thumb|Sceau de l'Académie du Concert de Lyon 1714. Caducée croisé d’une lyre surmontée d’une couronne de lauriers. Cachet apposé sur la collection musicale de l’Académie.

L’Académie du Concert de Lyon est une société musicale fondée en 1713 dans la ville de Lyon, et active jusqu'en 1773. Elle joua un rôle important dans la vie musicale lyonnaise du , en constituant l’une des bibliothèques musicales les plus importantes du royaume et en organisant des concerts réguliers composés d’un répertoire essentiellement français.

En 2013, un ensemble instrumental reprend le nom d’Académie du Concert de Lyon. Spécialisé dans l’interprétation historiquement informée de la musique baroque, mais sans lien institutionnel direct avec l’organisation historique, il se propose de faire revivre l’esprit du Concert lyonnais.

Organisation

L’Académie du Concert fut fondée en 1713 à Lyon, sous le nom d’Académie des Beaux-Arts«L'Académie des Beaux-Arts, dès 1713, fut formée par des amateurs de la poésie, de la musique et des beaux-arts qui tinrent des assemblées et des conférences. Ils composaient des paroles, les examinaient, les mettaient en musique, et les exécutaient eux-mêmes. Il subsiste un cahier, imprimé en 1714, des paroles et de la musique d'un divertissement que cette compagnie donna à M. le Maréchal de Villeroy». Série de pièces aux Archives départementales, D. 448.Art . XVI. — L'Académie s'assemblera deux jours de chaque semaine, l'un pour les CONFÉRENCES qui auront pour objet les BEAUX-ARTS, et l'autre pour le CONCERT. Le jour des Conférences sera fixé au Samedi à trois heures, et celui du Concert au Mercredi à quatre heures et demie, depuis le commencement du mois de Novembre jusqu'à la fin d'Avril ; et à cinq heures depuis le commencement du mois de Mai, jusqu'à la fin d'Octobre. Lorsque le Mercredi se trouvera être un jour de Fête, le Concert sera remis au lendemain, ou à un autre jour indiqué par les Officiers. A l'égard des conférences, elles se tiendront toujours le Samedi. Statuts de l'Académie, Léon Vallas (1908), p.54-58., par deux figures locales : Nicolas-Antoine Bergiron de Briou du Fort-Michon (1690-1768), musicien et compositeur âgé de vingt-deux ans, et Jean-Pierre Christin (1683-1755), scientifique, musicien (joueur de viole de gambe) et fils de négociant, âgé de trente ans à peine.

Conçue comme une société savante et artistique, l’Académie réunissait des amateurs éclairés et quelques musiciens professionnels bénévoles, animés par un goût commun pour la musique. Elle organisait des séances musicalesLes concerts de l’académie semblent précédés d’une, voire de deux répétitions. Les musiciens, également engagés souvent à l’opéra, devaient prévoir les répétitions en journée, laissant les soirées libres pour les représentations., proposant un large éventail d’œuvres : motets à grand chœur, symphonies, cantates, oratorios, divertissements et arrangements d’œuvres lyriques.

À ses débuts, l’Académie des Beaux-Arts fonctionnait de manière informelle et entretenait des liens étroits avec l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon, fondée en 1700. Elle adopta dès une devise – Et voce et arte – et un sceau, composé d’un caducée croisé d’une lyre, elle-même surmontée d’une couronne de lauriers.

En 1714, l’institution fut placée sous la protection du maréchal-duc de Villeroy, alors gouverneur de Lyon. Elle reçut des lettres patentes et des statuts officiels en 1724Statuts et règlements de l’Académie des Beaux-Arts établie à Lyon par Lettres patentes du Roy, Lyon : André Laurens, 1724, BML, Fonds Coste, 115 954. Lettres patentes, p. 3–6. articles XVI., ce qui en fit une société reconnue, proposant des concerts hebdomadaires à ses membres. Avec 185 académiciens enregistrés, elle atteignit une ampleur sans équivalent dans le royaume. thumb|Statuts de l'Académie des Beaux-Arts de Lyon À l’origine composée de musiciens amateurs, l’Académie évolua vers une professionnalisation de son orchestre et de son chœur. Elle se dota d’un bâtiment dédié, l’Hôtel du Concert, situé sur la place des Cordeliers. Celui-ci abritait également une bibliothèque musicale, constituée dès 1713 afin de lui fournir un répertoire adapté à ses concerts réguliers.

Les premiers «bibliothécaires officiels» furent les fondateurs eux-mêmes, Christin et Bergiron, qui devinrent «bibliothécaires perpétuels» en 1746, se partageant respectivement affaires administratives et gestion de la bibliothèque.

À partir de 1736, l’Académie élargit son champ d’activité en organisant des «réunions de réflexion sur la musique», prenant alors le nom d’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts. Lyon devint ainsi la première ville de France à accueillir une académie de musique de ce type, qui servira de modèle à d'autres institutions.En 1741, confrontée à des difficultés financières, le consulat de Lyon racheta à l'Académie ses biens mobiliers et immobiliers. Elle en garda néanmoins l’usufruit. Au décès de Christin en 1755, Bergiron assura seul la direction de l'institution jusqu’à sa propre disparition en 1768. Il fut ensuite remplacé successivement par Boulet, puis Éguillon de La Chaux. L'Académie fut dissoute en 1773.

Malgré les obstacles financiers, l’Académie des Beaux-Arts sut maintenir une activité musicale soutenue pendant soixante ans, constituant ainsi une institution exceptionnelle par sa longévité et son rayonnement dans le paysage musical français du .

Le fonds ancien La bibliothèque musicale de l’Académie du Concert, élaborée dès les premières années, était exclusivement consacrée à la musique, conçue avant tout pour fournir un répertoire immédiatement exécutable par les musiciens de l’Académie« La Bibliothèque de Musique du Concert peut passer pour la plus belle & la plus précieuse du Royaume. Elle est composée d’une très-grande quantité de Motets à grand Chœur, des meilleurs Auteurs, tels que Lalande, Bernier, Campra, &c. recueillis avec soin : Il y en a aussi qui ont été composés par les meilleurs Maîtres d’Italie. Un très-grand nombre d’Opéra, dont tous ceux de Lulli, qui y sont complets, & d’autres de bons Auteurs, avec plusieurs Divertissemens, y forment un assemblage intéressant de Pièces Françoises à grand Chœur. On y trouve encore des Concerto à grande Symphonie. Outre ces Pièces qui servent à remplir les Concerts généraux, cette Bibliothèque en renferme beaucoup d’autres qui sont propres aux Concerts particuliers, telles que des Livres de Cantates, Sonnates à violon seul, duo & trio ; & des Motets dans tous les genres à une, deux, trois & quatre voix, avec & sans Symphonie ; même des Oratorio en Latin & en Italien, genre de Musique particulièrement en usage en Italie. Le Sieur Coignet, Garde de la Bibliothèque, ruë Tupin», Almanach astronomique et historique de la ville de Lyon, 1747, rubrique «Bibliothèque du Concert»..

La majorité des partitions conservées aujourd'hui sont complètes et accompagnées d’un jeu de parties séparées, indispensable pour l’exécution en concert. Ces parties de remplissage (notamment de haute-contre et de taille) absentes des éditions imprimées de l’époque, sont vraisemblablement de la main même de Bergiron, voire parfois de sa composition. Celui-ci enrichissait continuellement le fonds en copiant lui-même de nombreuses partitions. La collection comprenait des centaines de volumes de musique vocale et instrumentale, profane et sacrée, principalement d’auteurs français.

Dès 1747, l’Almanach lyonnais mentionnait que la bibliothèque était en libre accès et ouverte aux visiteurs étrangers, accueillis « avec un soin tout particulier ». La collection continua d’être évoquée dans la presse locale même après la dissolution de l’Académie en 1773, signe de sa notoriété persistante. Dans ses actes officiels, le consulat de Lyon se félicita de posséder « la plus grande bibliothèque musicale du royaume ».

Le fonds de l’Académie demeure aujourd’hui encore l’un des plus importants corpus régionaux de grands motets et de fragments d’œuvres lyriques conservés en France.

Le système de classification de la bibliothèque était d’une remarquable précision. Il se répartissait en dix-neuf catégories, chacune faisant l’objet d’un catalogue spécifique. Ces derniers sont conservés dans les archives lyonnaises, ce qui permet aux chercheurs d'avoir une connaissance détaillée du répertoire de l’Académie, ce malgré le fait que seulement un tiers des volumes originaux ait survécuVente de la collection de Bergiron à sa mort: «On sait que c'est une collection faite pendant bien des années et à grands frais par cet amateur (…). Lyon lui doit l'établissement de l'Académie des Beaux-Arts ; et la bibliothèque de musique de cette Société, copiée en partie de sa main, est un monument de son goût et de son amour pour sa patrie. Un grand avantage qui se trouve dans cette bibliothèque de musique, c'est que toutes les partitions ont leurs parties de remplissage, ce qui ne se trouve pas dans les partitions gravées. Cette vente se fera au domicile de feu de M. Bergiron...» Petites Affiches du 27 avril 1768..

Nicolas-Antoine Bergiron de Briou du Fort-Michon Nicolas-Antoine Bergiron de Briou du Fort-Michon, né à Lyon le est un juriste, musicien, musicien et compositeur français" Nicolas Antoine, fils de Monsieur Antoine Bergiron, adjoint au Parlement de Paris et de Dame Renée Françoy, sa femme, né hier, au quartier des Feuillans, a esté baptisé par moy curé soussigné, ce treize décembre mil six cent quatre-vingt-dix, et ont été parrain Sr Nicolas Bergiron, bourgeois de Lyon, et marraine dame Anne des Brosses, femme de Léonard Bathéon, ancien échevin de Lyon...". Registres paroissiaux de St-Pierre et St-Saturnin, année 1690, page 275.. Figure importante mais méconnue de la vie musicale lyonnaise au , il fut notamment l’un des fondateurs du Concert Lyonnais, auquel il consacra une grande partie de sa vie.

Fils d’Antoine Bergiron, avocat au Parlement de Paris et proche de la cour de Louis XIV, Nicolas-Antoine grandit dans un milieu cultivé et influent. Son père vantait dès l’adolescence les capacités intellectuelles de son fils, doté d’un esprit vif, d’une mémoire remarquable et d’un goût affirmé pour les lettres et la musiqueArchives départementales, E. 125 p. 39..

Il étudia le droit, d'abord à Lyon avec l'unique professeur Jean-Baptiste d'AntoineJean-Baptiste d’Antoine était professeur en 1710 et il est mort étant encore pourvu de sa charge en 1720. Il a laissé un commentaire en deux volumes in-4° des règles de droit civil et du droit canon. Les deux manuscrits qu’a possédés la bibliothèque de la ville de Lyon sous les numéros 311 et 312, et qui ont pour titre : Compendium institutionum juris civilis, Institutiones juris civilis, ont été sans doute la première forme donnée à celui de ses ouvrages qu’il a publié en 1720. A sa mort, les prévôts des marchands et échevins appelèrent pour le remplacer Félix Faure, avocat en parlement, agrégé en l’université de Valence. Brouchoud, Recherches sur l'enseignement public du droit à Lyon ; Lyon, 1865., avant de séjourner dans la capitale dès l'âge de dix-neuf ans, où il cultiva surtout sa passion musicale. Il fut admis à la société parisienne des Mélophilètes Histoire manuscrite de l'Académie par Louis Bollioud-Mermet (Mss du Palais des Arts, n° 270), et Mémoire lu par Pernetti à la Société Royale de Lyon le 16 mai 1755 (id.n° 124). Sur le Concert de Mélophiletes, v. Michel Brenet : Les Concerts en France sous l'ancien régime, p. 165., placée sous la protection du prince de Conti, cercle musical privéDont Christin avait fait partie qui organisait des concerts hebdomadaires chez le président LubertLouis de Lubert (1676-1740), Président à mortier au Parlement de Paris. - Musicien amateur (violon) et fondateur le 10 janvier 1722 d'un des premiers orchestres amateurs parisiens, l'Académie des Mélophilètes.. Ses contemporains soulignaient «la qualité de son jeu instrumental, la clarté de sa voix et la précision de son chant».