Le Nyctéreute viverrin (Nyctereutes viverrinus), plus communément désigné sous les noms de Chien viverrin du Japon et de Tanuki du Japon, est une espèce de mammifères de l'ordre des Carnivores (Carnivora) et de la famille des Canidés (Canidae), endémique de l'archipel japonais. Les noms « Chien viverrin » et « Tanuki » désignent cette espèce au sens strict. Originellement décrit comme une espèce distincte de Nyctereutes procyonoides, il fut reclassé comme une sous-espèce de ce dernier sous le nom de N. p. viverrinus, avant que certains chercheurs proposent de le reclasser une nouvelle fois comme espèce distincte sur la base d’études comparatives effectuées au début des années 1990..

Dénominations et classification Nom scientifique : Nyctereutes viverrinus Temminck, 1838 ; Noms normalisés anglais : japanese raccoon dog, tanuki ; Noms vulgaires : Chien viverrin japonais, Chien viverrin du JaponLes noms « chien viverrin japonais » et « chien viverrin du Japon » sont confondus entre l’espèce et la sous-espèce type., Tanuki japonais, Tanuki du Japon, Nyctéreute viverrin (Vieilli)Temminck, C.J. & Schlegel, H. (1842–1845), op. cit., p. 40. Lire en ligne., Nyctéreute du Japon (vieilli)Société nationale de protection de la nature, « Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France : revue des sciences naturelles appliquées », Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France, Paris, Société nationale d'acclimatation de France, 1899 (A46), lire en ligne, notice BnF. ; Noms vernaculaires, pouvant éventuellement désigner d’autres espèces : Chien viverrin, TanukiTemminck, C.J. & Schlegel, H. (1842–1845), op. cit., p. 41. Lire en ligne..Chien viverrin (Nyctereutes procyonoides), sur ManimalWorld (consulté le 3 février 2025).Certains auteurs interprètent le nom « tanuki » comme une dénomination exclusive à cette espèce., Chien-martre, Chien ratonMeyer C. (éd. sc.), 2025, Dictionnaire des Sciences Animales, [en ligne], Montpellier, France, Cirad, [consulté le 29 avril 2025]. , Chien-raton laveur, Nyctéreute (vieilli)., Renard viverrin (vieilli)., Renard du Japon (vieilli) Kretzschmar, Les animaux à fourrure, 1923, Archivé sur Gallica, en ligne., Chien du Japon (vieilli), Petit chien du Japon (désuet).

Taxonomie vignette|gauche | Planche de présentation du « Nyctéreute viverrin » dans la première édition de Fauna Japonica paru en 1842.

L’espèce fut décrite pour la toute première fois par le naturaliste Coenraad Jacob Temminck, à partir des dépouillées expédiées du Japon par Philipp Franz von Siebold lors de son voyage au cours des années 1820. Elle fut considérée comme une espèce distincte sur la base de la couleur de son pelageTemminck, C.J. & Schlegel, H. (1842–1845). Fauna Japonica, sive Descriptio animalium, quae in itinere per Japoniam, jussu et auspiciis superiorum, qui summum in India Batava imperium tenent, suscepto, annis 1823–1830. V, Mammalia. Lugduni Batavorum : Apud Auctorem. Lire en ligne, p. 5.. Le terme viverrinus fait référence aux animaux du genre Viverra de l’Inde duquel l’espèce tire quelque ressemblances.Pour plus de détails sur le rapport entre « tanuki » et « viverridé » voir cette section.. Mais par la suite le taxon fut relégué à un simple synonyme de Nyctereutes procyonoides, formant le nom vernaculaire de l’animal en français.

Dans un bulletin de la revue des sciences naturelles appliqué de la société d’acclimatation de France en 1899, l’éleveur de mammifère G. Pays-Mellier a réussi à se procurer un couple de chiens viverrins issu de l’archipel japonais (Nyctéreute du Japon) et une femelle de Sibérie (Nyctéreute de Sibérie) tous désignés sous le nom de « Nyctéreutes procyonoides » rendant l’éleveur perplexe tant les deux populations montrent certaines différences notables comme l’épaisseur du pelage. Finalement, il ne parvient pas à reproduire la femelle de Sibérie avec son mâle du Japon.

À la suite d’une étude menée vers la fin des années 80, il fut révélé des différences ostéologiques et caryotipiques notables entre les populations continentales et japonaises .. En effet, en plus de posséder des séquences spécifiques dans leur génome mitochondrial, les populations japonaises possèdent un total de seulement 38 chromosomes, contre 54 chez les populations continentales. Un processus induit par un phénomène de translocation robestsonienne., qui se serait accentué après la fonte des glaces qui reliait l’archipel japonais au continent asiatique. Un phénomène généralement associé à un processus naturel de spéciation géographique..

Sous-espèces

Au Japon, bien que certains travaux de recherche mentionnent l’espèce Nyctereutes viverrinus, elle n’a pas de nom vernaculaire spécifique et elle n’est généralement pas non plus reconnue par l’Institut national d'études environnementales タヌキ – Base de données des espèces invasives du Japon, Institut national des études environnementales (NIES), Japon., les populations étant davantage étudiées à une échelle des sous-espèces locales plutôt qu’à la l’échelle de l’espèce en elle-même, tant elles présentent de différences sur le plan écologique.

Sur l’archipel, le chien viverrin japonais est divisé en deux sous-espèce locales distinctes.

Nom et auteur LocalisationSynonymeN. v. viverrinusÎles principales de Honshū, Kyūshū et Shikoku (autochtone). Îles de Sado, Iki et Yakushima (Introduit).N. p. viverrinus (Temminck, 1838)N. v. albusÎle d’Hokkaidō.N. p. albus (Hornday, 1904)

Par ailleurs, la référence taxonomiques de l’espèce est très souvent confondue avec sa propre sous-espèce type : Nyctereutes viverrinus viverrinus. Ils partageant le même taxon : N. p. viverrinus.

Répartition

Comme son nom l’indique, l’espèce a pour son aire de répartition une grande partie des grandes îles composant l’archipel japonais, à savoir les îles de Honshū, Kyūshū et Shikoku, mais aussi l’île septentrionale d’Hokkaidō. Dans le cadre de son élevage pour le commerce de la peau et de la fourrure, il fut introduit sur diverss îles à des périodes plus ou moins éloignées dans le temps, comme sur l’île de Sado. Sur les îles où il a été introduit dans les périodes les plus récentes, sa présence est indésirable et il représente une menace pour les écosystèmes locaux, notamment sur l’île de Yakushima.

Caractéristiques

Description

Tout comme les autres sous-espèces le tanuki du Japon se caractérise également par un corps longiligne, des membres courts et un masque facial sombre. Cette apparence évoque d'autres animaux comme le raton laveur, le blaireau ou plus particulièrement la civette, avec lesquels il est parfois confondu. Son crâne est petit, ses oreilles sont courtes et rondes et son museau est fin et allongé. Il possède également un masque facial s’interrompant entre les deux yeux. Il possède cinq doigts sur les membres antérieurs et postérieurs. Les pouces des membres antérieurs sont séparés des autres doigts et sont plus proches des chevilles, une physionomie particulière lui permettant de s’accrocher à l’écorce des troncs d’arbres pour y grimper.

Dimensions

Le tanuki du Japon est une espèce significativement plus petite et plus légère que l’espèce continentale. N. v viverrinus est considérée comme la population aux dimensions les plus petites, avec une longueur minimale d’une trentaine de centimètres contre une cinquantaine pour toutes les autres. Le chien viverrin d’Hokkaidō, sous-espèce adaptée au froid, est également plus petite que la sous-espèce sibérienne d’une dizaine de centimètre.

Fourrure

Le pelage du tanuki du Japon est bien plus court, que celui que les autres populations continentales, offrant une isolation thermique moindreClaudio Sillero-Zubiri, Michael Hoffman et David W. MacDonald, Canids: Foxes, Wolves, Jackals, and Dogs: Status Survey and Conservation Action Plan, Gland (Suisse) et Cambridge (Royaume-Uni), IUCN, 2004, p. 136 (lire en ligne)., même chez le chien viverrin d’Hokkaidô, qui compense par la poussée d’un très épais pelage hivernal. La couleur générale du pelage tourne autour d’une certaine prévalence d’un brun clair, presque jaune, avec des nuances de grisâtre au de roussâtre. Le masque facial noir est bien marqué. Des marques plus claires, d’un jaune presque blanchâtreMurata 2023, p. 188., forment un collier qui fait le tour de la gorge et remonte par l’épaule.

Écologie Habitat

Les tanukis du Japon occupent une grande diversité de milieux, principalement dans les satoyama, des zones semi-boisées, des clairières au pied des montagnes, des sous-bois denses et en bordure de forêt proches de points d’eauKumagai 2006, p. 28.Sapporo Maruyama Zoo, sur city.sapporo.jp.. Ils s’installent généralement dans des terriers déjà occupés ou bien abandonnés par d’autres animaux comme le blaireau japonais pour la sous-espèce continentale, ainsi que dans des cavités dans le bois mort ou dans la roche comme c’est le cas pour la sous-espèce d’HokkaidôMiyaki 2009, p. 3.Kumagai 2006, p. 27.. Autour de ces sites de repos, ils creusent parfois des latrines : des zones de défécation collectives qui jouent un rôle dans la fertilisation des sols et dans la communication olfactive entre individusKumagai 2006, p. 16.Miyaki 2009, p. 2.. La sous-espèce nippone fréquente principalement les forêts mixtes de feuillus et de conifères situées près de lacs, de rivières ou du littoralCastelló 2018, p. 267.. Toutefois, elle se distingue par sa remarquable capacité d’adaptation aux environnements urbains : on peut la rencontrer dans les quartiers métropolitains de Tokyo, où elle utilise les caniveaux, les égouts souterrains ou de simples haies pour se déplacer et se reposer. Sa tolérance à la présence humaine est élevée, ce qui explique sa survie dans les zones densément peuplées. En revanche, la sous-espèce d’Hokkaidō montre une préférence plus marquée pour les milieux forestiers strictsCastelló 2018, p. 269.. Elle reste généralement à l’intérieur des bois tant le jour que la nuit, et ses sites de repos se situent au cœur des zones boisées. Elle est rarement observée en lisière de zones agricoles ou urbaines.

Activité

Le tanuki du Japon a une activité relativement nocturne, l’activité diurne est plus marquée chez la sous-espèce d’Hokkaidō, tandis que celle du Japon est plutôt crépusculaire à nocturne. Du fait des températures relativement douces toute l’année, le chien viverrin du Japon peut rester actif sans besoin d’entrer dans son état de pseudo-hibernationKumagai 2006, p. 18., ce qui a laissé supposer qu’il s’agissait d’une caractéristique du chien viverrin japonais en tant qu’espèce.Cependant, la sous-espèce d’Hokkaidō, soumise à un climat rigoureux, est contrainte de rester inactive lors des grands froids de l’hiver sur l’île, à l’issue d’une prise de poids en réserves graisseuses jusqu’à 50 % de sa masse totale à l’automne.

Régime alimentaire

Le tanuki du Japon est un omnivore opportuniste dont le régime alimentaire se distingue par une grande diversité et une forte capacité d’adaptation. Sa niche alimentaire est bien plus large que celle de la majorité des autres carnivores : son alimentation inclut aussi bien des proies animales que des matières végétales, telles que des fruits ou des graines. Cette flexibilité lui permet de s’ajuster à la disponibilité saisonnière des ressources dans différents environnements, qu’ils soient forestiers, humides ou périurbains.