Al-Dawayima, Dawaymeh ou Dawayma () était un gros village palestinien, situé dans le sous-district d'Hébron de la Palestine mandataire, actuellement dans la région d’Hevel Lakhish, à environ 15 kilomètres au sud-est de Kiryat GatZafrir Rinat, 'Bulldozing Palestinian History on Israel's southern hills', Haaretz, 22 juin 2013..
Selon un recensement de 1945, l’agglomération comptait , y compris la population des khirbets proches. Pendant la guerre de 1948, la population a été massacrée par l’armée israélienne, avec des bilans différents selon les sources. Les hommes du bataillon ont également commis des viols, forcé la population à fuir et détruit le village.
En 1955, Israël a remplacé les ruines de la ville par le moshave d’Amatzia.
Géographie
Le village se trouvait à 18 km d’Hébron, à une altitude moyenne de 350 m « al-Dawayima — الدَوايمَة, The Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 14 mai 2025.. Il s’étalait sur une crête rocheuse, lui donnant une excellent vue vers l’est. Deux routes secondaires le reliait l’une à Idna, l’autre à al-Qubayba au nord-ouest, et de là à une route principale. Ayant une forme d’étoile, le village s’étendait dans toutes les directions, mais particulièrement le long des deux routes. Toutes les terres étaient propriétés arabes, et plus de la moitié étaient cultivables.
Les habitants d’al-Dawayima cultivaient surtout des céréales, blé et orge, mais aussi du maïs et des légumes. Des vergers fournissaient des figues, du raisin, 1206 dounams étant irrigués ou plantés en vergers. Chacun des 27 clans avait un cheptel de 200 à 300 brebis et chèvres, quelques vaches et chameaux. L’artisanat produisait des tentes et des sacs à grain ; la tannerie et la vannerie étaient aussi importantes. Entre 20 et 30 boutiques, dix bouchers, deux moulins à farine animaient le village. À partir de 1944, un marché hebdomadaire le vendredi attiraient des commerçants de la zone allant de Gaza à Hébron ; il était appelé le suq al-barrayn, le marché des deux terrains, car il attirait autant de personnes de la plaine que des montagnes.
Histoire
Al-Dawayima est parfois identifiée avec la ville de l’Ancien Testament de Bosqat, la patrie de la mère de Josué, Jedidah, bien que cette association ne reçoive pas une approbation généraleJennifer L. Groves, « Boskath », in David Noel Freedman, (ed.) Eerdmans Dictionary of the Bible, Wm B.Eerdsmans/Amsterdam University Press 2000 198..
Les vestiges archéologiques retrouvés à al-Dawayima couvrent une longue période allant de l’âge du bronze à l’Empire ottoman, en passant par l’empire perse et la période hellénistique. La destruction au bulldozer des restes du village pour préparer la construction du village israélien a permis la découverte d’un moulin à huile, d’une grotte colombarium, d’une villa de l’époque de la période du Second Temple, plusieurs mikvehs et des citernes.
Le clan principal d’al-Dawayima était les Ahdibs, qui font remonter leurs origines à la conquête arabe, au Morris, 2004, 469..
Empire ottoman
À la fin de la période ottomane, en , Edward Robinson visita la région à l’époque des moissons. Il décrit al-Dawayima comme située sur une colline, avec une vue sur plusieurs villages vers l’est. Pendant la moisson, plusieurs chrétiens de Beit Jala étaient employés comme laboureurs ; la récolte d’orge s’achevait alors que la moisson du blé commençaitRobinson, Smith, 1841, vol. 2, 400-402.. Le village est alors musulman et situé entre les montagnes et Gaza, et dépendant du gouvernement d’el-KhulilRobinson, Smith, 1841, vol. 3, Appendix 2, 117..
En 1863, Victor Guérin passe à cet endroit, et estime la population à 900 habitantsGuérin, 1869, 342-3, 361. ; une liste de villages ottomane de 1870 estime la population de Dawaime à 85 pour 34 maisons, en ne comptant que les hommesSocin, 1879, 151.Hartmann, 1883, 144 trouve 100 maisons..
En 1883, l’enquête du PEF décrit al-Dawayima comme un village perché sur une colline pierreuse entouré d’oliviers et un sanctuaire surmonté d’une pierre blancheConder and Kitchener, 1883, SWP III, 258. Cité par Khalidi, 1992, 213..
Les habitants étaient musulmans et entretenait plusieurs sanctuaires, dont le principal était celui de Shaykh ´Ali. Il était doté d’une grande cour, de plusieurs pièces et d’un grand hall pour les prières, et entouré de figuiers et de caroubiers, et de cactus. Il attirait des visiteurs des villages voisinsHudayb, 1985, 54. Cité par Khalidi, 1992, 213.. La mosquée Zawya se trouvait au centre du village et était entretenue par les Darawiesh, des fidèles de la tariqa al-khalwatiyya, un ordre soufi mystique créé par cheikh Omar al-Khalwati (mort en 1397)Glassé, 1989, 221. Cité par Khalidi, 1992, 213.Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 90..
Mandat britannique
Au recensement de 1922, AI Dawaima avait une population de , tous musulmansBarron, 1923, Table V, Sub-district of Hebron, 10., passant à celui de 1931 à 2688, tous musulmans, et 559 maisonsMills, 1932, 28..
Les villageois ont agrandi et rénové la mosquée dans les années 1930, et ajouté un grand minaret. Une école est aussi construite en 1937, ainsi que des citernes collectant l’eau de pluie ; des puits sont aussi creusés dans les années 1940.
Dans les statistiques des Villages de 1945, Al-Dawayima avait musulmansGouvernement de Palestine, Department of Statistics, 1945, 23. avec de terresGouvernement of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 50 .
En 1944/45, dounams du village étaient consacrés aux céréales, 1206 étaient irrigués ou utilisés pour les vergersGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 93 et 179 étaient construitsGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 143 .
L’institut des études palestiniennes et le musée palestinien décrivent ainsi le bâti : Les boutiques étaient réparties dans les différents quartiers du centre du village. Les maisons étaient construites en pierre et en terre, séparées par des rues étroites et des ruelles. Les maisons les plus anciennes étaient regroupées. Chaque groupe de maisons partageait un hawsh, une grande cour que les femmes utilisaient pour accomplir leurs tâches ménagères, les enfants pour jouer, et les familles pour se réunir le soir et aux occasions spéciales. Le village s’agrandissant, de nouvelles maisons furent construites en-dehors du cœur du village. Ces maisons plus grandes utilisaient des pierres blanchies à la chaux et certaines d’entre elles avaient des murs épais appelés jidaris. Chaque maison avait deux niveaux, le niveau supérieur étant occupé par la famille et le niveau inférieur par les animaux. Les maisons les plus aisées avaient leur propre cour et de grandes pièces de réception en plus des espaces réservés aux animaux Shops were scattered throughout the various neighborhoods of the village center. Houses were made of stone and mud, separated by narrow streets and alleys. The older houses were clustered closely together. Each set of houses shared a hawsh, a large courtyard that provided space for women to do their domestic chores, for children to play, and for families to gather in the evening and on special occasions. As the village expanded people began to build new houses outside of the village core. These new houses were larger and built of whitewashed stone some of them had thick, stone walls and were called jidaris (from the Arabic word for wall, jidar)....Each house had two levels: the upper level was occupied by the family members and the lower level by their animals. The houses of the well-to-do villagers had their own courtyards and large guest rooms, in addition to animal stables
Guerre de 1948 et massacre
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, ad-Dawayima est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
D’après le rapport du conseil des réfugiés arabes, il y avait à al-Dawayima en , car de nombreux Palestiniens expulsés des villages voisins s’y étaient réfugiés Rapport du Comité des réfugiés arabes, 14 juin 1949.. De nombreuses escarmouches avaient lieu entre les Juifs des colonies et les habitants des villages de la région depuis les derniers mois du mandat britannique. Le comité local avait acheté quelques fusils et de faibles quantités de munitions pour se défendre. Des combats féroces avaient eu lieu contre les membres des colonies, comme celle de Goush Etzion. En , les troupes israéliennes occupent les villages voisins, comme Al-Maqhaz. Fin octobre, les Forces de défense d'Israël (FDI) brisent la trêve en lançant l’opération Yoav, attaquant al-Faluja et Iraq al-Manshiyya. Le danger se rapprochant, des gardes de nuit sont organisées. Le , les troupes égyptiennes se retirent de la zone vers Hébron et les habitants de Bayt Jibrin et al-Qubayba fuient leurs villages à leur suite, créant ainsi la poche de Faluja (où a combattu Nasser. Ne pouvant obtenir d’aide des armées arabes, la panique s’installe dans le village et quelques femmes, enfants et vieillards prennent la fuite le 28.