Al-Shajara (), également transcrit Sha'ara, était un village palestinien détruit et expulsé par Israël pendant la première guerre israélo-arabe ; ses habitants ont été forcés de l’abandonner et sont devenus dess réfugiés. Le village se trouve à 14 km à l’ouest de Tibériade sur la route principale vers Nazareth, près des villages de Lubya et de Hattin. Le village est à 5 km de Nazareth.

Al-Shajara était le quatrième village par taille dans le district de Tibériade. Son économie était basée sur l’agriculture. En 1944/45, 2102 dounams (210 hectares) était semés de céréales et 544 dounams (54,4 hectares) étaient irrigués ou plantés de figuiers ou d’oliviers.

Le dessinateur Naji al-Ali est né à Al-Shajara.

Géographie vignette|gauche|Le village en 1910.

En arabe, ash-Shajara signifie "l’arbre".

Le village est à 14 km à l’ouest de Tibériade et se trouve à une altitude moyenne de 250 mètres au-dessus du niveau de la mer« Welcome To al-Shajara - الشجرة (אלשַגַ'רָה) », Palestine Remembered, consulté le 12 mai 2025.« al-Shajara — الشَجَرَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 12 mai 2025..

Situé sur le versant est d’une colline, le village est bordé à l’est par un oued ; il est situé sur la route principale entre Tibériade et Nazareth.

Histoire

Des céramiques byzantines ont été trouvées près du villageDauphin, 1998, 725.. Les Croisés appelaient al-Shajara « Seiera »Khalidi, 1992, 540..

Parmi les vestiges retrouvés à al-Shajara, se trouvent des tombes creusées dans le roc, les fondations d’une église, des inscriptions sur pierre.

Empire ottoman

En 1596, al-Shajara faisait partie de l’Empire ottoman, de la nahiya (sous-district) de Tibériade et de la liwa (district) de Safed ; sa population était de 60 familles musulmanes. Elles payaient une taxe de 25% sur les produits agricoles, dont le blé, l’orge, les olives, les fruits, et le coton, ainsi que sur les chèvres, les ruches, les vergers, et le pressoir à huile et à vin, pour un total de akçe. Les 5/24 des taxes allaient à un Waqf, le reste étant attribués sous le régime du à des individus pour leurs services militairesHütteroth, Abdulfattah, 1977, 190..

Une partie de la cavalerie française stationne au village pendant la campagne d'ÉgypteThomson, 1860, 216.. Une carte de Pierre Jacotin montre l’emplacement du village, indiqué Chagara.

Voyageant en Palestine sous le pseudonyme de cheikh Ibrahim Ibn 'Abd Allah., le savant suisse Johann Ludwig Burckhardt passa dans la région vers 1812 et décrit la plaine autour du village comme couverte d’artichauts sauvagesBurckhardt, 1822, 333.Cité par Khalidi, 1992, 541. ; William McClure Thomson signale que al-Shajara (Sejera) est entourée par des haies de cactus énormesThomson, 1860, 117.. Il signale les bois de chênesThomson, 1860, 136..

Des réfugiés algériens fuyant la colonisation française y sont installés par l'Empire ottoman dans la deuxième moitié du Mustafa Abbasi, « Samakh: The Rise and Fall of a Palestinian Arab Town on the Shores of the Sea of Galilee », Holy Land Studies: A Multidisciplinary Journal (Edinburgh University Press). mai 2013, Vol. 12 1, 94. DOI: 10.3366/hls.2013.0061..

Victor Guérin visite Sadjera ou Chadjera en 1870. En 1875, il , ainsi qu'un puits dans lequel on descend par une vingtaine de marches.

Gottlieb Schumacher a trouvé de vieilles tombes et d’autres antiquités quand il explore la zone vers 1880Schumacher, 1889, 75-79.. À la fin du , le village est décrit comme fait de maisons construites en pierre, abritant 150 habitants. Il est entouré de terres cultivables, plantées de figuiers et d’oliviers ; une source se trouvait au sudConder, Kitchener, 1881, SWP I, 361. Cité par Khalidi, 1992, 541..

En 1907, les habitants de la colonie juive voisine de Sejera se sont installées sur des terres du village qu’ils venaient d’acheter à la famille Sursock (voir achat Sursock). Cette vente et cette installation ont déclenché des attaques de la part des habitants d’al-ShajaraKhalidi, 2010, 103-106..

Durant la Première Guerre mondiale, des juifs Kurdes de Mossoul fuient la famine dans le nord de l’Irak et s’installent à Al-Shajara où ils vivent au sein des familles arabes. Ils ne quittent le village qu’à partir de la grande révolte arabe quand, en tant que juifs, ils sont assimilés aux sionistesRochelle A. Davis, Palestinian Village Histories. Geographies of the Displaced, Stanford : Stanford University Press, 2011, collection « Stanford Studies in Middle Eastern and Islamic Societies and Cultures ». , 190..

Mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d’Al-Shajara est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de 1922, la population de Sjajara était de 543 personnes, dont 391 musulmans, 100 juifs et 52 chrétiensBarron, 1923, Table IX, Sous-district de Tibériade, 39., les chrétiens étant tous orthodoxesBarron, 1923, Table XVI, 51.. Au recensement de 1931, Esh Shajara avait 584 habitants, dont 559 musulmans et 28 chrétiensMills, 1932, 85. ; et en 1945, les statistiques de village indiquent 770 habitantsDepartment of Statistics, 1945, 12.Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril, 1945. cité par Hadawi, 1970, 73., dont 720 musulmans et 50 chrétiens. Au même recensement, le village avait 2102 dounams de terres cultivées en céréales, et 544 dounams irrigués ou plantés en vergersKhalidi, 1992, 541.Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 123., et 100 dounams construitsGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 173.. Sur les 3754 dounams du village, 61 appartenaient aux Juifs, 2757 aux Arabes et 936 étaient des terres publiques.

Les livres du souvenir palestiniens permettent de mieux comprendre la vie quotidienne des Palestiniens avant 1948. Al-Shajara avait une particularité : contrairement aux femmes des villages voisins, les femmes d’Al-Shajara n’allaient pas au marché pour vendre leurs produits en excédent, notamment les œufs, le lait et le fromage. Ce détail est dû à plusieurs causes : d’abord, une partie était vendu aux habitants de la colonie sioniste de Sejera, du moins jusqu’à la grande révolte arabe de 1936-1939 ; le reste de l’excédent était mis de côté par les fellahin pour les pauvres et les hôtesR. A. Davis, 2011, 105..

Une école de garçons est fondée pendant la période du mandat britannique.

Guerre de 1948

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Shajara est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.. La population estimée en 1948 est de 893 habitants.

Al-Shajara est touchée pour la première pendant la guerre de 1948 à la mi-février, quand une bataille oppose les Arabes et la Haganah dans la vallée de Baysan. Une attaque de diversion est lancée contre le village ; le , la Haganah s’infiltre de nuit dans le village et démolit deux maisons à l’explosif. L’armée de libération arabe (ALA), installée pour défendre al-Shajara, affronte et défait les forces du Yishouv début marsTal, 2004, 338-340.. Le , la brigade Golani reçoit l’ordre de nettoyer la Galilée orientale, et passe à l’action immédiatementIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 123.. Le bataillon de la brigade Golani s’empare d’al-Shajara. Toute la population du village prend la fuite, laissant 20 morts derrière elleKhalidi, 1992, 541, citant le New York Times ; selon la Haganah, les .Morris, 2004, xvii, village #100.Morris, 2004, 186, note #179, 275.. Pendant cet assaut, une autre unité de la Haganah encerclait Lubya pour empêcher des renforts de parvenir à al-Shajara. Néanmoins, une contre-attaque est lancée de Kafr Cana et de Tur'an, sans succès. L’ALA lance plusieurs autres assauts pour tenter de reprendre le village, là aussi sans succès ; le , le poète Abed al-Rahim Mahmoud est tué durant un de ces assauts.

L’historien palestinien Walid Khalidi décrit l’emplacement du village en 1992 : . En 1998, le nombre total de réfugiés descendant des habitants de al-Shajara est estimé à 5485.

Personnalités Naji al-Ali, dessinateur, assassiné à Londres en 1987

Voir aussi

Articles connexes

Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948

Liens externes Welcome to al-Shajara al-Shajara, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 6: IAA, Wikimedia commons Shajara from the Khalil Sakakini Cultural Center , from Dr. Moslih Kanaaneh , November 25, 2006 Zochrot Booklet about Shajara, downloadable, from Zochrot

Notes

Bibliographie

(p. 384)

Catégorie:Algériens de Palestine Catégorie:Localité conquise par Israël durant la guerre israélo-arabe de 1948 Catégorie:Localité palestinienne dépeuplée Catégorie:Sous-district de Tibériade Catégorie:1948 en Palestine Catégorie:Village détruit en Israël