Le bariba (nom attribué par le colonisateur, probablement issu du yoruba), ou baatonum ( en bariba), est une langue du Bénin et de l’Ouest du Nigeria (État de Kwara et État de Niger). C'est l'une des langues au Bénin les plus parlées dans la partie septentrionale de ce payshttp://www.gouv.bj/spip.php?rubrique27 [archive] et dans les grandes villes de la partie méridionale telles que Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Kpodji et Porto-Novo.
Situation géographique
On lit dans LombardJ. Lombard, Structures de type féodal en Afrique noire. Étude des dynamiques internes et des relations sociales chez les Baribas du Dahomey, Paris / La Haye, Mouton, 1965, . que .
Au Nigeria où le baatɔnum est parlé dans l’État de Kwara précisément dans les divisions de Okuta, Ilesha, Yashikira, Gwanara, Kaiama et Busa, Lavergne de TressanLavergne de Tressan, Inventaire linguistique de l’Afrique occidentale Française et du Togo, Dakar, IFAN, 1953. signale des villages habités par des baatɔmbus dans la partie orientale de Sokodé au Togo. Déjà sur la base du recensement de 1931, Westerman estimait à les locuteurs natifs du baatɔnum. Selon Grimes (1992) ce nombre est de locuteurs.
Elle est parlée dans une vaste aire géographique nommée Baru Tem (terre baatɔnu) ou Baru wuu (village baatɔnu). La transcription française du Baru Wuu connait une altération : le colonisateur, à cette époque, a des difficultés linguistiques et phonétiques vis-à-vis des langues à ton. Ainsi, malencontreusement, le Baru Wuu s’écrit désormais Borgou, et ce nom demeure ainsi encore aujourd'hui dans les annales de l’histoire.
Les habitants s’appellent baatɔmbu ou Baru Bibu (fils du Baru Wuu ou Borgou) et parlent la langue baatɔnum. Le Baru Wuu (Borgou) est l’un des départements septentrionaux de la République du Bénin. Il se situe sur la rive droite du fleuve Niger avec une superficie de plus de dont au Nigeria et plus de au Nord-Bénin dans les départements du Borgou, de l'Alibori, de l'Atacora (dans les régions de Kèru, Wassa et Kpande actuel Kouandé) et une partie du Nigéria.
Cette langue est parlée par les baatɔmbu (sing. baatɔnu), appelés improprement Bariba par les colonisateurs.
Généralités
Elle appartient au groupe linguistique gur (langues dites voltaïques) (cf. gourmantché). Cette langue, relativement complexe, possède des classes nominales et des niveaux de tons.
Depuis 1970 environ, elle s'écrit et a été la première langue du pays à être utilisée pour l'alphabétisation, notamment dans le cadre de l'organisation des paysans en groupements villageois (coopératives).
Nomenclature
Dans la littérature l’on rencontre plusieurs termes qui désignent le Baatombum. Les trois termes les plus courants sont cependant : Bargu (Westerman & Bryan (1970) ; Bender-Samuel (1971) Bariba (Lombard (1965); Soutar (1964b, 1966, 1970a), Manessy (1993)Voir bibliographie.) Baatɔnum (Dindi (1984, 1986), Doneux (1965), Prost (1979), Saka (1989), Gouroubéra (2002), Gaba (2003) pour ne citer que ceux-là.
Bargu ne désigne en tout cas pas la langue, le baatɔnum. Borgou étant le nom de la Province/du Département du Nord-Est du Bénin (aujourd'hui séparé en deux: Borgou et Alibori), ce nom est vraisemblablement une déformation due aux colonisateurs et qui devait désigner le territoire habité par des Baatɔmbu. Le terme utilisé par les locuteurs pour désigner leur territoire est le Baru wuu, un composé de Baru- et de -wuu
Baru + wuu → baru wuuqui appartient aux baatɔmbu pays pays des Baatɔnu
Le terme bargu peut en revanche se décomposer en Bàrù et gu. Le premier étant le suffixe qui marque le possessif au niveau des noms de la classe 7. (2) Baru + gu → barugu « qui appartient à la civilisation baatɔnu »
Les exemples en (3) suivants montrent que le radical baru- s’associe à d’autres termes pour indiquer leur appartenance à la civilisation baatɔnu. (3) a- baru + bekuru → baru bekuru « tissu de fabrication artisanale » pagne b- baru + tem → baru tem « territoire baatɔnu » terre c- baru + keu → baru keu « alphabétisation en langue nationale » étude d- baru + tɔnu → baatɔnu « ethnonyme » homme
On observe en 3d la chute du suffixe [-ru] suivie de l’allongement de la voyelle [a]. C’est ce qui explique la dérivation de baatɔnu. On comprendra donc plus facilement qu’en suffixant la marque de la classe 10 /-m/ on dérive le glossonyme baatɔnum. En effet les glossonymes se forment par suffixation de /-m/ aux ethnonymes comme en (4) suivant : (4) a- /baatɔnu + m/ [baatɔnum] « glossonyme » ethnonyme cl.10 b- /kao + m/ [kaom] « langue cab » cab cl.10
Quant au terme Bariba, il reçoit diverses interprétations d’un auteur à un autre.
Le découpage structurel qu’en donne Gaba (2003 :7) n’est pas satisfaisant. Selon Gaba (2003 :7), bariba est formé du radical bari- qui signifie « cheval » et d’un suffixe collectif « ba » qui signifie « homme », l’ensemble donnant le sens de « cavalier » au terme bariba. Mais encore faudrait-il préciser en quelle langue et donc suivant quelles règles s’opère un tel découpage. Car le sens de « cheval » attribué au radical bari- nous renvoie plutôt à la langue Dendi ou Zarma. Mais nous n’avons pas connaissance d’un pareil radical en baatɔnum, même pas au sein des emprunts. Pas plus que l’existence d’un suffixe collectif –ba au sens de « homme ».
Selon LombardOp.cit, ., bariba est un . Ceci nous semble plus convaincant du fait qu’une source orale indique que cette appellation serait inspirée du nom Baba d’une divinité implantée au Nigeria. Ceci reste toutefois à prouver.
Plusieurs études utilisent le terme baatɔnum pour désigner la langue car c’est le nom que les locuteurs eux-mêmes donnent à leur langue. L’ethnonyme est baatɔnu dont le pluriel est baatɔmbu. On utilise aussi baatɔnu comme adjectif dans des constructions du genre « langue et culture baatɔnu ».
Classification
Le baatɔnum est reconnu comme une langue Gur. Mais il n’est pas encore établi une filiation certaine avec d’autres langues du même groupe. Beaucoup d’hypothèses sont formulées.
Koelle (1854), dans sa Polyglotta africana, le range en tant que « ». Westerman & Bryan (1970) et Greenberg (1963 :8) en font respectivement une « single unit » et « un sous-groupe entier ». Bendor-Samuel (1971 :148) estime que , pendant que Naden (1989) le classe comme « possible central Gur ».
L’hypothèse la plus récente et la plus précise reste celle de ManessyOp. cit, . . Selon cette hypothèse, le Baatɔnum est placé au sein du groupe voltaïque central sud à côté du Dogosé-Gan.
Dialectologie
Selon Dubois (1981:150), la dialectologie .
Les diverses formes constituant une langue sont appelées dialectes ou parlers. La dialectologie consiste à étudier les particularités de chacune de ces formes constituant une même langue. Il s’agit également d’établir selon Dubois (1981:270). Ces lignes sont appelées isoglosses. Dans le cadre de la théorie structurale inspirée de l’article is a structural dialectology possible ? de Weinrich (1954), la dialectologie s’assigne pour mission de reconstituer des systèmes supérieurs aux variantes et les propriétés qui permettent également de les différencier. Il s’agit d’une « diasynchronie » au sens de Nicole (1987:40).
Matériaux linguistiques Homogénéité ou non ? La majorité des auteurs qui ont étudié le Baatonum l’ont considéré comme une langue remarquablement homogène suivant l’expression de ManessyOp.cit, ..
WelmersW. E. Welmers, « Notes on the structure of bariba », 28, 1, . n’a pas constaté de différences sensibles entre les parlers de Nikki et Parakou, ni entre ces derniers et le dialecte de Kandi (sauf en ce qui concerne l’inventaire des tons). ProstA. Prost, Le Baatonum, Publication du Département de Linguistique Générale et des Langues Négro-Africaines, Dakar. qui a travaillé à Tobré dans l’ancienne sous-préfecture de Kouandé ne signale que quelques légères différences par rapport au dialecte « central » de Nikki–Parakou, notamment dans la morphologie du verbe. Grossenbacher (1972) désigne par une « tendance à la dégradation » les écarts entre le baatonum « classique » et les parlers « des zones périphériques » : effacement des consonnes intervocaliques ou réduction du nombre des classes nominales ».
Il semble que ces différences relevées par les auteurs eux–mêmes leur paraissent paradoxalement négligeables puisqu’ils en arrivent tous à la conclusion d’une homogénéité de la langue. Certes, nous remarquerons que l’inventaire des unités phonologiques segmentales ne varie pas d’un parler à un autre. Il est aussi vrai que l’intercompréhension est presque parfaite entre les locuteurs de différentes régions. Mais l’étude en dialectologie du Baatɔnum présente un intérêt puisqu’il existe d’un parler à un autre plusieurs particularités morphologiques.
Saka écrit que Th. Saka, Le Système pronominal du baatonum, mémoire de maîtrise, FLASH-UNB, 1989, ..
Variation entre les parlers du Baatonum
Nicole (1987:41) écrit : . Il ajoute que .
En résumé des points de vue des divers auteurs concernant le baatonum, nous retenons qu’il est question des différences au niveau (i) phonétique concernant principalement l’inventaire des sons et leur distribution ; (ii) morphologique aussi bien nominale que verbale ; (iii) de l’inventaire des tons.
Écriture Alphabet majuscules A B D E Ɛ F G GB I K KP L M N O Ɔ P R S T U W Y minuscules a b d e ɛ f g gb i k kp l m n o ɔ p r s t u w y
La transcription du bariba se fait à l'aide de l'alphabet national béninois et nécessite, outre les lettres latines, les caractères spéciaux suivants (issus de l'alphabet phonétique) : pour le o ouvert pour le e ouvert la nasalisation est indiquée à l’aide d’un tilde sur les voyelles .
Comme pour beaucoup d'autres langues africaines la lettre se prononce (comme le français), et se prononce (comme le français).
Proverbe en baatɔnum Voici un proverbe en baatɔnum : . = litt. .
(Anciennement) les chasseurs ayant tué un singe, l'attachaient à l'aide de sa propre queue à une perche qui était portée par deux hommes pour l'amener au village. L'interprétation de ce proverbe est : .
Écritures de 0 à 200 en langue bariba:
0- kam
1- tia
2- yiru
3- ita
4- nnɛ
5- nɔɔbu
6- nɔbaa tia
7- nɔba yiru
8- nɔba ita
9- nɔba nnɛ
10- wɔkuru
11- wɔkura tia
12- wɔkura yiru
13- wɔkura ita
14- wɔkura nnɛ
15- wɔkura nɔɔbu
16- wɔkura nɔɔbu ka tia
17- wɔkura nɔɔbu ka yiru
18- wɔkura nɔɔbu ka ita
19- wɔkura nɔɔbu ka nnɛ
20- yɛndu
21- yɛnda tia
22- yɛnda yiru
23- yɛnda ita
24- yɛnda nnɛ
25- yɛnda nɔɔbu
26- yɛnda nɔɔbu ka tia
27- yɛnda nɔɔbu ka yiru
28- yɛnda nɔɔbu ka ita
29- yɛnda nɔɔbu ka nnɛ
30- tɛna
31- tɛna ka tia
32- tɛna ka yiru
33- tɛna ka ita
34- tɛna ka nnɛ
35- tɛna ka nɔɔbu
36- tɛna ka nɔbaa tia
37- tɛna ka nɔba yiru
38- tɛna ka nɔba ita
39- tɛna ka nɔba nnɛ
40- weeru
41- weeru ka tia
42- weeru ka yiru
43- weeru ka ita
44- weeru ka nnɛ
45- weeru ka nɔɔbu
46- weeru ka nɔbaa tia
47- weeru ka nɔba yiru
48- weeru ka nɔba ita
49- weeru ka nɔba nnɛ
50- werakuru
51- werakuru ka tia
52- werakuru ka yiru
53- werakuru ka ita
54- werakuru ka nnɛ
55- werakuru ka nɔɔbu
56- werakuru ka nɔbaa tia
57- werakuru ka nɔba yiru
58- werakuru ka nɔba ita
59- werakuru ka nɔba nnɛ
60- wata
61- wata ka tia
62- wata ka yiru
63- wata ka ita
64- wata ka nnɛ
65- wata ka nɔɔbu
66- wata ka nɔbaa tia
67- wata ka nɔba yiru
68- wata ka nɔba ita
69- wata ka nɔba nnɛ
70- wata ka wɔkuru
71- wata ka wɔkura tia
72- wata ka wɔkura yiru
73- wata ka wɔkura ita
74- wata ka wɔkura nnɛ
75- wata ka wɔkura nɔɔbu
76- wata ka wɔkura nɔɔbu ka tia
77- wata ka wɔkura nɔɔbu ka yiru
78- wata ka wɔkura nɔɔbu ka ita
79- wata ka wɔkura nɔɔbu ka nnɛ
80- wɛnɛ
81- wɛnɛ ka tia
82- wɛnɛ ka yiru
83- wɛnɛ ka ita
84- wɛnɛ ka nnɛ
85- wɛnɛ ka nɔɔbu
86- wɛnɛ ka nɔbaa tia
87- wɛnɛ ka nɔba yiru
88- wɛnɛ ka nɔba ita
89- wɛnɛ ka nɔba nnɛ
90- wɛnɛ ka wɔkuru
91- wɛnɛ ka wɔkura tia
92- wɛnɛ ka wɔkura yiru
93- wɛnɛ ka wɔkura ita