettent, et la fin de la répression.
Le , Kelly a terminé les préparatifs de son avancée vers El Facher. Il rassemble une force à Abiad composée de soixante éclaireurs d’infanterie montée, de quatre compagnies méharistes équipées de deux mitrailleuses Maxim, des six compagnies d’infanterie soudanaise ainsi que des forces arabes. Cette cohorte est appuyée par huit canons de campagne, quatorze mitrailleuses Maxim et un hôpital de campagne. Souffrant encore du manque d’eau, Kelly divise sa force en deux colonnes distinctes. La colonne « A » devra avancer lentement, tandis que la colonne « B » sera plus mobile. Les deux doivent se retrouver à 60 kilomètres à l’ouest d’Abiad et à 45 kilomètres du village de Meliet, connu pour ses réserves d’eau. Des patrouilles de reconnaissance localisent une petite garnison foure à Meliet, qui devient alors le premier objectif de Kelly. Une fois Meliet capturé, les Britannique seront idéalement positionnés pour attaquer la capitale, El Fasher.