Alexandre Vassilievitch Souvorov (en ; en français, on a aussi dit Souvarov), né le et mort le , comte Rymnitski, prince Italiski (1799) en raison de sa campagne en Italie, comte du Saint-Empire romain germanique, est un généralissime russe.
Souvorov est l'un des rares généraux à n'avoir jamais été vaincu. Il devint également célèbre pour son ouvrage, La Science de la Victoire, où il compila et résuma ses principes militaires en formules simples et accrocheuses : « La balle est une chose folle, seule la baïonnette sait ce qu'il en est », « Meurs, mais sauve ton camarade ! » ou encore « Ce qui est dur à l'entraînement sera facile pendant la bataille ». Il enseigna à ses hommes à être excessivement offensifs, une nouvelle citation le confirmant : « Attaquez avec le fer ! Poussez avec la baïonnette ! ». Il était particulièrement proche de ses hommes, les gratifiant du titre de « frères », et rendait « l'inspiration » à l'origine de ses plans et stratégies géniaux.
Biographie Formation et débuts Né à Novgorod d'une famille noble, il est le fils d'un officier supérieur et est formé à l'école des Cadets de Saint-Pétersbourg.
Entré au service à l'âge de 12 ans comme simple fusilier dans le régiment Seimonov pendant la guerre russo-suédoise (1741-43), il se distingue contre les troupes prussiennes pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Il est nommé sous-officier à l'age de 19 ans après avoir été caporal durant 2 ans. Il passe ensuite sergent devient lieutenant en 1754 (à ) puis commandant de Memel en qualité de lieutenant colonel en 1756 (à )Alphonse de Beauchamp : [Campagne des austro-russes en Italie en 1799, Volume 2, page 3]. En 1759, il fait sa première campagne sous les ordres du prince Wolgonski et du général en chef comte Fermor. Il participe à la bataille de Kunersdorf, où les Russes remportent une grande victoire contre Frédéric II de Prusse. Souvorov y démontre son courage et son opiniâtreté. Il parvient au grade de colonel en 1762 (à ).
En 1768, il sert en Pologne au moment de la guerre de la Confédération de Bar. Durant les campagnes de 1769 à 1772, qui précèdent le premier partage de la Pologne, ses troupes s'emparent de Cracovie ; il est alors promu au grade de général major et obtient la décoration de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski.
Le général En 1773, Souvorov est envoyé en Crimée durant la guerre contre les Turcs. Il s'y bâtit une réputation d'invincibilité en écrasant l'armée tatare à Kozludža en 1774.
Rappelé en Prusse, après la guerre de Pologne, dans laquelle les confédérés polonais luttent contre l'envahisseur russe, Souvorov contribue à la défaite de l'armée d'Emelian Pougatchev, qui avait soulevé des Cosaques et des Tatars, dévasté et soumis une vaste étendue des actuelles Ukraine et sud-est de la Russie, et qui, secondé par les moines et les mécontents de l'intérieur, se flattait déjà de placer sur sa tête la couronne sanglante de Pierre III, dont il avait pris le nom.
Arrivé dans la région du Don, il s'empare de Pougatchev que des traîtres lui ont livré pour la somme de . Il est le premier à l'interroger puis le ramène dans une cage à Moscou pour y être décapité.
De 1777 à 1783, Souvorov continue à se distinguer en Crimée et dans le Caucase. Il réprime entre autres une révolte des peuples caucasiens musulmans en 1780.
Lieutenant-général après la victoire remportée sur l'Empire ottoman, sous les murs de Silistra, il soumit, en 1783, les Tatars du Kouban et de Badzink, et leur fit prêter serment de fidélité à sa souveraine, la Grande Catherine.
Ses exploits le font monter en grade. Il est promu lieutenant-général en 1780 et général d'infanterie en 1783, il fut récompensé par la grand'croix de l'ordre de Saint-Vladimir et par le portrait de Catherine II, que l'impératrice lui envoya enrichi de diamantsIl porta toujours depuis ce portrait quand il quittait la pelisse de peau de mouton qui formait son vêtement à l'armée.. S'il était courtisan, il l'était à sa manièreIl avait compris qu'un dévouement sans bornes, d'importants services ne suffiraient pas pour le faire distinguer de Catherine ; il voulut se singulariser par des bizarreries propres à frapper l'imagination d'une souveraine blasée sur tout. Souvorov avait deviné Catherine, comme il avait deviné le soldat russe, l'impératrice le préférait à tout parce qu'il ne ressemblait à personne..
Guerre contre l'Empire ottoman thumb|upright|Portrait d'Alexandre Souvorov (1786), par Dmitri Levitski, musée Tropinine, Moscou.
En 1787, à la suite de l'annexion de la Crimée par les Russes, l'Empire ottoman déclare la guerre à la Russie. Catherine II veut d'abord s'emparer de la forteresse d'Özi (Öçak ou Otchakov), qui contrôle l'embouchure du Dniepr. C'est Souvorov qui y est envoyé. Le général vainc d'abord ses adversaires à Kinbourn. Puis il assiège Özi dont il s'empare en 1788. Il franchit ensuite le Dniestr, entre en Moldavie et y bat les Turcs successivement à Focșani et à la rivière Râmnic. Par la suite, il sera nommé comte d'Otchakov (forme russe d'Özi) et comte Rymnitski (de Rymnik, forme russe de Râmnic)Les noms tatar, turc ou roumain de cette région sont entrés dans les sources historiques en anglais ou français d'après leurs formes russes : Otchakoff ou Otchakov pour Özi (turc) - Öçak (tatar) - Oczaków (polonais), Kinbourn pour Kın-burun (« cap du fourreau » en turc), Ismaïloff ou Toutchkoff pour Izmail (Ismaïloff dans la lettre de Souvorov à Catherine II, Toutchkoff dans A.P. Koval, Знайомі незнайомці: Походження назв поселень України, Kiev-Lviv 2001), Rymnik pour Râmnic, Jassy pour Iași (Ясский мир) : lire le « Dictionnaire encyclopédique » Dictionnaire encyclopédique Brockhaus et Efron de 1890-1907..
Après les victoires remportées par les Russes et les Autrichiens alliés, pendant les années 1788 et 1789, une place importante résistait : c'était Izmaïl, la plus importante forteresse turque aux bouches du Danube et l'une des plus importantes d'EuropePendant sept mois le général Goudovitch l'avait vainement assiégée. Le favori Potemkine, accoutumé à faire tout fléchir sous ses volontés, dans les camps comme à la cour, et indigné d'un échec qu'il crut porté à sa gloire comme généralissime, ordonna à Souvorov de laver cet affront dans le sang des musulmans et d'emporter « Ismaïlov » à tout prix..
En 1790, Souvorov assiège IzmaïlSouvorov marcha avec la plus grande célérité par un hiver rigoureux, franchit tous les obstacles, et trois jours après son arrivée devant la place, il rassemble ses soldats et leur annonce l'assaut : « Amis, leur dit-il, ne regardez pas les yeux de l'ennemi, regardez sa poitrine, c'est là qu'il faut enfoncer vos baïonnettes ; pas de quartier, les provisions sont chères. ». Le , il donne un ultimatum de aux assiégés sinon ce sera l'assaut et la mort. Les Ottomans refusent de se rendre ; Souvorov la prend d'assautDeux fois les Russes sont repoussés avec un horrible carnage ; Souvorov ordonne une troisième attaque. Cette fois ses grenadiers emportent d'abord les ouvrages extérieurs et pénètrent enfin, après des efforts inouïs, dans l'intérieur de la ville. Ils se précipitent aussitôt dans les mosquées où les habitants s'étaient réfugiés, dans les maisons et les jardins ; tout ce qui se trouve sur leur passage est inhumainement égorgé, et leur chef farouche, les animant au carnage, leur criait d'une voix de tonnerre : коли! коли!(Embroche ! Embroche !).. Pendant trois jours, il laisse ses soldats massacrer les civils musulmans de la villeLe meurtre et le pillage marchèrent de front ; près de et plus de périrent durant cette journée sanglante, et Souvorov, sur les ruines embrasées de la cité conquise, écrivait à Catherine dans le style singulier et laconique qu'il savait lui plaire :
C'est en vers quelquefois que Souvorov adressait ses rapports à l'impératrice. Ainsi, dans une de ses premières campagnes, après avoir pris la ville de Tutrakan, en Bulgarie, il en avait instruit Catherine par un distique russe, que l'on peut traduire ainsi :
Ses ordres du jour et ses proclamations à l'armée étaient souvent aussi rédigés en vers..
Le traité d'Iași de 1792 donne aux Russes tout le littoral de la mer Noire entre Azov et le Kouban, comprenant les bouches du Boug et jusqu'à celles du Dniestr.
La campagne de Pologne thumb|upright|Timbre de l'Union soviétique, Alexandre Souvorov, 1980 (Michel 5009, Scott 4878).
Après la paix russo-turque, Souvorov est de nouveau transféré en Pologne où vient d'éclater l'insurrection menée par Tadeusz Kosciuszko. Chargé par Catherine II de l'écraser, il s'y engage avec ardeur. Souvorov avait donné à Izmaïl une preuve d'obéissance qui devait le faire préférer à tous les généraux russes pour cette mission. Ce fut lui, en effet, qui fut chargé d'entrer dans ce pays, avec un nombreux corps d'armée, pour seconder les opérations du général de Fersen qui venait déjà d'accabler, par ses forces supérieures, la petite armée polonaise.
Il remporte d'abord la bataille de Maciejowice où il réussit à faire prisonnier Kosciuszko lui-même. Sa faible troupe était vaincue et dispersée. Souvorov n'était pas chargé de vaincre, mais d'anéantir.
Attaquant, avec sa fougue ordinaire, tous les corps polonais qui tenaient la campagne, il marche droit sur Varsovie qu'il encercle. Le , une foule de citoyens tente de lui résister dans le faubourg de Praga. L'assaut est donné, l'armée russe marche sur sept colonnes, s'empare, dès la première attaque, des fortifications qu'une artillerie insuffisante défendait et, sur ordre de Catherine II, massacre près de Michał Tymowski, Une histoire de la Pologne, .
Après la prise de la villeVarsovie ouvrait ses portes à Souvorov peu de jours après, et quand une députation vint lui présenter les clefs de la ville, il les porta à sa bouche et dit en les élevant vers le ciel : « Dieu tout-puissant, je vous rends grâce de ne m'avoir pas fait payer cette place aussi cher que… » et se tournant du côté de Praga, la voix lui manqua et il versa des larmes. Mais il avait obéi. Catherine était satisfaite. Elle lui écrivit : « Vous savez que je n'avance jamais personne avant son tour ; je suis incapable de faire tort à un plus ancien ; mais c'est vous qui venez de vous faire Generalfeldmarschall vous-même, par la conquête de la Pologne. » Cette lettre accompagnait l'envoi d'une couronne de laurier en or massif parsemée de diamants valant à elle seule cinq cent mille roubles et un bâton de commandement en or également enrichi de pierreries. À ces riches présents, l'impératrice joignit le don de plusieurs propriétés considérables et de vingt mille paysans., la tsarine le nomme Generalfeldmarschall. Il commande Varsovie jusqu'à sa rentrée à Saint-Pétersbourg en 1795.
La disgrâce vignette|Musée et buste classé numéro : 05-243-0052. dans sa maison, où il écrivit L'art de la victoire. Malheureusement pour Souvorov, sa souveraine, pour laquelle il professait un véritable culte, meurt d'une attaque d'apoplexie : il la regrettera amèrement pendant les dernières années de sa vie. Le , Paul succède à Catherine II.