L'ancien bagne dit Karaka ou fort de La Goulette est une forteresse côtière située à La Goulette, dans le gouvernorat de Tunis en Tunisie, à l'entrée du lac de Tunis. Édifié par les Espagnols en 1535 après la prise de Tunis par Charles Quint, il contrôle l'accès maritime vers la capitale et le lac. Repris par les Ottomans en 1574, l'ouvrage est remanié à plusieurs reprises et sert de bagne au , d'où l'usage local du nom Karaka.... Il a notamment servi pour les galériens et les esclaves chrétiens capturés lors des expéditions navales.
Il est un monument classé depuis le .
Toponymie L'étymologie du terme Karaka renvoie à l'espagnol carraca ou caraque, un type de grand navire à voile utilisé aux . Le nom est ensuite donné au bâtiment, probablement en raison de son usage lié à ces embarcations..
Au XIX siècle, le fort sert de prison, ce qui ancre Karaka dans le vocabulaire tunisien pour désigner un lieu de détention ; cette sémantique s'articule avec d'autres mots apparentés à l'univers carcéral tunisien relevés par la recherche mémorielle.
Histoire Le premier noyau est bâti en 1535 par l'occupation espagnole, avec un plan carré flanqué de quatre bastions nommés Saint-Michel, Saint-Jacques, Saint-Georges et Sainte-Barbe. Sous le règne de Philippe II (milieu du ), la place est renforcée par une enceinte à six bastions enveloppant la ville (« Nouvelle Goulette ») tandis que l'ouvrage initial est connu comme la « Vieille Goulette ».
En 1574, les Ottomans reprennent La Goulette et réparent une partie des défenses ; une garnison d'environ une trentaine de janissaires y est maintenue pour surveiller le port. L'ouvrage reste exposé : en 1640, six galères maltaises parviennent à pénétrer dans la rade et à capturer des navires corsaires, incident qui pousse le dey Ahmed Khodja à faire construire, au , un nouveau fort de forme arrondie ; la place compte alors deux forts, l'espagnol (carré) et le nouveau (arrondi).
La Karaka s'intègre à une ligne défensive protégeant l'accès à Tunis, aux côtés du fort Santiago de Chikly (île de Chikly) et de la Nova Arx près de la ville.
Le bagne est établi à l'époque de la régence ottomane de Tunis, probablement au cours du .. La Goulette constitue alors un port stratégique pour la flotte ottomane et les corsaires barbaresques. Le bagne sert de prison pour les esclaves chrétiens capturés ainsi que pour les condamnés affectés aux galères.
Architecture Le dispositif espagnol d'origine est un carré bastionné à quatre angles ; les agrandissements modernes comprennent une enceinte urbaine à six bastions (milieu du ). Les remaniements ottomans conservent une partie des bastions et ajoutent un second fort de plan circulaire/arrondi pour couvrir le chenal entre la mer et le lac.
Le bâtiment est construit en pierre avec des murs épais et peu d'ouvertures, une caractéristique des édifices pénitentiaires. Il est de forme rectangulaire avec une cour centrale, autour de laquelle se répartissent les cellules. L'intérieur est sobre, sans ornementation, ce qui reflète la dureté des conditions de détention..
Situation actuelle À ce jour, l'ancien bagne est dans un état de délabrement avancé. Bien qu'il ait été classé monument historique le ., aucune restauration significative n'a été entreprise. Le site est fermé au public et abandonné, suscitant des appels de la société civile et d'associations locales pour sa réhabilitation et sa valorisation en tant que lieu de mémoire ou espace culturel.
En 2023, le site accueille ponctuellement des événements culturels, notamment dans le cadre du Festival méditerranéen de La Goulette.
Notes et références
Voir aussi La Goulette Chikly Histoire de Tunis Barbaresques
Liens externes
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